ELWATAN-ALHABIB
samedi 28 janvier 2017
 

L'islamopsychose française a assez duré






Par Thomas Guénolé, Politologue et essayiste — 
Paris, 25 janvier : débat télévisé du second tour des Primaires citoyennes de gauche pour l'élection présidentielle opposant Benoît Hamon et Manuel Valls.
Paris, 25 janvier : débat télévisé du second tour des Primaires citoyennes de gauche pour l'élection présidentielle opposant Benoît Hamon et Manuel Valls. Photo Marc Chaumeil pour Libération

Dans une tribune, le politologue et essayiste Thomas Guénolé dénonce le principe d’hostilité envers le fait religieux musulman dans l’espace public et appelle à retrouver l'idéal d’universalisme et de fraternité français.

Manuel Valls a choisi le communautarisme musulman pour enjeu central de sa confrontation avec Benoît Hamon. Parmi tous les thèmes possibles du second tour d’une primaire présidentielle, il a jugé que c’était celui-là, et aucun autre, qui méritait qu’il lui consacre le plus d’efforts de campagne. Cette stratégie est symptomatique d’un problème profond, grave, dans le rapport que notre société entretient avec l’islam français.
La France de 2017 a un problème de peur et de haine envers sa minorité musulmane. Plus d’un Français sur deux déclare qu’il réagirait mal au mariage de son enfant avec une personne de confession musulmane. Deux Français sur dix croient que la France est en guerre avec l’islam. Deux Français sur dix également jugent que la grande majorité de leurs compatriotes de confession musulmane ne sont pas intégrés et que c’est de leur propre faute. Les trois quarts estiment que l’islam cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres. En outre, quatre Français de confession musulmane sur dix ont déjà été injuriés ou ont subi des remarques blessantes du fait de leur religion, et 13% ont déjà été agressés physiquement du fait de leur religion. (1)
Il existe en France des sympathisants de branches intégristes et obscurantistes de l’islam. Mais ils sont quantitativement marginaux. Il existe des musulmans réfractaires envers les lois de la République. Mais ils sont largement minoritaires. Il existe des recrues françaises chez l’organisation Etat islamique ou chez Al-Qaeda. Mais seul un pourcentage infime de nos compatriotes soutient leur idéologie totalitaire. Tirer argument de ces phénomènes pour diaboliser les Français de confession musulmane est donc objectivement fallacieux. En laissant pourtant le débat public être envahi par des généralisations à l’emporte-pièce sur «l’islam», «les musulmans», «le communautarisme», notre société en arrive à une représentation collective de sa minorité musulmane qui est délirante, c’est-à-dire déconnectée de la réalité : une islamopsychose.
Mettre en doute la compatibilité de l’islam français avec la République est erroné car cet islam n’existe qu’au travers des Français qui vivent cette foi. Or ces derniers adhèrent dans leur écrasante majorité aux valeurs républicaines : plus de 80% sont favorables à l’égalité hommes-femmes et à la laïcité (2). L’idée qu’ils ne veulent pas s’intégrer est fausse : par exemple, un quart de ceux qui sont d’origine maghrébine sont membres d’une association, signe très fort d’intégration dans la société ; et seulement 2% sont membres d’une association religieuse, ce qui invalide la thèse d’une envie majoritaire d’entre-soi confessionnel (3). Asséner que les Français de confession musulmane ne peuvent pas s’intégrer est également un mensonge : environ les trois quarts sont déjà soit assimilés, soit intégrés.
Quant à la phrase «La communauté musulmane doit se désolidariser des attentats», elle constitue une infamie. Elle signifie en effet que tout musulman est présumé coupable de solidarité avec le terrorisme jusqu’à preuve du contraire. Au demeurant, après chaque attentat, il y a avalanche de messages de Français de confession musulmane sur les réseaux sociaux pour dire «Pas en mon nom», «Pas mon islam», et ainsi de suite. Cela n’empêche pourtant pas diverses personnalités publiques, à chaque fois, de regretter d’un ton solennel qu’ils «ne se désolidarisent pas assez».
Lutter contre les organisations terroristes jihadistes est une chose. Laisser notre société verser dans la diabolisation de sa minorité musulmane en est une autre. Il est grand temps que les politiques publiques traitent le fait que malgré des niveaux de diplôme quasiment identiques, le chômage touche 12% de la population totale mais 30% des Français de confession musulmane (4). Il est grand temps que la laïcité, principe de neutralité spirituelle de l’Etat et de son administration, cesse d’être usurpée par la pseudo-laïcité, principe d’hostilité envers le fait religieux musulman dans l’espace public. Il est grand temps que les personnalités qui pratiquent la reductio ad islamum, en attribuant «l’islam» comme cause à mille problèmes, soient systématiquement interrogées par les journalistes sur leurs preuves concrètes à l’appui de pareilles accusations.
Il est grand temps que les médias de référence répondent systématiquement par le fact-checking aux informations fausses et aux préjugés rances propagés sur la minorité musulmane par divers essayistes et éditorialistes. Il est grand temps que nos arènes de débat imposent aux tenants de l’islamopsychose des contradicteurs aptes à déconstruire leurs prêches. Il est grand temps que les islamologues restés dans une approche rigoureusement scientifique du fait religieux musulman surmontent leurs réticences envers l’univers médiatique, pour venir y faire un travail de vulgarisation, de dédiabolisation, sur la réalité de l’islam français et des Français de confession musulmane. Et il est grand temps que les associations de défense des droits humains entrent en mobilisation générale, dans le débat public comme sur le front judiciaire, contre la diabolisation de la minorité musulmane.
La France des valeurs républicaines doit cesser de baisser les yeux et de raser les murs. Elle doit relever la tête pour opposer aux identitaristes, qui sont de dangereux communautaristes, son idéal d’universalisme et de fraternité. La diabolisation des musulmans a assez duré.
(1) Source : Ipsos. (2) Source : Institut CSA. (3) Source : Ined. (4) Source : Institut Montaigne.
Thomas Guénolé est l’auteur d’Islamo-psychose (Fayard, 2017)
Thomas Guénolé Politologue et essayiste
 
vendredi 27 janvier 2017
 

Pourquoi votre gauche n’est pas la nôtre





Vous pourrez faire toutes les primaires que vous voudrez, votre gauche ne nous inspirera que du mépris. Charlatans au sourire enjôleur ou matamores au style mussolinien, vous êtes des progressistes de pacotille. Vous voulez un monde plus solidaire, paraît-il, mais vous n’avez cessé d’approuver l’ingérence occidentale dans les affaires des autres. Honte à vous, héritiers de Guy Mollet ! Votre humanisme se métamorphose toujours en arrogance néo-coloniale. La lutte contre la pauvreté, à vos yeux, c’est lorsque les pays riches commandent aux pays pauvres.
Socialistes, ou gauchistes, vous avez jeté Jaurès aux orties depuis belle lurette. La guerre, vous en redemandez ! Pour répandre la « démocratie », vous comptez sur les vertus pédagogiques des B 52. En guise de publicité pour les « droits de l’homme », vous exigez le bombardement de pays qui ne nous ont rien fait. Ignobles jusqu’au bout, vous réclamez l’embargo, cette arme des riches contre les pauvres. Que vaut votre compassion pour les réfugiés, quand vous privez les Syriens de médicaments pour les punir d’avoir soutenu leur gouvernement ?
Faux-derches de première, vous livrez des armes, en Syrie, à ces allumés de la charia que vous prétendez combattre en France. Affreux terroristes au Bataclan, rebelles modérés à Idleb, quel tour de passe-passe, vous êtes experts en transformation chimique ! Vous dites que vous détestez ces criminels, et pourtant vous les aimez chez les autres. Vous y tenez, à votre lune de miel avec les coupeurs de têtes ! Votre égérie n’est-elle pas Elisabeth Badinter, féministe milliardaire qui clame son islamophobie tout en assurant à la tête d’Havas la promotion publicitaire du royaume saoudien ?
Vous êtes très forts pour prononcer des incantations à la gloire de la laïcité, mais vous allez quand même vous aplatir devant le CRIF, cette officine confessionnelle qui sert d’ambassade officieuse à un Etat-voyou. Avec M. Valls, vous roulez des mécaniques face aux musulmans, mais face aux sionistes, vous vous livrez à un concours de lèche-bottes. Le communautarisme vous répugne, paraît-il ? Oui, sauf lorsqu’il est au service d’une puissance étrangère qui spolie les Palestiniens et bombarde la résistance arabe en Syrie avec votre complicité.
Reniements, trahisons, la liste est longue. Vous prétendez défendre les intérêts du peuple, mais vous lui refusez l’exercice de la souveraineté. Au lieu de lui restituer le pouvoir usurpé par les riches, vous lui imposez le carcan d’une Union européenne qui tue la délibération démocratique, sanctuarise le dogme monétariste et asservit les travailleurs à la loi d’airain du capital. Au nom d’un internationalisme dévoyé, vous êtes les fourriers des multinationales qui ont colonisé l’Europe, vous avez bradé la souveraineté, discrédité l’idée nationale, abandonnée par votre faute aux imposteurs de l’extrême-droite.
Vous dites, la main sur le cœur, que vous êtes pour la réduction des inégalités, mais vous vous interdisez de toucher aux structures qui les nourrissent. Vous condamnez verbalement les effets sans chercher le moins du monde à agir sur les causes. Vous voulez mieux répartir les richesses, mais sans préjudice pour ceux qui les détiennent. Vous vous proclamez socialistes, mais vous ménagez le capital, vous cajolez la finance, vous montrez patte blanche à ceux qui possèdent l’argent et l’influence.
Où sont les propositions de gauche, dans vos programmes ? Où est la sortie de l’OTAN et de l’Union européenne ? Où sont la nationalisation des banques, la taxation des activités spéculatives, le plafonnement des revenus, la relocalisation des industries, le développement des services publics, le protectionnisme raisonné, le contrôle des mouvements de capitaux, la refonte de la fiscalité et l’éradication de la fraude, où sont, en un mot, l’abolition des privilèges de l’oligarchie financière et le rétablissement de la souveraineté populaire ?
Notre gauche n’est pas la vôtre. Pour nous, la gauche, c’est Sahra Wagenknecht, qui réclame au Bundestag la sortie de l’OTAN et le dialogue avec la Russie. C’est Tulsi Gabbard, élue hawaïenne du parti démocrate américain, qui exige la fin de la stratégie du chaos au Moyen-Orient. C’est le parti communiste syrien qui combat, au côté des baasistes, les mercenaires wahhabites. C’est le Front populaire tunisien, qui défend le progrès social et l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est cette gauche française qui se réveille, dans « La France insoumise », au PRCF ou ailleurs, pour tirer un trait sur des décennies d’imposture socialiste.
Cette gauche, moins connue, c’est aussi celle des communistes indiens du Kérala, qui ont donné à cet Etat de 33 millions d’habitants le meilleur indice de développement humain du sous-continent. C’est celle des communistes cubains qui ont obtenu, dans un pays isolé par le blocus impérialiste, un taux de mortalité infantile inférieur à celui des USA et élu 48% de femmes à l’Assemblée nationale du pouvoir populaire. Ce sont tous ceux, en Bolivie et au Venezuela, qui ont fait reculer la pauvreté de masse et redonné leur fierté aux peuples sud-américains.
Cette gauche, la vraie, contrairement à cette contrefaçon qui se donne en spectacle à la télévision, prend au sérieux le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Elle sait que, sans l’indépendance nationale, la souveraineté populaire n’est qu’un leurre. Son patriotisme ne l’éloigne pas de son internationalisme, car elle revendique pour chaque pays le droit de suivre sa voie dans le respect des autres. Elle ose s’attaquer aux structures de la domination capitaliste, elle en prend le risque, au lieu de fuir lâchement devant l’obstacle, faisant allégeance aux puissants et jouant le rôle de supplétifs dont leurs maîtres se débarrasseront à la première occasion.
Bruno GUIGUE
 
lundi 23 janvier 2017
 

La croisade de François Fillon contre l’islam et les barbares




Alain Gresh 



Alain Gresh
Journaliste, auteur de La République, l’islam et le monde, Fayard.
Voir en ligne : 
 


Le petit livre de François Fillon, candidat LR à la présidentielle française, En finir avec le totalitarisme islamique, aurait, si l’on en croit les commentateurs, pesé lourd dans sa victoire contre ses concurrents à droite. Un discours décomplexé qui s’inscrit dans les théories du « choc des civilisations »
Le propos se veut clair, tranchant, martial. Guerrier même. « La France est menacée ! » Jamais La Marseillaise et son évocation de « ces féroces soldats qui viennent jusque dans vos bras égorger vos fils, vos compagnes » n’auraient été autant d’actualité. 
Nous sommes donc entrés dans un choc mondial, similaire à celui qui a mis aux prises les démocraties avec les totalitarismes successifs au XXe siècle. Et ceux qui ne veulent pas le comprendre sont « les mêmes qui autrefois bêlaient au pacifisme et à la sécurité collective dans les années trente lorsque Hitler armait une Allemagne encore affaiblie ». Et Fillon dénonce une nouvelle fois « l’esprit de Munich », comme l’avaient fait avant lui le socialiste français Guy Mollet pour justifier l’intervention israélo-franco-britannique à Suez en 1956 ou ce quarteron d’intellectuels français approuvant bruyamment l’aventure américaine en Irak en 2003, Pierre-André Taguieff, Pascal Bruckner, André Glucksman et Shmuel Trigano.
Car ne nous y trompons pas, l’« islamo-fascisme » – terme qu’il entérine, comme le fait l’ancien premier ministre Manuel Valls – est un totalitarisme du même type que le fascisme et le communisme. « Islamisme et totalitarisme, écrit Fillon, partagent la culture d’une violence meurtrière qui exalte la mort et la destruction. “Viva la muerte !” s’exclamaient les franquistes. (…) L’un et l’autre ont développé une révolution conservatrice, c’est-à-dire une haine de la modernité ». Mais alors, le communisme est-il un totalitarisme, lui qui n’a jamais exalté la mort ni dénigré la modernité ?
Un autre trait définirait le totalitarisme, « la référence permanente à un passé mythifié : la Rome antique, le culte des Germains, l’âge d’or de l’islam ». Pourtant, n’est-ce pas le candidat LR qui, à la fin de son livre, rappelle au monde : « La France c’est quinze siècles d’histoire, depuis le baptême de Clovis à Reims. C’est Saint-Louis, Jeanne d’Arc, Louis XI, Henri IV ; etc. » ? « Etre français, c’est se sentir chez soi dans une épopée où tout s’enchaîne : le Moyen Age chrétien, la Renaissance humaniste, la monarchie absolue, la Révolution citoyenne, l’Empire triomphant, les Républiques progressistes… » Et le meilleur pour la fin : « Nous sommes uniques ! Pourquoi devrions-nous nous en excuser ? » Vous avez dit « passé mythifié » ?
Mais le concept brumeux de « totalitarisme islamique » (qualifié indifféremment aussi d’islamiste, sans que Fillon semble mesurer la différente entre les deux termes) l’amène à refuser toute distinction entre les mouvements qui se réclament de ce que l’on appelle l’islam politique. Il range dans un grand ensemble indistinct Al-Qaida et la République islamique d’Iran, Hamas et le Hezbollah, le Parti de la justice et du développement (PJD) au Maroc et le Parti de la justice et du développement (AKP) en Turquie. Pour y arriver, il doit se livrer à un gymnastique acrobatique. Puisant sans doute dans des notices de Wikipedia mal digérées, Fillon affirme : « Je rappellerai juste que l’ayatollah Khomeiny fut un des dirigeants de la section iranienne des Frères musulmans avec lesquels il s’attaqua, dès 1963, au régime du Shah. Ce n’est qu’après les attentats du 11 septembre 2001 que l’Iran se dissociera de cette forme de djihad devenue entre-temps l’arme fatale des extrémistes sunnites. » Outre l’ignorance crasse qui l’amène à penser que les Frères musulmans, hostiles aux chiites, auraient eu une section dirigée par Khomeiny, on ne comprend très bien en quoi l’Iran a changé après 2001 ? Quel djihad menait Téhéran avant 2001 qu’il aurait abandonné après ? Ou est-ce, pour Fillon, une pure argutie pour justifier le fait qu’il prône une entente avec ce pays et le régime syrien pour combattre « les djihadistes » ? Mais cela confirme, contrairement à ses propos, que « l’islamisme » n’est pas un monolithe. Il suffit de regarder les alliances fluctuantes au Yémen ou en Egypte entre différents groupes et pays pour mesurer qu’elles se font au nom d’intérêts politiques très concrets et non de l’islam.

Un raccourci saisissant

C’est cette dimension politique que Fillon refuse de voir. Il cite l’incontournable Alain Finkielkraut, qui ne faisait d’ailleurs que reprendre les propos du président américain George W. Bush au lendemain du 11 Septembre2001 : « Ce que les intellectuels ne voulaient pas et ne veulent toujours pas comprendre, c’est que l’Occident est moins haï pour l’oppression qu’il exerce que pour les libertés qu’il propose. »
Comment Fillon résume-t-il, dans un raccourci saisissant, « l’histoire la plus récente » de la région ? « Après les première et deuxième guerre du Golfe aboutissant (sic !) à l’explosion de l’Irak, la constitution de nouveaux mouvements terroristes, les attentats de New York mais aussi ceux de Madrid en 2004 et de Londres en 2005, les révolutions arabes et les tentatives de prises de pouvoir par les mouvances islamistes en Egypte ou encore en Tunisie, et enfin – mais ce ne sera sûrement pas le dernier épisode de cette saga meurtrière – la création de l’Etat islamique en Irak et au Levant, califat à l’odeur de crypte, dans la guerre civile syrienne. »
Admirons le « aboutissant », qui permet d’éluder les responsabilités. Il aurait pourtant été important de désigner les responsables de la destruction de l’Irak : ceux qui ont imposé un embargo meurtrier dans les années 1990 et ceux qui ont mené la guerre de 2003 qui a détruit l’Etat. Al-Qaida n’existait pas en Irak en 2003 et la guerre a créé les conditions de l’émergence de cette organisation là-bas puis de la création de l’OEI. Peut-être que les Irakiens ont quelque raison de « nous haïr » ?
Récemment, un débat a agité les médias pour savoir pourquoi tant de jeunes Tunisiens avaient rejoint le l’OEI ou Al-Qaida. Pour le comprendre, peut-on occulter l’histoire récente du pays ? Les années 2000 ont été celles de la lutte contre la dictature de Ben Ali soutenue par les Occidentaux, de la guerre en Irak, menée par les Etats-Unis, de la répression israélienne de la seconde Intifada, de l’invasion israélienne du Liban en 2006, soutenue par les Occidentaux, de la guerre et du blocus de Gaza, encore soutenus par les Occidentaux ? Comme d’autres dans le monde arabe, peut-on s’étonner que les jeunes Tunisiens aient quelque doute sur les « valeurs » que l’Occident prétend défendre ?

Un affrontement millénaire

Mais Fillon ne s’abaisse pas à ces considérations bassement politiques, c’est un homme de culture. Il se réclame de « la longue durée » chère à l’école des Annales. Et il explique donc que cette menace est enfouie dans les replis de la religion musulmane, qu’elle s’inscrit dans un affrontement millénaire jamais éteint entre l’islam et la chrétienté. Citant Martine Gozlan de Marianne dont chacun sait quelle grande spécialiste de l’histoire musulmane elle est (comme l’hebdomadaire où elle officie), il explique que les luttes au IXe siècle, durant le règne du califat abbasside, étaient « religieuses » « selon un schéma qui se répètera au cours des siècles : comment contester le calife ? En étant plus musulman que lui, plus intègre que lui et, sûrement, plus radical que lui ». Parce que, du temps de Charlemagne, les luttes à Byzance ou dans le Saint-Empire romain n’avaient pas de couverture religieuse ?
Cette menace, toujours latente, resurgit au XXe siècle : Fillon note « un nouvel essor du l’islam fondamentaliste sur fond de sentiment d’humiliation du monde arabo-musulman et de rejet d’une certaine idée du progrès imposée par l’Occident au sommet de la puissance » qui aurait provoqué « un vif sentiment de frustration ». Une « certaine idée du progrès » ? Allez demander aux Indiens ou aux Algériens, aux Africains ou au Aborigènes d’Australie ou de Nouvelle-Zélande… Faut-il rappeler comment l’Europe a cassé les mouvements de modernisation en Egypte ou en Tunisie dès le XIXe siècle ? Et que ce n’est pas « l’idée de progrès » qui a suscité une révolte, mais la domination coloniale (pas « une idée », une réalité très concrète que les populations ont subi dans leurs corps), suscitant les mêmes résistances, exprimées dans des termes différents, du Vietnam à l’Egypte en passant par l’Indonésie.
Pour Fillon, « avec l’Etat islamique nous avons changé d’univers, nous ne parlons plus une langue relevant de notre commune humanité ». Tzvetan Todorov lui répondait par avance [1] : « Le barbare (…) c’est celui qui croit qu’une population ou un être n’appartiennent pas pleinement à l’humanité et qu’ils méritent des traitements qu’il refuserait résolument de s’appliquer à lui-même. »
[1La Peur des barbares, Robert Laffont, 2008.
 
dimanche 22 janvier 2017
 

Dans quelle galère s’embarque Trump






Dans quelle galère s’embarque Trump
Le bref discours d’investiture du Président Trump est une déclaration de guerre à l’establishment US entier. Contre l’ensemble de ceux qui détiennent le pouvoir.
Trump a longuement expliqué que les ennemis des USA sont ici. Ce sont : les mondialistes ; les néocons et les autres partisans de l’unilatéralisme habitués à imposer les USA au monde et à les engager dans des guerres ruineuses et sans fin ; les politiciens qui servent l’establishment dirigeant plutôt que le peuple ; et à vrai dire, l’ensemble de l’aréopage d’intérêts privés qui laissent se dégrader les USA tout en profitant de la chose pour s’enrichir.
À vrai dire, le Président Trump s’est engagé dans une guerre bien plus dangereuse pour lui que s’il l’avait déclarée contre la Russie ou la Chine.
Qualifiés d’ennemis par Trump, les groupes d’intérêts sont bien ancrés et habitués à être au pouvoir. Leurs puissants réseaux sont toujours en place. Bien que la majorité soit républicaine à la Chambre des députés et au Sénat, la plupart des membres du Congrès sont redevables devant les groupes d’intérêts dirigeants qui leur fournissent les fonds de campagne, plutôt que devant le peuple ou le Président. Le complexe militaro-sécuritaire, les compagnies délocalisées, Wall Street et les banques, ne se soumettront pas à Trump. Pas plus que les médias de la pressetituée, qui appartiennent à des groupes d’intérêt dont le pouvoir est remis en question par Trump.
Aucun doute que son discours rassembleur [inclusiveness] sera ignoré par les fielleux de gauche, qui continueront à le traiter de raciste, tout comme les manifestants payés 50 dollars de l’heure, comme je l’ai déjà écrit.
À vrai dire, le leadership noir, par exemple, est piégé dans son rôle de victime, d’où il lui sera dur de sortir. Comment rallier des gens qui ont appris toute leur vie durant que le Blanc est raciste et qu’ils sont victimes des racistes ? Est-ce faisable ?
J’ai participé juste quelques instants à une émission de Press TV où nous étions censés fournir l’analyse du discours d’investiture de Trump. L’autre commentateur était un Noir de Washington. Le laïus intégrateur [inclusiveness] de Trump ne l’a pas impressionné, et l’animateur de l’émission ne s’intéressait qu’à montrer les manifestants embauchés pour discréditer les USA. Tant de gens ont des intérêts économiques à parler au nom des victimes, que ce genre de propos est disqualifiant.
Ainsi, en plus des mondialistes, de la CIA, des compagnies délocalisées, des industries d’armement, du gratin de l’OTAN en Europe, et des politicards étrangers habitués à se faire grassement rétribuer pour leur soutien à la politique étrangère interventionniste de Washington, Trump aura contre lui les leaders des gens discriminés, noirs, hispaniques, féministes, clandestins, homosexuels et autres transgenres. Cette longue liste inclut évidemment aussi les libéraux blancs, car ils sont convaincus que l’intérieur des USA est l’habitat des racistes blancs, des misogynes, des homophobes et des cinglés de la gâchette. Pour eux, ces 84% du pays devraient être placés en quarantaine ou claquemurés.
En d’autres termes, reste-t-il assez de bonne volonté dans la population pour permettre à un président d’unir les 16% de haineux aux 84% de forcenés ?
Voyez les forces qui s’opposent à Trump :
Comme leur pouvoir et revenu en sont revalorisés, les leaders noirs et hispaniques ont besoin de passer pour des victimes. Ils tourneront un œil désabusé vers l’ouverture de Trump ; elle est bonne pour les Noirs et les Hispaniques, mais pas pour eux.
Les dirigeants et les actionnaires des multinationales s’enrichissent avec les emplois délocalisés que Trump veut ramener dans le pays. Si les emplois reviennent, leurs profits, primes de rendement et gains en capital disparaîtront. Mais ce sera le retour de la sécurité économique pour la population US.
Le budget annuel de 1000 milliards de dollars du complexe militaro-sécuritaire est lié à la « menace russe ». Comme Trump veut le remplacer par des relations équilibrées, son assassinat ne peut être écarté.
De nombreux Européens doivent prestige, pouvoir et revenus à l’OTAN que Trump remet en cause.
Les profits du secteur financier viennent presque entièrement de la mise en esclavage des gens par la dette et du pillage de leurs pensions privées et publiques. Avec son représentant, la Réserve fédérale, le secteur financier peut déborder Trump avec la crise financière. La Banque de la Réserve fédérale de New York dispose d’un bureau de spéculation complet. Elle peut plonger le marché entier dans la tourmente. Ou soutenir tout marché, car sa capacité à créer des dollars US n’a aucune limite.
Tout l’édifice politique des USA s’est coupé de la volonté, des désirs et des besoins du peuple. Maintenant Trump dit que les politiciens seront responsables devant le peuple. Cela signifierait évidemment une importante réduction de leur sécurité au pouvoir, de leur revenu et richesse.
Il existe un grand nombre de groupes, financés par on ne sait qui. Par exemple, contre l’énergique engagement de Trump à défendre tout le monde contre l’establishment dirigeant, RootsAction a réagi aujourd’hui par une requête « demandant au congrès d’ordonner au Comité judiciaire de Chambre d’ouvrir une enquête de mise en accusation » et d’envoyer de l’argent pour la destitution de Trump.
Human Rights First, un autre groupe fasciste, attaque la protection des frontières voulue par Trump, car elle condamne « l’espoir d’un refuge pour ceux qui fuient la persécution ». Réfléchissez un instant à ceci : Selon les organisations libérales progressistes de gauche et les organisations des groupes d’intérêts raciaux, les USA sont une société raciste, à l’image du président Trump. Et malgré tout, les victimes du racisme se réfugieraient aux USA, là où elles subiront une persécution raciste ? Ça n’a pas de sens. Les clandestins viennent ici pour travailler. Demandez aux entreprises du bâtiment. Demandez aux abattoirs de volaille et d’animaux. Demandez aux services de nettoyage des régions de villégiature.
La liste de ceux qui ont déclaré la guerre à Trump est suffisamment longue, bien que l’on puisse encore en rajouter.
Nous devrions nous demander pourquoi un milliardaire âgé de 70 ans, propriétaire d’entreprises florissantes, marié à une fort belle femme et père d’enfants intelligents, est prêt à sacrifier ses dernières années à l’extraordinaire stress d’un président porteur de l’angoissant programme consistant à rendre au peuple son pouvoir. Il est certain que Trump s’expose à être assassiné. La CIA ne va pas ramasser ses cliques et ses claques et aller voir ailleurs. Pourquoi quelqu’un entreprendrait-il de restaurer en grand les USA, ce qu’a dit vouloir faire Trump, alors qu’il pourrait plutôt passer ses dernières années à prendre énormément de plaisir ?
Quelle que soit la raison, nous devons lui en être reconnaissants, et s’il est sincère, nous devons l’encourager. S’il est assassiné, il nous faudra prendre les armes, réduire en cendres le QG de la CIA de Langley et tous les abattre.
S’il réussit, il méritera le titre de Trump le Grand !
Russie, Chine, Iran, Venezuela, Équateur, Bolivie…, tous les pays sur la liste des victimes de la CIA devraient comprendre que l’ascension de Trump ne donne qu’une piètre protection. La CIA est une organisation mondiale. Ses rentables activités génèrent des revenus indépendants du budget US. Cette organisation est capable de lancer des opérations sans le consentement du président, ni même de son propre directeur.
La CIA a eu près de 70 ans pour se retrancher. Elle ne ramassera pas ses cliques et ses claques pour aller voir ailleurs.
Paul Craig Roberts
Original : www.paulcraigroberts.org/2017/01/20/trumps-declaration-war/
Traduction Petrus Lombard
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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