ELWATAN-ALHABIB
mercredi 30 janvier 2019
 

ANTISÉMITISME, ISLAM ET AMALGAMES










Depuis longtemps déjà, sur la scène intellectuelle française, l’accusation d’antisémitisme ne sert plus seulement à dénoncer les véritables judéophobes, mais de nombreux chercheurs ou intellectuels qui critiquent la politique occidentale dans le monde musulman ou dénoncent la stratégie israélienne d’écrasement des Palestiniens. Dernière cible en date, François Burgat, membre du comité de rédaction d’Orient XXI, à coup de citations tronquées par L’Obs et Le Monde. Le chercheur y répond dans cette tribune.
Orient XXI,
Médias > Droits humains > Sociétés > François Burgat > 30 janvier 2019
La « lutte contre l’antisémitisme », qui devrait demeurer un instrument parfaitement légitime et indispensable, est très régulièrement détournée de sa fonction au profit d’intérêts corporatistes ou sectaires. Fût-ce à tout petits pas, il est vrai qu’ici et là, la réflexion progresse parfois : ainsi, le chroniqueur de France Inter, Claude Askolovitch, après avoir été pendant de longues années l’un des plus complaisants adeptes et promoteurs de ce dévoiement (par exemple contre Tariq Ramadan lors du forum social européen de 2003, ou encore contre Siné dont il a contribué à obtenir le licenciement de Charlie, etc.) a pris conscience, en 2013, qu’il maniait une arme à double tranchant. Il a réalisé qu’à force d’associer cette lutte contre l’antisémitisme à la dénonciation de mouvements qui n’avaient aucune raison d’en être accusés, le risque était grand de… la discréditer. Et donc, de priver non point tant la communauté juive que la société tout entière d’une arme qui, lorsqu’elle est utilisée à bon escient, demeure absolument essentielle. La lucidité dont Askolovitch a commencé à faire preuve à partir de son ouvrage Nos mal-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas (Grasset, Paris, 2013) s’est manifestée plus récemment dans une mise au point. Dans « La défense des juifs, ultime morale des pouvoirs que leurs peuples désavouent », il raconte sa prise de conscience du danger à laisser cette accusation d’antisémitisme être mobilisée par le pouvoir macronien en déroute pour discréditer un mouvement social aussi puissant que celui des Gilets jaunes. Même si sa lucidité demeure à géométrie variable, d’utiles vérités y sont également reconnues enfin comme telles.
Mais cette sagesse retrouvée est hélas encore loin d’être générale, bien au contraire ! Ce qui est très franchement inquiétant c’est que, très récemment L’Obs, faute de trouver les preuves qui l’autoriseraient à brandir l’invective infamante et à mettre fin à un débat où il était cruellement à court d’arguments, n’a pas hésité, comme d’autres avant lui, à les fabriquer ! L’ » enquête » de Matthieu Aron — rarement le terme « enquête » aura été aussi clairement dévoyé — tente d’abord de m’amalgamer à ceux que l’on accuse, en tordant il est vrai le plus souvent les faits, de « racialiser » les différends politiques. Même si je respecte leur combat et que, plus encore, j’exècre la cohorte de leurs ennemis, je me suis, sur ce point très précis, explicitement et publiquement démarqué de certaines des catégorisations du Parti des indigènes de la République.
Mais l’essentiel est ailleurs : les « racialistes » ne peuvent bien évidemment être qu’ « antisémites ». La démonstration requérait donc une seconde série de mensonges ; qu’on en juge : les jours suivants le meurtre à Paris, le 23 mars 2018, d’une vieille dame juive du nom de Mireille Knoll, l’un de ses auteurs étant de culture musulmane, a donné lieu à une délirante flambée d’insinuations sectaires toutes plus virulentes les unes que les autres. Un sommet a été atteint par Robert Badinter, souvent mieux inspiré, qui a cru pouvoir qualifier ce crime de « Shoah dans un appartement ». L’enquête de police a pourtant très vite permis d’entrevoir la réalité d’un forfait plus banalement crapuleux.
Dans ce contexte, sur Twitter, j’ai ironisé, non point sur un meurtre parfaitement odieux et moins encore sur la Shoah, mais bien sur l’imprudente interprétation péremptoire du crime par un ténor de la scène publique. Je l’ai fait en des termes qui, sur le sens de mon commentaire, ne laissaient pas la plus infime place au doute :
Pour le détourner de sa signification parfaitement explicite et parvenir à insinuer que mon ironie ciblait le meurtre de Mireille Knoll, le « journaliste d’investigation » a d’abord amputé purement et simplement mon tweet — ce n’est pourtant pas si long que ça, un tweet… — de toute sa seconde partie. Mais cela ne suffisait pas ; Aron a donc supprimé la référence explicite à l’auteur (Badinter) de la formule incriminée. Il a ensuite retranché également la mention « Oh l’erreur » qui portait trace elle aussi d’un sens interdisant l’interprétation qu’il entendait dénoncer. Puis il a supprimé les guillemets montrant que je n’étais pas l’auteur de la formule « Shoah dans un appartement », avant, pour masquer sa grossière intervention, d’en remettre sur l’ensemble de la phrase. On est donc là bien loin de la faute d’inattention, sur le terrain de la fabrication d’une infox ( fake news). La fabrique des infox, ce dangereux sport du moment dont L’Obs va avoir l’impudeur de faire le thème de l’un de ses numéros suivants.
L’épisode ne s’arrête pas là. Quelques semaines plus tard, alors que des démentis avaient déjà circulé, Michel Guerrin, l’un des rédacteurs en chef du Monde, sans se donner la peine d’opérer la moindre vérification — telle que lire mon tweet par exemple — recopie paresseusement l’infox de son confrère « fabricant d’antisémites » et manipulateur de tweet et écrit que j’ai tweeté : « Oups, ce n’était pas vraiment la Shoah dans un appartement » ! En matière d’« antisémitisme » utile, on le voit, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

 
lundi 28 janvier 2019
 
Ainsi va et mal le monde !







par Kharroubi Habib


La crise vénézuélienne dont il faut se garder de pronostiquer l'issue offre une leçon éclairante de géopolitique contemporaine. Il apparaît clairement que cette crise n'a pas en effet pour protagonistes que les deux camps vénézuéliens qui se disputent le pouvoir : celui du président Nicolas Maduro réélu en 2018 qui entend le conserver et celui de ses opposants dont le chef de file Juan Guaido s'est autoproclamé « président par intérim » du pays.

Les démêlés de ces deux camps ont une dimension géopolitique incontestable dès lors qu'ils ont donné lieu à la cristallisation d'alliances visant à faire triompher l'un ou l'autre camp. Les Etats-Unis, le Canada et une série d'autres Etats latino-américains se sont rangés du côté de l'opposition anti-Maduro et réclament de celui-ci qu'il lui remette le pouvoir dans le pays en vertu qu'elle est investie de la « légitimité » que lui aurait perdue. Face à cet axe, Maduro et ses partisans ont le soutien de celui englobant la Russie, la Chine, mais aussi la Turquie, l'Iran et des pays latino-américains en désaccord avec les intentions états-uniennes pour le Venezuela.

Ces alignements internationaux que provoque la crise au Venezuela sont révélateurs que la présentation telle que faite de celle-ci par les médias occidentaux occulte la réalité qui est que la « communauté » internationale est profondément divisée sur le sujet et non monolithique dans le soutien à l'opposition vénézuélienne comme ils le soutiennent. Ce parti pris médiatique s'est manifesté sans nuance en ne faisant cas que des soutiens qui s'expriment en faveur de l'opposition vénézuélienne et en y voyant l'expression d'un peuple vénézuélien soudé autour d'elle et d'une « communauté » internationale unanime dans la défense de ses revendications.

Ce que donne à voir la réalité en cette crise vénézuélienne tant au plan intérieur qu'internationalement est pourtant bien éloigné de cette vision à l'unanimisme faussé. S'il est vrai que des milliers de Vénézuéliens sont descendus dans la rue à l'appel de l'opposition et revendiquent la déchéance de Maduro et de son gouvernement, ils sont tout autant sinon plus à faire de même mais pour manifester leur soutien à ces derniers. Ce n'est pas aussi parce que l'Amérique et les Etats qui lui ont emboîté le pas se sont rangés du côté de l'opposition qu'il faille en faire les porte-voix de la communauté internationale. L'on sait où cette conception restrictive de la notion de communauté internationale a conduit dans les crises qui ont eu pour théâtre l'Irak, la Libye et la Syrie pour ne citer que celles dont les conséquences n'en finissent pas de menacer la paix mondiale.

Les intérêts géopolitiques qui se confrontent au Venezuela priment pour ceux qui ont fait l'enjeu de leur engagement aux côtés de l'une ou l'autre partie vénézuélienne sur celui du peuple vénézuélien. Ainsi va le monde comme diraient d'aucuns. 
 
mercredi 23 janvier 2019
 

Israël, permis de tuer








Israël, permis de tuer
par Manlio Dinucci
“Avec une action vraiment insolite, Israël a officialisé l’attaque contre des objectifs militaires iraniens en Syrie et intimé aux autorités syriennes de ne pas se venger contre Israël” : ainsi les médias italiens rapportent-ils l’attaque effectuée hier par Israël en Syrie avec des missiles de croisière et des bombes guidées. “C’est un message aux Russes, qui avec l’Iran permettent la survie au pouvoir de Assad”, commente le Corriere della Sera.
Personne ne met en doute le “droit” d’Israël d’attaquer un État souverain pour imposer le gouvernement qu’il doit avoir, après que pendant huit années les USA, l’Otan et les monarchies du Golfe ont essayé avec Israël de le démolir, comme ils l’avaient fait en 2011 avec l’État libyen.
Personne ne se scandalise que les attaques aériennes israéliennes, samedi et lundi, aient provoqué des dizaines de morts, dont au moins quatre enfants, et de graves dommages à l’aéroport international de Damas. Par contre on donne un large écho à la nouvelle que par prudence est restée fermée pendant une journée, au grand déplaisir des excursionnistes, la station de ski israélienne sur le Mont Hermon (entièrement occupé par Israël avec les hauteurs du Golan).
Personne ne se préoccupe du fait que l’intensification des attaques israéliennes en Syrie, au prétexte que celle-ci sert de base de lancement de missiles iraniens, entre dans la préparation d’une guerre à vaste échelle contre l’Iran, planifiée avec le Pentagone, dont les effets seraient catastrophiques.
La décision des États-Unis de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien -accord défini par Israël comme “la reddition de l’Occident à l’axe du mal dirigé par l’Iran”- a provoqué une situation d’extrême dangerosité pas seulement pour le Moyen-Orient. Israël, la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient -non adhérent au Traité de non-prolifération, souscrit par contre par l’Iran- tient pointées contre l’Iran 200 armes nucléaires (comme l’a spécifié l’ex-secrétaire d’État étasunien Colin Powell en mars 2015). Parmi les divers vecteurs d’armes nucléaires Israël possède une première escadre de chasseurs F-35A, déclarée opérationnelle en décembre 2017.
Israël a non seulement été le premier pays à acheter le nouveau chasseur de cinquième génération de l’étasunien Lockheed Martin, mais avec ses propres industries militaires il joue un rôle important dans le développement de l’avion de chasse : les Israel Aerospace Industries ont commencé en décembre dernier la production de composants des ailes qui rendent les F-35 invisibles aux radars. Grâce à cette technologie, qui sera appliquée aussi aux F-35 italiens, Israël potentialise les capacités d’attaque de ses forces nucléaires, intégrées au système électronique Otan dans le cadre du “Programme de cooptation individuel avec Israël”.
Mais de tout cela on ne trouvera pas d’information sur nos médias, comme on n’en trouve pas non plus sur le fait que, en plus des victimes provoquées par l’attaque israélienne en Syrie, il y a celles encore plus nombreuses provoquées chez les Palestiniens par l’embargo israélien dans la Bande de Gaza. Où – à cause du blocus, décrété par le gouvernement israélien, de fonds internationaux destinés aux structures sanitaires de la Bande- six hôpitaux sur treize, dont les deux hôpitaux pédiatriques Nasser et Rantissi, ont dû fermer le 20 janvier par manque du carburant nécessaire pour produire de l’énergie électrique (dans la Bande la distribution par réseau est extrêmement sporadique).
On ne sait pas combien de victimes provoquera la fermeture délibérée des hôpitaux de Gaza. On ne trouvera de toutes façons pas d’information là-dessus sur nos médias, qui par contre ont largement diffusé ce qu’a déclaré le vice-premier ministre Matteo Salvini dans sa récente visite en Israël : “Tout mon engagement à soutenir le droit à la sécurité d’Israël, bastion de démocratie au Moyen-Orient”.
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Édition de il manifesto
https://ilmanifesto.it/israele-licenza-di-uccidere/
Traduit de l’italien par M-A P.
 
 

Il faut au Liban un système de défense antiaérienne : attaques multiples en Syrie pendant le sommet arabe à Beyrouth








Il faut au Liban un système de défense antiaérienne : attaques multiples en Syrie pendant le sommet arabe à Beyrouth
Par Elijah J. Magnier (à Beyrouth): ejmalrai
Traduction : Daniel G.
Pendant 45 minutes, des avions israéliens ont lancé en plusieurs vagues 45 missiles en plein jour et après minuit contre de nombreuses cibles syriennes, le jour même où s’ouvrait le sommet arabe pour le développement économique et social dimanche à Beyrouth. Israël, qui est reconnu pour ses doubles messages cachés, a laissé vraiment peu de place au hasard en violant l’espace aérien du Liban et en bombardant la Syrie pendant le sommet. La faiblesse du système politique libanais, otage des humeurs et des menaces arabes et internationales, empêche le pays d’avoir son propre système de défense antiaérienne qui protégerait et préserverait sa souveraineté, mais qui rendrait aussi les bombardements israéliens contre la Syrie plus difficiles.
Des sources sur le terrain affirment que “la Syrie a riposté en lançant cinq missiles de précision contre plusieurs cibles militaires israéliennes mais qu’un seul a été intercepté par le dôme de fer israélien. Cela pourrait expliquer la première attaque israélienne de ce type contre ce type d’attaques multiples”.
Au moment même où les envoyés arabes prenaient leur déjeuner à Beyrouth, des avions israéliens survolaient le Liban pour bombarder des cibles autour de l’aéroport de Damas et ailleurs au pays, sous le prétexte de « viser des cibles iraniennes en Syrie ». Le message d’Israël est clair. Pourtant, ni l’agression contre le Liban (la violation de son espace aérien), ni le bombardement de la Syrie, un pays arabe à qui l’on empêche de réintégrer la Ligue arabe et qui joue un rôle fondamental au Moyen-Orient, n’ont entraîné de condamnation ou la moindre réaction de la part des Arabes.
Un autre message qui ressort des attaques contre la Syrie pendant le Sommet arabe est celui-ci : Israël n’est pas l’ennemi d’une bonne partie des responsables arabes présents au Liban. En effet, Israël jouit d’une relation à la fois ouverte et secrète avec de nombreux pays du Moyen-Orient qui ne veulent pas s’en prendre à Tel-Aviv, qui voient toute résistance contre Israël comme désespérément inadaptée et qui considèrent « l’Armée de la résistance » comme le seul ennemi à abattre qui reste.
Le Liban assume sa part de responsabilités dans cette situation. Bon nombre de ses dirigeants politiques refusent de doter l’armée d’armes perfectionnées, notamment d’un système de défense antiaérienne qui pourrait riposter à la violation quasi-quotidienne par air, mer et terre de la souveraineté libanaise par Israël. La Russie et l’Iran ont chacun offert d’équiper l’armée libanaise de batteries de missiles plus qu’adéquates, mais en vain. C’est que les USA et le R.U. offrent généreusement divers programmes de formation aux officiers de la sécurité intérieure, de l’armée et de la sécurité extérieure du Liban, ainsi qu’à ses forces spéciales, du matériel « non meurtrier » et suffisamment d’armes pouvant être utilisées en cas de guerre urbaine dans le pays. Les USA et le R.U. exercent de la pression sur les dirigeants politiques libanais pour qu’ils refusent tous les cadeaux et tous les approvisionnements d’armes à bas prix de la part des Russes ou des Iraniens, bref tout ce qui pourrait constituer une menace à la suprématie et à la domination militaire israélienne.
Le Liban est divisé sur la question, mais ne peut pas faire grand-chose. L’élite politique libanaise a des connexions avec l’Occident qui sont loin d’être simples, tout comme avec les pays arabes. Du point de vue politique, ses dirigeants ne sont pas indépendants mentalement et préfèrent ne pas froisser leurs amis, en particulier l’administration américaine et l’Arabie saoudite, un proche allié des USA complaisant. Ceux-ci considèrent la résistance libanaise locale (le Hezbollah) comme une organisation terroriste, en raison du danger qu’elle représente pour les plans expansionnistes d’Israël en Palestine et au Liban, et de son rôle dans l’échec de l’objectif occidental qui était un « changement de régime » en Syrie, la partition de l’Irak et le contrôle du Yémen par les Saoudiens.
L’administration américaine justifie son incapacité à livrer des armes perfectionnées au Liban par « la crainte qu’elles ne tombent aux mains du Hezbollah ». Contrairement à l’armée libanaise, le Hezbollah constitue une armée irrégulière motivée et idéologiquement organisée, qui est particulièrement bien entraînée pour toutes les formes de combat. Elle possède aussi les armes les plus perfectionnés, y compris des missiles sol-sol à carburant solide et des missiles sol-air qui répondent à ses besoins de mobilité et de déploiement rapide en cas de guerre contre Israël. Elle a occupé Beyrouth en l’espace de quelques heures et repris un territoire beaucoup plus grand que le Liban pendant la guerre qu’elle a menée en Syrie. Il est inutile de comparer les deux armées, car il y a trop de différences en matière de compétences et d’idéologie. Par conséquent, l’affirmation des USA semble non fondée, mais elle vise à protéger Israël et à permettre à son armée de disposer du territoire de son voisin en toute tranquillité.
Il faut au Liban un système de défense antiaérienne 2 20190122
Le comportement condescendant des USA à l’égard des responsables libanais était manifeste lors de la visite ce mois-ci du sous-secrétaire d’État aux affaires politiques David Hale au Liban, à la place du secrétaire d’État Mike Pompeo, qui lui s’est rendu dans plusieurs pays arabes du Moyen-Orient. Hale a souligné le faux « exploit » des USA, à savoir le démantèlement de Daech, alors que c’est principalement le Hezbollah qui a défait le groupe terroriste et al-Qaeda au Liban et à sa frontière avec la Syrie (avec une présence et une contribution symboliques de l’armée libanaise). Hale n’a pas hésité à s’en prendre au Hezbollah en tant que « milice qui ne rend pas de compte au peuple libanais », en ignorant le fait que le groupe est formé en grande partie de ce même peuple, et qu’il reçoit l’appui de plus de la moitié de la population libanaise, qu’elle soit chiite, sunnite, chrétienne ou druze.
Hale n’a pas hésité à s’interférer dans « le choix du gouvernement libanais », en brandissant la menace du fardeau « économique » pour « éviter tout nouveau dommage » si le Hezbollah, qui compte des dizaines de députés soutenus par les deux tiers du parlement, est inclus dans le nouveau gouvernement. Le groupe a demandé au ministre de la Santé et n’a pas caché son intention de réduire le prix des médicaments pour diminuer une facture salée, et d’établir une production locale afin de réduire la corruption endémique dont souffre la société libanaise. Les USA ne veulent pas voir le Hezbollah obtenir un ministère en pensant que cela pourrait redorer son blason à l’échelle locale et accroître ses appuis sur la scène libanaise. Les USA semblent ignorer le fait que loin d’être une entité distincte des chiites libanais, le Hezbollah en est une composante intégrante.
Hale a établi un plafond inatteignable en prétendant que les USA sont en mesure « d’expulser jusqu’à la dernière botte iranienne ». L’Iran a été invité par le gouvernement de Damas pour empêcher le changement de régime et le contrôle absolu de la Syrie par les djihadistes. L’Iran a été invité également par le gouvernement de Bagdad, où il est toujours présent avec la Russie dans un centre opérationnel conjoint, afin de soutenir la lutte contre Daech. Les USA ne peuvent dicter d’aucune façon à l’Irak le retrait des conseillers iraniens du pays. Des responsables iraniens et américains travaillent au contraire à des centaines de mètres les uns des autres et les deux parties échangent des renseignements secrets liés au combat contre Daech.
En Syrie, la situation entre les USA et l’Iran est bien différente. The Levant a une frontière commune avec Israël, ce qui fait « atteindre des sommets » à la priorité des USA de soutenir l’ambition de Tel-Aviv sur les hauteurs du Golan occupé et de calmer sa crainte de « l’Axe de la résistance » si près de sa frontière, même si le président al-Assad (le père comme le fils) n’avait pas tiré une balle en sa direction en 30 ans (avant 2011). Les USA n’ont pas été invités en Syrie, contrairement à l’Iran, et n’ont pas l’intention de quitter le passage frontalier d’al-Tanf entre la Syrie et l’Irak, malgré l’absence de Daech. De plus, Trump a exprimé sa volonté de se retirer seulement après avoir fait entrer dans les provinces d’Hassaké et de Raqqa (où sont déployées les forces américaines) un autre occupant : la Turquie.
L’administration américaine exerce des pressions sur les pays de la Ligue arabe pour qu’ils freinent leur ambition de ramener la Syrie dans leur nid et de s’engager dans sa reconstruction. Elle organise une occupation turque du nord-est de la Syrie. Elle impose ses vues au Liban, en le menaçant de nouvelles sanctions pour contrer le Hezbollah, mais sans succès. Elle empêche le Liban d’acquérir un système de missiles défensifs qui stopperait Israël de bombarder la Syrie. Ses intentions sont clairement de laisser le Levant en ébullition et instable, ce qui est à l’avantage d’Israël, dont les responsables disent sans ambages : « Nous préférons voir Daech à notre frontière! »


source:https://ejmagnier.com/2019/01/22/il-faut-au-liban-un-systeme-de-defense-antiaerienne-attaques-multiples-en-syrie-pendant-le-sommet-arabe-a-beyrouth/
 
lundi 21 janvier 2019
 
Le Mossad se déploie au Sahel via le Tchad






par Kharroubi Habib

Il n'est pas surprenant que le Tchad, un pays africain à majorité musulmane, renoue les ponts avec Israël avec lequel il a rompu il y a des décennies de cela en solidarité avec les Palestiniens et le monde arabe confrontés à ses menées annexionnistes et expansionnistes. Le président tchadien Idriss Deby qui a opéré ce revirement n'est pas critiquable de ce point de vue car il assume sans complexe du moment que l'exemple lui en a été donné par les principaux Etats de ce monde arabe qui sont eux-mêmes en normalisation avancée de leurs relations avec l'Etat sioniste.

Des sources avancent même que le président tchadien a opéré le rapprochement de son pays avec Israël à la demande expresse de certains de ces Etats arabes. Pour des pays comme le Tchad qui sont confrontés à d'inextricables problèmes tant de l'ordre économique que sécuritaire et dont la stabilité est de ce fait extrêmement menacée, le rapprochement avec Israël est devenu un passage obligé pour espérer bénéficier de l'aide des puissances occidentales, l'Amérique en tête, qui conditionnent leur soutien par l'exigence pour eux d'en passer par là.

Ce n'est donc pas pour faire reproche à Idriss Deby d'avoir réconcilié son pays avec Israël que cet écrit est commis, mais pour constater que le retour de ce dernier au Tchad qui est un Etat au cœur du Sahel, une région qui a une importance géopolitique capitale pour l'Algérie, pose problème à cette dernière. C'est un euphémisme de dire que l'Algérie est dans la ligne de mire de l'Etat sioniste et que ce dernier ne ratera aucune opportunité qui lui permettrait de s'en prendre à sa stabilité. En reprenant pied au Tchad, il aura celle de disposer sous couvert d'une coopération militaro-sécuritaire avec ce pays d'une base opérationnelle rapprochée pour ourdir de souterraines menées contre elle. C'est dire que l'Algérie risque de voir grandir les menaces qui la visent à partir de cette région du Sahel.

C'est en ce sens que la normalisation des relations entre le Tchad et Israël pose problème à l'Algérie car il vaut confirmation pour elle de la stratégie d'encerclement dont elle est la cible de la part de l'entente israélo-arabo-américaine incluant de même certains Etats européens aux fins de la contraindre à se plier à leurs desseins géopolitiques au Moyen-Orient et dans la région nord et sahélienne de l'Afrique. Israël n'a pas que le Tchad dans sa ligne de mire en prévision de cet objectif, sa diplomatie s'est fixé l'ambition d'étendre l'influence israélienne à l'ensemble des pays de la CEDEAO. Ce que Benyamin Netanyahu a entrepris d'accomplir en sollicitant ni plus ni moins que les Etats membres de cet ensemble régional africain acceptent Israël en tant qu'Etat observateur et à terme en tant qu'Etat membre à part entière. En se rapprochant géographiquement de la sorte de l'Algérie, la menace représentée par Israël n'est plus une simple virtualité mais un péril concret et bien réel.
 


 
 

Guerre au Levant : échec total du second raid aérien israélien sur Damas en 2019











Guerre au Levant : échec total du second raid aérien israélien sur Damas en 2019
Les défenses anti-aériennes syriennes ont totalement mis en échec une énième attaque aérienne israélienne, la deuxième en 2019, ayant visé l’aéroport international de Damas et le Sud-Ouest de la capitale syrienne.
Aucun missile ou projectile hostile n’a pu atteindre le sol. Les Pantsir S1 et les Buk de la défense aérienne syrienne ont intercepté et détruit en vol les sept missiles tirés depuis des F-16 au large de la Méditerranée.
L’aéroport international de Damas venait juste d’être rénové par les Russes et une société chinoise.
Selon des informations fournies par le Ministère Russe de la défense, quatre F-16 des forces aériennes israéliennes volant à très grande vitesse au dessus de la Méditerranée ont tiré une salve de missiles guidés visant l’aéroport international de Damas.
Ces missiles ont été interceptés par des S-200 dans la phase d’entrée dans l’espace aérien puis par des Pantsir S-1 dans la phase d’approche finale.
Il y eut deux explosions dans le pourtour de l’aérodrome mais des sources syriennes les attribuent à des attaques d’obus de mortier.
Côté israélien, c’est le silence radio comme d’habitude mais l’état-major a annoncé l’interception par la défense anti-missile (ABM) d’un projectile en provenance de Syrie au dessus du plateau contesté du Golan.
De par le passé récent, les syriens ont tiré des missiles SAM sur des avions israéliens fuyant l’espace aérien libanais vers Israël après un raid sur la Syrie. Quatre ou cinq missiles SAM S-200 sont tombés en différents endroits à l’intérieur d’Israël.
Ce nouveau raid israélien sur la Syrie prouve que malgré l’essai de nouvelles techniques d’attaques aériennes par les israéliens, le résultat est de plus en plus décevant et cette fois-ci, aucun projectile n’a pu toucher le sol. Cette situation nouvelle a déclenché un débat houleux au sein des experts militaires israéliens pour lesquels il est désormais clair que les missiles, incluant les missiles de croisière et les bombes guidés Air-Sol disposent d’une vélocité trop lente pour ne pas être facilement interceptés par une défense aérienne doté d’un système d’alerte et de détection assez performant.
L’équilibre stratégique n’est plus en faveur d’Israël dans le conflit au Levant et jusqu’ici les nombreuses tentatives israeliennes de percer la bulle de défense aérienne au dessus du grand Damas n’obtiennent aucun résultat encourageant.
La fin de la suprématie aérienne israélienne au Moyen-Orient est vécue comme un drame national en Israël. C’est l’un des résultats les plus inattendus de l’échec du « printemps arabe ».

source:https://strategika51.blog/2019/01/20/guerre-au-levant-echec-total-du-second-raid-aerien-israelien-sur-damas-en-2019/
 
samedi 19 janvier 2019
 

PRÉSIDENTIELLE ALGÉRIENNE : L’ENTRÉE AVANT LA SUITE…










Youcef L’Asnami
Fin de la première partie du suspens ! L’élection présidentielle aura bien lieu en Avril prochain. A peine la nouvelle de la convocation du corps électoral annoncée par un communiqué de la  Présidence de la République, les appels à la candidature de Bouteflika pour un 5eme mandat commencent à affluer. C’est le parti TAJ du guignol Amar GHOUL qui s’est lancé en premier suivi par le RND. Je ne trouverai jamais les mots pour qualifier ce triste individu, cette girouette, cet opportuniste corrompu qui traine des casseroles entières derrière lui sans être inquiété. Les autres partis suivront à coup sûr… 
Tous vont demander à un homme malade, aphone et inapte à se représenter « pour achever son œuvre d’édification du pays ». Pour un 5eme mandat ! Presque tous les partis de l’alliance dite présidentielle !  Ils n’attendaient que le feu vert pour sortir de leur léthargie…. En chœur !  Peut-être que  le silence du FLN, juste après cette annonce, s’explique par des tractations internes en haut lieu ! Peut-être ! Dans un pays où l’opacité est érigée comme moyen de gouvernance, tout est possible !

Les éventuels candidats  à cette nième mascarade disposent d’un mois et demi  pour se déclarer.  On connaitra la liste définitive de ces prétendants  un peu plus d’un mois avant le 18 avril 2019, date fixée pour l’élection présidentielle.
La campagne électorale est déclarée ouverte, vingt-cinq jours avant la date du scrutin et s’achève trois jours avant cette date.
En effet, l’article 174 de la Loi organique nous rappelle que   « Nul  ne  peut,  par  quelque  moyen  et  sous quelque forme que ce soit, faire campagne, en dehors de la période prévue à  l’article 173 de la présente loi organique. »

Autrement dit, les candidats à la présidentielle disposent d’à peine trois semaines pour présenter leurs programmes – s’ils ont en un-, convaincre et expliquer aux citoyens leurs intentions et parcourir le pays et les médias pour d’éventuels débats contradictoires, alors que  la campagne de l’actuel Président a commencé le lendemain même de sa dernière élection en avril 2014, très contestée du reste notamment par Ali Benflis arrivé 2eme avec près de 12,5 % des suffrages exprimés.

En effet, depuis cette date, les médias officiels  nous abreuvent d’images de ministres et de walis inaugurant tout et n’importe quoi sous le portrait d’un Président absent.  Tous mettent en avant le programme du Président. De  l’inauguration d’une cité dortoir, d’un monument, d’un théâtre, d’un poteau électrique, d’un congrès, d’une manifestation, d’une usine, d’une route, d’un pont…. Tout est inauguré sous le portrait de Bouteflika. Et pour le remercier de sa vision et de ses orientations et décisions, on confectionne des cadres  en bois à qui on s’adresse le plus normalement du monde. Des cadres d’un Président debout, souriant, ou saluant une foule…

Presque tous les soirs, les  citoyens ayant bénéficié généreusement des  logements  comme une aumône de l’Etat, sont priés de déclarer leur flamme et remercier le Président Bouteflika pour leur avoir assuré un bonheur attendu pendant de très longues années. Des images pathétiques sous l’œil d’une caméra aux ordres dignes de la Corée du Nord ! La télé nationale affirme que 40 000 logements ont  été distribués aux citoyens depuis le début de cette année. Un record ! On vide les caisses de l’Etat pour convaincre !  Je ne sais même pas quelle crédibilité donner à ces chiffres relatifs au nombre de logements distribués ces dernières années.

Pendant ce temps, on laisse les télés poubelles diffuser des reportages populistes et des rumeurs pour occuper «  elghachi » que nous sommes. Et le système semble fonctionner. La distribution des rôles est assurée.

La course contre la montre va commencer donc… Personne ne sait qui va se présenter, avec quel programme et  de quels moyens il disposera  pour faire sa campagne électorale éclaire.  Aura-t-on le temps d’évoquer l’énormité des problèmes que vivent les citoyens : cherté de la vie, corruption, chômage, système bancaire, politique agricole, sanitaire, culturelle, industrielle, éducative, libertés individuelles… ? J’en doute. Ces débats auraient dû avoir lieu au moins un an ou deux avant l’échéance annoncée. A la place, on a eu droit à des scenarios ubuesques sur le report ou non de l’élection, la reconduction ou non de Bouteflika et des déclarations folkloriques des dirigeants du FLN et d’autres partis qui ont fait la Une des médias pendant des mois ! Certaines  organisations de la société civile ont bien tenté de lancer un vrai débat sur des sujets majeurs de la société, mais disposant de peu de moyens médiatiques, ils ne sont pas ou peu entendus…

Mouloud Hamrouche aurait également tenté de faire un appel du pied à l’armée resté sans suite apparemment. Son long billet sur El-Watan relatif aux institutions de l’Etat  a été décortiqué, expliqué et analysé. Destiné à l’intelligentsia algérienne, il a peu touché les « masses populaires ».

Ali Benflis essaye lui aussi de se positionner  mais semble hésitant.  Ses dernières déclarations seraient  trop généralistes pour pouvoir retenir l’attention des citoyens qui aspirent à un programme concret leur permettant une amélioration de leurs conditions de vie.

Louisa Hanoune survit encore au milieu des méandres d’une démocratie jetée en pâture au peuple  en guise de réponse à son historique révolte des années 1980…

Le FFS et le RCD n’ont pas fini leurs querelles intra et inter !  Du pain béni pour le régime !
Tout semble indiquer qu’on revit donc, à un ou deux  jours près, le même timing  que la présidentielle de 2014 : même calendrier, même contexte…. Rien n’a changé dans un pays figé par la volonté non pas d’un homme mais d’un clan. On se souvient de la dernière prestation du serment présentiel par Bouteflika, élu avec près de 80 % des voix, en avril 2014. Il n’a pas été jusqu’au bout de son discours. Epuisé ! 

Cinq ans après, va-t-on assister à ce triste remake ? Tout semble l’indiquer… mais alors lui faire lire ce texte sera une épreuve autrement  plus difficile à assumer. Et  pour la cérémonie d’investiture, la constitution n’a pas prévu de remplacer le Président par  un cadre qu’il soit en bois ou en laiton ! 

 » بسم الله الرّحمن الرّحيم ،
وفاء للتّضحيات الكبرى، ولأرواح شهدائنا الأبرار، وقـيّم ثورة نوفمبر الخالدة، أقسم باللّه العلي العظيم، أن أحترم الدّين الإسلامي وأمجّده، وأدافع عن الدّستور، وأسهر على استمرارية الدّولة، وأعمل على توفير الشّروط اللاّزمة للسّير العادي للمؤسسات والنظّام الدّستوري، وأسعى من أجل تدعيم المسار الدّيمقراطي، وأحترم حرّية اختيار الشّعب، ومؤسسات الجمهورية وقوانينها، وأحافظ على سلامة التّراب الوطني، ووحدة الشعب والأمة، وأحمي الحرّيات والحقوق الأساسية للإنسان والمواطن، وأعمل بدون هوادة من أجل تطوّر الشعب وازدهاره، وأسعى بكل قواي في سبيل تحقيق المثل العليا للعدالة والحرّية والسّلم في العالم.
         واللّه على ما أقول شهيد « .

Bon courage Monsieur le Président ! On nous a servi l’entrée. On attend la suite !
 
mardi 15 janvier 2019
 

11 JANVIER 1992-11 JANVIER 2018 : LA FABLE CRIMINELLE DE LA SAUVEGARDE DE LA DÉMOCRATIE













ffschroniquesActualitésAnalyses janvier 15, 2019 
Le 11 janvier 1992, une poignée de généraux putschistes, corrompus et sans honneur, commettent un attentat imprescriptible contre le peuple algérien avec la bénédiction de l’étranger. Conscients de la haine que leur vouent la population, ces officiers félons décident de tuer dans l’œuf une expérience démocratique balbutiante et néanmoins bouillonnante, née d’un « chahut de gamins » le 5 octobre 1988.
Alger, janvier 1992
Relayés par la police politique et par les thuriféraires civils de tous les milieux de la corruption, ils conduisent le pays au plus profond d’un gouffre d’horreurs sous les vivats d’admirateurs stipendiés et les applaudissements intéressés de leurs clientèles et de leurs sponsors étrangers.   
Vingt-sept ans plus tard, le régime, et par conséquent tout le pays tenu en joue par une organisation de nervis, se retrouve dans une impasse totale. Il n’y a plus d’argument et plus aucun acteur recevable dans le théâtre d’ombres du système de la sécurité militaire. A tel point que les Algériens sont invités à attendre l’apparition incertaine d’un président muet au stade de l’agonie, qui n’a pas prononcé une parole publique depuis plus de cinq ans.
Va-t-il être candidat à un cinquième mandat ou pas? Y aura-t-il une élection ou non? La population a beau s’en fiche comme d’une guigne, les manœuvres d’appareils et les spéculations médiatiques les plus farfelues tiennent lieu d’animation politique. Il s’agit de gesticulations absurdes dans un désert vide de spectateurs. Les oracles mercenaires de tous bords, islamistes comme laïcs aussi inféodés les uns que les autres, sont chargés d’occuper la scène pour enfumer la population un jour et revenir sur leurs déclarations le lendemain sans le moindre état d’âme.
Quant aux Algériens, revenus de toutes les mystifications du régime, ils se débrouillent comme ils peuvent, rongés par l’anxiété d’un avenir trouble et dangereux. 
À quoi a eu droit le peuple algérien depuis le coup d’État de 1992?
Pour entamer cette période dramatique, après des rafles et les internements de milliers d’innocents, les Algériens ont assisté à l’assassinat en direct à la télévision d’un vieux militant ressuscité de l’oubli, mais bénéficiant de l’aura du 1er novembre, six mois à peine après son intronisation-résurrection. Le malheureux trompé par des intrigants roués aura néanmoins apporté sa caution historique, c’était l’objectif, des putschistes… La mort en direct du malheureux Mohamed Boudiaf un certain 26 juin 1992 est le crime inaugural d’un carnage qui a duré dix ans.   
Après l’intermède grotesque d’un comité de coup d’état, le HCE, les putschistes ont exhumé un général velléitaire et balbutiant de sa retraite pour le placer à la tête du pays. Les mêmes lui organiseront des « élections » desquelles, l’ANP étant décidément invincible sur ce terrain, il sortira bien évidement vainqueur. … Une victoire « légitimée » par la présence de candidats-alibi sans relais ni base validant toute honte bue une sinistre mascarade.
Ce même général-président, au bout du ridicule (on se souvient de son « parachèvement » institutionnel) et de l’impuissance quatre ans après son « élection », démissionnera dans une logique de soumission aux vrais pouvoirs. (Les pires massacres de la décennie sanglante ont lieu à la veille de sa démission). Mais il ne quittera pas son poste le jour de l’annonce comme c’est l’usage partout dans le monde, il laissera le temps (environ huit mois) à ses « capi » de l’ombre et du crime de lui trouver un successeur. 
En avril 1999, les généraux de l’ombre propulsent à l’avant-scène (à partir de Paris tout de même…) leur candidat idéal, dûment adoubé par l’ex-métropole. Abdelaziz Bouteflika, ramené d’un exil doré autant que cliniquement délinquant, est coopté pour signifier aux Algériens et au monde que le régime enfin « civil » tournait la page du sang et de la torture. Cette élection singulière restera dans les annales de l’histoire de la fraude politique. Comme prévu, le candidat des putschistes est « élu » …. sans compétition. Les sept autres candidats se sont retirés la veille de l’élection pour protester contre la fraude aussi gigantesque que grossière.
Connu pour son amour immodéré du pouvoir et confirmé dans sa mégalomanie, le nouveau préposé à la devanture du régime prend goût aux ors de la dictature au risque d’agacer ses parrains, comme un serpent qui voudrait se mesurer à un tigre. Sans réelle conséquence bien sûr. Ses sponsors qui contrôlent l’armée et les polices secrètes le remettent à sa place sans faire trop de vagues. Larbi Belkheir, maire du palais, intermédiaire de l’étranger et faiseur de rois, meurt dans l’anonymat des courtisans délaissés. Il est remplacé dans ce rôle par le général Toufik Mediene, chef du DRS, bien moins urbain et tapi dans l’ombre. Ce dernier au bout des intrigues est à son tour écarté, le général Tartag dit «la chignole » prend sa place en attendant qu’un autre nervi surgisse …
Au fil des échecs et des scandales, les gestionnaires se succèdent, le style change à peine et le système perdure. C’est ce jeu de chaises musicales qui se perpétue depuis 20 ans sous le regard désabusé et méprisant des Algériens.   
La violence comme seul instrument de gouvernance
Après 200 000 morts, 20 000 disparus, des milliers de veuves et d’orphelins, autant de blessés, la tragédie algérienne se poursuit dans la répression brutale de toutes les contestations, l’écrasement des libertés et l’interdiction de toute expression indépendante. 
La surenchère des manipulations pour une fuite en avant dans le statu quo tient lieu de politique. Les tractations entre généraux et affairistes constituent la toile de fond d’un vie politique réduite à des concurrences rentières et de complots sordides. Le voile jeté sur les marchandages du sérail est aussi épais que le mur d’argent qui sépare les Algériens démunis de la nouvelle classe compradore. Que manigancent-ils encore? Comment vont-ils se répartir les dépouilles? se demandent les Algériens. Quel lapin mité et pervers vont-ils sortir de leur képi?
Avec une classe politique factice associée à la captation de la rente, une police politique omniprésente, les Algériens n’attendent plus rien d’un régime constitué d’apparatchiks aux ordres, sans base et sans morale.
Le régime a réussi en 27 années à décrédibiliser radicalement l’action politique en préfabriquant une scène politique complètement artificielle, complétement soumise aux désirs des maitres de l’heure.
Qu’est-ce qu’un homme politique en Algérie aujourd’hui aux yeux des Algériens? C’est un député inculte et servile, corrompu, pourvu d’un salaire mirobolant et d’avantages indécents, dont la seule activité est de lever la main pour approuver les décisions de ses parrains.
Qu’est-ce qu’un chef de parti politique? Un personnage médiocre, souvent folklorique, qui aspire à devenir ministre ou sous-ministre pour prendre « sa part » de la rente.
Qu’est-ce qu’un ministre? Un bureaucrate rapace, sans relief ni projet, qui tente d’amadouer l’opinion avec des formules « humoristiques » vulgaires. Ou, pour marquer son autorité, il feint la colère en réprimandant des petits fonctionnaires face aux caméras, lors de « sorties sur le terrain ». 
En 27 ans, les maîtres de l’Algérie ont transformé le pays en un terrain vague désolé où règne l’incompétence. Les médiocres de tous poils dominent et obèrent l’avenir du pays, sacrifient la jeunesse et détruisent l’héritage libérateur en toute impunité.
Économiquement, malgré près de 1000 milliards de dollars de recettes pétrolières depuis 20 ans, le pays est à genoux, et s’achemine vers l’asphyxie. L’ultime expédient du régime pour masquer très temporairement des déficits abyssaux est le recours irresponsable à la planche à billets.
Mais cette situation de désordre organisé est très profitable pour ceux qui titrent les ficelles. La nouvelle oligarchie mise en place par le régime et ses sbires est la première bénéficiaire de l’effondrement programmé. Les barons-voleurs bénéficient sans limites de la rente, en distribuent une partie aux clientèles en laissant parfois des miettes au petit peuple pour qu’il se tienne tranquille.
La fable et les choristes
27 ans après, le chœur des adorateurs du putsch s’est tu. Leur mantra « moderniste » et « républicaniste » ressassé à longueur de colonnes de la presse « indépendante » aux ordres n’est plus audible. La mystification de l’époque était la « sauvegarde de la république » et « la protection de la démocratie ». Vraiment? Qui peut croire encore à de telles fadaises? De république et de démocratie, il ne reste que le nom. Quant au régime, il est toujours là, omnipotent, dénué de tout scrupule et d’une insondable médiocrité, fonçant dans le mur en mettant en danger des millions d’Algériens voués au désespoir.
Les propagandistes de l’éradication sont désormais muets, mais ils sont toujours là, après des dizaines de milliers de victimes de la politique qu’ils ont défendue au mépris de toute considération morale ou humaine. Remplacés sur un registre bien plus global par des littérateurs qui vomissent la haine de leur peuple, ces femmes « civilisées » et ces « intellectuels laïcs » ont déserté les plateaux des télévisions françaises… Ils devraient pourtant sortir de leurs retraites dorées et célébrer fastueusement cet événement tragique, tous ces généraux, ces directeurs de journaux, membres du Conseil National de Transition (CNT), ministres et sous ministres, sénateurs et députés qui se sont succédé à la mangeoire sanglante de la rente…
Car après toutes ces années, la question s’impose : pourquoi ce coup d’État n’est -il pas commémoré ? N’aurait-il pas sauvé l’Algérie du « péril islamiste » comme le clamaient les commandos médiatiques de l’éradication ? Ne serait-ce pas une date de l’histoire du pays qu’il conviendrait de marquer ? Au fond de la trahison et de la tragédie, ces généraux éprouveraient-ils des difficultés à finalement assumer leur forfait?
Qui accorde encore le moindre crédit aux affabulations des tenants du système?  
Le peuple sait et l’Histoire a déjà jugé.
FC
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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