ELWATAN-ALHABIB
samedi 31 mai 2014
 
 

Le roi Mohammed VI en visite hier en Tunisie

Les Marocains cherchent-ils à «marquer» Alger ?

 

 

 

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le 31.05.14 
 
 Le roi Mohammed VI cherche à placer de nouvelles entreprises marocaines en Tunisie 
  
  
Le roi Mohammed VI cherche à placer de nouvelles entreprises...

Rabat craint que le nouveau rapprochement tuniso-algérien ne se fasse à ses dépens et le monarque vole, lui aussi, au secours de l'économie tunisienne.

Le monarque marocain,  Mohammed VI, est arrivé hier à Tunis pour la 1re fois depuis l'avènement des rvoltes arabes. Au-delà de la signature d'accords bilatéraux dans les secteurs public et privé, que vient chercher Mohammed VI derrière sa visite en Tunisie ? Le roi du Maroc est accompagné lors de sa visite en Tunisie d’une délégation comprenant une centaine d'hommes d'affaires qui ont déjà participé, jeudi, au Forum économique tuniso-marocain, tenu sur le thème «Des synergies à bâtir au service de la croissance et l’emploi». Le volet du renforcement de la coopération bilatérale est par ailleurs le principal point apparent à l'ordre du jour de la visite du monarque marocain.
En effet, Hichem Loumi, le vice-président de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (Utica) parle de trois thèmes, à savoir «l’évaluation des économies des deux pays, les opportunités d’investissement et surtout la complémentarité en matière de croissance et d’emploi». «On vise à faire de la Tunisie un hub régional, une plate-forme de correspondance, dans le but d’optimiser les marchés voisins», a-t-il précisé, en affirmant que l’objectif est de faire de «Tunisie-Maroc une plateforme compétitive pour l’internationalisation des entreprises du Maghreb».
«Se partager le gâteau»
Tout ceci est beau, mais ce n’est sûrement pas l'unique objectif du Maroc derrière ce premier déplacement de Mohammed VI dans un pays sur lequel a soufflé le «printemps arabe ».  De l'avis de tous les observateurs, Rabat suit avec prudence le réchauffement de l'axe Tunis-Alger, suite à la venue de Mehdi Jomaâ au pouvoir en Tunisie, surtout après le récent soutien financier apporté par le gouvernement algérien à son voisin de l'Est. Les relations tuniso-algériennes étaient plutôt au frigo pendant la gouvernance de la «troïka», dirigée par les islamistes d'Ennahdha. Plus encore, le président tunisien, Moncef Marzouki, se reconnaît une descendance marocaine dans la mesure où il a de la famille installée au Maroc et que son père y soit décédé et enterré. Donc, Rabat craint que ce nouveau rapprochement tuniso-algérien ne se fasse à ses dépens et le monarque vole, lui aussi, au secours de l'économie tunisienne.
Faute de financements, comme l'avait fait Alger, Rabat offre d'aider à faire de Tunis un hub régional et une plate-forme de correspondance vers les pays voisins, notamment l'Afrique occidentale, soit le même objectif préconisé par les Marocains. «Le Maroc propose de nous allier pour se partager le gâteau et damer le pion aux Européens, au lieu de se casser la figure l'un de l'autre», ironise un homme d'affaires tunisien, qui veut garder l'anonymat.
En contrepartie, Rabat souhaiterait des facilités pour ses financements en Tunisie, notamment via Attijariwafa Bank et sa filiale tunisienne Attijari Bank. On parle des désirs marocains de s'octroyer certaines entreprises saisies aux barons du régime de Ben Ali. Il est à souligner qu'actuellement, 100 sociétés tunisiennes sont implantées au Maroc, contre 30 sociétés marocaines installées en Tunisie. Les échanges commerciaux sont encore très faibles. Le total ne dépasse pas les 250 millions d’euros dans les deux sens, malgré l’affiliation des deux pays à l’accord d’Agadir d’échanges commerciaux.
 

Mourad Sellami
 
Commentaire:
   A.Dehbi   le 31.05.14
Un glacis criminel de 40 ans !
Si au lieu du régime militaro financier mafieux et corrompu en place, notre pays avait à sa tête un vrai pouvoir politique légitime, celui-ci mis à profit l'aisance financière de l'Algérie, pour venir en aide massivement à la fois à nos frères tunisiens et à nos frères marocains. Non pas sous forme de dons, mais sous forme de prêts à long terme et sans intérêts, ou sous forme d'importants dépôts de caution – de l'ordre de 5 à 10 Milliards de Dollars – dans leurs Banques Centrales respectives à Tunis et à Rabat, pour soulager leurs situations financières.

Un geste qui aurait largement démontré le sens de la solidarité maghrébine de l'Algérie et certainement contribué à débloquer cette maudite situation de glacis politique et psychologique qui empoisonne les relations entre l'Algérie et le Maroc, dont les deux gouvernements – et en particulier le nôtre – sont moralement responsables des indicibles souffrances humaines que subissent depuis bientôt 40 ans, nos deux peuples pris en otage par leurs deux gouvernements respectifs, toujours aussi prompts à faire preuve de surenchère "nationaliste – za3'ma – vis-à-vis du frère et voisin, qu'à plier l'échine devant les manipulations de la haine et de la division, susurées par l'ex puissance coloniale.

 
 

Ces réfugiés syriens dont le patriotisme a cinglé l'opposition et ses soutiens
 
 
 
 
 
 
par Kharroubi Habib
La propagande de l'opposition syrienne de l'extérieur et celle de ses alliés occidentaux et régionaux ont fait des réfugiés syriens ayant fui leur pays pour échapper aux combats meurtriers et interminables qui s'y déroulent depuis trois années des adversaires résolus à Bachar El-Assad et son régime. La mystification a obtenu crédit auprès d'une partie de l'opinion internationale dupée par le discours anti-pouvoir tenu devant les micros de chaînes satellitaires acquises à cette propagande, par des réfugiés choisis systématiquement pour leur sympathie pro-rébellion anti-régime.

Elle a toutefois volé en éclats la semaine dernière au vu des scènes auxquelles a donné lieu l'ouverture de bureaux de vote au Liban et en Jordanie pour l'élection présidentielle syrienne.

C'est en effet par centaines de milliers que les réfugiés dans ces pays ont afflué vers ces bureaux de vote alors que l'opposition syrienne a qualifié l'élection de « mascarade » et les a appelés à ne pas y prendre part. Ce que faisant ils ont transmis le message que bien que n'étant pas satisfaits du régime d'El-Assad ils le préfèrent encore à celui que ses adversaires veulent instaurer en Syrie.

Il faut croire que les puissances occidentales ayant contribué à véhiculer la mystification d'un peuple syrien totalement acquis à l'opposition extérieure qu'elles sponsorisent n'ont pas été dupes de ses limites d'où la précaution qu'elles ont prise d'interdire aux réfugiés syriens sur leur territoire de se rendre à leurs ambassades le jour du scrutin. Il leur aurait été en effet impossible d'expliquer à leurs opinions publiques l'afflux en la circonstance de ces réfugiés censés être contre le régime syrien et avoir fui leur pays à cause des persécutions qu'ils ont subies de sa part. Elles n'ont donc pas hésité à étouffer la ruée dont l'effet dévastateur allait ruiner leur présentation des réalités de la crise syrienne en prenant une décision incompatible avec le droit international et des citoyens consistant à interdire aux Syriens réfugiés chez elles de s'exprimer librement sur une affaire intérieure de leur pays.

En Syrie même l'élection présidentielle se déroulera le mardi 03 juin. On peut certes trouver qu'elle n'est pas la bonne réponse à la crise syrienne, douter qu'elle se tienne dans des conditions acceptables compte tenu de l'état de guerre qui prévaut dans le pays. Mais ce serait cautionner la mystification entretenue par une opposition extérieure totalement déconnectée de son peuple et de ses aspirations et relayée par la propagande des puissances qui la soutiennent d'affirmer comme elles le font que les Syriens sont opposés à cette élection. Ce que cette opposition leur a démontré en trois ans de conflit sanglant est qu'elle roule pour des agendas politiques étrangers qui ignorent l'intérêt de la nation syrienne et de son peuple. Une dépendance et une soumission qui lui ont fait refuser tout compromis qui aurait favorisé la recherche d'une solution politique négociée entre elle et le régime.

L'élection présidentielle syrienne aurait pu être une séquence de cette solution. Elle est maintenant l'initiative d'un pouvoir fort de ses succès militaires contre cette opposition et conforté par le rejet que son vassalisme aux diktats étrangers suscite au sein du peuple syrien.
 
 
Charité bien ordonnée
par M. Abdou BENABBOU 







 
Nous assistons à un essaimage de plus en plus large d'un genre particulier.

Toutes les villes algériennes, moyennes et grandes, reçoivent avec une superbe crédulité et une enfantine docilité des vagues de familles subsahariennes. Cette hospitalité honorable atteste de la superbe générosité d'un peuple qui a une disponibilité phénoménale à offrir jusqu'à sa veste quand d'autres peuples de ses semblables sont dans le besoin.

Personne ni quiconque ne peut contester que l'Algérie a souvent tout donné, toujours au détriment de ses propres intérêts. Les exemples sont nombreux et nos frères subsahariens sont les bienvenus pour peu que nous puissions intervenir avec la nécessaire rigueur pour leur garantir le minimum confort qui sied à la dignité humaine et pour peu que nous ne sombrions, eux et nous, dans la plus inextricable des turpitudes. Faute d'une prise de conscience et de vision, et avec un laisser-aller flagrant, tout malheureusement indique que l'Algérie se complaît dans un statuquo qui annonce un avenir désastreux.

D'abord aucun ne sait combien ils sont. 25 000 ? 50 000 ? 150 000 ? Personne n'a une idée exacte de leur spectaculaire foulée. Cette méconnaissance ne pourrait en aucun cas être justifiée par la porosité de nos longues frontières ni par les sérieuses turbulences qu'elles affrontent. Ce que l'on sait par contre est que leur moyenne d'âge est significativement basse et que la ville d'Oran, seule, abrite chaque jour deux naissances déclarées. L'hospitalité étant un devoir sacré ancré dans le cœur des Algériens, il est facile d'imaginer les colossales demandes de demain d'une population chassée de chez elle par les guerres et la famine. Il s'agira bien de répondre, de gré ou de force, à des besoins de santé, de scolarité, d'habitat et de toutes les commodités vitales de malheureux errants qui se sont fixés définitivement grâce à l'indolence de nos gouvernants.

Il serait ridicule et à la limite de l'abject de réfléchir à des procédés d'arrêts idiots et puérils utilisés ailleurs pour juguler ce flux. Rendre à soi, l'érection des murs et des barbelés ne tiendrait compte ni du respect de l'humain ni du brassage des peuples devenu inflexible. Il suffit seulement de se nourrir de l'esprit d'une charité bien ordonnée.


 
vendredi 30 mai 2014
 

Le Pentagone adopte la formule « 2, 2, 2, 1 »

 

 

 

 

 

 

Une conférence du chef d’état-major US atteste que ses armées refusent d’entrer en guerre contre la Russie et admettent qu’elles peuvent être dépassées d’ici dix ans. Le général Martin Dempsey entend utiliser la prochaine décennie pour ne pas perdre sa supériorité sur le reste du monde. Cependant, ses propos montrent l’extraordinaire décalage entre d’un côté la politique de provocation néo-conservatrice —qui tente d’entraîner la Russie dans une guerre en Ukraine— et, de l’autre, la réalité des forces armées états-uniennes.
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Le général Martin Dempsey, président du Comité des chefs d’état-major US.
L’une des conséquences des sanctions imposées à la Russie par les États « occidentaux » est le resserrement des liens entre Moscou, Beijing et New Delhi, un resserrement qui prend une tournure dramatique depuis que le président Vladimir Poutine a décidé de jouer la carte géoénergétique [1].
Aux États-Unis, une grande partie des « civils » va-t-en-guerre de la classe politique —sans parler de leurs désinformateurs de tous les médias— ne sont pas aussi bien informés que l’armée, qui voue, sur le plan militaire, une profonde admiration à la Russie et à la Chine.
Six jours avant le 20 mai, date de l’arrivée à Shanghai de Vladimir Poutine, le tsar de la géoénergie mondiale, en visite pour deux jours, le général Martin Dempsey, le chef d’état-major interarmes des États-Unis, a prononcé une conférence intitulée « Défense déstabilisatrice : la sécurité dynamique à l’ère des nouvelles technologiques » devant les membres de l’Atlantic Council, un groupe de réflexion proche du Parti républicain et de l’Otan établi à Washington [2].
Durant son intervention très pertinente, Martin Dempsey a affirmé que « la Russie et la Chine sont devenues deux poids lourds mondiaux [qui] pèsent sur les décisions stratégiques concernant les grands enjeux mondiaux en matière de sécurité », entérinant du même coup le nouvel ordre géostratégique tripolaire esquissé dans cette chronique [3]




Le général états-unien a résumé le « nouveau modèle [suivi par les États-Unis en matière de] sécurité à l’aide de la formule mnémotechnique « 2, 2, 2, 1 », qui désigne comme ennemis « deux poids lourds (la Russie et la Chine), deux poids moyens (l’Iran et la Corée du Nord), deux réseaux (Al-Qaida et la pègre internationale) et un système (la cybersécurité) ».
Il a affirmé que le réseau Al-Qaida et ses affiliés partaient de l’Afghanistan et du Pakistan, traversaient la péninsule arabe, la partie orientale de la Syrie, l’ouest de l’Iraq, le Yémen, la Somalie, l’Afrique du Nord ainsi que l’Afrique de l’Ouest, en passant par le Nigeria.
D’après lui, les États-Unis « utilisent différents instruments de pouvoir —diplomatiques, économiques et militaires— selon qu’ils traitent avec un État-nation ou avec un poids moyen désireux d’accroître son influence au-delà de ce qui est permis et qui, de ce fait, est susceptible de se transformer de temps à autre en État voyou ». Il a déclaré que les moyens de pression qui agissent sur les « États-nations » n’ont aucun effet sur les deux réseaux non étatiques.
Depuis que l’armée US est devenue très dépendante sur le plan technique de la cybersécurité, elle considère qu’il existe deux sujets de préoccupation en la matière : 1) le fait que les États-Unis soient très mal préparés pour repousser une cyberattaque, notamment du secteur financier ; 2) la « corruption des données (précision, navigation et temps) » qui entraîne une perte de confiance à l’égard des systèmes opérationnels.
Chose certaine, la Chine est une puissance non négligeable dans le domaine de la « cyberguerre » [4].
Martin Dempsey estime que, dans le domaine militaire, la « corruption des données » est « plus alarmante que l’absence de données ».
Il a expliqué la nécessité d’aborder chacun des adversaires, réel ou potentiel, sous un angle différent puisqu’aucun d’entre eux « ne réagira de la même manière aux divers moyens de pression ».
Aussi les deux principales caractéristiques du nouveau militarisme des États-Unis sont-elles désormais la « souplesse » et l’« innovation ».
Le général a annoncé qu’il allait participer à une réunion de l’Otan à Bruxelles [5] qui se déroulera en même temps que la visite historique de Poutine en Chine et déclaré que, en raison de la crise ukrainienne dont les « effets pourraient bouleverser en profondeur la vie des pays européens, aussi bien au sud qu’ailleurs en Europe », l’Atlantisme se trouve à la « croisée des chemins », dans la mesure où il doit « revoir » son « flan sud (Portugal, Espagne, Italie et Grèce) qui est intimement lié au Proche-Orient et à l’Afrique du Nord ».
Bref, il semblerait que l’Europe soit menacée de toutes parts. S’est-on rendu compte en Allemagne et en France de la fantasmagorique épée de Damoclès que représente Al-Qaida ? [6]
En réponse à une question sur la situation en Ukraine, le général Dempsey a affirmé que la crise incombe à l’Otan, qui doit se montrer « très préoccupée », alors que les États-Unis « utilisent l’arme économique de diverses manières » comme « moyen de persuasion et de punition ».
On sent que le général n’est pas très convaincu de l’usage des sanctions économiques. Il a entendu un groupe d’économistes qui n’ont pas su lui expliquer les risques qui en découleraient de leur application comme outil du pouvoir. D’autant que les États-Unis ont une bonne connaissance des capacités des forces militaires russes et de la valeur ajoutée que représente le facteur Poutine (sa psychologie), étant donné le fait qu’une grande partie de la population russe est prête à corriger (sic) les dérives du début des années 1990.
Mettant à profit l’apport théorique du groupe d’économistes, le général a déclaré que « pour pouvoir, à l’avenir, utiliser différemment les instruments de pouvoir, nous devons revoir nos modèles d’évaluation des risques ».
Selon lui, ce qui caractérise Vladimir Poutine, c’est son « désir de passer à la postérité et d’assurer le bien-être économique de la Russie ».
En disant cela, le général pensait aux nouvelles armes non conventionnelles dont dispose la Russie, des armes qui dissuaderaient n’importe qui.
À une question de Leandra Bernstein, de Ria Novosti, Martin Dempsey a répondu que les États-Unis « ne devaient pas se lancer à nouveau dans une Guerre froide contre la Russie », dans la mesure où « Washington collabore avec Moscou dans un grand nombre de domaines allant du futur de l’Arctique à l’espace, en passant par la lutte contre le narcotrafic et la piraterie, de sorte qu’il est nécessaire de « trouver un terrain d’entente ».
Il a ajouté que le pire scénario serait de relancer la Guerre froide avec la Russie et de déployer des troupes en Pologne et dans les Pays baltes en raison de la crise ukrainienne et des autres « perturbations géopolitiques ».
Il a avancé que la mondialisation n’a pas eu les mêmes effets que la stratégie de la Guerre froide, une stratégie qui a été « très stable » puisqu’elle était axée sur l’endiguement jusqu’à ce que l’Union soviétique change d’elle-même.
Après la conférence, Martin Dempsey s’est entretenu avec son homologue chinois, avec qui il a passé la journée du lendemain à l’Université de la Défense nationale. À retenir !
Le général tire un trait sur le passé, dans la mesure où, faisant en cela écho à un essai paru dans la Quadrennial Defense Review 2004 [7], il estime que « de nouveaux instruments sont nécessaires pour gérer dynamiquement un contexte sécuritaire plus complexe », tout en craignant que les États-Unis « ne soient pas capables d’innover suffisamment rapidement pour faire face aux nouveaux défis auxquels ils seront confrontés ».
En dépit de l’instabilité politique, Martin Dempsey estime que les États-Unis ont jusqu’en 2025, et ce, « sans avoir à effectuer de changements perturbateurs », puisqu’ils « disposent d’une armée remarquablement bonne pour mener des conflits de grande et de petite ampleur » et que les compressions budgétaires visant à réduire les dépenses du Pentagone —en hommes, en frais accessoires et en infrastructures— ont pour objectif « de faciliter l’innovation dans le domaine des forces de déploiement préventif » susceptibles d’imposer une « présence dynamique dans le monde, là où c’est le plus nécessaire ».
À l’heure actuelle, l’armée US doit pouvoir « faire moins avec moins, sans pour autant faire moins bien », de sorte qu’elle doit « penser sérieusement à se fixer des priorités ».
Il est d’ailleurs significatif qu’elle n’ait pas abordé la question du très controversé « revirement » d’Obama concernant l’encerclement de la Chine, mais qu’elle se soit seulement concentrée sur la Russie avec laquelle elle n’est pas prête à aller aussi loin que les économistes daltoniens aux ambitions de justiciers qui hantent les couloirs du Pentagone.
Alfredo Jalife-Rahme
Traduction
Arnaud Bréart
[1] « Visita de Putin a China : próximo acuerdo histórico de venta de gas ruso », par Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 14 mai 2014.
[2] « Disrupting Defense », par le général Martin Demsey, The Atlantic Council, 14 mai 2014.
[3] « De la primavera árabe al verano islámico : en medio de la emergente tripolaridad global (EU, Rusia y China) », par Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 1er août 2012.
[4] « Las cinco armas chinas de mayor peligro para EE.UU. », Russia Today, 15 mai 2014.
[5] « L’Otan pousse l’UE vers une nouvelle Guerre froide », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto/Réseau Voltaire, 24 mai 2014.
[6] « Lettre ouverte aux Européens coincés derrière le rideau de fer israélo-US », par Hassan Hamadé, Réseau Voltaire, 21 mai 2014.
[7] Rapport quadriennal sur l’état de la Défense US rédigé par le Pentagone à la demande du Congrès.
 
jeudi 29 mai 2014
 






« L’idole est tombée avant même de devenir un Dieu »

Egypte, le premier échec du « maréchal » Sissi

 

 


jeudi 29 mai 2014,
par Alain Gresh
On nous l’avait présenté comme suscitant l’enthousiasme du peuple. Il avait annoncé qu’il répondait à son appel (mais n’avait pas expliqué alors pourquoi il avait besoin de se présenter à l’élection). On nous avait montré des gâteaux avec sa photo et des pin’s à son image. Il n’avait pas jugé bon de faire campagne personnellement et, lors de ses quelques apparitions à la télévision, son message s’était résumé à l’idée que l’Egypte avait besoin d’un homme fort : lui (lire David D. Kirkpatrick, « Egypt’s New Strongman, Sisi Knows Best », The New York Times, 24 mai 2014), que la démocratie n’était pas d’actualité, en un mot que les Egyptiens n’étaient pas adultes. La télévision, publique et privée, l’encensait. A tel point qu’il a dû finir par croire à ses propres discours : le « peuple » l’aimait.
Le premier jour de l’élection, le ton des médias était le même, optimiste et unanimiste. Puis, le soir, il a fallu se rendre à l’évidence : les gens ne se bousculaient pas dans les bureaux de vote. Changement de ton le deuxième jour, comme si les responsables paniquaient car ils n’étaient pas préparés à une telle éventualité. Et l’impensable s’est produit : les chantres d’Abdelfattah Sissi sur le petit écran ont perdu leur sang-froid et commencé à insulter les abstentionnistes.
Le site Madamasr, dont il faut souligner le professionnalisme et le courage durant cette campagne présidentielle, a rendu compte de cette panique (Mostafa Mohie, « Pundits wring hands over low voter turnout », 27 mai). Ainsi, un journaliste a qualifié ceux qui n’allaient pas voter de « traîtres » et un autre a affirmé qu’une faible participation signifiait le retour de Mohamed Morsi au pouvoir.
Cette panique s’est traduite par plusieurs décisions : faire du second jour de l’élection un jour férié ; fermer un certain nombre de grands centres commerciaux ; demander au secteur privé de laisser les employés aller voter ; annoncer que ceux qui ne voteraient pas devraient payer 5 00 livres égyptiennes d’amende et seraient passibles de poursuites.
La mesure la plus spectaculaire a été la prolongation du scrutin d’une journée. Une mesure que la plupart des experts considèrent comme illégale, mais qui s’intéresse à la légalité en Egypte ? Certainement pas Catherine Ashton (lire Pierre Jalin, « La coupable bienveillance de l’Union européenne », OrientXXI, 21 mai). Dans un autre article de Madamasr, « Experts say vote extension is illegal » (28 mai), Mai Shams El-Din souligne que de nombreux experts ont affirmé que cette décision était en contradiction avec l’article 10 de la loi sur l’élection présidentielle, qui demande la publication à l’avance d’une telle décision au journal officiel. Le prétexte avancé par la commission électorale – la vague de chaleur aurait empêché les gens d’aller voter – était évidemment risible pour n’importe quel observateur sérieux.
Le troisième jour du vote, le gouvernement a annoncé d’autres mesures pour faciliter la participation, notamment la gratuité des transports pour ceux qui voudraient retourner dans la ville ou le village où ils sont inscrits sur les listes électorales. Dans le même temps, le ton des médias officiels changeait, après qu’ils eurent compris à quel point ils discréditaient l’élection. Ils ont commencé à affirmer, sans aucune preuve, que le taux de participation avait dépassé les 35%, avant de porter, dans une belle unanimité, ce pourcentage à plus de 40%, ce qui est difficilement crédible.
Même si le maréchal a remporté 90 % des suffrages exprimés, il est évident que sa légitimité est atteinte. Le fait que les bulletins nuls aient été plus nombreux que ceux en faveur de son concurrent Hamdin Sabbahi est aussi un signe du refus des électeurs du faux choix qui leur était proposé. Et les vingt millions de voix qu’il prétend avoir obtenues relèvent sans aucun doute de la manipulation.
Les causes du rejet et de l’abstention sont multiples :
- le boycott décidé par les Frères musulmans et leurs alliés ;
- le refus d’un grand nombre de jeunes d’aller voter (lire Alexia Underwood, « In pro-Sisi Mansoura, embittered youth avoid the polls », Madamasr, 27 mai) ;
- la conscience de nombre d’Egyptiens de la tentative d’un retour à l’ordre qu’ils ont rejeté massivement en janvier-février 2011.
« L’idole est tombée avant même de devenir un Dieu », ont affirmé sept organisations de jeunesse. Elles ont raison. Cette élection qui devait signer la fin du processus révolutionnaire montre au contraire la difficulté des forces de l’ancien régime à retourner à l’ordre ancien.

Commentaire:

Il faut noter la complaisance de plusieurs médias occidentaux (en plus des chefs d’Etat) qui ont accusé pendant des années le monde arabe d’être arriérés et non démocratique mais le jour où ce peuple a décidé de se rebeller, on lui a signifié qu’il ne vote pas bien. Dieu probablement veut que la révolution des musulmans soient dûe à eux seuls, et une révolution qui réussi contre le gré de l’occident, aura un gout encore meilleure. L’occident n’a rien appris de la révolution iranienne, ou il ne veut rien à apprendre, seul compte ses intérêts et les intérêts des sionistes, car finalement un monde musulman uni leur fait peur et ils ont raison, car le monde musulman n’oublia pas.
En attendant, l’occident ne doit pas pleurer de voir des vagues de clandestins envahir ses plages, car cet occident a une responsabilité dans l’établissement des régimes autoritaires qu’il soutient avec argent et armes et il ne doit pas pleurer de voir des islamistes recourir à la violence quand on leurs refuse le jeu démocratique.
 
 
Al Sissi, le mal élu 
 
 
 
 
par Kharroubi Habib
En Egypte l'issue du scrutin de l'élection présidentielle n'a pas donné lieu à suspens. L'ex-chef de l'armée, Abdelfatah Al Sissi, tombeur de l'islamiste Mohamed Morsi, est, comme attendu, sorti vainqueur des urnes face à son unique rival, le leader de gauche Hamdeen Sebbahi dont la participation s'est réduite à servir de faire-valoir au «triomphe» annoncé du premier. Toutefois, la victoire d'Al Sissi n'a pas été celle que l'ex-général et ses partisans ont escomptée. Elle n'a aucunement eu le caractère de «plébiscite» dont ils ont rêvé. De la façon dont Al Sissi a été élu, il ressort indéniablement qu'il n'est pas mis fin à la question de la légitimité du pouvoir qui a mis fin à celui de Mohamed Morsi et des islamistes. Elle sera encore plus présente après le scrutin que celui-ci a connu un taux de participation si bas qu'il a fait voler en éclats la fiction de «l'exceptionnelle» popularité dont a été crédité l'ex-maréchal candidat. Le véritable enjeu du scrutin était justement le taux de participation; or il a été tellement en deçà des attentes de Sissi et de son camp à l'issue des deux jours officiels de vote que les autorités, plus que désappointées, ont dû faire ouvrir les bureaux de vote pour un troisième jour. Au soir du deuxième jour le taux de participation a été déclaré à 37%. Ce chiffre officiel que d'autre sources estiment ne pas avoir reflète la réalité de l'ampleur du boycott qui s'est produit. Le taux de participation qui sera à la clôture du scrutin certainement plus haut que les 37% du fait de la rallonge temps accordée aux éventuels électeurs ne prémunira pas l'élection d'Al Sissi de la critique d'être contestable.

Al Sissi entamera son mandat présidentiel sous de mauvais auspices. Les Frères musulmans, qu'il pensait discrédités au sein de la population égyptienne et perdu de leur popularité et influence, ne jetteront pas l'éponge au vu de son élection acquise dans un scrutin déserté par une majorité de l'électorat. Ils se targueront d'être les véritables vainqueurs du scrutin -car ayant prôné son boycott- et d'avoir été suivis par la majorité des électeurs. De plus, Al Sissi aura du mal à convaincre du contraire l'opinion internationale et les partenaires étrangers de l'Egypte qui auraient pu se montrer moins «regardants» sur l'implacable répression contre les partisans du président déchu Mohamed Morsi qu'il a promis sans ambages de poursuivre en n'excluant pas de prendre des «libertés» avec le respect des droits de l'homme. Si les partisans de Sissi ont cru que son élection sonnerait la fin des problèmes auxquels l'Egypte est confrontée, ils vont amèrement déchanter, car la question de la légitimité du pouvoir qui en sortira divisera encore plus radicalement le peuple et la société égyptienne. Une légitimité que la Confrérie des Frères musulmans et autres islamistes ne seront pas seuls à dénoncer et à combattre mais également tous les acteurs de la révolution de la place Tahrir qui ont fait l'expérience qu'ils n'ont rien à attendre de bon de l'ex-chef de l'armée dont ils ont mesuré qu'il sait être plus autoritaire et liberticide que Moubarak.




 
mercredi 28 mai 2014
 

ALGERIENS, INDIGNEZ-VOUS … !

 

Appel de monsieur A.Dehbi


Adressé à Monsieur le Président de la République
Par Hocine Malti, 27 mai 2014

Monsieur le Président de la République,
Vous venez d’autoriser l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste sur le territoire de notre pays à tous, l’Algérie. Nous avez-vous consultés, nous les citoyens, avant de prendre une décision aussi grave ? Avez-vous, ne serait-ce que pour la forme, consulté la représentation nationale ? Sachant à quel point vous et le régime dont vous êtes la façade avez travesti les règles de la démocratie dans notre pays, vous auriez probablement obtenu l’accord quasi-unanime de ceux qui sont censés nous représenter. Cela nous aurait cependant permis de repérer les quelques courageux qui auraient osé vous dire, non. Savez-vous ce qu’est le gaz de schiste, Monsieur le Président ? Savez-vous comment l’on procède pour extraire ce gaz de la roche qui le contient ? Savez-vous quels sont les dangers encourus lors de l’extraction ? Savez-vous de quelles réserves l’Algérie dispose-t-elle ? Savez-vous qu’elles seront les retombées financières sur le pays, une fois l’exploitation entamée ? Savez-vous quelles décisions ont été prises en la matière par  d’autres pays, censés disposer de réserves importantes de cette ressource ?
Vous souvenez-vous, Monsieur le Président, de l’ardoise que vous transportiez dans votre cartable d’écolier ? Imaginez plusieurs ardoises collées les unes aux autres jusqu’à constituer une couche épaisse de quelques dizaines de mètres située à deux ou trois mille mètres sous terre. La roche ainsi constituée s’appelle schiste. (D’autres roches identiques à l’ardoise de par leur consistance et leur dureté s’appellent également schiste. Ce sont celles-ci surtout qui sont présentes au Sahara, mais j’ai choisi l’ardoise car elle plus parlante pour le commun des mortels.) A l’intérieur de cette roche se trouvent des milliards de micropores, voire de nanopores qui contiennent du gaz : c’est le gaz de schiste. Vous est-il arrivé, Monsieur le Président, de faire tomber votre ardoise sur le chemin de l’école ? Pouviez-vous dire, à l’avance, si elle allait se briser en deux, trois ou plusieurs morceaux ? Et quelles seraient la taille et la forme de ces morceaux ? Bien évidemment, non. Afin de produire le gaz contenu dans cette roche très peu poreuse, on doit le libérer en provoquant par des techniques particulières un phénomène identique, on doit faire éclater la roche ; en jargon du métier on dit que l’on doit procéder à la fracturation du schiste. Tout comme dans l’exemple de l’ardoise qui se brise, on est dans l’incapacité de dire quel en sera le résultat, mais aussi et surtout, on ne pourra prédire jusqu’à quelle profondeur s’étendra la fracturation. L’opération est d’autant plus incontrôlable qu’elle se déroule dans les entrailles de la terre. On ne sait donc pas si seule la couche de schiste a été fracturée, tout comme on ne sait pas si, ce faisant, les fissures que l’on a créées ne sont pas devenues autant de canaux de communication vers d’autres couches plus poreuses situées au-dessus ou au-dessous de la couche porteuse. C’est malheureusement ce qui arrive dans la très grande majorité des cas car, sachez Monsieur le Président, que pour extraire le gaz de schiste, on doit pénétrer cette couche par un forage dit horizontal et procéder de proche en proche au plus grand nombre possible de fracturations qui peuvent alors atteindre d’autres niveaux. La fracturation en elle-même se fait par injection à très haute pression d’eau à laquelle on a additionné du sable et des composants chimiques extrêmement nocifs pour la santé des hommes et des animaux, mais aussi pour la végétation ; en effet, certains sont radioactifs, tandis que d’autres sont cancérigènes. Les quantités d’eau utilisées sont de l’ordre de quelques dizaines de milliers de mètres cubes par forage, ce qui est une quantité énorme, vu la rareté de cette denrée précieuse dans les zones arides sahariennes. De retour à la surface après usage, ce mélange eau-produits chimiques est généralement jeté dans la nature. Comme vous le voyez, Monsieur le Président, on a là un énorme gaspillage d’eau, qui s’infiltrera dans le sol, entraînant sa pollution avec elle et laissant derrière elle d’immenses décharges de produits chimiques. Je dois donc vous dire, Monsieur le Président, que si vous maintenez votre décision, l’Histoire retiendra que vous aurez semé la mort pour plusieurs décennies dans toutes les zones sur lesquelles auront travaillé les compagnies que votre gouvernement aura agrées ; et que vous aurez traité votre peuple de la même manière que l’a traité la puissance colonisatrice dans les années 1960, en procédant à des essais nucléaires au Sahara. Et ce n’est pas tout. L’eau polluée par les composants chimiques qu’elle contient, injectée sous très haute pression, pénétrera à travers les fractures qu’elle aura créées dans d’autres couches plus perméables et plus poreuses puis migrera probablement vers les trois grandes zones aquifères présentes dans le sous-sol saharien, dont la couche albienne notamment qui contient – je ne sais si vous le savez – des milliers de milliards de mètres cubes d’eau accumulés durant des siècles. C’est cela le plus grand risque que votre décision fait courir à la plus importante richesse que recèle le Sahara. L’Histoire a déjà enregistré que vous et le système que vous représentez avez privé la génération actuelle d’Algériens du bien-être que leur aurait procuré la manne pétrolière du pays en bradant ses ressources en hydrocarbures[1] afin de satisfaire les appétits des majors pétroliers, américains notamment, dans le but affiché de vous acheter des alliances, mais aussi celui de gonfler les comptes en banque de vos proches et des mafieux qui vous entourent. De même, qu’elle retiendra que, pour les mêmes raisons vous aurez également privé les générations futures de l’eau, source de la vie. Comment peut-on qualifier cela, Monsieur le Président ? Non-assistance à personne en danger ? Crime contre l’Humanité ? Je vous laisse le choix du qualificatif. Ce n’est pas parce que vous avez donné comme instruction, lors du conseil des ministres du 21 mai 2014 qui a entériné la décision « de veiller à ce que la prospection, et plus tard l’exploitation des hydrocarbures schisteux soient menés en permanence avec le souci de préserver les ressources hydriques et de protéger l’environnement » que vous vous serez délié de toute responsabilité en la matière. Car, plus que la corruption que vous et vos maîtres de l’ombre[2] avez instaurée comme méthode de gouvernance, plus que la maltraitance et le mépris avec lesquels vous avez traité votre peuple durant les quinze années de votre règne – et plus sachant que vous venez d’entamer un quatrième mandat – poussant notamment la jeunesse de ce pays vers l’exil, y compris sur une embarcation de fortune avec la mort au bout du voyage, c’est un crime autrement plus grave que vous allez commettre, Monsieur le Président. J’espère que vous êtes conscient que l’Histoire retiendra que ce crime vous est imputable à vous et à vous seul, car eux, vos maîtres de l’ombre, s’en laveront les mains bien sûr. D’autant plus que vous n’ignorez pas que les guerres du futur seront des guerres pour l’eau ; mais cela vous n’en avez cure visiblement, car ce ne seront pas vos guerres, ni même celles de votre descendance, car vous n’en avez pas. Au lieu de préserver ce bien précieux pour l’Humanité toute entière et pour des millions d’Algériens qui ne sont pas encore nés, vous nous dites : « Après moi le déluge ! »
Monsieur le Président,
Je suppose que l’on vous a dit que l’Algérie était classée en troisième position dans le monde pour ce qui est des réserves de gaz de schiste. Sachez que les chiffres qui vous ont été avancés émanent apparemment de rapports établis par le Secrétariat à l’Energie américain, dans lesquels il est bien spécifié qu’il s’agit là de réserves non prouvées, qu’elles seraient de  l’ordre de 19 800 milliards de mètres cubes et qu’elles seraient situées en majorité au sud-est du Sahara dans une zone de 120 000 kms² environ. Aucune étude sérieuse, ni aucun travail de recherche sur le terrain ne sont venus, à ce jour, confirmer la véracité de ces chiffres. La lecture de ces rapports, qui utilisent tous des verbes déclinés au conditionnel, montre d’ailleurs bien que ce ne sont là que des estimations grossières, basées sur une superficie calculée très approximativement – je dirais même outrageusement gonflée – tout comme le sont les autres éléments (épaisseurs des couches, porosité, etc.), qui entrent en jeu dans les calculs. On ne peut par conséquent pas bâtir une politique d’exploitation, et encore moins prendre des engagements commerciaux sur la base de chiffres de réserves qui sont loin d’être prouvées, comme l’ont si bien souligné les auteurs des rapports en question. Ce qui est par contre toujours constaté dans le domaine du calcul des réserves en hydrocarbures, c’est que l’on aboutit  généralement à des réserves prouvées 2,3 ou 4 fois inférieures, si ce n’est plus, à celles des réserves initialement estimées. Le fait que nous soient répétés sur tous les tons, tant par les responsables de Sonatrach, que par des membres de votre gouvernement, ou par certains médias algériens, des chiffres mirobolants de réserves qui flattent l’égo des Algériens, n’en fait pas pour autant des vérités.
Saviez-vous, Monsieur le Président, que la Chine, que les mêmes milieux pétroliers américains classent en première position dans le monde pour ce qui est des réserves non prouvées de gaz de schiste, qu’ils estiment être de 32 000 milliards de mètres cubes, vient de signer un méga contrat de livraison de gaz naturel avec la Russie, qui lui livrera à compter de 2018 et pendant 30 ans des quantités qui iront crescendo jusqu’à atteindre 38 milliards de mètres cubes par an ? Pourriez-vous m’expliquer, Monsieur le Président, pourquoi les Chinois s’engageraient à ce point avec les Russes alors qu’ils disposeraient de réserves de gaz de schiste équivalentes à 1000 années d’importation depuis la Russie ? Visiblement les Chinois sont moins enthousiastes que les Américains sur l’estimation des réserves que recèlerait leur pays, mais surtout refusent de s’engager dans  l’exploitation d’une ressource qui, dans les limites des connaissances actuelles, est dangereuse pour l’homme et son environnement, quitte à payer une énorme facture aux Russes. Pourriez-vous me dire aussi, Monsieur le Président, pourquoi la France, qui posséderait elle aussi des réserves importantes de gaz de schiste, a adopté un moratoire qui en interdit l’exploitation sur le sol français, tant que la technologie n’aura pas suffisamment évolué et permettra de protéger le peuple français contre un désastre écologique ? Quitte à continuer à payer dans ce cas-là aussi d’importantes factures à la Russie et à l’Algérie. Face à une telle interdiction, le groupe Total se dit alors : « Si on ne peut pas le faire chez nous, pourquoi n’utiliserions-nous pas comme laboratoire des pays moins regardants en la matière, tels que l’Algérie ? » et décida donc de venir polluer notre Sahara et semer la mort dans notre pays. Puis, au passage, Total testera de nouvelles techniques, moins polluantes, moins mortelles, qu’il utilisera en France lorsqu’il les aura mises au point et qu’il nous vendra très cher ce jour-là. Total n’est pas le seul groupe pétrolier à vouloir se lancer dans l’aventure du gaz de schiste en dehors des frontières de son pays. Les majors anglo-saxons en font de même.
Alors de grâce, Monsieur le Président, évitez à ce pauvre peuple algérien une nouvelle catastrophe. Ne trouvez-vous pas qu’il a suffisamment souffert après avoir subi 132 années de colonialisme, après avoir payé un lourd tribu de quelques centaines de milliers de morts durant les 7 années et demie de la  guerre de libération, après que 200 000 de ses enfants aient laissé leurs vies lors d’une guerre civile qui ne dit pas son nom, après que votre régime ait décidé d’innocenter les auteurs de tous bords des atrocités commises durant cette période, puis enfin après que la Cosa Nostra qui constitue l’ossature de votre pouvoir ait dépouillé, avec votre bénédiction, ce pauvre peuple d’une richesse que la Nature a attribué à toute la nation algérienne et pas uniquement à la caste que vous et vos maîtres de l’ombre avez constituée autour de vous ? Le gaz de schiste présent dans notre pays n’est pas votre propriété privée, vous ne pouvez donc pas en disposer et l’utiliser comme bon vous semble, comme vous le faites, Monsieur le Président.
Venons-en maintenant à l’aspect économique de la question. Aux Etats-Unis, pays pionnier en ce domaine, nombre de compagnies ont démarré voici plusieurs années une telle activité.  Pour des raisons purement économiques bien entendu, puisqu’il n’y a – nous le savons tous -  qu’un seul dieu qu’elles adorent, un dieu qui s’appelle Dollar. Or, les dollars n’étaient pas au rendez-vous, en tout cas pas autant qu’elles l’auraient souhaité. Pour une raison bien simple : les découvertes qu’elles avaient faites ne constituaient pas des gisements au sens où on l’entend habituellement ; ce ne sont que des poches de gaz qui recèlent des quantités qui ne justifient pas les énormes investissements qu’elles ont consentis pour les exploiter. Ceci est, sachez-le Monsieur le Président, un phénomène normal et connu en la matière, car la technique utilisée à ce jour ne permet de fracturer qu’une zone limitée et de ne drainer donc qu’un volume relativement restreint de gaz. Si l’on veut produire plus, il faudrait forer un nombre beaucoup plus grand de puits horizontaux, donc plus compliqués et plus chers, ce qui rendrait l’opération non rentable. Tant et si bien que nombreuses sont celles parmi ces compagnies, qui avaient sollicité des crédits bancaires pour lancer leurs opérations, qui  aujourd’hui éprouvent de grosses difficultés à honorer leurs engagements de remboursement. Certaines ont dû tout simplement mettre la clé sous le paillasson, cesser toute exploitation de gaz de schiste. Certains experts disent même que cette histoire de gaz de schiste n’est, dans l’état actuel des connaissances, qu’une opération purement spéculative, une bulle qui finira par éclater un jour. Pourquoi, me diriez-vous alors, voudraient-elles démarrer en Algérie, une activité similaire à celle qui n’avait pas fonctionné comme elles l’auraient voulu chez elles ? Elles pensent probablement, que la configuration géologique du Sahara, la nature des roches qu’on y rencontre et la sédimentation qu’elles ont subie durant plusieurs millénaires rendent les gisements plus prolifiques qu’ils ne le sont dans les Montagnes Rocheuses du Colorado ou  dans les plaines de l’Oklahoma. Elles sont surtout convaincues que la règlementation algérienne en matière d’écologie et d’environnement – dans la mesure où il en existe une – est moins contraignante qu’elle ne l’est aux Etats-Unis, ce qui rendrait rentable l’exploitation. Et puis, elles savent, qu’en tout état de cause, un gros paquet de dollars versés au compte du « parrain » du secteur, intronisé par votre régime, permettra de régler la question. Enfin, la  dernière raison qui pousserait ces entreprises à venir exploiter notre gaz de schiste est celle déjà évoquée plus haut, à savoir que l’Algérie constituerait pour elles un laboratoire d’essais.
Quoiqu’il en soit, sachez Monsieur le Président, que les techniques que l’on utilise jusqu’à ce  jour pour extraire le gaz de schiste en font une activité dévoreuse de capitaux. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que des milliards de dollars se mettent à pleuvoir sur les caisses du Trésor algérien, comme on vous l’a fait peut-être miroiter. On n’est pas aujourd’hui, comme on l’était en 1956, à la veille de la découverte d’un nouvel Eldorado au Sahara. Aussi, vous dirais-je que si ce qui motive votre décision c’est – comme je le suppose – le fait que l’Algérie va se trouver très bientôt dans l’impossibilité d’honorer ses engagements en matière de livraison de gaz naturel au marché intérieur et à l’exportation, la parade est pourtant simple. Engagez, tout d’abord, Monsieur le Président, une lutte impitoyable contre la corruption dans le secteur pétrolier, dans celui de la construction des autoroutes ou celui des caisses agricoles et vous économiserez immédiatement et au minimum, une bonne dizaine de milliards de dollars par an, qui viendront compenser les pertes qui résulteraient d’une éventuelle non livraison de gaz à  certains clients. Demandez l’avis de Chakib Khelil, de Amar Ghoul, de Amar Saâdani et celui de votre frère Saïd sur la question, ils vous éclaireront certainement plus que je ne peux le faire Entreprenez également et dans les plus brefs délais  une étude sérieuse du modèle énergétique que devrait adopter l’Algérie. Vous constaterez que l’on y produit des quantités de pétrole et de gaz qui ne sont nullement en adéquation avec les besoins financiers réels du pays, qu’une énorme gabegie règne dans ce secteur, que les recettes engrangées par les ventes d’hydrocarbures ne sont qu’un grand cache-misère qui donne l’impression que les Algériens vivent dans l’opulence, si l’on se réfère à la quantité et à la variété des produits que l’on trouve sur le marché. L’essentiel et le superflu, mais le tout entièrement manufacturé ailleurs. Vous parlez de plans quinquennaux ? Faites alors en sorte que par une série de mesures que vous adopterez dans le cadre de ces plans, une partie au moins de ces marchandises soit produite dans le pays. Et puis posez-vous la question, Monsieur le Président : l’Algérie est-elle condamnée à demeurer ad vitam aeternam un simple  fournisseur d’énergie ? Et même si la réponse à cette question était « Oui », ce dont je doute personnellement, n’existe-t-il pas dans le pays d’autres sources d’énergie que les hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels ou non ? Quid par exemple de l’énergie solaire dans un pays dont les 4/5 de la superficie sont inondés de soleil pratiquement 365 jours par an ?

A tous les Algériens : arrêtez la minuterie de cette bombe à retardement !

C’est maintenant à vous, mes compatriotes que je m’adresse. C’est pour faire savoir à toutes les Algériennes et à tous les Algériens quel sera le triste sort que réserve le régime en place aux générations futures, que j’ai interpellé d’une manière aussi violente, dira-t-on peut-être, le Président de la République. C’est animé d’une grande révolte et avec une énorme tristesse sur le cœur que j’ai écrit ces lignes. Encore que je n’ai pas décrit tous les dangers qui guettent notre pays et notre peuple. D’autres que moi se sont exprimés sur la question ces derniers temps ; il suffit simplement de lire ce qui a été publié sur le sujet par la presse algérienne  dans le courant de la semaine écoulée pour se rendre compte que je n’ai nullement exagéré la description de la bombe à retardement que le gouvernement vient de planter au cœur du système hydrique de notre pays. Comme toute bombe à retardement, ce n’est pas dans l’immédiat qu’elle explosera ; c’est sur la durée que se feront sentir ses effets. Celle-ci est particulièrement traîtresse et pernicieuse ; c’est petit à petit et par petites doses presque imperceptibles qu’elle distillera son poison. Mais une fois qu’elle aura entamé son processus de destruction, plus rien ni personne ne l’arrêtera. Ce sera l’apocalypse, mais ce sera trop tard. C’est pourquoi je dis à tous les Algériens que c’est maintenant qu’il faut agir, c’est aujourd’hui qu’il faut empêcher qu’un tel crime soit commis contre notre descendance, contre nos enfants, contre nos petits-enfants et contre ceux qui arriveront plus tard. Je sais que les termes que j’ai utilisés sont très durs et je sais que je prends des risques en dénonçant de cette manière l’infamie que le régime s’apprête à accomplir en notre nom à tous. Je sais que l’on va m’accuser de tous les maux et de tous les vices de la terre. On les inventera s’il le faut. Je n’irai pas jusqu’à dire comme Amar Saâdani que s’il devait m’arriver quelque chose, c’est Tewfik ou quelqu’un d’autre qui en sera responsable. Je ne pouvais cependant pas me taire, car je sais quelles seront, sur le long terme, les conséquences de la décision prise lors de la dernière séance du conseil des ministres. C’est pourquoi je dis aux Algériens, à tous les Algériens, indignez-vous. Faites des pétitions, faites des manifestations, faites en sorte que le Président de la République renonce à cette fausse bonne idée d’accorder son feu vert à l’exploitation  du gaz de schiste. Agissez de telle manière qu’il fasse ce qu’il a été poussé à faire en 2006 quand sous la pression à laquelle il a été soumis de toutes parts, il a été amené à renoncer à mettre en vigueur la loi scélérate sur les hydrocarbures de Chakib Khelil et ce malgré le soutien de la première puissance mondiale. Je suis pour ma part fier d’avoir alors participé par certains de mes écrits, pour une part aussi minime soit-elle, à la victoire qui a permis au peuple algérien de préserver ses richesses en hydrocarbures de la prédation par les multinationales pétrolières à laquelle les avait condamnées cette loi.
Alors je vous dis, Algériennes, Algériens, unissez-vous, obligez le pouvoir en place à renoncer à ce suicide collectif qu’il cherche à nous imposer. Indignez-vous ! Indignez-vous ! Indignez-vous !
___________________________
[1] Voir « Sonatrach, 50 ans après », par Hocine Malti, in mon blog sur Mediapart, in Algeria Watch, 22 décembre 2013, in El Watan, 23 décembre 2013 et autres.
[2] Il s’agit, vous m’avez compris, des généraux janviéristes qui vous ont installé à la tête de l’Etat.
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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