ELWATAN-ALHABIB
vendredi 31 mai 2013
 

Les banlieues européennes : des territoires abandonnés par les pouvoirs publics 

 

 

 

« Ce n’était pas seulement un attentat contre la Grande-Bretagne et le mode de vie britannique. C’était aussi une trahison de l’islam et des communautés musulmanes qui apportent tant à notre pays. Rien dans l’islam ne justifie un tel acte épouvantable  ».- David Cameron, Premier ministre britannique.
Deux événements tragiques ont eu lieu ces derniers jours qui mettent en cause l’immigration. Les émeutes en Suède et l’assassinat incompréhensible d’un soldat à Londres. A priori, ces deux événements sont disjoints. En fait, ils sont liés car ils sont le fait de citoyens qui expriment un mal être social amalgamé à tort à l’islam qui, malheureusement, n’en sort pas épargné par ces actes inqualifiables.
Il y a près de dix ans les banlieues françaises inauguraient un phénomène de ras-le-bol qui se traduisit par des réactions extrêmes qui furent réprimées, sans pour autant apporter un semblant de solution. Au contraire, le Kärcher fut proposé pour éradiquer le mal. Par la suite, la contagion – de l’allogène à la société autochtone – a fait parler de lui en Allemagne – avec les immigrés d’origine turque – puis aux Pays-Bas, Belgique et au Royaume-Uni, avec le renforcement concomitamment des mouvements d’extrême droite. La Norvège découvrit il y a près de deux ans le nouveau visage de la haine de l’étranger avec Brevick qui mis à mort 85 jeunes gens sans aucun remords au nom de la défense de l’Occident blanc chrétien. La Suède découvre ces jours-ci le phénomène à Husby dans une petite banlieue de Stockholm à majorité immigrée depuis le 20 mai, où des émeutes ont lieu. Ces émeutes surviennent après la mort, le 13 mai dernier, d’un homme de 69 ans tué par la police qu’il avait menacée. Mais, selon le quotidien Dagens Nyheter, la ségrégation et le chômage sont également les causes de ces débordements. La police est en outre accusée d’avoir utilisé un langage raciste envers les habitants du quartier. ´´On nous a traités de nègres’ et de singes’´´, déplore Rami Al-Khamisi, porte-parole de l’association Megafonen [Le mégaphone], engagée auprès des jeunes de la banlieue de Stockholm. (..) Que ce soit en Suède ou dans les autres pays, les moyens sont toujours ôtés à la population de base, alors que l’on pourrait réduire le train de vie des plus riches. Pourtant, la Suède a déjà un taux d’imposition très fort et régulateur : comment se fait-il qu’elle n’arrive pas à équilibrer ses recettes et ses prestations ?
Est-ce une coïncidence ? Le 14 mai 2013, un rapport de l’Ocde constatait que les écarts des revenus augmentent davantage en Suède que dans l’ensemble des autres pays européens. Et une semaine plus tard, de violentes émeutes ont éclaté à Husby. Plusieurs commentateurs de la presse suédoise lient justement ces événements à l’inégalité croissante du pays. Les émeutes, rapporte le journal Le Monde, sont pour l’instant moins graves que celles des deux derniers étés au Royaume-Uni et en France, mais sont là pour rappeler que même dans des lieux moins touchés par la crise financière que la Grèce ou l’Espagne, les pauvres, et en particulier les immigrés, ressentent durement les politiques d’austérité. ´´Je comprends pourquoi beaucoup de gens qui vivent dans ces banlieues et à Husby sont inquiets, en colère et préoccupés´´, a déclaré la ministre de la Justice, Beatrice Ask. ´´L’exclusion sociale est une cause très importante de nombreux problèmes. Nous comprenons cela.´´ Après des décennies de ´´modèle suédois´´ fondé sur un État providence généreux, le rôle de l’État en Suède a fortement diminué depuis les années 1990, entraînant la hausse des inégalités la plus forte de tous les pays membres de l’Ocde. Près de 15% de la population suédoise est d’origine étrangère - la proportion la plus élevée de tous les pays européens. Le taux de chômage touchant cette population est de 16%, contre 6% pour les Suédois, selon l’Ocde.(1)
« Les scènes de violence mettent à mal l’image d’une Suède ouverte et tolérante, depuis longtemps un modèle social pour ses partenaires européens. ´´Le pire vandalisme, ce n’est pas celui auquel nous assistons depuis quelques nuits dans les banlieues´´, a déclaré un responsable local, Arne Johansson, ´´Le vandalisme, insidieux, rampant, c’est avant tout celui de la politique menée depuis sept ans par ce gouvernement de droite.´´ Au pouvoir depuis octobre 2006, le Premier ministre de centre droit Fredrik Reinfeldt – pour qui les émeutiers sont des hooligans’ – a baissé les impôts et réduit le montant des allocations, des mesures qui ont soutenu la croissance mais creusé les inégalités au sein de la population ».(2)
Le meurtre tragique d’un soldat britannique
Les faits : deux hommes ont tué à l’arme blanche un soldat britannique mercredi dernier à Londres, affirmant aux témoins de la scène agir ´´au nom d’Allah´´ avant d’être blessés par la police, et arrêtés. (...) La police de Londres a arrêté deux hommes affirmant agir au nom d’Allah, après l’assassinat en pleine rue et à l’arme blanche d’un soldat britannique. Les détails de cet attentat particulièrement brutal, mené en plein jour à proximité d’une caserne militaire de la Royal artillery à Woolwich, ont commencé à émerger mercredi en fin d’après-midi. ´´Nous devons les combattre comme ils nous combattent. Œil pour œil, dent pour dent´´, a lancé l’un des deux agresseurs en citant la loi du Talion, sur un film amateur récupéré par la chaîne de télévision ITV. ´´Nous jurons par Allah le Tout-Puissant que nous n’arrêterons jamais de vous combattre´´, a ajouté le jeune homme noir, habillé d’un jean et d’un blouson et coiffé d’un bonnet. ´´Je suis désolé que des femmes aient été témoins de ce qui s’est passé aujourd’hui mais, dans notre pays, nos femmes voient le même genre de choses´´, a encore dit d’une voix posée, dans un anglais à l’accent londonien, le suspect qui portait à la main deux couteaux et un hachoir ensanglantés. C’est un ´´acte barbare qui s’est produit aujourd’hui, un attentat épouvantable (...) manifestement de nature terroriste´´, a déclaré David Cameron. » (3)
Interrogé jeudi 23 mai par Canal+, le bras droit de Marine Le Pen a dénoncé ´´un assassinat qui s’est fait sur un islamisme radical´´. ´´On a vu les revendications´´, ´´la méthode´´, a argumenté le vice-président du Front national Florian Philippot. ´´On sait qu’à Londres et en Grande-Bretagne, il y a depuis longtemps un modèle communautariste qui pousse à cela, qui a permis l’islamisme, le radicalisme.´´ ´´En France, nous ne sommes pas à l’abri parce que nous prenons le même chemin, nous avions un modèle républicain d’assimilation et nous passons à un modèle communautariste qui permet l’islamisme´´, a assuré le responsable frontiste. ´´On ne surveille plus vraiment les prêches, on continue un rythme d’immigration qui alimente les réseaux islamistes (...) on ne démantèle pas les réseaux d’armes de guerre´´. (4)
Chronique d’un racisme ordinaire
On sait que le racisme est consubstantiel de la nature humaine. Aucune société humaine ne peut se prévaloir d’être irréprochable. Cependant, sans remonter à la malédiction de Cham, qui fut aussi le bréviaire de l’Église, il y a eu l’esclavage, il y a eu la traite des Noirs, le code noir, le code de l’indigénat. On sait que l’Europe, a toujours développé un double discours : celui de l’Habeas Corpus, des droits de l’homme et du citoyen et, en même temps, elle continuait à se rendre coupable à laisser faire des actes racistes insidieux, voire, elle entretenait par des mécanismes subtils, cette barrière invisible qui existait entre le colonisé et le colon, entre le Beur, le Noir des anciennes colonies devenu français, devenu anglais, devenu allemand, voire belge, mais toujours avec ce plafond de verre qui obère tout leur avenir. Il est vrai qu’au XIXe siècle, les chantres des races supérieures tels qu’Arthur de Gobineau (De l’inégalité des races), Renan et Houston Chamberlain en Angleterre entretenaient avec conviction le filon du racisme. Jules Ferry n’est-il pas allé jusqu’à proclamer à l’Assemblée que « les droits de l’homme ne sont pas applicables dans nos colonies » (5) ?
D’où viendrait cette certitude d’appartenir à la race des élus. Il faut remonter, comme le décrivent Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, à la conquête coloniale et au « devoir de civilisation ». On imagine mal aujourd’hui, écrivent-ils, le nombre des exhibitions des « indigènes » et la variété des lieux où étaient reconstitués des « villages nègres » ou donnés des spectacles ethniques, entre les années 1850-60 et 1930. (...) Ces exhibitions contribuaient à diffuser dans le public cette vision de l’indigène comme un être fruste, mal dégrossi, encore proche de l’animalité. Oui, le sauvage existe ! Il s’agit de le « civiliser ». En exhibant ainsi l’Autre, en infériorisant systématiquement des groupes humains, on creuse un fossé entre « eux » et « nous », confortant l’Occident dans son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Par la suite, l’indigène est désormais plus souvent montré sous sa forme servile, il a quitté ses aspects les plus sauvages pour revêtir les atours du tirailleur, de l’artisan ou du travailleur au service de la plus grande France (6). »
Cela va même plus loin. « Le langage du colon, quand il parle du colonisé, écrit Frantz Fanon, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, aux pullulements, aux grouillements, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire ». (7) On parle à propos de la banlieue de sauvageons... Pour en revenir à la situation des allogènes dans la Suède de 2013, on retrouve la même condescendance vis-à-vis de ces citoyens du deuxième collège Nous lisons à ce propos cette contribution : « Après la publication dans Dagens Nyheter de la lettre ouverte de l’écrivain Jonas Hassen Khemiri à la ministre de la Justice Beatrice Ask, le mot-dièse #bästabeatrice ["Chère Beatrice"] sur Twitter, tout juste créé, déborde de messages de milliers de personnes qui, rapporte le Hufvudstadsbladet, témoignent de leurs expériences du racisme dans la vie quotidienne en Suède. Exemples : Elenor Eriksson : "Tu n´as presque pas d’accent, tu parles très bien le suédois. - Je suis arrivée en Suède à l’âge de trois mois. - Et tu te plais ici ?" (...) Nabila Abdul Fattah : "La police de sécurité me demande : Qu’est-ce que votre frère pense du fait que vous portez des vêtements occidentaux’ ?" Zacharie : "L’agent de police m’arrête, fait du profilage racial [contrôle au faciès, etc.] pendant 30 minutes et puis se rend compte qu’il y a six mois, moi, je l’ai formé sur le racisme." » (8) C’est tout dire !
C’est un fait ! Les immigrés posent problème aux sociétés autochtones qui « les accueillent en tant que scories de l’histoire coloniale – la crise aidant, le racisme qui est le fond rocheux de toute société humaine est exacerbé en temps de disette comme c’est le cas. Les immigrés servent alors de variables d’ajustement pour le chômage et même les emplois « dirty » leur sont de plus en plus refusés. Les partis d’extrême droite ont alors la partie belle et la société « travaillée » devient sensible au discours raciste. Souvenons-nous déjà en 1992. Le président allemand commémorait à Rostock l’anniversaire des émeutes racistes d’août 1992. Les autorités sont loin d’avoir fait ce qu’il fallait, depuis, pour enrayer les violences contre les étrangers, On se souvient que plusieurs jours durant, entre les 22 et 26 août 1992, des habitants mêlés à des militants néo-nazis s’en sont pris à un centre de demandeurs d’asile et à un foyer de travailleurs vietnamiens à Rostock. Jets de pierre, insultes... Les forces de police étaient restées inopérantes. » (9)
Dans la Grèce de 2013, les agressions à l’encontre des immigrés se sont multipliées en Grèce, principalement du fait du parti néo-nazi Aube dorée. Quatre-vingt sept cas d’agressions à caractère raciste ont été perpétrées entre janvier et septembre 2012, selon MDM, à Athènes. En fait, chaque fois que des personnes mal dans leur peau, ont des réactions extrêmes, et se revendiquent à tort de l’Islam, cela fait le bonheur des autres extrêmes. Voilà ce que j’écrivais en juillet 2011 à propos du carnage de Brevick : « 25 juillet 2011. Une bombe explose quelque part et hop ! On va chercher une cellule dormante d’Al Qaîda. Ce qui nous a interpellé au-delà de cette tragédie, c’est la rapidité avec laquelle les médias (écrit et audio-visuels) se sont engouffrés comme un seul homme dans la brèche de l’explication facile pour désigner le coupable, « ce pelé, ce galeux d’où viennent tous nos maux », l’Islam, le tiers exclu de la révélation abrahamique ». (10)
Pourtant, dans son rapport, l’Ecri – La Commission contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe – constate que la crise économique a intensifié les formes contemporaines de racisme et de discriminations fondées sur la "race", la couleur, la langue, la religion, la nationalité ou l’origine nationale ou ethnique, dans de nombreux domaines – l’emploi, l’éducation, le logement, la santé, l’accès aux biens et aux services. Elle fait état d’« une augmentation générale des attitudes xénophobes et intolérantes, accompagnée d’attaques verbales virulentes et d’incidents violents, ainsi qu’une perception grandissante que les flux migratoires ont un impact négatif sur les pays concernés ». La crise économique favorise l’augmentation du racisme et de la xénophobie, estime dans un rapport, L’Ecri, le jeudi 3 mai 2012, l’organe de lutte contre le racisme du Conseil de l’Europe, qui appelle les États européens à "agir" contre la banalisation du discours hostile aux immigrés. » (11)
Des problèmes sociaux sont amalgamés à tort avec la religion. Ceci nous rappelle le discours de Merkel puis de Sarkozy qui, pour des raisons électorales, déclaraient que le modèle d’intégration de l’immigration avait échoué. Il est dangereux pour la cohésion sociale des sociétés européennes d’invoquer la religion pour discriminer entre les hommes. Le modèle britannique communautariste que l’on pensait plus tolérant que le modèle républicain de l’injonction a rentré dans le moule est en train de montrer ses limites Dans toutes ces pénibles affaires, c’est en fait l’échec du modèle d’intégration à l’européenne qui a échoué du fait que les sociétés autochtones se sentent « supérieures » à celles qu’elles ont tolérées à dose homéopathique. Au-delà d’un certain seuil de tolérance, le clash intervient surtout quand les allogènes sont en compétition pour des emplois de moins en moins disponibles du fait d’un néolibéralisme ravageur qui ajuste « tout le monde ». Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent » ; Jean-Paul Sartre, tu as mille fois raison.

Chems Eddine CHITOUR
 
jeudi 30 mai 2013
 

La vraie bataille pour la Syrie, celle dont les médias ne vous parleront jamais

 

 


Bachar Al Assad AsJ’ai expliqué dans un article précédent que l’opération d’encerclement pour la conquête de Damas de Novembre 2012 au 5 Février 2013 exécutée par les rebelles, s’est terminée par une catastrophe majeure pour la soi-disant armée de libération de la Syrie. Cela a permis à l’armée nationale du président syrien Bachar al-Assad de prendre l’initiative et de déclencher l’offensive générale qui conduira irrémédiablement à la fin de la guerre civile.
(Voir: Syrie, un test pour la survie d’Israël )
Parallèlement à ces batailles terrestres, en Méditerranée avait lieu une guerre plus complexe entre les flottes russe et américaine avec des manœuvres stratégiques et de repositionnement extrêmement risquées, selon toutes les règles de l’art militaire moderne. Sans tirer un seul coup de feu, cette confrontation de mouvement a été remportée de manière catégorique, pour la première fois depuis la guerre froide, par la Russie. Voilà pourquoi la presse copier-coller  occidentale est restée silencieuse à ce sujet.
Tout d’abord, en Méditerranée orientale, au large des côtes syriennes, est apparue le groupe d’attaque Task Force 502 de la Sixième Flotte des Etats-Unis, qui comprend un porte-avions (George Bush?) avec à son bord 80-90 avions et hélicoptères. Sa mission était de se positionner de manière à pouvoir lancer des frappes aériennes contre des cibles de l’armée syrienne à Damas encerclée par les rebelles, aider ces derniers à surmonter la résistance de l’armée syrienne et à s’emparer du pouvoir. Mais les Russes ont contrecarré les intentions américaines  en interposant immédiatement, entre Task Force 502 et la côte syrienne, le porte-avions Amiral Kuznetsov, qui avait à son bord un groupe de 24 avions multi-rôle ; des SU-33 et des  MIG-29 KUB,  4 Sukhoi Su-25UTG/UBP, et 16 hélicoptères de lutte anti-sous-marine Kamov Ka-27PLO. Le porte-avions Amiral Kouznetsov est armé de12 lance-missiles mer-mer P-700 Granit, dont la vitesse est Mach 2,5 et avec une portée de 625 km. Nettement supérieurs aux missiles mer-mer  RGM-84 Harpoon (vitesse 864 km/h, portée 125 km) dont étaient équipés les destroyers et les frégates de l’escorter américain au sein de la Task Force 502. Le Kuznetsov était escorté par le destroyer Amiral Ciabanenko et la frégate lance-missile Ladnâi. Pendant 40 jours, le groupe naval américain a tenté, à l’abri d’un intense brouillage radar, de s’ouvrir un passage vers la côte syrienne en contournant le dispositif russe, mais en vain. Cette première phase a pris fin avec le retrait du théâtre des opérations des deux groupes, formés autour du porte-avions américain.
Mais les Américains n’avaient pas renoncé pour autant, et en cette partie de la Méditerranée, au large des côtes syriennes, la Sixième Flotte avait maintenu une patrouille de trois destroyers de classe Arleigh Burke, armés de 110 missiles de croisière BGM-109 (Tactical Tomahawk) avec un rayon d’action de 1600 km, conçus pour attaquer des cibles terrestres. C’est la raison pour laquelle, dans la période de Janvier au 4 Février 2013, le croiseur Moscova, le destroyer Severomorsk, le destroyer Smetlivâi (armé de missiles mer-mer Uran, de performances similaires aux missiles RGM-84 Harpoon américains) et la frégate Yaroslav furent utilisés dans des exercices pour des combats en Méditerranée, au large de la côte de la Syrie. Participèrent également à ces exercices les navires amphibie Saratov, Azov, Kaliningrad et Aleksandr Shabalin, ainsi que des avions de patrouille maritime à large rayon d’action et des bombardiers stratégiques de la 4ème armée aérienne russe.
Le croiseur Moscova est armé de 8 lanceurs x 8 missiles S-300 PMU Favorit, spécialisés pour abattre les missiles mer-mer et de croisière. J’ai écrit dans un article précédent, que lorsqu’ils volent à basse altitude, du fait des inégalités du terrain, les missiles de croisière peuvent être abattus par les systèmes S-300 à 40 – 70 km. Quand ils évoluent au-dessus de la mer, leur distance est doublée et avec elle la portée des missiles S-300. Le  croiseur Moscova dispose également de 16 lanceurs de missiles mer-mer  P-500 Bazalt d’une portée de 550 km et avec la même vitesse que la P-700 Granit (Mach 2.5). Pour cette raison, si les trois destroyers américains avaient tiré la première salve de missiles de croisière vers la Syrie, elle aurait été la dernière de leur vie. Dans ces conditions, la pénétration de la côte de la Syrie par des missiles de croisière américains devenait impossible.



Au début de Février 2013, avec l’écrasement des forces armées dites de libération de la Syrie, qui assiégeaient Damas, le jeu du chat et de la souris des groupes navals russe et américain en Méditerranée orientale a fait une pause. Les navires de la flotte de la mer Noire russe, conduite par le croiseur Moscova rentrent à leur base en Crimée, et leurs places dans le dispositif naval russe en Méditerranée ont été prises par d’autres navires, qui aujourd’hui  se composent principalement des destroyers anti-sous-marins Amiral Panteleev, Severomorsk et de la frégate Yaroslav Mudrâi.
En retirant le croiseur Moscova (c’est-à-dire les missiles S-300 PMU favorit à bord) près de la côte de la Syrie, les Russes ont volontairement laissé l’espace aérien syrien sans défense, attirant délibérément les Israéliens dans un piège. Ils se précipitèrent dans la brèche avec leurs attaques aériennes par des raids dans les nuits du 3/4 et 4/5 mai 2013, afin de saper l’offensive militaire du gouvernement syrien.
Contrairement au dispositif antérieur au large de la Syrie, les  navires russes présents actuellement en Méditerranée sont équipés pour la lutte anti-sous-marine, avec des missiles lance-torpilles RPK-2 Viuga (portée 45 km) et des RU-100, RPK-6/7 veter (portée 120 km) se déplaçant en immersion à des vitesses de 400 km, en utilisant le phénomène de cavitation. Étant propulsé par un moteur de fusée à carburant solide, ils peuvent facilement passer du milieu marin au milieu aérien, et voler à Mach 1,5. Exactement comme prévu au siège de la marine russe, après les bombardements israéliens du 3/4 et 4/5 Mai 2013, les forces navales américaines ont été envoyés en patrouille en Méditerranée orientale près de l’île de Crète, deux sous-marins d’attaque classe Ohio à propulsion nucléaire (Florida-SSBN-728/SSGN-728 et Georgia-SSBN-729/SSGN-729), 18.000 tonnes. Le sous-marin Floride a participé aux opérations en Libye en Mars 2011, il avait alors lancé 93 missiles de croisière, dont 90 avaient fonctionné et touché terre.
Par Valentin Vasilescu, pilote d’aviation, ancien commandant adjoint des forces militaires à l’Aéroport Otopeni, diplômé en sciences militaires à l’Académie des études militaires à Bucarest 1992.
Traduction : Avic
 
mardi 28 mai 2013
 

Terrorisme : les règles d’or de la doxa 

 

 

 

Ainsi la médiatisation du terrorisme se caractérise par son extrême variabilité, mais selon un axe qui épouse la division de la planète entre le monde d’en haut et le monde d’en bas : dans un cas, elle le condamne à l’insignifiance, dans l’autre elle le voue à l’hyperbole.


Si l’on s’en tient à sa définition usuelle, les choses paraissent simples : le terrorisme est l’exercice indiscriminé de la violence à l’égard de populations civiles en vue d’obtenir un résultat politique. Comme une bombe à retardement, ce terme, pourtant, est piégé d’avance. Car la doxa occidentale en fixe l’usage de façon impérative, elle en prescrit la seule signification acceptable.
Ce code de langage s’organise autour de trois règles essentielles.
La première, c’est qu’on ne peut parler de terrorisme que si ses victimes sont occidentales, c’est-à-dire nord-américaines, européennes ou israéliennes. Ceux qui, appartenant au reste de l’humanité, ne bénéficient pas de cette dignité originaire ne sauraient figurer au rang de victimes innocentes. Certes, depuis vingt ans, le terrorisme a fait beaucoup moins de victimes en Occident que dans le reste du monde. L’attentat de Boston est le premier sur le sol américain depuis 2001, tandis que le terrorisme jihadiste a tué 2 000 Pakistanais en une seule année. Mais peu importe que les autres en fassent massivement les frais : ils sont la menue monnaie de ce péril planétaire. Le déchaînement de la violence aveugle indigne d’autant plus l’opinion occidentale, en outre, qu’il semble totalement incompréhensible, dépourvu de sens. Ce qui provoque la colère, c’est moins l’évidente nocivité que l’irrationalité foncière du terrorisme.
« Après la tragédie de Boston, lit-on dans Newsweek, il est impossible de ne pas se poser les mêmes questions que celles qu’on s’est posées au lendemain du 11 septembre 2001 : jusqu’à quel point sommes-nous en sécurité dans nos foyers ? Pourquoi les Etats-Unis sont-ils si souvent pris pour cible par un si grand nombre de personnes ayant un si grand nombre de choses à nous reprocher ? Pourquoi ces gens-là nous haïssent-ils ? ». Si le terrorisme est abject, c’est parce qu’il n’a aucune raison d’être, parce qu’il est d’une scandaleuse absurdité. Et si la violence perpétrée contre l’Occident bat tous les records d’audimat, c’est en proportion d’un incalculable préjudice moral, et non du préjudice physique qu’elle entraîne : la mort administrée par une barbarie venue d’ailleurs est inqualifiable parce qu’elle est absurde, elle est innommable parce qu’elle défie les catégories de la raison.
De cette interprétation de la terreur, le traitement des attentats par les grands médias occidentaux témoigne parfaitement. Le propos journalistique se coule dans un moule dualiste, scindant docilement la planète en deux hémisphères : celui où les attentats méritent qu’on en parle et celui où ils ne sont que du menu fretin. Sur le marché mondial de la mort en direct, la valeur de la vie humaine connaît des fluctuations impressionnantes. Le temps d’antenne dévolu aux victimes accuse des variations spectaculaires selon leur nationalité. Mais surtout, la causalité supposée de ces violences ne se voit appliquer le coefficient terroriste que si les victimes relèvent du monde civilisé. La mort administrée par attentat ne s’extrait de la banalité planétaire que si les suppliciés en valent la peine : elle n’accède à la signification qu’en transgressant la loi non écrite du « zéro mort » occidental.
Les Occidentaux ne succombant que sous l’effet d’une violence injustifiable, l’imputation de responsabilité se convertit aussitôt en incrimination de la terreur. Cette ombre terrifiante, cependant, ne plane sur nos têtes que parce que la médiasphère lui prête une existence virtuelle. La réalité de la terreur est toujours une réalité d’emprunt, octroyée par la représentation qu’en forgent les médias, prisonnière de sa reproduction audiovisuelle. Parce qu’elle est captive de cet effet-miroir, seule sa visibilité planétaire, au fond, lui communique une véritable portée : un attentat dont on ne parle pas n’est pas un attentat, mais un accident qui ne touche que ses victimes, et auquel le reste du monde est absolument indifférent.
Le traitement médiatique de l’actualité du terrorisme, par conséquent, ne s’embarrasse guère de nuances. Hors d’Occident, la sélectivité des médias frappe le terrorisme d’irréalité, elle le réduit à un furtif alignement de chiffres. Privé de résonance affective, la relation des faits se colore d’une froideur statistique ayant pour effet de les condamner à l’oubli. Le Pérou et la Colombie ont été durement frappés par le terrorisme depuis deux décennies, mais qui s’en soucie ? A l’intérieur des frontières occidentales, au contraire, la partialité médiatique ambiante confère à l’événement une mystérieuse surréalité, elle l’élève au rang de drame emblématique, lui attribue une signification qui excède toujours ses circonstances immédiates. « Le XXIème siècle converge vers Boston », titre le New York Magazineau lendemain de l’attentat. Trois morts dans une cité américaine, et le sens à venir d’une histoire mondiale séculaire vient soudainement s’éclairer, il s’offre aussitôt à une interprétation qui le transcende.
Ainsi la médiatisation du terrorisme se caractérise par son extrême variabilité, mais selon un axe qui épouse la division de la planète entre le monde d’en haut et le monde d’en bas : dans un cas, elle le condamne à l’insignifiance, dans l’autre elle le voue à l’hyperbole. Et l’Occident a beau se réclamer de valeurs universelles, l’intérêt des médias dominants est toujours proportionnel au PIB par habitant. En ce sens, les médias ne sont jamais extérieurs à ce qu’ils relatent, étrangers aux images qu’ils diffusent : ils sont l’événement lui-même, ils le forgent avec leurs propres armes.  
Corollaire de la première, la deuxième règle stipule que les terroristes, en revanche, sont nécessairement non occidentaux : si ses victimes sont nôtres, le terrorisme, lui, est toujours celui des autres.Que les puissances occidentales y recourent, et ce terrorisme inavouable en perd aussitôt les attributs : il est lavé, comme par enchantement, de cette marque d’infamie. Que le premier détournement d’avion de l’histoire ait été réalisé par l’armée française au détriment des chefs du FLN algérien, en 1956, n’a jamais valu à la patrie des droits de l’homme cette appellation infamante.
Dans cette perspective, le terrorisme n’est pas un mode opératoire, c’est une qualité intrinsèque : on n’est pas terroriste parce qu’on martyrise des populations civiles, mais par essence ; on ne le devient pas par ses actes, on l’est en raison de ses origines, de façon congénitale. Ainsi les bombardements meurtriers de Grozny ou de Gaza échappent à cette qualification, alors même qu’ils répondent parfaitement à la définition du terrorisme, puisque leurs commanditaires civilisés sont exonérés par essence de toute compromission avec la barbarie qui les entoure.
Supercherie supplémentaire, cette violence d’Etat à grande échelle est justifiée, en effet, comme une réaction de l’occupant à la sauvagerie de l’occupé : la légitime défense des forts répondrait, nous dit-on, au fanatisme meurtrier des faibles. Toute action armée, du moment qu’elle atteint des Occidentaux, se réduit donc au terrorisme d’une façon ou d’une autre, y compris lorsqu’elle frappe des cibles militaires. Les actes de résistance à l’occupation étrangère se voient attribuer, invariablement, cette appellation infamante : toute puissance occupante traite immanquablement les résistants de terroristes.
Ce qui valait pour l’Europe occupée durant la seconde guerre mondiale vaut aujourd’hui pour les territoires palestiniens ou tchétchènes. Expert en la matière, le général de Gaulle ne s’y était pas trompé, déclarant lors de sa conférence de presse de novembre 1967 qu’ « Israël organise, dans les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui la résistance qu’il qualifie de terrorisme ». En invoquant une prétendue consécution logique (comme si le terrorisme des faibles précédait l’antiterrorisme des forts), l’autojustification de la répression prend donc la cause pour l’effet.
De l’imposition de cette deuxième règle, on peut d’ores et déjà tirer deux leçons. La première, c’est que l’usage du terme de terrorisme se voit frappé d’un interdit lorsque la violence exercée contre les civils atteint un seuil critique. Plus le nombre des victimes est élevé, moins la qualification de terroriste semble s’imposer : cette règle quantitative vaut donc absolution du meurtre de masse, l’accusation de terrorisme ne valant que pour le meurtre de détail. La seconde leçon, c’est que l’Etat n’est jamais coupable de terrorisme. Aucune instance internationale, par exemple, n’ose qualifier de « terrorisme d’Etat » un bombardement délibéré de zones habitées. Tout se passe, au contraire, comme si la réprobation morale était inversement proportionnelle à l’ampleur du préjudice, du moment qu’une grande puissance défend ses intérêts en faisant usage des armes.
Impliquée par les deux précédentes, la troisième règle, enfin, exige de laisser dans l’ombre la genèse historique du terrorisme jihadiste.Rempart contre l’influence soviétique, antidote au nationalisme arabe, opportun concurrent de la subversion chiite : les stratèges de la CIA, en effet, ont prêté au jihadisme toutes les vertus. En diluant la nation arabe au sein d’un ensemble plus vaste, le panislamisme promu par les Saoudiens avait pour vertu de neutraliser le nationalisme arabe, laïc et socialisant. Et l’alliance avec une Arabie Saoudite conservatrice sur le plan intérieur et docile sur le plan extérieur constitua, outre l’osmose avec Israël, le véritable pivot de la politique américaine.
Durant une décennie, Washington versa 600 millions de dollars par an aux adeptes du jihad antisoviétique. Mais le paradoxe est que l’Amérique, au lendemain de l’effondrement russe, persista dans son appui politique et financier à la guérilla afghane. Son éclatante victoire sur l’Armée rouge auréola le jihadisme combattant d’une réputation d’efficacité qui incita Washington à le manipuler à son profit. Au nom de la lutte contre l’Union Soviétique, les Etats-Unis ont systématiquement favorisé les organisations les plus radicales. Prompte à toutes les manipulations, la CIA a ainsi fini par enfanter des monstres dont elle se révéla incapable d’apprécier le véritable danger.
Alors qu’elle échafaudait d’audacieuses combinaisons entre les factions afghanes, elle ne vit rien venir de la menace qui s’abattit sur le cœur de l’Amérique le 11 septembre 2001. En somme, les Etats-Unis ont péché par excès de confiance dans la toute-puissance du dollar. Fort de ses ramifications internationales, ce jihadisme combattant, qui s’est nourri de violence extrême avec leur bénédiction, n’avait plus besoin d’eux.Inavouable, la genèse d’Al-Qaida n’est donc un mystère pour personne : elle fut l’effet combiné de l’obsession antisoviétique des Etats-Unis et de la frayeur saoudienne devant la percée khomeyniste. 
Ainsi le discours occidental sur la terreur se paie d’une triple supercherie : il implique, à la fois, une restriction géographique de son objet, une imputation exclusive de sa causalité et une rigoureuse omerta sur ses origines. Cette sémantique du terrorisme disculpe l’Occident de toute responsabilité, tout en conviant des masses apeurées à serrer les rangs avec angoisse autour de leurs dirigeants. Pour conférer au discours sur la terreur son effet maximum, elle en circonscrit la signification au prix d’un véritable subterfuge. Elle est obtenue, en effet, par un pur effet de langage : il suffit d’imputer les forfaits du terrorisme aux dépositaires honnis d’une altérité radicale, d’en repousser l’origine au dehors des frontières de la civilisation. 
Mais, en lui conférant une signification faussement univoque, ce discours lui attribue aussi un second caractère, tout aussi invraisemblable. Le terrorisme, en effet, n’est pas seulement une menace que définit son extériorité absolue au monde civilisé. Cette barbarie venue d’ailleurs a aussi la capacité de s’exercer à tout instant : comme si elle était douée d’ubiquité, elle pèse constamment sur nos têtes. Or c’est exactement ce que prétend la propagande d’Al-Qaida : non seulement elle voue à la destruction le monde des infidèles et des apostats, mais l’appel au jihad global entend transformer la planète en champ de bataille. En se projetant dans l’universalité du cyberespace, il se donne l’apparence troublante d’une menace qui occupe magiquement toutes les dimensions de l’espace et du temps. 
Frère jumeau de la rhétorique du jihad mondialisé, le mythe de la terreur planétaire acquiert, de ce fait, une portée sans précédent. Son influence est si profonde que son évocation suffit à souder le monde occidental dans un rejet horrifié. Parmi les oripeaux dont il couvre ses ambitions, le discours sur la terreur fournit par conséquent l’habillage le plus commode. De la guerre d’Afghanistan à celle du Mali, il permet de persuader l’opinion occidentale qu’elle est dans son droit lorsqu’elle approuve la guerre chez les autres. Il l’immunise contre le doute sur les moyens employés et lui offre à peu de frais une garantie de bonne conscience.
Toute menace, réelle ou imaginaire, provoquant une réaction instinctive, le discours sur la terreur se pare toujours des vertus du réalisme, y compris lorsqu’il agite des fantômes. Puisque le péril est à la fois impalpable et pérenne, il menace tout un chacun de son invisible omniprésence. Il est partout et nulle part, prêt à fondre sur un monde abhorré qu’il rêve d’anéantir. L’ubiquité imaginaire du péril terroriste est ainsi le postulat commun à l’incantation jihadiste et à la propagande occidentale : il exerce de part et d’autre la même fonction obsessionnelle, justificatrice d’un combat sans fin et sans merci.
 
lundi 27 mai 2013
 

Le temps des crapules

 

 

Mohamed Benchicou
Une époque du mépris vient de commencer à notre insu. Elle consiste à mentir, à mutiler les indignités, à déshonorer et à rabaisser les âmes. Écoutez-les, ministres enrichis par la rapine, politiciens engraissés par la corruption, mandarins du FLN nourris de mensonges et de passe-droits,
tout ce que le marais politique algérien compte de crapules, de fripouilles et de vauriens, écoutez-les tous qui nous préparent à la grand-messe, qui nous assurent que Bouteflika a retrouvé sa bonne santé dans cette Algérie dont ils se foutent qu'elle ait complètement perdu la sienne, pays à l'agonie après quatorze ans de rapine et de gestion mafieuse de la chose publique mais où, nous rappellent-ils, il restera de la place pour un quatrième mandat tant qu'il restera quelques gouttes de sang à sucer, quelques morceaux de chair à mordre et après...

Eh bien, après, que le déluge emporte ce peuple de gueux et de fornicateurs, qui passe son temps à se plaindre et à faire des enfants. Et comme chacun le sait, la marmaille de la plèbe grandit vite, en un rien de temps, à peine le temps du biberon qu'il faut déjà lui assurer le pain, l'école, puis le logement et le travail ! Quel aplomb !

Alors, contre cette jeunesse ils ont lâché les troupes de flics et de baltaguias. Le tort de ces chômeurs est  d’avoir 20 ans. Leur délit est d’avoir demandé du travail à cette Algérie ruinée par quatorze ans de rapine et qui n’a plus rien à leur offrir. Leur crime est de gâcher la fête qui se prépare pour le retour de l'homme qui a mis à genoux le pays. La terrible manière avec laquelle des centaines de jeunes chômeurs viennent d'être humiliés à Alger, à Constantine et à Aïn Beida atteste bien de trois phénomènes préoccupants : l’impasse de l’emploi, la transformation mafieuse de l’État, la prochaine explosion de la bombe du chômage.
                                             
Comment créer de l’emploi avec rien ?

Il y a quatorze ans, ils avaient décrété ce qui est bien pour eux. Un civil à la place d’un pouvoir militaire. Un civil providentiel, gage de démocratie, d’une république moderne, une république comme on en montre à la télévision justement, avec de belles femmes, la joie de vivre, la souveraineté populaire, le travail pour tous, l’État de droit, le savoir, la culture, l’alternance au pouvoir... La liberté. La liberté de parler, d’aimer, de marcher la nuit, la grâce d’exister... Ils les ont crus.

Les messieurs qui parlent la main sur le cœur, qui invoquent toujours Dieu, parfois les prophètes, ces messieurs puissants ne pouvaient pas mentir. Le nouveau président citait Tocqueville et faisait serment de réaliser l’inimaginable : « Je suis en train de réhabiliter l’État et je suis en train de mettre l’Algérie sur les exigences de l’an 2000, c’est-à-dire une nécessaire et inévitable modernisation ».


Quatorze ans après ces généreuses fanfaronnades, on le sait, le système économique algérien est incapable de créer de l’emploi. Quatorze années après, les hydrocarbures représentent toujours 98% des exportations, contre 52% à l’indépendance ; 14 années plus tard, on constate que rien, absolument rien n'a été entrepris pour la diversification de l’économie nationale et le développement d’autres activités productives pouvant prendre la relève du pétrole et du gaz naturel. Bouteflika a abandonné l'investissement productif et ne vit que par et pour le pétrole.

Comment lutter contre le chômage dans ces conditions ? Comment créer de l’emploi avec rien ? La croissance, exclusivement financière, tirée par les exportations d’hydrocarbures (97% du total des exportations) est une croissance sans développement générateur d’emplois durables. Toutes les solutions de pis-aller, type Ansej, sont arrivées à leur limite. Nous sommes loin de ces premières années de règne où sévissait le cinéma national. Rappelons-nous, à propos du chômage, en 1999, avec quel talent notre président, nouvellement élu, se répandait ainsi sur les ondes étrangères : « Nous sommes en train de prendre des mesures de politiques interne et externe pour redonner toutes ses chances à l’Algérie, à son peuple et, du même coup, redonner l’espoir aux sans-emploi d’aspirer légitimement à un travail, aux sans domicile fixe de réaliser leur rêve de posséder enfin un toit... ».

Le plus choquant est que cette politique antinationale a été élaborée au seul bénéfice d’une conjuration de forces prédatrices formées par les milliardaires de l’informel et la pègre pétrolière internationale que l’expert Nicholas Sarkis désigne par « quelques sociétés étrangères sans scrupules » L’énorme pillage de Sonatrach sous Chekib Khelil n’a été possible que par le fait que l’État s’était mis au service des 40 voleurs, pour reprendre la formule de Nicolas Sarkis, et c’étaient les 40 voleurs qui, non seulement signaient les marchés au nom de l’État algérien, mais qui dictaient toute l’orientation économique et toute la politique pétrolière du régime de Bouteflika. Ce fut à leur seul profit qu’on a surproduit le pétrole.

Durant les trois mandats de Bouteflika, les importations ont quintuplé, passant de moins de 10 milliards de dollars en 1999 à plus de 40 milliards de dollars à fin 2009 ! Aussi, les milliardaires, qui soutiennent tous Bouteflika et qui ont des armées de baltaguias à leur solde, travaillent-ils à ce que rien ne change. L’agression des manifestants-chômeurs, à Constantine et Aïn Beida, porte leur signature. Elle est le signe que le pouvoir et ses affidés ont définitivement adopté le style mafieux et que l’État algérien s’éloigne irrésistiblement de l’État de droit.

Mais tout cela ne fait que reculer l’échéance du pire, car le pays n’étant plus en mesure de financer la paix sociale, le problème du chômage explosera tôt ou tard à la face des gouvernants. Aujourd’hui, Les observateurs les plus conscients pensent même que le pire est à envisager. Après 14 années de règne, Bouteflika a mis l'État à la merci de sa population. La fronde des chômeurs peut aller dans n'importe quelle direction, y compris la plus pessimiste, tout simplement parce que le pays n’est plus en mesure de répondre à la demande d’emploi.

C’est une honte pour nous tous que nos jeunes n’aient le choix qu’entre une vie indigne de chômeurs et le suicide. C’est une honte pour un État qui prétend donner des leçons de gouvernance aux Africains, de dresser une partie de la population contre une autre. Ces jeunes ne demandent pas grand-chose. Ils ne veulent pas de traitement de faveur. Ils veulent seulement ne plus douter d’eux-mêmes. Ils ne veulent plus renvoyer d'eux une image si dérisoire.

Ceux qui, obnubilés par le vernis de la toute-puissance, entreprennent d’humilier les jeunes chômeurs oublient que, hier comme aujourd’hui, aucune jeunesse n’accepte de vivre avec les mêmes horizons désespérants. C’était valable en 1954. Cela reste valable aujourd’hui.

Jamais le temps des crapules ne l’a emporté sur le temps de l’honneur.

 
 

L'Algérie n'est pas leur propriété...

 

 

 Dehbi Abdelkader
Réponse à M. Bouakouir
Merci M. Bouakouir ! Bon sang ne saurait mentir… Ce qui se conçoit clairement s'énonce clairement dit-on ; et nous venons d'éprouver la justesse de ce vieil adage avec ce bref exposé, lucide et limpide s'il en est, sur l'impasse socio politique et institutionnelle dans laquelle se retrouve notre pays, plus de 50 ans après son indépendance. Et en prime, l'auteur, qui se tient à égale distance des faux démocrates et des faux dévots, nous gratifie de cette jolie formule : "dé-moukhabaratiser la politique"… par allusion à ce "mal qui répand la terreur…", qu'il a élégamment omis d'appeler par son autre nom, beaucoup moins poétique : le D.R.S. Car, rien de concret ni de positif ni de bon pour notre pays, ne pourra se faire, tant que l'institution militaire – et singulièrement le D.R.S. son interface politique – s'obstinera dans sa volonté de confisquer la légitime souveraineté du peuple, au nom d'une prétendue "légitimité historique" qui n'a jamais été autant discréditée. A preuve, ce nouvel épisode de la maladie de M. Bouteflika et son hospitalisation dans le saint des saints des Etablissements hospitaliers relevant du ministère français de la Défense. De quel "nif", je vous le demande, de quelle fierté, de quelle dignité, de quel patriotisme pourraient se prévaloir aussi bien les Bouteflika que les généraux-dafs putschistes qui l'ont fait roi ? Sans oublier ce grossier personnage au langage de cocher, dans le rôle de "premier ministre" cher Ubu… Il est plus que temps de rappeler à ces gens-là, deux vérités toutes simples : à savoir 1.- qu'ils ne sont pas immortels ; 2.- que l'Algérie n'est pas leur propriété.
Abdelkader Dehbi
26 mai 2013
 


« Dé-moukhabaratiser » le politique, préalable à la « reconstruction d’un consensus national » !

L'Algérie vit depuis cinquante ans dans une instabilité politique structurelle. Administrée, très mal administrée, elle n’a jamais été réellement gouvernée.
Le système de pouvoir qui s'est imposé par la force à la Nation dès les premières heures de l'indépendance a brisé l'élan libérateur du peuple Algérien et pervertie la dynamique novembriste de construction d'un Etat démocratique et social.
La maladie politique de notre pays est liée à l'incapacité du système à secréter  un processus de constitutionnalisation et d’institutionnalisation du pouvoir politique.
Reposant sur deux principes, la collégialité et l'opacité, l'exercice du pouvoir échappe aux institutions, réduites à servir de caisse de résonance aux luttes de factions gravitant autour de l'élite militaro-sécuritaire.
Les différentes constitutions n’ont jamais été l’expression des rapports de force au sein de la société, elles ne font que sanctionner des équilibres conjoncturels au sein du vrai pouvoir.
Le pouvoir personnel n'est pas la présidentialisation du régime
L'histoire  politique de l'Algérie indépendante est une succession de coup de force qui assure à l'élite militaro-sécuritaire une position hégémonique.
Le système de pouvoir algérien ne correspond  dans sa typologie ni à une dictature militaire classique ni à une autocratie. C’est un autoritarisme géré "collégialement " dans l’opacité la plus totale.
Depuis l'indépendance, les « présidents » n'exercent le pouvoir que par procuration délivrée par un "collège" organisé autour de l'élite militaro-sécuritaire disposant d'un puissant appareil exerçant un contrôle absolu sur le pays.
Une constitution peut octroyer d'importants pouvoirs au « président » mais ils demeurent purement formels dès lors que le processus décisionnel échappe aux mécanismes institutionnels. Aussi, s’engager, comme le font certains partis dits d’opposition  dans le faux-débat  sur la « révision constitutionnelle » revient à maintenir l’illusion d’une vie politique et institutionnelle et à nourrir les leurres et les diversions.
Les années Bouteflika ne dérogent à cette implacable logique. A cette seule exception que celui-ci a bénéficié d'une conjoncture favorable liée à une envolée des revenus générés par l'exportation des hydrocarbures.
Cette conjoncture « heureuse » aurait pu, aurait dû permettre à notre pays d'engager une transition démocratique « paisible et tranquille » qui réhabilite les institutions du pays. Au lieu d'adopter une attitude réellement patriotique en engageant des réformes radicales pour remettre le pays sur les rails du développement, le "pôle présidentiel" s'est attelé à renforcer sa position au sein du "collège" et à favoriser, en généralisant la corruption,  le renforcement de nouvelles couches prédatrices, antinationales. Les fraudes successives ont fini par discréditer une "représentation nationale" délégitimée par des mécanismes de sélection basés sur la cooptation et le clientélisme.
Le réveil des atavismes
La conséquence est qu’aujourd’hui l'Algérie est plongée dans une totale paralysie et ne dispose pas d'une autorité politique légitime capable de la propulser dans le 3ème millénaire.
Une situation d'autant dramatique et périlleuse que l'accélération du "temps mondial" et les dynamiques dé-structurantes libérées  par la globalisation risquent de précipiter notre pays dans les abîmes, achevant ainsi la déconstruction du projet national  qui visait, à travers la lutte révolutionnaire anticoloniale,  à forcer l’ouverture des portes d'accès de l’Algérie à la modernité politique.
A l'heure où un nouveau monde, porté par la « révolution technologique de l’information et de la communication », s'installe sur les débris de la guerre froide, bouleversant les structures politiques, économiques culturelles et familiales selon une ampleur au moins équivalente à celle provoquée par la « révolution industrielle » du 18ème siècle, les atavismes se réveillent et les vieux démons de l'ethno-tribalisme prêts à ressurgir à la vitesse du 21ème siècle.
L’échec de Bouteflika ?
A entendre des personnalités et des partis se réclamant  de l'opposition, le départ de Bouteflika provoquerait quasi-mécaniquement un changement politique majeur. L'état de déliquescence politique extrême peut nourrir cette illusion, l'Algérie n'ayant jamais connu, en effet, pire situation.
Mais il ne s'agit pas simplement de tourner la page tragico-ubuesque des années Bouteflika, mais de rompre avec cinquante ans de confiscation politique et du viol du droit fondamental pour lequel le peuple algérien a consenti d’immenses sacrifices : le droit à l’autodétermination politique, collectif et individuel.
Bouteflika n'est en définitive que l'expression pathologique et dégénérée d'un système imposé par la violence en 1962 et dans la genèse remonte à l’assassinat politique  d’Abane Ramdane.
L'élite militaro-sécuritaire a aujourd'hui plus qu'hier la responsabilité historique de briser le cercle infernal de l'instabilité politique.
Se mettre au service de l'Algérie, lever les obstacles à la réhabilitation des institutions de l'Etat, unique voie assurant la stabilité du pays à l'heure des tourmentes géopolitiques régionales, est un impératif de sécurité nationale.
L’ambition de l’Algérie, telle qu’incarnés par les pionniers du mouvement national, n’est ni d’être le sous-traitant régional de la doctrine américaine de la « guerre contre le terrorisme », ni de devenir une « Corée du nord » sans l’arme nucléaire comme le voudrait une chef trotskyste.
Les élites militaro-sécuritaire ne peuvent plus décider de tout et ne rien assumer !
Rompre avec la pensée coloniale
Cet impératif suppose une  "révolution culturelle", une décolonisation des mentalités et des pratiques.
Si le peuple algérien a vaincu le colonialisme, la pensée coloniale, quant à elle, a largement imprégné les élites dirigeantes. Lorsqu'un ministre justifie la répression en invoquant le "tempérament anarchique" des Algériens, il ne fait reproduire les clichés idéologiques contenus dans le discours accompagnant  la colonisation. Il résume ce rapport pouvoir/peuple construit sur l’ « inaptitude » de ce dernier à vivre en liberté et en démocratie. Un « Ghachi » pour reprendre la formule d’un intellectuel organique.
Dans la "culture politique" des dirigeants du pays, le peuple demeure une masse amorphe sans conscience et sans existence politiques. L'individu-citoyen, jouissant de ses droits politiques et civiques, est niée au nom d'une communauté nationale cimentée par une « fraternité mythico-religieuse » qui ne supporte pas le pluralisme politique, culturel et linguistique, source de divisions, de Fitna.
Cette "révolution culturelle", véritable rupture avec une conception prémoderne de l'autorité politique, est ce qui permettra  de réconcilier l'Armée avec son peuple et posera les bases d'une véritable réconciliation historique.
Construire l'alternative politique
Les élites algérienne, politique, économique, médiatique, syndicale ou associative,  quelques soient leurs penchants philosophico-idéologiques, doivent se libérer de cette espèce de fascination, faite selon les conjonctures d'attraction ou de répulsion,  qu'exerce sur elles l'élite militaro-sécuritaire.
Les forces démocratiques en particulier doivent orienter leur action pour mobiliser pacifiquement les Algériens et les Algériennes, pour arracher la jeunesse algérienne des griffes d’obscurs prédicateurs religieux, encouragés et manipulés par le système.
L’Algérie a besoin d’une grande force politique alternative et non pas d’un « groupe de pression » plaidant sa cause auprès d’introuvables courants modernistes au sein de l’Armée.  
La rupture avec un système basé sur la subordination du politique au militaire impose aux forces du changement démocratique de réhabiliter le projet national revu et corrigé lors du congrès de la Soummam.
Ni logique d'affrontement, notre pays ayant payé un lourd tribut ; ni tentation aventurière à l’heure où des forces extérieures, relayées de l’intérieur, cherchent à régler des comptes avec l’Algérie.
Mais une ferme détermination à poser comme préalable à tout engagement dans une quelconque bataille électorale, l’abandon par l'élite militaro-sécuritaire de son rôle de police politique pour se consacrer aux missions dévolues à tout « service de renseignement » soumis à l’Etat de droit.
La sauvegarde de l'Algérie passe par la fin de cet "état d'exception" qui bloque tout processus d'autonomisation du politique.
Samir Bouakouir samirbouakouir@gmail.com
El Watan du 25 mai 2013

Lien: http://www.elwatan.com/actualite/point-de-vue-de-moukhabaratiser-le-politique-prealable-a-la-reconstruction-d-un-consensus-national-25-05-2013-215023_109.php
 
dimanche 26 mai 2013
 


La G4G parle : Assad plus fort que jamais

 

 

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel a obtenu l’évaluation de la situation syrienne que fait le BND (service de renseignement allemand, ou Bundesnachrichtendienst), et que son chef Gerhard Schindler a communiqué à un groupe sélectionné d’hommes politiques. En un an, le BND a modifié radicalement son évaluation. Le BND estime que le gouvernement Assad “est plus stable qu’il ne l’a jamais été depuis longtemps” et qu’il peut “entreprendre des opérations avec succès, à volonté, contre les groupes rebelles”. (Dans Spiegel Online, le 22 mai 2013.)
«It is a notable about-face. As recently as last summer, Schindler reported to government officials and parliamentarians that he felt the Assad regime would collapse early in 2013. He repeated the view in interviews with the media. At the time, the BND pointed to the Syrian military's precarious supply situation and large numbers of desertions that included members of the officer core. German intelligence spoke of the “end phase of the regime.”
»Since then, however, the situation has changed dramatically, the BND believes. Schindler used graphics and maps to demonstrate that Assad's troops once again possess effective supply lines to ensure sufficient quantities of weapons and other materiel. Fuel supplies for tanks and military aircraft, which had proved troublesome, are once again available, Schindler reported. The new situation allows Assad's troops to combat spontaneous rebel attacks and even retake positions that were previously lost. The BND does not believe that Assad's military is strong enough to defeat the rebels, but it can do enough to improve its position in the current stalemate.
»The assessment appears to be consistent with recent reports from Syria, where government troops have been able to regain the upper hand in the region stretching from Damascus to Homs, including coastal areas near Homs. Furthermore, fighters loyal to Assad have expelled rebel fighters from several districts on the edge of Damascus and cut off their supply lines to the south. Currently, the regime is in the process of severing rebel supply lines to the west.
»Meanwhile, the BND believes that rebel forces, which include several groups of Islamist fighters with ties to al-Qaida, are facing extreme difficulties. Schindler reported that different rebel groups are fighting with each other to attain supremacy in individual regions. Furthermore, regime troops have managed to cut supply lines for weapons and evacuation routes for wounded fighters. Each new battle weakens the militias further, the BND chief said.
»Should the conflict continue as it has in recent weeks, says Schindler, government troops could retake the entire southern half of the country by the end of 2013. That would leave only the north for insurgent fighters, where Kurdish rebels have tighten control over their areas.»
Sur le terrain, les rebelles évoluant de plus en plus de manière autonome, sinon antagoniste et bien entendu anarchique avec des affrontements internes qui ne cessent de les affaiblir, les liens hiérarchiques avec la “direction politique” organisée sous l’égide du bloc BAO deviennent quasiment inexistants, estime Schindler. Cette situation laisse peu d’espoir que des conversations de paix puissent être conduites (notamment à la conférence Genève-II, lancée par la Russie et les USA), cette “direction politique” étant réduite à un état de non-représentation et n’ayant plus guère comme issue que de radicaliser sans cesse sa position pour rendre les négociations impossibles sans trop mettre en évidence son impuissance et son inexistence.
«Schindler's report on the state of the rebel groups allows little room for hope that serious talks between the insurgents and the Assad regime will take place soon. The BND says there is no functional chain of command between opposition leaders abroad and the militias inside of Syria. The fighters on the ground simply don't recognize the political leadership, says the BND.»
Cette évaluation du BND confirme (voir notamment le 22 mai 2013) toutes les évaluations, notamment dans les services et organismes spécialisés du bloc BAO, concernant la situation sur le terrain. Il s’agit notamment de la victoire dans la bataille de Qusair (voir Al Monitor Lebanon Pulse, le 21 mai 2013), considérée comme une affirmation stratégique majeure et, pour notre propos, comme un événement opérationnel qui prend une allure de symbole de la signification de cette “guerre syrienne”. Il s’agit alors d’un élément fondamental pour la définition de Guerre de 4ème Génération (G4G), qui est devenue, dans le développement des événements, particulièrement depuis 2008, la transcription opérationnelle de la crise générale d’effondrement du Système.
Nous avons suivi épisodiquement ce que nous jugions être l’évolution du concept de G4G, comme l’évolution d’un concept qui, plus encore que signifier une nouvelle “génération” de forme de guerre, présente la particularité de désigner un concept de guerre échappant complètement aux seules règles et aux seuls éléments de l’activité militaire. Par exemple, en 2006, à propos de deux crises militarisées (entre Israël et le Hezbollah à l’été 2006 et lors de l’opération israélienne contre Gaza au début 2009 [voir le 16 août 2006 et le 23 janvier 2009]), nous observions l’évolution radicale du concept qui implique de plus en plus essentiellement et nécessairement des domaines que nous avons l’habitude de considérer comme non-militaires. Notre appréciation progressant, nous en venons à considérer que la G4G est un concept de “guerre” complètement adaptée à notre époque, et intégrant les changements considérables apportées par une époque (surtout depuis 2008) qui est celle de l’infrastructure crisique et de la crise d’effondrement du Système. Parmi les éléments essentiels caractérisant la nouvelle forme des conflits (qu’il est de plus en plus difficile de nommer “guerre”), on notera la prépondérance de la communication (système de la communication) et le rôle fondamental des forces structurantes que sont les principes, et, à l’inverse, l’attaque des forces Système caractérisées par l’équation dd&e (déstructuration, dissolution & entropisation).
La “guerre syrienne” dans son développement depuis deux années est devenue parfaitement un conflit G4G en ceci qu’il échappe à toutes les règles militaires classiques, et qu’il évolue comme une “guerre” d’une forme anarchique si l’on s’en tient aux seuls concepts militaires et géopolitiques courants. La communication y joue un rôle fondamental (voir le 2 avril 2012), y compris la communication autour d’instruments de guerre qui ne sont pas nécessairement amenés à servir, et dont on peut même avancer que leur fonction pourrait être justement de ne pas être utilisés (le cas des S-300 russes livrés ou pas à la Syrie). Également et d’une façon paradoxale, la diplomatie y joue un rôle considérable comme “arme de combat”, puisque c’est bien la diplomatie qui a permis à la Russie d’y gagner le rôle de leadership qui est désormais le sien. (Cela, contre la non-diplomatie d’un bloc BAO totalement noyé dans l’affectivité [voir le 11 juin 2012], campé sur un ultimatum d’autodestruction de l’adversaire et un soutien affiché apporté à toutes les forces subversives, noyant ainsi le peu de légitimité à laquelle pourrait prétendre une partie de l’opposition syrienne dans un océan d’imposture et de montages illégaux et financiers grossiers, avec en soutien de pointe l’un des membres les plus fictifs et les plus anti-principiels du bloc BAO, le Qatar, passé maître dans l’influence déstructurante.) Enfin, la question principielle y joue également un rôle essentiel, en donnant ou en refusant aux uns et aux autres, à mesure de l’évolution de la situation opérationnelle, une légitimité qui permet de tenir un rôle essentiel au travers de l’autorité que confère cette légitimité. C’est encore le cas de la Russie, mais aussi celui du régime Assad qui disposait pourtant au départ des troubles d’une légitimité plus que chancelante et en pleine dissolution, et qui s’est re-légitimisé à mesure que la “guerre” a avancé, à l’aune de l’évidence déstructurante de l’action de ses adversaires. Dans l’aventure, d’autre part, les autres intervenants de ce côté qui est celui de la défense des principes structurants, qui tenaient un rôle complètement secondaire à l’origine, notamment le Hezbollah et l’Iran, ont acquis eux-mêmes une légitimité d’acteurs à part entière, hors de leurs propres territoires, sur un plan régional affirmé.
Il n’est nullement assuré que la “guerre syrienne” évolue en une guerre régionale affirmée, ou plus (pire) encore, en conflit plus généralisée. Il n’est pas plus assuré qu’elle débouche sur une victoire affirmée et une re-stabilisation du pays affecté (sous un pouvoir ou l’autre) et des autres pays de la zone. Mais d’ores et déjà, la “guerre syrienne” interprétée selon le prisme de la G4G, touche toute la région et la transforme radicalement, dans des conditions et selon des orientations que nous ne pouvons imaginer, – et cela avec des conséquences générales sur l’évolution de la crise d’effondrement du Système, qui sont elles aussi hors de notre capacité de prévision, et qui pourraient être radicales dans leur enchaînement d'effets et de conséquences. La “guerre syrienne“, selon le modèle G4G, a quitté la dimension nationale et la dimension idéologique, et même la dimension religieuse, qui sont toutes des sous-produits de l’affrontement entre Système et antiSystème, pour attendre la dimension de cet affrontement qui est la dimension principielle (autour des principes, déstructuration contre structuration). Une seule certitude est que l’évolution actuelle sanctifie absolument à la logique de la crise de l’effondrement du Système, qui se joue effectivement sur cet affrontement principiel et qui enchaîne sans vergogne, à chaque séquence, la dynamique d’autodestruction sur la dynamique de surpuissance. Le bloc BAO, qui a choisi son camp comme on sacrifie à une fatalité qui a elle-même déjà fait son choix, parce que ce camp est celui du Système, essuie les déboires habituels.
... Le reste évolue en fonction de cette évolution générale. Il y a deux ans, “Les Amis de la Syrie” se réunissaient pour la première fois, à Tunis : ils étaient 88 ; il viennent de se réunir, le 22 mai à Amman. Ils étaient onze.
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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