ELWATAN-ALHABIB
dimanche 31 décembre 2017
 

L’odieuse désinformation de France Télévision dans ses JT. Une honte journalistique !








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L’odieuse désinformation de France Télévision dans ses JT. Une honte journalistique !
C’est encore et toujours cette abjecte façon de retourner les faits, de travestir la réalité et de transformer la victime en coupable
La semaine dernière, la jeune résistante palestinienne Ahed Tamimi était arrêtée par la soldatesque israélienne en pleine nuit (plus commode !) pour avoir giflé un soldat israélien, puis a été emmenée, menottée, dans une jeep de l’armée.
Il y a deux ans, lors d’un JT de France 2, l’ancien présentateur David Pujadas introduisait en ces termes un reportage sur l’adolescente, alors âgée de 15 ans : « L’image est une arme au moins aussi efficace que les fusils. Celle-ci a fait le tour du monde. Regardez, des boucles blondes, un visage d’ange […] Héroïne ou enfant manipulée ? La fabrique d’une histoire… ».
L’introduction de ce reportage (rediffusé sur le blog de France 2 la semaine dernière) explique avec éloquence que « les Palestiniens l’ont bien compris, plus que les pierres, les images sont devenues une arme redoutable ».
Le téléspectateur n’a déjà plus le choix. Il est prié de comprendre que derrière ces « boucles blondes, visage d’ange », […] se cacherait peut-être (sans doute) toute la félonie de la résistance palestinienne à l’occupation, qui se sert d’enfants pour mener sa lutte de libération…
Le téléspectateur n’a déjà plus le choix. Il est prié de comprendre que derrière ces « boucles blondes, visage d’ange », il va découvrir un montage, une image travaillée, truquée, composée… que derrière ce visage lumineux qui apparaît à l’écran, se cacherait peut-être (sans doute) toute la félonie de la résistance palestinienne à l’occupation, qui se sert d’enfants pour mener sa lutte de libération…
Tout au long du reportage, les commentaires sont d’une honteuse partialité et ne relatent en aucun cas les faits pour ce qu’ils sont. En revanche, ils insinuent à demi-mots, ils manipulent les téléspectateurs pour leur faire accroire que les enfants palestiniens sont utilisés par leurs parents comme des armes vivantes envoyées au contact direct de l’armée israélienne.
Cela venant s’ajouter aux nombreuses allégations déjà entendues en d’autres temps que les Palestiniens se servent de leurs enfants comme boucliers vivants, alors que tous les témoins qui se sont rendus sur place ont pu voir à diverses reprises – et de nombreuses vidéos existent sur Internet – que la plupart du temps, ce sont les « courageux » soldats israéliens qui prennent des enfants comme boucliers humains, quand ils ne sont pas des dizaines à s’y mettre, harnachés comme des Robocops, pour arrêter l’un ou l’autre qui n’a que son courage pour toute arme !
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Arrestation d’un adolescent de 16 ans, Fawzi al-Junaidi, à Hébron lors de manifestations contre la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le 7 décembre dernier (Wisam Hashlamoun)
Arrestation d’un adolescent de 16 ans, Fawzi al-Junaidi, à Hébron lors de manifestations contre la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le 7 décembre dernier (Wisam Hashlamoun)
Plus loin dans le reportage, il est question d’une vidéo de 2015 tournée par l’oncle d’Ahed qui, d’après les sous-entendus du journaliste, en a fait son business. Sans jamais pointer le fait que ce « valeureux » soldat s’en est pris à un enfant – jeune frère d’Ahed – qui a le bras cassé et qu’il étrangle sans ménagement sous prétexte « qu’il est soupçonné d’avoir jeté des pierres », le journaliste Franck Genauzeau poursuit son commentaire : « l’adolescente apparaît et tente de le libérer et en vient aux mains avec le soldat… lui-même roué de coups par le reste de la famille [le pauvre !] et devra finalement renoncer [à emmener l’enfant] ».
Il poursuit en disant « à aucun moment l’oncle n’a lâché sa caméra… », mais ne soulignera pas que de rage, le courageux soldat lâche une grenade lacrymogène au beau milieu du groupe de jeunes et d’adultes venus secourir l’enfant.
Et le journaliste d’insister : « Ces images seront mises à disposition gracieusement dans le monde entier… stratégie assumée par le père de l’adolescente, accusé par certains Israéliens de provoquer à dessein ces scènes de tensions ».
La manière dont sont proposés les éléments (images et commentaires) pousse à faire passer les occupés pour la menace et les occupants pour les menacés
Pourquoi souligner cela ? Ces images devraient-elles être payantes ? Internet ne sert-il pas aussi à diffuser des informations le plus largement possible et à tous ceux qu’elles peuvent intéresser dès lors que les chaînes officielles ne sont plus fiables et qu’elles sont au service du pouvoir ?!
Et comme si cela ne suffisait pas, le journaliste, dont on a bien compris la partialité, enfonce le clou en s’adressant au père : « Ahed est devenue l’une de vos armes, en fait ».
Ce que le père réfute, en concédant, sourire en coin, qu’elle serait alors une « arme de communication… c’est une enfant qui accomplit son devoir et ses responsabilités… ».
« C’est une icône » lancera le journaliste, qui n’en démord pas et ne saisit pas à quel point les Palestiniens ont le sens de l’humour et de la dérision : « Oui, une icône, lâche le père, pour convaincre les autres pays, grâce à elle ». Peu de chance que ces mots soient compris par celui qui a définitivement choisi son camp !
Et la sentence tombe : « Alors, adolescente manipulée ou caractère bien trempé… ? » Mais, après un tel reportage, le téléspectateur a-t-il encore le choix ? La manière dont sont proposés les éléments (images et commentaires) pousse à faire passer les occupés pour la menace et les occupants pour les menacés. C’est encore et toujours cette abjecte façon de retourner les faits, de travestir la réalité et de transformer la victime en coupable et, inversement, de présenter une armée dont on connaît toutes les dérives pour de pauvres victimes.
À aucun moment de ce reportage, il ne sera question d’une armée d’occupation déployée depuis des décennies dans tout le pays, dans tous les villages, et qui ne lésine pas sur les moyens pour détruire les habitations, brimer, blesser, tuer les Palestiniens de tous âges, y compris des enfants sans autre défense que des cailloux ! Ni des handicapés, comme on a pu le voir encore la semaine dernière à Gaza.
Le téléspectateur est laissé face à une enfant présentée comme une diablesse déguisée en ange aussi redoutable et dangereuse que la cinquième armée du monde !
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Ahed Tamimi (à gauche) se bat avec d’autres membres de sa famille pour libérer un garçon palestinien détenu par un soldat israélien lors d’affrontements entre les forces de sécurité israéliennes et des manifestants palestiniens à Nabi Saleh en août 2015 (
Ahed Tamimi (à gauche) se bat avec d’autres membres de sa famille pour libérer un garçon palestinien détenu par un soldat israélien lors d’affrontements entre les forces de sécurité israéliennes et des manifestants palestiniens à Nabi Saleh en août 2015
Si, comme moi, vous êtes outrés par ce reportage, vous pouvez suivre ma démarche et écrire au médiateur de France 2 pour lui exprimer votre désapprobation. Par ailleurs, j’ai adressé aussi un Tweet directement à David Pujadas, que je vous relaie ci-après :
@DavidPujadas : odieuse votre séquence de la semaine dernière à propos de la petite Ahed Tamimi face aux soldats de la colonie israélienne… cela s’appelle de la « désinformation » doublée de propagande sioniste. Mais, rien de neuf de la part d’un « has been »…
La Palestine a besoin de nous… sachons rester mobilisés à chaque moment et n’hésitons pas à faire entendre notre voix. Ne baissons pas les bras comme certains le voudraient tant et espèrent que nous nous lasserons.
Lors de mes déplacements sur place, les Palestiniens m’ont demandé une chose que je m’efforce de faire, à chaque occasion : « Comme nous ne pouvons pas sortir de notre prison et venir vous dire nous-mêmes ce qu’il en est, vous qui pouvez voyager, soyez notre voix ! »
Je ne l’oublierai jamais.
  Daniel Vanhove
Daniel Vanhove  est auteur d’ouvrages sur la Palestine (Retour de Palestine ; Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes ; La Démocratie mensonge) et contribue à diverses publications, dont Mondialisation.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.
Photo : Ahed Tamimi a comparu devant le tribunal militaire israélien d’Ofra le 20 décembre 2017. Elle est à ce jour toujours incarcérée pour avoir giflé un soldat israélien (Twitter\@HsSadaka).

 
 

YENAYER, LA GRANDE MANIPULATION





Encore une fois, les média font, en ce qui concerne Yenayer, dans la plus grande des confusions. Et rejoints cette-fois par un pouvoir qui a encore montré ce qu’il a toujours été, inculte et incompétent.
Si on peut comprendre ce qui pousse une tendance douteuse, en mal de reconnaissance historique, à se lancer dans une mystification de l’opinion publique, il est pour le moins choquant  qu’elle contribue à faire de notre pays la risée du monde entier.
Si l’adage bien connu « il faut rendre à César ce qui appartient à César » trouve sa pleine compréhension, c’est bien dans le cas qui nous préoccupe : c’est-à-dire celui de l’établissement du calendrier.
C’est  en 45 avant Jésus-Christ que Jules César, se basant sur les travaux de l’astronome Sosigène, un grec d’Alexandrie, instaure un nouveau calendrier, qui sera connu sous  le nom de calendrier julien, débutant le premier janvier alors que le précédent commençait le premier mars. Le nom du mois de janvier provient du dieu Janus, le dieu aux deux visages regardant dans des directions opposées symbolisant la connaissance du passé et celle de l’avenir. Il a donné son nom au premier mois de l’année car il est aussi le dieu du Commencement. Le nom latin de ce mois est januarius (prononcer yanouarious) – dont la signification est mois de Janus – et a donné le janvier français, le january anglais ou le january (prononcer yanouari) allemand et le yenayer arabe. Nous savons que dans  plusieurs langues le j et y sont interchangeables.
La réforme julienne fut importante car elle permit de réguler le calendrier en douze mois de longueur presque égale – alors qu’auparavant l’année romaine ne comprenait que dix mois de 30 jours et deux mois de longueur variable d’une année à l’autre selon le bon vouloir du pontifex, l’autorité religieuse suprême romaine- et surtout d’introduire la notion d’année bissextile afin de coller au mieux à la durée de la rotation de la terre autour du soleil, pour permettre le retour des saisons à la même date. Cependant la mauvaise répartition des années bissextiles allait engendrer un décalage  – au cours des siècles – par rapport aux saisons. Plus de seize siècles plus tard, en 1582, l’Eglise, en charge de la  détermination de la fête chrétienne de Pâques – qui se base sur le calcul lunaire et solaire – décida sous le pape Grégoire XIII de rattraper le retard – calculé par des savants italiens de l’époque – et de corriger les années bissextiles. Mais l’Europe de l’époque était en pleine guerre de religion et l’autorité morale du pape ne s’exerçait que sur les pays catholiques : Empire espagnol, France, Italie et Autriche. Il fallut attendre par exemple 1700 pour que l’Allemagne adopte le calendrier grégorien, du nom du pape qui réforma le calendrier julien. Et ce n’est qu’en 1752 que le Parlement anglais décida de l’adopter aussi en décrétant que le 3 septembre de cette année sera le 14 septembre soit un ajout de 11 jours que nous retrouvons de nos jours entre le premier janvier grégorien et le premier janvier julien qui correspond au 12 janvier grégorien. Les pays d’obédience chrétienne orthodoxe n’abandonnèrent le calendrier julien qu’au XXème siècle : la Russie en 1918 après la révolution bolchevique qui voulait ainsi rompre avec la tradition de l’Eglise orthodoxe, la Grèce en 1923.
Dans l’aire romaine qui s’islamisa à partir du VIIème siècle de l’ère chrétienne, comme le Maghreb et le Machrek arabes, c’est le calendrier hégirien qui rythmera dorénavant toutes les manifestations de la vie sociale, économique, politique ou religieuse. Cependant le calendrier hégirien, calendrier lunaire, a laissé subsister dans les campagnes, pour les travaux agricoles, le calendrier julien, calendrier totalement solaire, à tel point qu’il fut appelé El’am el filahi (l’année agricole) ou du nom romain de son premier mois  yennayer ou par abréviation nayer.
Vous voyez bien que yennayer n’est pas plus berbère qu’il n’est … zoulou.
Quant à la folklorique datation d’une pseudo ère berbère de 2963 après la montée sur le trône d’Egypte d’un Libyen (c’est ainsi que l’histoire dénommait les populations à l’ouest du désert égyptien), demandez à n’importe quel historien de nous donner un seul événement historique daté en fonction de cette ère et sur n’importe quel support (stèle, pierre tombale, omoplate, papyrus …).
Un journaliste, jouant sur le registre de la prudence, a cru déceler que jadis, yenayer a superposé (sic) le nouvel an julien sans se rendre compte de ce qu’il avançait : est ce que cette pseudo célébration existait avant l’occupation romaine de l’Afrique du Nord et que les populations indigènes ont cru bon d’en modifier la date et de s’en remettre au nouveau calendrier de l’occupant ? Alors quelle est sa preuve historique ?
Voici un exemple  de « superposition »  de fête:
Rome, au faîte de sa puissance, a brassé beaucoup de peuples mais, par effet de boomerang, les diverse croyances de ces peuples ont été introduites dans l’Empire et parmi elles le culte de Mithra, centre d’une religion à mystères, dieu perse tiré du culte arabe du soleil, Shamash et comme tel était fêté la nuit du 24 au 25 décembre, moment à partir duquel le jour commence à s’allonger et donc où la lumière commence à l’emporter sur les ténèbres. Ce culte resta longtemps vivace en Europe bien après que le christianisme, réussissant à subjuguer l’Empire, soit devenu la religion officielle de Rome. Après des efforts qui durèrent des siècles, l’Eglise, de guerre lasse, décida, pour éliminer le culte de Mithra, de superposer à sa fête, la Nativité et décréta ce jour naissance du Christ pour que cette fête, tout en restant, ait une signification chrétienne.
Que le pouvoir veuille célébrer le nouvel an julien, pour affirmer sa colonisabilité envers Rome, il ne peut se cacher derrière la feuille de vigne berbériste
L’histoire est chose trop importante pour être manipulée sans précaution.
Abderrahman Benamara
 
 

Les chênes qu'on abat: Les mois de décembre funestes












«Lorsque nous serons libres, il se passera des choses terribles; on n'oubliera pas toutes les souffrances de notre peuple pour se disputer les places. Ce sera une lutte pour le pouvoir. Nous sommes en pleine guerre et certains y pensent déjà. Oui, j'aimerais mieux mourir au combat avant la fin.» 

Larbi BenMhidi 


Professeur Chems Eddine Chitour
Vendredi 29 Décembre 2017




Ce mois de décembre est pour les Algériens un mois de tristesse en ce sens que des hommes politiques qui ont, chacun à sa façon, aimé l'Algérie et en sont morts. Le premier d'entre eux, Abane Ramdane, que l'on commence enfin à réhabiliter a eu une mort violente de la part de ses compagnons de combat. Avec Ferhat Abbas, c'est au contraire, le combat des idées qui, malheureusement ne sont toujours pas à l'honneur dans cette Algérie qui peine à se redéployer. 

Un patriote qui n’a jamais accepté le fait accompli du hold up du pouvoir par Ben Bella , en l’occurrence Hocine Ait Ahmed eut une vie toute entière au combat pour la liberté du pays et ensuite pour l’instauration d’un Etat démocratique qui consacre les libertés individuelles et le multipartisme avec une indépendance de la justice. Sa mort il y a eux ans est plus que jamais actuelle et son combat - à l’instar des prédécesseurs Abane Ramdane et Ferhat Abbas -pour une Algérie ouverte sur l’universel tolérante, est toujours d’actualité, 

Avec Boumedienne qui eut un comportement ambivalent, nous retenons de lui la lutte pour une Algérie qui prenait en charge son destin et ce qui reste du tissu industriel date de son époque. Enfin j'ai tenu à rendre un hommage à Franz Fanon un «Juste» qui a aimé et éefendu par la plume l'Algérie à en mourir 


Abane Ramdane, l'un des architectes du congrès de la Soummam 

Abane Ramdane est né un 10 juin 1920. Surnommé «l'architecte de la révolution», il a joué un rôle clé dans l'organisation de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie Suite à l'affaire du «complot de l'OS», en 1950, Il est arrêté dans l'Ouest et subira plusieurs semaines d'interrogatoire et de torture. En 1951, il est jugé et condamné à 5 ans de prison, 10 ans d'interdiction de séjour, 10 ans de privation des droits civiques et 500 000 francs d'amende. Il connaîtra plusieurs prisons en Algérie, puis en France. Après sa libération, en janvier 1955, c'est Abane qui organise et rationalise la lutte. Il rassemble toutes les forces politiques au sein du FLN et donne à la «rébellion» de Novembre 1954 une autre dimension, celle d'un grand mouvement de résistance nationale. Il organise avec Larbi Ben M'hidi le congrès de la Soummam le 20 Août 1956 à Ifri. 

«Avec Larbi Ben M'hidi et Yacef Saâdi écrit Zineb Merzouk, il déclenche la bataille d'Alger. Et après l'assassinat de Ben M'hidi, il devient le numéro un de la Révolution, mais doit quitter le pays. Il gagne Tunis via le Maroc, après une longue marche de plus d'un mois. Dans la capitale tunisienne, il se heurte aux colonels de l'ALN. Il leur reproche leur autoritarisme et l'abandon de la primauté du politique et de l'intérieur, adoptée à la Soummam, ce qui lui vaut des inimitiés. Le 29 mai 1958, le journal El Moudjahid annonçait à la une «Abane Ramdane est mort au champ d'honneur», mais la vérité est ailleurs. L'architecte de la Révolution a été attiré dans un guet-apens organisé par les colonels du CCE. Il est mort assassiné le 27 décembre 1957, dans une ferme isolée entre Tétouan et Tanger au Maroc. Il a été étranglé par deux hommes de main de Abdelhafid Boussouf.» (1) 

Mohamed Lebjaoui rapporte dans son ouvrage «Vérités sur la Révolution algérienne» paru aux Editions Gallimard: «J'ai demandé à Belkacem Krim ce qu'il pouvait répondre à ces accusations. Et voici, très fidèlement rapportée, la version des faits qu'il m'a donnée: «Abane, dit-il, faisait un «travail fractionnel «et tentait de dresser aussi bien les maquisards que les militants contre les autres membres du C.C.E. Plusieurs démarches furent faites auprès de lui pour le convaincre de modifier son attitude. En vain: on constate qu'Abane, loin de se modérer, persistait dans la même voie en aggravant ses attaques. Nous décidâmes alors - continue Krim - Ben Tobbal, Boussouf, Mahmoud Chérif, Ouamrane et moi-même, de le mettre en état d'arrestation en vue de le juger par la suite. Ni Ferhat Abbas ni Ben Khedda ni Sâad Dahleb ni Mehri n'ont été tenus au courant.» 

Beaucoup de choses ont été écrites pour continuer à diaboliser Abane Ramdane qui continue à hanter les consciences et d'une certaine façon -légitimer- la mort violente de l'architecte de la Révolution. Dans un essai objectif et très riche d'informations de première main, notamment de la plupart des acteurs de ce drame, le professeur Belaïd Ramdane raconte «comment le complot a été ourdi et comment la solution 'finale'' coulait de source malgré les dénégations des principaux acteurs de cette tragédie». (2) 

Il est vrai que Abane Ramdane était, dit on, un homme entier, monolithique, mais c'était un pur. Au-delà des luttes pour le pouvoir invoquées par ceux qui y tenaient, c'est le projet politique de la plate-forme de la Soummam qui était révolutionnaire en se sens qu'il projetait l'Algérie dans une dynamique de progrès, de démocratie adossée à un vivre ensemble de tous les Algériens quelles que soient leurs espérances. Il fallait simplement se dire algériens et accepter les lois de la République qui devraient être les seules repères pour les Algériens. 

Ferhat Abbas, un patriote au long cours 

Il y a 32 ans, le 25 décembre 1985, nous quittait à jamais Ferhat Abbas, le premier président de l'Algérie combattante. Il n'est pas aisé de cerner le personnage tant il est vrai qu'après un parcours académique, Ferhat Abbas eut une carrière toute entière dévouée à la liberté et à la justice. Ferhat Abbas était déjà conscient de la nécessité d'un combat contre l'injustice et le colonialisme quand la plupart des révolutionnaires qui ont pris en charge le destin du pays n'étaient pas nés. Faisant preuve de pondération, de sagesse, beaucoup lui ont reproché les tentatives d'appel à une Algérie plurielle à l'ombre des lois d'une République Algérienne Démocratique et équidistante des espérances religieuses. 

Ce sera le seul révolutionnaire qui, après avoir tenté vainement de faire entendre raison au pouvoir colonial par les moyens d'une lutte politique, se tourna vers ce qu'il pensait comme évitable, la lutte armée. Naturellement, un homme de paix est par principe contre la violence. On rapporte qu'il rentra dans une grande colère quand il apprit le sort de Abane Ramdane qu'il admirait pour ses principes et sa rigueur Après l'indépendance il tenta là encore de ramener un peu de sérénité en acceptant le poste de président de la première Assemblée Algérienne. Mais les manoeuvres qui commençaient à faire jour pour la prise du pouvoir à travers un parti unique lui ont fait prendre conscience des dangereuses dérives.. 

Il s'en explique dans sa lettre de démission dont nous reproduisons des extraits: «Donner une Constitution à la République est un acte d'une extrême importance. Il requiert notre réflexion, notre sagesse. (...)Avant d'engager l'avenir, celui du pays, celui de nos femmes et de nos enfants, chacun de nous doit prendre conscience de ses responsabilités pour mieux les assumer. Sinon, il renonce, par un lâche opportunisme, au devoir élémentaire de tout citoyen. (...)A un mois de la fin de notre mandat, ce projet vient à peine de parvenir à l'Assemblée. Par contre, par la presse, par la radio, par les conférences, dites des cadres, par des déclarations ministérielles, on tente de l'imposer au peuple. (...) Humilier une Assemblée souveraine, qui a toujours apporté sa collaboration loyale et son appui au gouvernement, est un geste extrêmement grave.»(3) 

S'insurgeant contre des personnes choisies, il écrit: «Qui a choisi ces prétendus cadres? Selon quels critères ce choix a été fait? (...) Le F.L.N. ne doit pas être le parti d'une faction, mais celui du peuple Sinon il devient un sujet de division et ne peut faire qu'un travail fractionnel. Les mots sont impuissants à traduire l'amère réalité....La concentration des pouvoirs entre les mêmes mains relève d'une autre forme de délire. Le projet de Constitution fait du président de la République, en même temps que le chef de l'État, le chef du gouvernement et le chef du Parti. Pratiquement il n'y a plus de démocratie. «La révolution se fait par le peuple et pour le peuple.» (sic) Ce slogan officiel, affiché sur nos murs et repris par la radio, est une contrevérité. Il masque la réalité. Quant à notre jeunesse, elle sera condamnée à ne plus penser. Le régime fabriquera des robots, des opportunistes et des courtisans. » (3) 

« Assurer le pain au peuple est, certes, un objectif primordial. Lui assurer cet autre pain qu'est la liberté de pensée et d'expression est également un bien précieux. (...) L'équilibre des pouvoirs n'existe pas. Aucun recours contre les abus d'autorité n'est prévu. Il y a bien une disposition du projet de la Constitution qui prévoit que l'Assemblée nationale peut voter une motion de censure et renverser le chef de l'État. (...) Nous jouons à «pile ou face» le sort du pays. (...) Un chef du gouvernement, investi par une Assemblée nationale souveraine et responsable devant elle, est la seule formule qui corresponde à notre devise «par le peuple et pour le peuple». Il est indispensable que le chef du gouvernement soit contrôlé. Il est indispensable qu'il rende des comptes aux représentants de la nation. (...) Depuis l'indépendance le peuple n'a pas encore été une seule fois librement consulté. Il est temps qu'il retrouve son enthousiasme et sa foi. Ce peuple sait voter. Nous devons lui faire confiance. Il a mérité mieux que cette suprême injure.» (3) 

Ait Ahmed le guerrier le diplomate, l’Homme d’Etat 

Le dernier des architectes du premier novembre nous quitté le 25 décembre 2015 Qui connaît ce révolutionnaire de trente ans traqué dès son jeune âge de lycéen (16 ans), vivant dans la clandestinité et qui à vingt ans s'affirmait déjà comme un chef? Les jeunes actuels - non instruits dans l'histoire de leur pays, toute l'histoire rien que l'histoire- donnent l'impression d'une fausse Indifference. La plupart de ceux qui ont fait la révolution étaient trentenaires. Ait Ahmed avait 30 ans juste lors du congrès de la Soummam. C'est dire si nous sommes des nains juchés sur les épaules de ces géants. Je ne vais pas redire tout ce que l'on sait et ne pas répéter les mêmes témoignages, je vais essayer de décrire pourquoi ce révolutionnaire au plein sens du terme a sacrifié sa jeunesse, une vie paisible en faisant, comme beaucoup, «le minimum syndical» pour la révolution et revendiquer ensuite sa part de butin déclinée d'une façon multiforme » (4). 

« Dernier symbole des hommes qui ont enfanté Novembre, écrit Chaabane Bensaci Hocine Aït Ahmed incarne, par-dessus tout, le militant qui n'a jamais cessé de lutter pour la promotion et la défense des droits de l'homme et pour l'unité du Maghreb. Depuis la création du Front des forces socialistes, en septembre 1963, il a inlassablement assumé un rôle modérateur d'encadrement politique des militants afin d'empêcher l'irruption de la violence et d'inscrire la revendication linguistique et culturelle dans l'exigence du pluralisme politique, à l'intérieur de la nation algérienne. Car l'homme a eu un attachement indéfectible à cette nation pour laquelle il a consacré sa vie entière et qu'il a, en toutes circonstances, et malgré toutes les vicissitudes de la vie politique et des ambitions qui la caractérisent, les unes fructueuses et les autres désastreuses, placé, au-dessus de toute autre considération. L'enfant terrible de la Révolution algérienne savait mieux que quiconque jouer le modérateur, comme en témoigne sa réconciliation avec Ahmed Ben Bella, un 16 décembre 1985, à Londres, ou ses retours triomphaux à Alger, comme en décembre 1989, après 23 ans d'exil forcé, ou encore en janvier 1992, pour la plus grande manifestation que la capitale ait jamais connue. Son engagement militant a toujours été empreint de ces convictions fortes, inébranlables même, car il rêvait d'une Algérie nourrie aux valeurs démocratiques universelles où l'alternance au pouvoir, la liberté de culte, la primauté de la loi légitime sur toute autre loi issue d'assemblées non élues légitimement, l'égalité des citoyens sans distinction d'aucune sorte, l'accession au pouvoir par des moyens pacifiques, le rejet de la violence pour se maintenir au pouvoir ou pour y parvenir, seraient des vertus cardinales pour tout un chacun » (5) 

« Quand Ait Ahmed revient le 15 décembre 1989, après vingt-trois ans d'exil. Les Algériens sont venus nombreux, du fin fond de la Kabylie, sa région natale, mais aussi du reste du pays, lui souhaiter la bienvenue.: «Mon sentiment déclare-t-il est un sentiment de joie et de bonheur. J'ai quitté mon pays après m'être enfui de prison au printemps 1966. C'était un réel déchirement. Mais celui que je ressens aujourd'hui est plus grand encore parce que je me demande, à l'âge de soixante-trois ans, qu'est-ce que je peux faire?». «Essayer d'apporter une contribution de sagesse, une certaine expérience, mais d'abord, et avant tout, renforcer la paix civile en posant les problèmes d'une manière claire et nette.» (4) 

«Je suis pour tout ce qui tend vers la démocratie, mais la démocratie, c'est votre affaire à vous!» Tous les problèmes de l'heure sont abordés. «L'islam? C'est la religion de tous les musulmans. Nous devons veiller à ce que la politique n'exploite pas la religion. Nous demandons à l'islam d'apporter un plus à la démocratie, pas un moins.» «L'école et les langues? «je refuse que la langue soit assimilée à l'obscurantisme. J'ai toujours engagé mes amis politiques à apprendre l'arabe. J'engage mes compatriotes arabophones à apprendre l'amazighe (le berbère). «Quant au français, c'est une langue que nous connaissons. C'est un acquis que nous devons défendre.». «Je prends votre accueil comme un engagement de votre part à ne pas rester les bras croisés, à vous battre et à ne plus exercer la violence les uns envers les autres», a-t-il conclu » (4). 

« Qui parlera de l'histoire du pays aux jeunes? Qui leur apprendra que l'histoire n'est pas une grande surface où on ne prend que ce qui nous intéresse, c'est de fait une vente concomitante où on revendique toute notre histoire sans en faire un fonds de commerce. Les Algériennes et les Algériens ont perdu en Ait Ahmed un de ces géants de la dernière période de l'épopée libératrice, une personnalité que l'on aurait pu écouter, nous faire revivre la révolution. Les jeunes sont étonnés de découvrir ce nom mythique d'héros de la Révolution au moment de sa mort- On l'aura compris, il ne restera plus que des personnes qui parleront de la Révolution par procuration, selon l'air du temps et nous aurons raté une étape importante dans l'édification de la Nation, celle de son histoire avec ses heurs et ses malheurs, ses zones d'ombre et ses périodes fastes. Les jeunes ne doivent pas continuer à être en apesanteur identitaire en perte de repères et dont l'imaginaire est ouvert à tous les vents mauvais de l'effritement identitaire ». (4) 

Boumediene: un homme d'Etat 

Le 27 décembre 1978 disparaissait Houari Boumediene. L'artisan des trois révolutions. Dans la vie de Boumediene on peut distinguer deux étapes: celle de la prise violente du pouvoir à l'été 1963. L'histoire est assez documentée. Je veux rapporter dans ces lignes l'autre facette celle de l'artisan de la construction d'un Etat qui résiste aux hommes.: «Qui se souvient du fameux coup d'éclair dans un ciel serein que fut la décision de Houari Boumediene qui annonçait à la face du monde par son mémorable «Kararna ta'emime el mahroukate» «Nous avons décidé souverainement de nationaliser les hydrocarbures»? Longtemps après, ceux qui sont honnêtes avec l'Histoire, se remémoreront cette phrase qui changea le destin pétrolier de l'Algérie. Les accords d'Evian avaient d'une certaine façon perpétué un «ordre» qui était celui de l'exploitation du pétrole par les multinationales. 

Boumediene avait été gagné au goût de l´action diplomatique. Il voulait donner à l´Algérie une place qu´elle n´avait jamais occupée auparavant sur la scène internationale. Le Sommet des Non-Alignés de 1973 a constitué une étape fondamentale qui a servi de tremplin. L´apothéose de ce redéploiement diplomatique fut, incontestablement, la participation de Boumediene, en avril 1974, à la session spéciale de l'Assemblée générale de l´ONU où il a prononcé un discours mémorable sur le Nouvel ordre économique international. Dans son fameux discours, il avertissait. Boumediene ne se faisait pas d'illusion sur le Monde arabe. «J'ai moi-même découvert avec étonnement et consternation que les Égyptiens et par extension les peuples du Machrek et leurs dirigeants ne connaissaient ni le Maghreb ni les Maghrébins. Lorsqu'ils en parlaient ou lorsqu'ils les rencontraient, ces gens traitaient les Maghrébins avec condescendance et même avec mépris.» Il est vrai que, depuis, nous avons, de fait, basculé vers la métropole moyen-orientale dans ce qu'elle a de moins glorieux, le farniente, la fatalité et en définitive l'installation dans les temps morts par rapport aux changements spectaculaires constatés dans les pays développés.» (4) 

«Boumediene, écrit Mohamed Chafik Mesbah, continue de réveiller chez le peuple algérien un profond sentiment de fierté nationale. Il continue de symboliser les aspirations populaires à la justice sociale et au progrès économique. Le peuple algérien respecte l'intégrité de Boumediene, lequel ayant adopté un mode de vie confinant à l'ascétisme, est resté à l'abri des tentations mercantiles auxquelles n'ont pas résisté bien d'autres responsables de son époque. (...) Sur le plan du mode de gouvernance et des choix politiques sur lesquels il repose, soulignons que Boumediene aurait consacré l'intégralité des recettes pétrolières à l'investissement productif. Boumediene, par ailleurs, est un nationaliste ombrageux et déterminé. (...) C'est, sans doute, cette capacité à agir, pragmatiquement, qui explique que, nonobstant ses positions tranchées de politique étrangère, Boumediene ait pu entretenir des relations économiques solides, mutuellement profitables, avec les Etats-Unis(6). 

Au moment où de par le monde on élabore des stratégies sur l'avenir, nous, nous sommes spectateurs de notre destin, à telle enseigne que nous sommes une variable de négoce entre la Turquie et la France. Mieux, nos partis politiques, qu'ils soient dans le pouvoir ou à côté s'agitent frénétiquement en prévision de la prochaine répartition des prébendes législatives sans naturellement, sans aucune perspective digne d'emporter l'adhésion des jeunes. On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Boumediene, mais c'était un Homme d'Etat au sens de la définition suivante. «Un homme politique pense aux prochaines élections, un homme d'Etat pense aux prochaines générations.» Tout est dit» (6) 

Frantz Fanon Le Juste et le défenseur des bonnes causes. 

Il y a cinquante six ans, mourait Frantz Fanon, emporté par une leucémie à l'âge de 36 ans. Peu d'Algériens connaissent Frantz Fanon qui s'est battu à en mourir pour l'indépendance de l'Algérie. Frantz Fanon est né à Fort-de-France, en Martinique, Dès le début de la guerre de Libération nationale du 1er Novembre 1954 en Algérie, Frantz Fanon s'engage auprès de la résistance nationaliste Expulsé d'Algérie en 1957, il rejoint le FLN à Tunis, où il collabore à son organe central de presse El Moudjahid. En mars 1960, il sera nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne au Ghana. Se sachant atteint d'une leucémie, il se retire à Washington pour écrire les Damnés de la terre. Frantz Fanon est mort le 6 décembre 1961 quelques mois avant l'indépendance de l'Algérie. Conformément à son voeu d'être enterré en terre algérienne, sa dépouille sera inhumée au cimetière des chouhada près de la frontière algéro-tunisienne, dans la commune de Aïn Kerma C'est dire si quelque part, nous avons failli envers ce géant qui voulait, comme il l'écrit, mourir pour l'Algérie. «Nous ne sommes rien sur cette terre si nous ne sommes d'abord les esclaves d'une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté. Je veux que vous sachiez que même au moment où les médecins avaient désespéré, je pensais encore, oh! dans le brouillard, je pensais au peuple algérien, aux peuples du Tiers-Monde et si j'ai tenu, c'est à cause d'eux.»(7) 

La lutte pour le pouvoir a terni l'aura de la révolution. Ben M'hidi avait raison de le dire. Ces quelques rappels concernant des hommes illustres qui, à des degrés divers, se sont engagés pour une vision de l'Algérie tolérante ouverte sur l'universel et s'occupant réellement de sa jeunesse méritent d'être médités. Nous sommes en 2017 avec une Algérie ouverte à tout vent, qui devrait être la prunelle de ses yeux en lui offrant un système éducatif de qualité qui devrait être la seule légitimité future. Nous devons aller vers une autre indépendance en ne misant que sur notre compétence pour proposer à la jeunesse un cap basé sur un effort collectif et non sur une rente qui fait indexer sa loi de finances sur les convulsions d'un baril erratique Non! l'Algérie du million de martyrs mérite un meilleur destin. 

1.Zineb Merzouk http://www.babzman.com/27-decembre-1957-assassinat-de-abane-ramdane/ 


2.Belaïd Ramdane: Vérités sans tabous sur l'assassinat de Abane Ramdane. Qui, Comment? Pourquoi? Et après? Editions Dar el Othmania Alger 2017 

3. Ferhat Abbas: Pourquoi je ne suis pas d'accord avec le projet de Constitution établi par le Gouvernement? Lettre de démission du 12 août 1963 

4. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/232368-il-etait-une-fois-la-revolution.html 

5. http://www.lexpressiondz.com/actualite/232162-un-geant-s-en-va.html 

6.. http://www.alterinfo.net/HOUARI-BOUMEDIENE-Un-Homme-d-Etat-du-temps-present_a68656.html 

7.Lettre à Roger Taïeb http://www.frantzfanoninternational.org/spip.php?article93 
oct 61 

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/282855-les-mois-de-decembre-funestes.html 

Professeur Chems Eddine Chitour 
Ecole Polytechnique Alger
 
samedi 30 décembre 2017
 

La Palestine d’avant 1948







image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/12/palestina-antes-de-1948-104_L-1728x800_c.jpg
La Palestine d’avant 1948
Publié par Syrianpatriots pour Balfour, Benjamin Netanyahou, Donald Trump, Eretz Israël, les stratégies géopolitiques, Israël, le lobby israélien, les crimes israéliens, les forces d’occupation israéliennes, Jérusalem, les Juifs, Jérusalem occupée, la Palestine occupée, le forage pétrolier, les oléoducs, les contrebandiers de pétrole, la Palestine, les complots, les patriotes syriens, le régime étasunien, les États-Unis, le complot des États-Unis, l’alerte au crime de guerre, la stratégie de guerre, les militants, Washington, le sionisme, la conspiration sioniste, l’entité sioniste, le lobby sioniste, le gouvernement d’occupation sioniste.

La Palestine avant 1948, avant Israël.


La vidéo ci-dessus montre les photos de diverses villes palestiniennes dans les années 1920 et 1930, avant la création de l’État d’Israël par les sionistes en 1948.

Est-ce que les familles israéliennes étaient là avant 1948 ?


Même si des Juifs vivaient en Palestine avant 1948, cela ne légitime pourtant pas l’État voyou appelé « Israël ».
« Si je venais avec la Bible dans une main et un fusil dans l’autre, frappais à votre porte et disais, « D’après ma Bible, ma famille vivait chez vous il y a deux mille ans, » feriez-vous vos valises et partiriez-vous ? » – Dr Norman Finkelstein
the real Syrian Free Press
Original : syrianfreepress.wordpress.com/2017/12/18/palestine-pre-1948-were-israeli-families-there-before-1948/
Traduction Petrus Lombard

 
 

ALGÉRIE: UNE AMBIANCE DE FIN DE RÈGNE PLOMBE LE DÉCOLLAGE ÉCONOMIQUE








https://fr.sputniknews.com

Safwene Grira

Les mesures d’austérité qui frappent l’Algérie en disent autant sur la situation économique que politique du pays. Confrontée à la fois à une crise économique masquée et aux spéculations sur l’état de santé du Président et ses intentions de se présenter pour un cinquième mandat, Alger peine à redresser la barre.
Une liste de 900 produits interdits à l’exportation, un gel qui frappe les recrutements dans la Fonction publique, une course à la privatisation des fleurons de l’industrie du pays, l’Algérie vit une crise économique qui refuse de dire son nom.
Pourtant, c’est bien avec un sentiment de soulagement que les Algériens apprenaient, en début de semaine, que leur déficit commercial avait été réduit de 31%. «C’est essentiellement l’effet mécanique de la remontée du prix du pétrole et la légère augmentation des volumes des exportations d’hydrocarbure», nuance Anisse Terai, ancien enseignant à Sciences Po Paris et économiste algérien:
«Les importations n’ont pas cessé d’augmenter ces dernières années et elles se sont stabilisées en 2017. C’est toutefois une variable exogène, l’augmentation du prix du baril, qui a permis de réduire le déficit de la balance commerciale et non pas l’action gouvernementale», tempère Anisse Terai.
C’est plutôt un certain retour au statu quo ante pour ce pays dont l’économie est basée sur les hydrocarbures, pays qui a connu la tourmente à l’été 2014, quand le prix du baril a été divisé par deux. Les exportations d’hydrocarbures atteindront 31 milliards de dollars à la fin 2017, soit une hausse de trois milliards par rapport à 2016, d’après le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya.
Hasard du calendrier (ou pas), l’annonce de la réduction du déficit était concomitante avec une intervention du ministre du Commerce, qui rappelait que 2018 se plaçait sous le signe du serrage de ceinture.
Près de 900 produits seront interdits d’importation, dont des fruits secs, fromages, légumes frais, viandes, mais aussi des intrants industriels. Une mesure qui n’est que «symbolique, qui n’aura pas d’impact réel sur l’économie.» Elle serait même «contre-productive», critique l’économiste algérien:
«Ces produits ne représentent, tout au plus, que 2 milliards USD [1,66 milliard d’euros, ndlr]. Une part anodine de la facture totale des importations. L’autre facette de cette mesure, c’est que la production locale ne va pas améliorer sa qualité et sa compétitivité, puisqu’on aura supprimé toute concurrence internationale.»
Cette liste serait même appelée à être revue à la hausse, redoute l’économiste, «au gré des caprices de certains oligarques qui souhaiteront que la réduction de la concurrence se fasse au bénéfice de leurs produits» et aussi «à la baisse sous la pression de certains barons de l’importation».
Manifestation de cette ambiance de fin de règne qui plane sur l’Algérie, la course effrénée de clans proches de certains cercles du pouvoir, à «la prédation insatiable». C’est dans ce sens qu’il convient de lire les marchés de PPP (Partenariats-Public-Privé), ou même, certaines privatisations, d’après l’ancien enseignant à Sciences Po Paris, qui rajoute que
«Les acteurs économiques sont sclérosés de peur de se lancer, de mettre en pratique les projets et les idées qu’ils peuvent avoir. Il y a une absence totale d’initiative économique de leur part, due à cette ambiance. Plutôt que d’une liste de restrictions d’importation, c’est une vision économique et l’amélioration qualitative du climat des affaires dont a besoin l’Algérie. Cela passe aussi par la simplification des procédures administratives et la transparence des marchés publics, l’État restant le premier donneur d’ordre du secteur privé en Algérie.»
Élu en 1999, le président Abdelaziz Bouteflika est fortement diminué. À 80 ans, ses apparitions publiques sont réduites et ses prises de parole encore plus rares depuis l’accident vasculaire cérébral dont il a été victime en 2013.
​C’est sur un fauteuil roulant qu’il est allé, en avril 2014, prendre part au scrutin présidentiel, au terme duquel il a été élu pour un quatrième mandat consécutif. Aujourd’hui, le flou règne quant à ses intentions d’en briguer encore un autre. Une période de fin de règne qui pourrait durer quelques mois ou quelques années…
​​«Entre temps, c’est la course contre la montre pour les clans qui gravitent autour de lui, et ce n’est jamais sans arrière-pensées», résume Anisse Terrai.
Mais des contre-pouvoirs sérieux existent «pour limiter la casse», selon l’économiste. Si l’intervention en décembre 2017 du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a permis en dernière minute de retirer du vote un projet de loi pouvant déblayer le terrain à la privatisation de certaines prérogatives de l’opérateur historique Algérie Telecom, la Grande muette sait toujours jouer les derniers remparts.
«La nouvelle génération d’officiers généraux et d’officiers supérieurs de l’ANP (Armée Nationale Populaire) est différente de celle qu’on a connue dans les années 90. Ces militaires ont compris qu’il ne leur revient pas de gouverner le pays.
Ils sont conscients de leur incapacité à gérer les affaires politiques, économiques ou sociales de l’Algérie. Ils se recentrent désormais sur leur vocation originelle qu’est la défense nationale. Pour autant, ils ne laissent pas passer certaines choses quand ils estiment que la sécurité nationale ou les intérêts stratégiques de l’Algérie sont menacés.»
Dans les années 2000, c’est une levée de boucliers nationale qui avait permis de sauver le joyau de l’industrie pétrolière Sonatrach. Employés, syndicats, médias, toutes les forces vives de la nation avaient contribué à faire échouer un projet de loi devant aboutir à la privatisation du géant pétrolier et du sous-sol.
«L’ANP et les corps de sécurité n’étaient pas loin non plus», précise Terai, avant d’ajouter que «l’armée rentrée dans les casernes, les élites doivent prendre leurs responsabilités pour offrir des options politiques démocratiques aux Algériens» et il conclut, citant Frantz Fanon:
«Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.»
 
 

Algérie – Khaled Nezzar : « Boumédiène, Chadli, Hassan II et moi »






Dans le recueil de ses Mémoires qui vient de paraître, l’ex-homme fort de l’armée algérienne, Khaled Nezzar, apporte un nouvel éclairage sur quelques épisodes marquants de l’histoire nationale et régionale algérienne.
Sa réputation de général le plus bavard de la Grande Muette ne se dément pas avec le temps. Grande gueule devant l’Éternel, admiré par certains, honni par d’autres, le général-major Khaled Nezzar, 79 ans, n’a pas son pareil dans l’armée algérienne. Ancien ministre de la Défense avant de prendre sa retraite, acteur de premier plan au sein d’un système où la frontière entre le politique et le militaire n’est jamais étanche, Nezzar a longtemps compté parmi les décideurs les plus influents du pays.

Auteur de plusieurs ouvrages dans lesquels il revient sur sa longue carrière militaire, Nezzar cultive néanmoins encore le goût du secret, comme au temps de la révolution ou du parti unique. Dans le premier tome du Recueil des Mémoires du général Khaled Nezzar, sorti récemment à Alger, il raconte petits et grands épisodes qui ont marqué l’histoire de l’Algérie, notamment entre l’indépendance, en 1962, et le début de la guerre civile, en 1991.
De Ben Bella à Chadli, en passant par Boumédiène, Hassan II ou encore Kadhafi, cet ouvrage retrace une époque dont les grands protagonistes ne sont plus de ce monde, mais qui auront marqué, chacun à leur façon, le cours de l’histoire de leurs pays respectifs.

Un regard dépourvu d’humanité

Juillet 1962. À peine l’indépendance était-elle proclamée, au bout de sept ans et demi d’une guerre atroce contre la France coloniale, qu’éclatait une autre guerre, entre les diverses factions du FLN. Désormais, les anciens compagnons d’armes s’entre-tuent pour la conquête du pouvoir. Chef d’état-major de l’ALN, le colonel Houari Boumédiène se range du côté d’Ahmed Ben Bella contre le reste des dirigeants de la révolution.
Stationné avec son bataillon de soldats à Bou-Saâda, à 240 km au sud-est d’Alger, Khaled Nezzar reçoit de Boumédiène l’ordre de marcher sur Alger aux côtés de l’armée des frontières. Objectif : porter Ahmed Ben Bella à la tête du jeune État algérien. « Tournez les canons vers le bas, lui dit Boumédiène, je ne veux pas de sang, mais il faut arriver à Alger. »
Et Nezzar de brosser un portrait saisissant de ce colonel aussi ambitieux que taciturne. Un visage « osseux et anguleux avec des pommettes saillantes, un front immense, des yeux petits et presque sans cils, une lippe charnue, immobile, pour cacher une dentition ravagée par le mauvais tabac ». Bien sûr, l’âge, l’exercice du pouvoir, une meilleure hygiène de vie et une heureuse vie de couple après des années de célibat avaient changé Boumédiène. Mais cet homme aux multiples facettes gardera toujours ce regard si particulier.
« Il n’y a aucune humanité dans le regard de Houari Boumédiène quand il se pose sur celui qui a fait naître sa vindicte »
« Un regard fixe, écrit Nezzar, vibrant d’un flux intensément expressif, venant de ces profondeurs de l’être où naissent des instincts primitifs de certains animaux qui savent que, pour survivre, ils doivent mordre et terrasser. Il n’y a aucune humanité dans le regard de Houari Boumédiène quand il se pose sur celui qui a fait naître sa vindicte. » Ses nombreux opposants morts, exilés, excommuniés ou assassinés en savent quelque chose, à commencer par Ahmed Ben Bella, que Boumédiène a porté au pouvoir avant de l’en déloger.

Ben Bella et les sous-marins égyptiens

Les historiens avancent plusieurs raisons pour expliquer la rupture entre Boumédiène et Ben Bella qui débouchera sur le coup d’État du 19 juin 1965. Khaled Nezzar rapporte un épisode qui marque, selon lui, le divorce officiel entre les deux anciens partenaires. Mai 1965. Ministre de la Défense et vice-président, Boumédiène se rend à Moscou à la tête d’une importante délégation militaire.
Irrité par ce déplacement, Ben Bella ordonne le rapatriement de l’avion qui avait conduit les Algériens en URSS. Sans en avertir Boumédiène. À Moscou, les Soviétiques insistent pour que celui-ci prolonge son séjour afin d’assister à la fête nationale du 9-Mai. Les égards avec lesquels est traité son ministre de la Défense agacent Ben Bella, qui dépêche une autre délégation pour prendre part aux cérémonies commémoratives. La crise qui couvait entre les deux hommes sort du cadre algéro-algérien pour prendre une dimension internationale.
Que faisait l’officier égyptien dans un hôtel de la capitale et pourquoi des sous-marins se trouvaient-ils non loin du port d’Alger ?
Embarrassés par les rivalités qui minent les deux délégations présentes sur leur sol, les Russes multiplient les acrobaties pour faire en sorte que les frères algériens ne se croisent pas. Bien que stoïque et flegmatique, Boumédiène vit l’initiative de Ben Bella comme un affront personnel. C’est un casus belli. « C’est ce jour, peut-être, que Ben Bella a scellé son sort », pense Khaled Nezzar.
Dimanche 19 juin à l’aube, le premier président algérien est déposé à la suite d’un putsch sans effusion de sang. Le lendemain, le responsable de la sécurité nationale égyptienne est arrêté dans sa chambre, à l’hôtel Aletti d’Alger. Au même moment, des sous-marins égyptiens qui patrouillent au large des eaux territoriales algériennes demandent à accoster pour se fournir en carburant. Refus net du nouveau pouvoir.
Que faisait l’officier égyptien dans un hôtel de la capitale et pourquoi des sous-marins se trouvaient-ils non loin du port d’Alger ? Peut-être que le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui avait pris sous son aile Ahmed Ben Bella, comptait intervenir en Algérie pour sauver la tête de son ami. Ulcérés par le coup d’État qui a renversé leur allié, les Égyptiens réclament à Boumédiène la restitution des cinq avions de chasse MIG-15 qu’ils avaient offerts à l’Algérie en guise de cadeau d’indépendance.

Les regrets du patron de la SM

Alger, décembre 1978. Après une agonie d’un mois et demi, Houari Boumédiène s’éteint à l’âge de 46 ans. Discrète pendant que le défunt se mourait dans une chambre stérile de l’hôpital Mustapha d’Alger, la bataille pour sa succession oppose Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères et dauphin auto­proclamé, à Mohamed Salah Yahiaoui, patron du FLN. Mais, contre tous les pronostics, un troisième homme apparaît sur les écrans radars.
Il s’agit du colonel Chadli Bendjedid, chef de la 2e région militaire. Sauf que sa candidature n’agrée pas tous ses collègues de l’armée, notamment Khaled Nezzar et Selim Saadi, chef de la 3e région militaire. Nezzar écrit : « Selim et moi étions convaincus que Chadli était le moins qualifié pour exercer la magistrature suprême. Il a des connaissances politiques limitées et un caractère émotif et influençable. »
Moins malléable et influençable qu’il n’y paraît, redoutable tacticien et fin stratège, Chadli s’emploiera à « déboumédiéniser » le pouvoir
Les réserves des deux hommes n’auront pas d’influence sur la suite des événements. Chadli sera désigné comme successeur officiel de Houari Boumédiène grâce au travail en coulisses de Kasdi Merbah, le directeur de la redoutable sécurité militaire (SM), qui détient des dossiers sensibles sur tous les dirigeants algériens.
Pourquoi Merbah a-t-il écarté Bouteflika et Yahiaoui ? Son principal souci, expliquera-t-il plus tard, était de désigner un officier afin de préserver l’unité et la cohésion de l’armée, véritable détentrice du pouvoir et garante de la stabilité du pays. « En réalité, juge Nezzar, le chef des services, dans la perspective de conserver la réalité du pouvoir, avait choisi l’homme dont le profil psychologique lui convenait. » En clair, Chadli serait une marionnette entre les mains de Merbah. Mais ce dernier s’est lourdement trompé.
Moins malléable et influençable qu’il n’y paraît, redoutable tacticien et fin stratège, Chadli s’emploiera à « déboumédiéniser » le pouvoir en écartant progressivement la vieille garde, à commencer par Kasdi Merbah, qui sera assassiné par un groupe terroriste en 1993. Quelques années plus tard, son épouse rencontre Khaled Nezzar au cours d’un voyage. Dans l’avion, elle lui fait cette confidence : « Mon mari répétait souvent, avec un soupir, “j’aurais dû écouter Khaled Nezzar”. »

Chadli et le mur marocain

Peu après l’arrivée au pouvoir de Chadli, en février 1979, Hassan II entame la construction du fameux « mur de défense », de 2 720 km, une ligne de fortification pour se protéger des attaques du Front Polisario. Et tente, parallèlement, de se rapprocher de l’Algérie, avec laquelle les relations diplomatiques sont rompues depuis mars 1976.
Grâce aux bons offices des Saoudiens, Hassan II et Chadli Bendjedid se rencontrent une première fois en février 1983, à la frontière algéro-marocaine. Pour Khaled Nezzar – alors chef de la 2e région militaire, qui longe la frontière entre les deux voisins –, ce rapprochement est une ruse de la part du roi du Maroc, qui fait miroiter une solution politique à la crise entre Alger et Rabat.
« Hassan II a des arrière-pensées, écrit Nezzar. Le roi a tout ce qui manque à Chadli : la connaissance parfaite du dossier, la psychologie des hommes, la capacité à feindre et le manque de scrupules qui facilite les volte-face. Chadli n’a pas mesuré au juste prix ce que coûterait à Hassan II, sur le plan intérieur, un abandon de sa politique agressive au Sahara. »
Avec Mohamed Touati, chef d’état-major de la 3e région militaire, Nezzar adresse un mémo à Chadli « pour attirer son attention sur les raisons de ce brusque accès d’amitié envers l’Algérie » de la part du monarque marocain. Les deux hommes proposent des mesures pour empêcher la construction du mur : ouvrir aux combattants du Polisario un champ d’action pour pénétrer dans le territoire marocain, consolider les forces motorisées de l’armée algérienne et, enfin, déployer les hélicoptères de combat et les MIG pour protéger l’espace aérien de l’Algérie.
Lors d’un conclave à Béchar avec le commandement militaire, Chadli approuve le plan, mais refuse de le faire appliquer. Pourquoi ? Explication de Nezzar : « Il se trouve auprès du président des avis opposés, au motif que ce plan pourrait conduire à une guerre généralisée et que le contexte international n’est pas favorable. »

Quand Nezzar plante le roi

Mai 1991. Hassan II est à Oran à l’invitation du président algérien. Au cours du dîner offert en son honneur, le roi échange avec Khaled Nezzar, alors ministre de la Défense. Ce dernier lui fait part de la vision des généraux algériens des relations entre les deux voisins. « Nous militaires, lui confie-t-il, ne souhaitons qu’une chose : que les problèmes qui existent soient résolus – et résolus d’une façon pacifique. Ensuite nous aimerions nous engager avec l’armée marocaine dans une coopération pour créer les conditions d’une défense commune. L’union du Maghreb sera acquise dès lors que les économies et les forces armées des deux pays en seront les piliers et le moteur. »
Réplique du souverain marocain : « Si c’est comme ça que vous voyez le Maghreb, envoyez, dès demain, une brigade s’installer à Rabat. » Le ministre algérien de la Défense sait que le souverain marocain a une trop grande connaissance de la politique algérienne pour être honnête. « La façon dont est articulée l’Assemblée populaire nationale [APN] n’a pas de secrets pour lui », admet-il.
Le dîner terminé, Chadli demande à Nezzar de faire visiter à son hôte la base navale de Mers el-Kébir, ainsi que ses installations. Pour Nezzar, cette demande est plus qu’embarrassante. Comment le patron de l’armée pourrait-il jouer les guides avec Hassan II alors que les chars algériens sont sur le pied de guerre et que les unités sont sous pression ? Comment dévoiler aux officiers marocains les détails de la principale base navale du pays ? Le risque de démobilisation des troupes de Nezzar n’est pas exclu.
Que faire ? Avaler la couleuvre ou désobéir à l’initiative présidentielle, qu’il juge incongrue ? Khaled Nezzar décide de planter tout le monde et reprend l’avion pour Alger. Le lendemain, le secrétaire général du ministère marocain de la Défense, le commandant de la gendarmerie royale et le directeur des services de sécurité lui rendent visite dans son bureau pour lui transmettre une invitation royale à se rendre à Rabat. Nezzar ne donnera pas suite.

Rabat accepte de livrer le chef du GIA

Si Khaled Nezzar n’est pas allé à Rabat pour honorer cette invitation de Hassan II, il s’y rendra pour une occasion très particulière au printemps 1993. L’Algérie est alors plongée dans une effroyable guerre civile depuis déjà une année quand Abdelhak Layada, fondateur et chef du Groupe islamique armé (GIA), se rend discrètement au Maroc sous une fausse identité pour s’y cacher et tenter de se procurer des armes. Les services de renseignements algériens le localisent dans un hôtel de Oujda, près de la frontière algérienne.
Comment faire pour mettre la main sur Layada ? Organiser une opération à l’intérieur du territoire marocain, au risque de provoquer une crise diplomatique entre les deux capitales, ou informer les Marocains de sa présence sur le sol ? Khaled Nezzar décide d’appeler Driss Basri, ministre de l’Intérieur, pour évoquer la situation sécuritaire sans mentionner le cas d’Abdelhak Layada.
Le général Smaïn Lamari, numéro deux du DRS algérien (les services secrets, dissous en 2016), se rend alors au Maroc pour informer les Marocains de la présence du chef du GIA à Oujda et réclamer sa livraison. Les Marocains n’accèdent pas tout de suite à cette demande. Hassan II souhaite d’abord s’entretenir à Rabat avec Khaled Nezzar. Dans une villa royale, la rencontre entre les deux hommes dure deux heures. Alors qu’ils évoquent les modalités de la remise à l’Algérie du chef terroriste, le souverain marocain se tourne vers son hôte en s’exclamant : « Vous vous rendez compte, nous avons récupéré des stocks d’armes ! »
Hassan II va se servir de cet attentat comme d’une machine infernale contre l’Algérie
Khaled Nezzar est convaincu que les services marocains ont menti à leur roi. Pour lui, l’emplacement des stocks d’armes a été révélé aux Marocains par Smaïn Lamari lors de son séjour au Maroc. Comment ? Ayant infiltré un réseau de soutien au GIA, les services algériens avaient noté les numéros de ces armes pour faciliter leur traçabilité. Le 29 septembre, Abdelhak Layada est officiellement extradé vers l’Algérie, où il sera jugé et condamné à mort. Gracié, il vit aujourd’hui libre, dans une banlieue d’Alger.
Son passage au Maroc provoquera un dommage collatéral, qui pèse encore sur les relations entre les deux capitales. Selon Nezzar, c’est l’une des armes automatiques de ces stocks qui a été utilisée dans l’attentat qui secouera, en août 1994, un hôtel à Marrakech. « La preuve que cet attentat a été monté par les services marocains, écrit Nezzar. Hassan II va se servir de cet attentat comme d’une machine infernale contre l’Algérie. » L’attaque aura comme conséquence la fermeture, jusqu’aujourd’hui, des frontières entre les deux pays.

Kadhafi implore l’aide algérienne

Mars 1987. Les troupes tchadiennes, appuyées par l’aviation française, prennent d’assaut la base libyenne de Ouadi Eddoum, dans la bande d’Aouzou, annexée par le colonel Kadhafi. Craignant que les Tchadiens ne remontent vers le nord pour s’emparer de territoires libyens, le « Guide » sollicite une aide militaire d’urgence auprès de l’Algérie.
Chadli charge Khaled Nezzar, chef d’état-major, d’une mission à Tripoli. Sous une tente dans le palais Al-Aziziya, il rencontre Kadhafi pour connaître la nature de l’aide attendue. De retour à Alger, Nezzar élabore un plan qui prévoit surtout le déploiement de troupes algériennes dans le nord de la Jamahiriya afin de permettre aux armées libyennes de défendre leur territoire au sud.
Le plan validé par Chadli, Nezzar retourne à Tripoli pour le soumettre au colonel. Ce dernier donne son accord, mais pose cette condition : « Les unités algériennes doivent venir sans munitions ! Il leur sera alloué, sur place, des munitions d’instruction à justifier par le reversement des étuis », rapporte Nezzar dans son livre. Les Algériens sont estomaqués par cette requête du colonel. Informé, Chadli reste sans voix. Le plan d’aide tombe à l’eau. « Nous doutons de l’équilibre mental de celui qui ose imaginer une telle aberration », conclut Nezzar.
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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