ELWATAN-ALHABIB
mardi 28 février 2017
 

Dîner du Crif : le best-of du pire





Découvrez en images ce qu'il faut retenir de la dernière auto-célébration de l'artistocratie sioniste.
Le 23.02.2017 à 16h32
The-place-to-be : plus attrayant qu’une soirée caritative pour célébrités désœuvrées, le rendez-vous annuel du dîner du Conseil représentatif des instituions juives de France est devenu, pour sa 32ème édition, un rituel –voire un sacrement– de la vie publique. Ce mercredi 22 février, ils furent environ 800 invités, triés sur le volet, à vouloir en être et y paraître. Acteurs politiques, décideurs économiques, personnalités religieuses et sociétaires du spectacle ont déboursé 900 euros pour participer à cette cérémonie d’un genre particulier : celle durant laquelle, selon ses porte-paroles, la communauté juive délivre son message à la République. Et peu importe aux convives si de plus en plus de citoyens juifs contestent au Crif, comme bon nombre de leurs compatriotes musulmans à l’endroit du Cfcm, toute légitimité pour les représenter. The show must go on.
La dérive droitière, entamée en 2010 avec l’arrivée du crypto-frontiste Gilles-William Goldnadel et ses comparses au comité directeur du Crif, s'est confirmée avec le retour à la présidence de l'ex-banquier d'affaires Roger Cukierman et de son disciple aujourd'hui à la tête du Crif : Francis Kalifat, ancien milicien duBétar. Ces dernières années ont d'ailleurs vu apparaître une forme inédite de repli identitaire au sein de la communauté juive, particulièrement parmi les plus jeunes. Des intellectuels vont même jusqu’à dénoncer cette crispation idéologique : ainsi, le journaliste Jean Daniel n’avait pas hésité à comparer les responsables du Crif à des "représentants français du Likoudtandis que Rony Brauman et Elizabeth Lévy, pour une fois d’accord, qualifiaient cette institution de "seconde ambassade  d’Israël"Même le philosophe Alain Finkielkraut, surnommé jadis "le porte-flingue d’Ariel Sharon"semble parfois, lui aussi, excédé quand il en vient à juger comme étant "légèrement grotesque" le rendez-vous annuel du Crif, ce "tribunal dînatoire" qui s’apparente à une "convocation du gouvernement"Des jugements sévères de la part de personnalités issues de la communautéd’ordinaire plus accommodantes avec leurs représentants autoproclamés.
Voici les principales informations à retenir de cette soirée digne d'une fête à Versailles, dans les dernières heures de la monarchie…
* Un seul média a été autorisé à filmer en continu et en direct -depuis l'intérieur de l'hôtel Pullman- le dîner du Crif:  i24news, chaîne basée…en Israël.
* Les lecteurs de Panamza dotés de patience et de résistance morale pourront s'immerger dans les deux discours majeurs de l'évènement : ceux de Francis Kalifat et François Hollande. Le premier préfère ainsi désigner les colonies comme des "implantations", se lamente de l'étiquetage des produits issus des colonies par l'Union européenne, demande à la France de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, évoque son lobbying auprès de Facebook pour faire"retirer des contenus illicites" et suggère -sans rire- d'augmenter le budget alloué aux opérations culturelles prévues en 2018 dans le cadre de  "l'année France-Israël". Le second, particulièrement déférent envers "monsieur le "président"Kalifat, se flatte de "rendre des comptes" au Crif en se félicitant, par exemple, que la France soit désormais "le seul pays à interdire le boycott"d'Israël. À noter : tous deux ont salué l'action de Gilles Clavreul, patron vallsistede la Dilcra et collaborateur zélé du gouvernement israélien d'extrême droite.


Emmanuel Macron et Benoît Hamon ont accepté de poser ensemble à la demande du désinformateur pro-israélien Frédéric Haziza.
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* Benoît Hamon -le candidat "anticomplotiste" qui a joué la carte de l'engagement propalestinien durant la campagne des primaires avant d'embaucher un porte-parole issu de la mouvance sioniste et de montrer patte blanche à l'influent Éric de Rothschild– a accepté de poser avec l'ultra-sioniste Francis Kalifat.
* Bruno Le Roux, ministre de l'Intérieur, Gérard Larcher, président du Sénat et Francis Kalifat ont posé en compagnie de Meyer Habib, député UDI et ami intime du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.
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Hassen Chalghoumi, imam à Drancy, chouchou du lobby sioniste américain etcollaborateur du ministère israélien du tourisme, a pu s'afficher -mains entrelacées- avec François Hollande.
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* Benoît Hamon était assis aux côtés d'Audrey Pulvar, amie de l'extrémiste Gilles-William Goldnadel qui se targue par ailleurs d'être une journaliste indépendante du pouvoir politique (mais salariée par le PDG crypto-sioniste Vincent Bolloré). À noter : de nombreux titulaires d'une carte de presse ont été invités -non pour couvrir la soirée mais pour en profiter, à l'instar des autres convives (Jean-Pierre Elkabbach, Arnaud Leparmentier du Monde,Wendy Bouchard d'Europe 1Christophe Kulikowki en charge de l'émission On n'est pas couché, liste non exhaustive).
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* La farce de la soirée : Laurent Sourisseau dit Riss (directeur de Charlie Hebdo) et Marika Bret (Drh du journal) étaient présents à cette soirée emblématique de la communauté juive, le jour même de l'appel- lancé par Charlie Hebdo– pour demander aux candidats à l'élection présidentielle de protéger… la laïcité. Riss était déjà venu l'an dernier.
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* Le personnage le plus puissant -et, bien évidemment, passé sous silence par la presse traditionnelle- de la soirée : François Hollande a été placé à la gauche deRonald Lauder, milliardaire américain, président du Congrès juif mondial, mécène (soupçonné de corruption) de Benyamin Netanyahou, sympathisant de l'extrême droite israélienne, ancien haut-fonctionnaire de l'OTAN, ex-candidat à la mairie de New York, financier du Mossad et… co-architecte de l'opérationisraélo-américaine sous faux drapeau islamiste du 11-Septembre.
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HICHAM HAMZA
 
lundi 27 février 2017
 

« Pallywood » : comment les Israéliens se persuadent d’être, quelle que soit l’horreur de leurs crimes, purs et innocents






Deux cas récents de militaires israéliens surpris à tuer des manifestants palestiniens révèlent bien le pouvoir et les limites de toute une nation qui a décidé de croire ce qu’elle entend croire, en dépit des preuves évidentes du contraire.
On a appelé cela « Pallywood ». À l’instar de la matière noire, il s’agit d’un phénomène non observable, dérivé de notre besoin d’établir une contradiction entre ce qui est visible et ce à quoi on s’attend.
Alors que nous observions les étoiles, un univers dont on présumait qu’il perdait de la vitesse était en fait en pleine accélération et en expansion. La matière aurait donné le résultat opposé (une contraction) et l’antimatière était en quantité insuffisante pour expliquer les forces provoquant l’expansion de l’univers. Quelque chose d’autre devait être présent, quelque chose d’invisible et ayant pourtant une masse et qui, bien que nous ne puissions le détecter directement ni prouver son existence, donne un sens au monde tel que nous le connaissons.
La nature de l’humanité est telle que nous comblons le vide de notre savoir par un savoir dont nous présumons qu’il est incontournable. Plus grande que notre incapacité à comprendre le cosmos, il y a notre absence de désir d’accepter un cosmos différent de que ce que nous croyons qu’il est.
Les psychologues appellent cela une « dissonance cognitive  », c’est-à-dire l’apparition d’une « désaffirmation de ce que l’on croit » : un paradoxe entre ce que nous croyons et ce que nous voyons ne modifie pas ce que nous croyons (ce qui constitue un processus très douloureux à assumer pour la plupart des gens), mais nous amène à créer des interprétations déformées ou nous conduit à un aveuglement sélectif – c’est-à-dire adapter ce que l’on voit à l’aune de ce que l’on désire.

La naissance de « Pallywood »

Pour la plupart des Israéliens et autres personnes du camp pro-israélien, le jour où l’on a détecté pour la première fois que les galaxies tournaient dans le sens contraire fut le 30 septembre 2000.

Une vidéo montrant le meurtre « possible » de Muhammad al-Durrah, 12 ans, par les FDI [1], fut diffusée sur les écrans de télévision du monde entier. Les Israéliens ont été endoctrinés afin de croire que leur armée, qui poursuit la plus longue occupation militaire de l’histoire moderne, est « l’armée la plus morale au monde ». Pourtant, il s’agissait bien d’une vidéo qui montrait que notre étoile du Nord de la moralité, nos vertueuses FDI, pouvait très bien indiquer le sud, en réalité.
Confrontés à l’effondrement possible de leurs valeurs et croyances, les Israéliens ont forgé une explication des images présentées sur leurs téléviseurs. Le gouvernement a demandé à deux personnes étrangères à l’appareil judiciaire, Nahum Shahaf et Joseph Doriel, d’« enquêter » sur la mort d’al-Durrah. Les deux hommes étaient des théoriciens du complot bien connus, sans aucune expérience des enquêtes criminelles, et qui avaient déjà été ridiculisés et déboutés à plusieurs reprises par les tribunaux israéliens après avoir fourni des « témoi­gnages d’experts » dans des procès criminels (concluant chaque fois que l’accusé avait en fait été piégé par des Palestiniens).
Sans surprise, les deux théoriciens du complot avaient conclu que la mort d’al-Durrah était elle aussi un complot. De deux choses l’une : le garçon était encore vivant ou il avait été tué par les Palestiniens mêmes, dans le but de piéger les FDI, avaient-ils déclaré. [2]

La nouvelle normalité

Du fait que les caméras sont devenues meilleur marché, plus performantes et plus petites, de plus en plus d’incidents de ce genre ont fait leur apparition. La moralité aurait dû se traduire par des vidéos dépeignant un phénomène opposé (révélant de la gentillesse ou, du moins, de la maîtrise de soi) et les Israéliens savent que l’anti-moralité ne suffit pas en quantité pour expliquer les forces qui démontent la conscience des FDI.
La théorie du complot devait devenir une industrie du complot : une explication couvrant non seulement une vidéo, mais les multitudes de vidéos qui ont suivi et allaient encore suivre. Comme pour la matière noire, les 5% visibles – les vidéos dépeignant l’immoralité des militaires – étaient contre-balancées par les 95 autres pour 100 émanant d’une industrie des ténèbres, composée de milliers de Palestiniens dirigeant et filmant tous ces coups montés. « Pallywood » (Hollywood palestinien) fut le nom donné à cette industrie.
En dehors d’Israël, cela pouvait paraître absurde, mais on ne peut comprendre la situation d’Israël vis-à-vis des Palestiniens sans admettre d’abord que la plupart des Israéliens croient que « Pallywood » existe, et même de façon endémique. Un scénario élaboré, digne d’un épisode de « Mission impossible » se mue non seulement en explication plausible, mais en une explication on ne peut plus évidente. Un complot « pallywoodien » n’est pas une charge de preuve contre le soldat accusé, mais entraîne une nécessité de réfutation du Palestinien mort.
Aujourd’hui, le vaisseau spatial pallywoodien poursuit sa mission consistant à explorer de nouveaux mondes étranges et à se rendre avec témérité là où aucun sioniste n’a jamais mis le pied auparavant. Les jours de la simpliste théorie du complot qu’était l’affaire al-Durrah – une seule caméra à faible définition, sans aucune autre preuve physique – sont révolus depuis longtemps et, à l’aune des normes actuelles, un tel complot aussi « évident de par soi-même » ne requerrait même plus une enquête.

Les limites de Pallywood 

Deux procès actuellement sur le point de se terminer peuvent nous aider à comprendre ce que Pallywood peut et ne peut pas faire pour les militaires israéliens pris en vidéo alors qu’ils commettent des crimes contre les Palestiniens.
La première affaire concerne la récente accusation d’homicide contre Elor Azaria [3], un militaire filmé alors qu’il exécutait Abdel Fattah al-Sharif après que celui-ci (selon les FDI) avait poignardé et blessé un autre soldat. Azaria était arrivé sur les lieux après la fin de l’agression, et al-Sharif gisait sur le ventre [ sur le dos, rectifiction du GS] dans la rue, perdant son sang. Quelques minutes plus tard et douze minutes après que les soldats avaient neutralisé al-Sharif, Azaria l’avait exécuté d’une seule balle dans la tête.
Bien que cela puisse paraître absurde, en Israël, normalement, Pallywood aurait sorti Azaria de ce gâchis. S’il n’y avait eu que la vidéo, les explications irrationnelles qu’Azaria avait fournies plus tard au tribunal – craignant qu’al-Sharif ne puisse à nouveau le poignarder ou qu’il n’ait eu une bombe [4] – auraient sans doute suffi à écarter l’accusation ou du moins à la réduire à quelque crime technique moins grave (l’une ou l’autre variante de « comportement inconvenant » ou « usage illégal d’une arme ») sans punition, ou une peine minime.
Mais, tout de suite après avoir tiré le coup mortel, Azaria avait confessé ses motivations et dit aux gens qui l’entouraient : « Il méritait de mourir ». Pallywood a peut-être un effet aveuglant sur les enquêteurs et juges israéliens mais pas encore un effet assourdissant. Par conséquent, les limites de cette force qui a le nom Pallywood étaient découvertes : il vous est toujours requis de mentir sur vos motivations.

Un assassin qui n’est plus que… criminellement négligent

Le dernier chapitre (jusqu’à présent) du livre pallywoodien et le plus complexe et absurde à définir, se rédige pour l’instant dans les tribunaux israéliens. Le 15 mai 2014, le jour de la Nakba, Ben Deri, un agent de la police des frontières, avait été filmé en vidéo en train d’abattre Nadeem Nawara, alors que ce dernier marchait seul, sans arme, sur les lieux d’une manifestation qui avait déjà été dispersée.
Ce jour-là, les caméras avaient déjà filmé les coups de feu tirés sur trois autres Palestiniens au même endroit. (deux avaient été tués en même temps et deux autres blessés par des munitions à balles réelles.) Dans le cas d’Azaria, il était naturellement difficile pour les Israéliens d’éprouver de la sympathie pour la victime exécutée, puisque cette dernière avait tenté [selon l’armée – NDLR] de commettre un homicide. Mais la victime de Deri n’avait blessé personne, ce qui signifiait que les Israéliens ne pouvaient atténuer l’affaire en la faisant passer pour un crime technique, puisqu’il manquait les implications morales.
L’univers sioniste était déchiré par une certaine force ressemblant précisément à de l’immoralité, mais qui ne pouvait simplement pas en être. Mais, au contraire d’Azaria, Deri ne fit pas d’aveux, permettant ainsi à l’irra­tion­nel de venir à son secours. Du fait qu’il s’agissait sans doute du meurtre le mieux enregistré et prouvé au niveau médico-légal qui eût jamais été commis par les forces israéliennes, la force noire invisible de Pallywood devait s’accroître en proportion.
Deri et ses camarades prétendirent n’avoir tiré que des balles enrobées de caoutchouc, ce jour-là. En Israël, tout l’incident se mua en une plaisanterie dénonçant ostensiblement la nature pathétique de Pallywood et les gauchistes crédules et sensibles à l’excès qui s’y laissaient prendre. Ce point de vue est très bien explicité dans le clip suivant (un parmi tant d’autres) qui, selon ses cyniques créateurs, « fut enregistré par un bénévole de confiance de B’Tselem et corroboré par un témoignage oculaire de Stevie Wonder [5] ».
Les théories du complot qui ont suivi, dont bon nombre ont été propagées par l’establishment israélien de la défense, puis renforcées par des médias consentants – et qui, à l’époque, ont fait leur chemin parmi le discours populaire en Israël et dans la blogosphère pro-israélienne –, ont également trouvé leur chemin plus tard dans la stratégie de défense de Deri au tribunal.
Voici, parmi des douzaines, quelques-unes des explications et théories du complot qui ont « ostensiblement » prouvé que l’événement était une production pallywoodienne et non un meurtre de sang-froid capté par une caméra :
« Il a amorti sa chute, ce qui signifie qu’il simulait »
Si le coup de fusil avait tué Nawara, pourquoi ne s’était-il pas écroulé comme ils le font dans les films, au lieu de rompre sa chute de façon aussi théâtrale ? Les théoriciens du complot avaient utilisé ce détail pour prétendre que Nawara simulait, et qu’il n’avait pas été tué.

Comme dans la plupart des théories tordues propagées pour discréditer l’idée qu’un homicide avait eu lieu, celle-ci propose une explication assez simple : en gros, dès l’âge de six mois, quand ils commencent à ramper et ne vont plus tarder à marcher, tous les bébés développent un réflexe défensif appelé le réflexe du parachute.

À moins que la balle ne pénètre dans le cerveau ou endommage la moelle épinière, la plupart des chutes chez des individus qui ont été abattus seront accompagnées du réflexe du parachute.
« Si Nawara avait été touché à la poitrine, pourquoi n’avait-il pas été propulsé vers l’arrière ? »
Un autre mythe de la TV. Je dois expliquer celui-ci, car la TV propose, puis elle dispose. Des « traqueurs de mythes » ont consacré tout un épisode à tenter de faire bouger un corps avec une balle. Regardez si vous le voulez, ils passent des armes de poing aux fusils pour terminer presque par des canons, et ne parviennent jamais à obtenir un mouvement ressemblant à l’« effet de propulsion » que vous voyez dans les films. (Avertissement pour les amis des animaux : ils effectuent le test en tirant sur le corps d’un cochon).
« On ne peut tirer à balles réelles avec un fusil muni d’une extension pour balles en caoutchouc » [6]

Quelques jours après l’incident, Israël est presque parvenu à prouver que les Palestiniens mentaient : l’extension aperçue à la pointe du canon de l’arme de Deri est prévue pour tirer uniquement des balles enrobées de caoutchouc, et une balle réelle ne pourrait avoir été tirée avec l’arme munie de ce dispositif.

Cette allégation n’a pas été entretenue par les habituelles polémiques sur Internet ; elle émanait directement du porte-parole des FDI et avait alors été répétée par des hommes politiques israéliens sur CNN. L’argument le plus efficace (pour les Israéliens, du moins) est venu du témoignage en prime time de Yosef Yekutiel, un « expert » israélien en balistique, qui travaille avec les FDI et la police israélienne, et qui a presque éclaté de rire en entendant l’accusation des Palestiniens.
Si cette allégation avait été fondée, elle aurait signifié que les Palestiniens mentaient et que toute l’histoire était encore une production pallywoodienne. Et c’est ainsi qu’une semaine après l’incident, je me suis mis en quête du manuel traitant de l’extension du fusil sur le site Internet du fabricant israélien. Il s’est avéré que l’expert en munitions et l’armée avaient tort.

On peut donc tirer des munitions réelles lorsque l’extension est fixée sur l’arme, semble-t-il. En fait, la chose a été spécifiquement étudiée pour que le soldat ne soit pas obligé à dévisser l’extension du canon de son arme au moment où quelqu’un se précipite sur lui avec un couteau.
« Pourquoi n’y a-t-il pas de sang ? »
À moins d’avoir sous les yeux un tir à la tête ou une artère touchée juste sous la surface de la peau (comme dans le cou), une blessure normale par balle ne produira pas de jaillissement de sang ni de saignement externe intense et immédiat.
Les balles de M16 provoquent de petites blessures en entrant et en ressortant et le gros de la lésion est interne (comme l’a révélé l’autopsie dans ce cas). À la façon d’un tuyau qui fuit à l’intérieur d’un mur, il faut du temps pour qu’une quantité importante de sang sorte des blessures.
Quant aux traces de sang sur le sol, les deux victimes ont été emmenées quelques secondes après avoir été abattues et transportées dans une ambulance toute proche. Puisque le sang ne s’écoule pas comme dans les films, il n’y avait pas et il ne devait pas y avoir de taches de sang – et encore moins de mares de sang.

Une théorie bancale

Il s’agissait juste des théories les plus simples et sensées. Parmi les théories proposées par l’avocat défendant Deri au procès figurait également la possibilité qu’il y ait eu substitution des corps, ou qu’il y ait eu des tireurs invisibles, et bien d’autres encore.
Mais ceci n’est pas que de la propagande : pour les deux homicides et les deux tentatives d’homicide de Palestiniens innocents, ce jour-là, Deri n’a été accusé que de la mort de Nawara. En outre, le tribunal n’a jamais eu la possibilité de le condamner en s’appuyant sur la pléthore de preuves, du fait que l’État a proposé à Deri une négociation de peine, dans laquelle le policier incriminé n’avait qu’à plaider coupable d’homicide par négligence (il ne devra pas aller en prison, ou alors durant un temps très bref), conformément à l’invraisemblable théorie selon laquelle la mort de Nawara ne résultait de rien de plus que d’une innocente confusion dans les munitions.
La seule raison pour laquelle Deri a pu bénéficier de cet arrangement, même si ce fut le meurtre le plus documenté et le plus étayé de preuves de toute l’histoire militaire d’Israël, réside dans la possibilité d’une mise en scène pallywoodienne et dans la « pseudo-science » qui a « prouvé » la chose. Actuellement, la famille de Nawara est en appel devant la Cour suprême contre le verdict, mais il est très improbable qu’elle obtienne gain de cause.
Alors que le cas d’Elor Azaria nous a appris ce que Pallywood ne pouvait faire – vous acquitter après vos aveux –, celui de Ben Deri nous enseigne ce qui peut faire Pallywood  : n’importe quoi d’autre.

Comprendre l’univers sioniste

Ce qui a débuté il y a 17 ans lorsque deux théoriciens du complot ont tenté de prouver l’innocence d’Israël – après que les FDI avaient déjà détruit le mur derrière al-Durrah, éliminant ainsi les balles qui auraient pu permettre d’identifier les tireurs – n’a cessé de s’amplifier depuis, de mûrir et de faire marche arrière. Ces derniers temps, en Israël, les « cinglés » sont ceux qui regardent ces vidéos et qui présument que ce qui s’est réellement passé est précisément ce qu’ils voient. Toute nouvelle vidéo qui fait surface en dévoilant de mauvaises actions d’Israël est présumée venir de Pallywood tant que le contraire n’a pas été prouvé autrement qu’au-delà d’un doute raisonnable.
Bien que des centaines d’Israéliens tuent des centaines d’autres Israéliens chaque année, pour l’une ou l’autre raison, il nous est tout simplement impossible d’admettre qu’un seul soldat tuerait un Palestinien. Et, puisque nous ne pouvons l’accepter, nous ne le faisons pas.
«  Ce sont des monstres qui tuent des enfants », disons-nous, même si, ces dernières décennies, les forces de sécurité israéliennes ont tué des centaines, voire des milliers d’enfants palestiniens. « Ils sont des terroristes, même quand ils tuent des soldats en armes, mais nous sommes des militaires, même quand nous tuons des enfants désarmés », nous disons-nous à nous-mêmes.
Il est impossible de comprendre ce raisonnement sans savoir que la plupart des Israéliens croient sincèrement que tout Palestinien tué par les troupes israéliennes était soit un terroriste, soit un coup monté (Pallywood / bouclier humain), soit une erreur honnête. Par conséquent, les Israéliens moyens peuvent rejeter le meurtre et le vol de terre comme des actes immoraux en principe, tout en les soutenant et en les constatant de visu et sur base quotidienne.
Tenter de comprendre pourquoi l’univers sioniste est en expansion – au-delà des frontières de 1967 et dans l’immoralité inévitable qui la sous-tend – sans comprendre Pallywood équivaut à tenter de comprendre pourquoi l’univers est en expansion sans comprendre la matière noire : nous commettons des choses immorales, parce que Pallywood « prouve » que nous n’en commettons pas.
Eishton
Article publié le 17 février 2017 sur +972 sous le titre “Pallywood : The dark matter of the Zionist universe” (La matière noire de l’univers sioniste”. – Traduction : Jean-Marie Flémal
Eishton est un blogueur d’investigation israélien et anonyme. Le texte présenté ici est un extrait publié de l’enquête complète sur l’affaire Deri et sur Pallywood et les pseudo-sciences utilisées pour l’innocenter (de toute accusation grave). Vous pouvez la découvrir ici, en anglais : « La transformation d’un meurtrier… en un homme coupable de négligence criminelle : Comment Israël a transformé un tueur en série de Palestiniens et un héros maladroit. »
»» http://www.pourlapalestine.be/pallywood-comment-les-israeliens-se-pers...
NOTES
[1] FDI : acronyme de “Forces de Défense d’Israël”, appellation officielle israélienne désignant de manière euphémique l’armée d’occupation de la Palestine (également utilisée pour agresser, tantôt successivement tantôt simultanément, les États voisins, voire pour mener des opérations lointaines,comme par exemple en Tunisie, à 3.000 km du territoire contrôlé par Israël). Par commodité, nous maintenons l’usage de l’acronyme dans le texte.
[2] “L’affaire al-Durrah” a également eu un important retentissement en France, où Charles Enderlin, à l’époque correspondant de France 2 à Jérusalem, a été la cible pendant des mois d’une intense campagne haineuse de milieux sionistes (le CRIF y prenant une part active), visant explicitement à le faire licencier par la chaîne française. Des personnages comme Philippe Karsenty (qui sera condamné à 7.000 € de dommages-intérêts pour diffamation), Luc Rosenzweig (ancien rédacteur en chef du quotidien Le Monde, auteur d’une hagiographie d’Ariel Sharon), Daniel Leconte (producteur documentariste de cinéma et de télévision, à qui ARTE a plus que de raison accordé l’hospitalité pour tenter de discréditer les adversaires de la politique colonialiste israélienne), Alain Finkielkraut (qu’on ne présente plus, espérant qu’il finira par souffrir en silence), Elisabeth Levy, l’ancien ambassadeur (à l’époque de Sharon) Elie Barnavi, … ont uni leurs efforts et leur notoriété médiatique pour proclamer qu’il s’agissait d’un complot, qu’Enderlin était coupable de “négligence criminelle”, qu’il était responsable du déclenchement de la 2èmeintifada, etc. Charles Enderlin a publié un livre très éclairant sur la campagne de haine dont il a été la cible pendant tant d’années, intitulé « Un enfant est mort » (éditions Don Quichotte, 204 pages, 18 €) – NDLR
[3] La condamnation d’Elor Azaria pour le meurtre d’Abdel Fattah al-Sharif a eu lieu ce 21 février, postérieurement à la publication de l’article original.
[4] La défense du sergent Azaria a aussi tenté de faire admettre l’idée que le Palestinien était déjà mort, et qu’Azaria avait donc tiré sur un cadavre, donc qu’on ne pouvait le juger pour homicide. – NDLR
[5] B’Tselem est une ONG israélienne opposée à l’occupation. Récemment, B. Netanyahou a fait adresser officiellement une “réprimande” au Premier Ministre belge pour avoir osé rencontrer des représentants de B’Tselem à la faveur d’une visite officielle en Israël. Stevie Wonder est un auteur-compositeur-interprète afro-américain, aveugle depuis sa petite enfance.
[6] Pour chercher à disculper coûte que coûte les militaire israéliens, d’aucuns parlent volontiers de “balles en caoutchouc”, ce qui donne l’impression qu’il s’agit de projectiles assez inoffensifs. En réalité, il s’agit dans la grande majorité des cas de balles de métal enrobées de caoutchouc, certes moins destructrices que des balles “normales” mais qui peuvent néanmoins occasionner des blessures très graves, voire la mort.

 
lundi 20 février 2017
 

La famine, arme des forts contre les faibles






Si on voulait vraiment la preuve que la faim n’est pas un accident climatique ou je ne sais quelle fatalité qui pèserait sur des contrées abandonnées des dieux, il suffirait de regarder la carte des famines à venir. Dressée par l’économiste en chef du Programme alimentaire mondial, Arif Husain, cette carte est édifiante. Selon lui, 20 millions de personnes risquent de mourir de faim dans quatre pays au cours des six prochains mois : le Yémen, le Nigéria, le Sud-Soudan et la Somalie (http://ici.radio-canada.ca/nouvelle...). Or la cause majeure de cette insécurité alimentaire est politique. Quand elle n’a pas directement provoqué le chaos générateur du non-développement ou la rupture des approvisionnements, l’intervention étrangère a jeté de l’huile sur le feu. La guerre civile et le terrorisme y ont ruiné les structures étatiques, banalisant une violence endémique et provoquant l’exode des populations.
Au Yémen, les bombardements saoudiens, depuis mars 2015, ont généré un désastre humanitaire sans précédent. L’ONU s’alarme de la situation, mais c’est une résolution du conseil de sécurité qui a autorisé l’intervention militaire étrangère ! La fermeture de l’aéroport de Sanaa et l’embargo infligé par la coalition internationale ont privé la population de médicaments. Les stocks de blé baissent à vue d’œil. Les banques étrangères refusent les transactions financières avec les établissements locaux. 14 millions de personnes, soit 80 % de la population, ont besoin d’aide alimentaire, dont 2 millions sont en état d’urgence. 400 000 enfants souffrent de malnutrition. Jugée coupable de soutenir le mouvement houthi, la population yéménite est condamnée à mort. En fournissant son arsenal à Riyad, les puissances occidentales participent à ce crime de masse.
Au Nigéria, la situation chaotique dans laquelle est plongé le nord-est du pays gangrène toute la région. Des millions de personnes, fuyant les violences du groupe Boko Haram, s’entassent dans des camps de réfugiés. Totalement dépendants de l’aide humanitaire, ces populations « survivent par 50 °C, dans des huttes au toit de tôle, avec un point d’eau, des cuisines communes et un repas par jour », explique Arif Husain. Alimenté par la propagande saoudienne, le terrorisme défie aujourd’hui cet Etat, le plus peuplé du continent, qui comptera 440 millions d’habitants en 2050. Depuis la calamiteuse destruction de la Libye par l’OTAN, l’Afrique sub-saharienne est devenue le terrain de chasse préféré des djihadistes. La famine qui s’annonce est la conséquence directe de cette déstabilisation.
Au Sud-Soudan, la proclamation de l’indépendance, en 2011, a débouché sur une guerre civile où deux camps rivaux se disputent le contrôle des richesses énergétiques. Cet Etat sécessionniste, fragmenté, enclavé, coupé du nord auquel l’opposa une interminable guerre civile, est le fruit de la stratégie américaine. Cette création artificielle visait à contrecarrer l’influence du Soudan, inscrit de longue date sur la liste des « rogue states ». Porté sur les fonts baptismaux par Washington, qui a armé la guérilla sécessionniste de John Garang pendant 20 ans, le Sud-Soudan est aujourd’hui un champ de ruines. Depuis décembre 2013, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées. 2,5 millions ont fui leurs foyers et près de 5 millions font face à une insécurité alimentaire « sans précédent », selon l’ONU. Pour les réclamations, prière de s’adresser aux néo-cons de Washington.
En Somalie, les aléas climatiques font peser la menace d’un nouveau désastre alimentaire. En 2011, la terrible famine consécutive à la sécheresse avait fait 260 000 morts. Cette vulnérabilité de l’agriculture vivrière reflète l’état de non-développement du pays, écartelé en une dizaine d’entités politiques rivales. Le règne sanglant des seigneurs de la guerre locaux, les interventions militaires étrangères (USA, Ethiopie, Kenya), l’influence croissante, sur fond de décomposition politique, de l’organisation islamiste radicale Al-Shabab, ont donné à ce pays l’indice de développement humain le plus faible de la planète. Depuis l’effondrement du régime marxiste de Syaad Barré en 1991, les structures étatiques se sont évanouies. L’économie est exsangue, le système éducatif délabré. La hausse des prix des denrées et la chute des revenus, aujourd’hui, font redouter le pire.
D’autres zones de tensions, hélas, suscitent l’inquiétude. Les conflits en cours en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Ukraine, en Libye, au Zimbabwe, bouleversent les conditions de vie et génèrent des flux migratoires. Certains pays, enfin, vivent dans une insécurité alimentaire chronique : la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Burundi, le Mali, le Niger. Ce n’est pas un hasard si la plupart de ces pays sont en proie à la guerre civile, au terrorisme et à l’intervention militaire étrangère. Le désordre qui y sévit est d’abord de nature politique et géopolitique. Loin d’être une fatalité, il résulte de causes endogènes et exogènes identifiables. La famine ne tombe pas sur les damnés de la terre comme frappe la foudre. C’est l’arme des puissants pour écraser les faibles.


Bruno GUIGUE
 
vendredi 17 février 2017
 

Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité






En déclarant que “la colonisation est un crime contre l’humanité, une véritable barbarie”, Emmanuel Macron a déclenché un torrent d’indignation. On a dit que cette déclaration n’était que pur opportunisme, que le candidat d’”En marche”, comme d’habitude, disait tout et son contraire. En novembre 2016, il déclarait : “Alors oui… en Algérie il y a eu la torture mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie”. Certes. Mais si, pour une fois, Emmanuel Macron avait eu raison ? La réaction chauvine suscitée par ses propos, en tout cas, montre que le révisionnisme colonial fait partie de l’ADN de la droite française.
Il faut les entendre fulminer, ces humanistes à géométrie variable, lorsque cette page sinistre de l’histoire de France est pointée du doigt. Pour Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, “ces propos constituent une insulte à l’Histoire de France et à la mémoire de millions de Français. Ils n’honorent pas le candidat à l’élection présidentielle qui fait le choix de la repentance plutôt que celui d’une lecture objective de notre histoire. Une repentance, toujours agitée par la gauche et l’extrême-gauche, qui contribue malheureusement à la défiance d’une partie des nouvelles générations envers leur pays”.
Mais c’est tout le contraire ! Pour qu’un Français se sente insulté par cette affirmation, il faut qu’il ait une lecture étriquée du passé national. Les millions de victimes du colonialisme français depuis trois siècles seraient-elles quantité négligeable ? Faut-il, pour être patriote, adhérer à un roman colonial à l’allure de conte de fées ? Que la France se proclame la patrie des droits de l’Homme n’interdit pas à ses citoyens de vérifier si cette promesse a été tenue au cours de son histoire. Elle leur en fait obligation. Et après examen, le verdict est sévère. Certains de vos électeurs l’ont peut-être oublié, M. Accoyer, mais la conquête de l’Algérie fut une expédition meurtrière, l’occupation de ce pays une humiliation permanente pour ses habitants et sa guerre de libération un carnage (300 000 morts) provoqué par l’obstination du colonisateur.
Mais M. Accoyer ne nous a offert que le hors d’œuvre. Parmi les nostalgiques à l’orgueil outragé, c’est la présidente du FN qui enlève le pompon. Sur sa page Facebook, elle qualifie carrément de “crime” les propos d’Emmanuel Macron. “Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d’aller à l’étranger pour accuser le pays qu’on veut diriger de crime contre l’humanité ?”, demande la candidate du FN. “En utilisant cette argumentation probablement pour des raisons bassement électoralistes, le crime, c’est M. Macron qui le commet. Il le commet contre son propre pays”. Voilà, la messe est dite. A l’unisson, la droite et l’extrême-droite assènent cette doctrine singulière selon laquelle le crime n’est pas le colonialisme, mais sa dénonciation.
Contre ces impostures réactionnaires, il faut relire ce qu’écrivait Aimé Césaire en 1955 dans son magnifique “Discours sur le colonialisme”. Il citait le colonel de Montagnac, l’un des conquérants de l’Algérie : “Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts mais bien des têtes d’hommes”. Il donnait la parole au comte d’Herisson : “Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis”. Il citait aussi Pierre Loti relatant dans “Le Figaro” la prise de Thouan-An (Indochine) en 1883 : “La grande tuerie avait commencé ! C’était plaisant de voir ces gerbes de balles, si facilement dirigeables, s’abattre sur eux deux fois par minute. On en voyait d’absolument fous, qui se relevaient pris d’un vertige de courir. Ils faisaient en zigzag et tout de travers cette course de la mort, se retroussant jusqu’aux reins d’une manière comique ... et puis on s’amusait à compter les morts”. Eh oui, ces horreurs, elles aussi, font partie de notre histoire.
Partout, la conquête coloniale fut effroyable. Le colonisateur au drapeau tricolore l’a déshonoré, ce drapeau. Il l’a noyé dans le sang des peuples martyrisés par ceux qui prétendaient leur apporter la civilisation au bout du fusil. C’est pourquoi, partout, les peuples colonisés ont levé l’étendard de la révolte. Lassés d’être traités en objets, ils voulaient devenir “les sujets de leur propre histoire”, comme disait Lénine dans ses thèses prophétiques sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (1916). Mais en Indochine, en Algérie, à Madagascar, au Cameroun, cette révolte populaire s’est heurtée à une répression impitoyable. Pour maintenir l’ordre ancien, la machine de guerre coloniale a perpétré des crimes de masse, elle s’est livrée à d’innombrables massacres.
Lisez donc le grand Aimé Césaire, M. Accoyer, cela vous changera du Figaro-Magazine !
“Il faudrait étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe ».
Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette gangrène est toujours dans les têtes. Comme disait Marx à propos des atrocités commises par les Anglais en Inde en 1853, “L’hypocrisie profonde et la barbarie inhérente à la civilisation bourgeoise s’étalent sans voile devant nos yeux, en passant de son foyer natal, où elle assume des formes respectables, aux colonies où elle se présente sans voile”. Oui, c’est un fait, le crime colonial a fait voler en éclats les barrières morales que la classe dominante s’imposait ailleurs. Dire cette atrocité du crime colonial, c’est désigner avec les mots qui conviennent cette histoire douloureuse. Le colonialisme est une violence au carré, décuplée par le sentiment de supériorité raciale du colonisateur sur le colonisé. Perpétré sur les cinq continents, de Colomb à Netanyahou, le colonialisme est un crime contre l’humanité, car il nie l’humanité de celui qu’il opprime.

Bruno GUIGUE
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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