ELWATAN-ALHABIB
dimanche 30 juin 2019
 
Une nouvelle Algérie est en éclosion









par Kamal Guerroua



Le régime ne peut échapper au changement qui est la loi et le sel de l'histoire. La société algérienne est déterminée à aller de l'avant et à se délester de toutes les scories qui paralysent son épanouissement et son entrée dans le giron de la démocratie. L'évidence d'une métamorphose sociale et politique d'envergure du pays se précise à chaque vendredi. Fissuré, le mur de la peur s'effondre sur ceux qui ont joué depuis longtemps sur le spectre du retour du chaos des années de plomb sur fond des douleurs et des blessures mal guéries des Algériens. Les roses que ces derniers ont offert le 22 février, soit le premier jour des manifestions, aux forces de l'ordre, pour témoigner de la fraternité des enfants de la même patrie, ne se sont pas transformées en fleuve de sang, comme l'a prévu un ex-Premier ministre sous Bouteflika, aujourd'hui incarcéré pour corruption à la prison d' El-Harrach.

Le défi de la rue de lancer sa révolution a tué dans l'œuf tous les fatalismes enkystés dans les esprits, effets de la mobilisation aidant. Et nous voilà dans la phase délicate de déverrouiller la machinerie rouillée d'un régime construit sur la logique des clans, les reniements et la traîtrise la plus basse. Ni le cliché de la main de l'étranger ni la récente polémique, combien stérile, sur le port du drapeau amazigh lors des manifestations, n'ont eu raison de la témérité du peuple. L'Algérie est debout comme un seul homme et marche sans se fatiguer contre le système. Elle s'attache à l'instauration de l'Etat de droit et balaie d'un revers de la main tous les ragots de trottoir colportés par les oiseaux de mauvais augure qui visent à répandre la haine et à casser son unité, sa solidarité et sa force. Les décideurs doivent comprendre que les Algériens ne rentreront pas de sitôt chez eux, tant que la totalité de leurs revendications légitimes ne sont pas satisfaites, tant que la justice fonctionne encore sous la tutelle et à coups de téléphone, tant que les responsables de ce désastre national ne sont pas punis, tant que cette nomenklatura de gérontocrates corrompus ne cèdera pas sa place à cette jeunesse fraîche, cultivée et en phase avec le monde du savoir et de la technologie d'aujourd'hui.

Il faut être aveugle ou touché mentalement pour ne pas s'apercevoir que le cri de la société n'est ni un chahut de gamins ni une colère passagère de râleurs aux ventres creux, mais une aspiration profonde à tourner la page du passé, pour voir briller le soleil de la démocratie.

Trêve de plaisanteries et de tergiversations ! Il va falloir que ce Système revoie sa carte graphique et reconsidère à sa juste valeur ce vaillant peuple qu'il regarde de haut, comme s'il n'est redevable de quoi que ce soit à quiconque alors que la Constitution le rappelle clairement dans son article 7 : «le peuple est la source de tous les pouvoirs». Faudrait-il répéter pour la énième fois cet article-là ? Oui, volontiers ! Mille fois s'il le fallait. D'autant que c'est le début de la compréhension de notre problème, décidément. 
 
samedi 29 juin 2019
 
Un président au bout de l'épée







par Moncef Wafi



Si on ne connaît pas encore la date exacte de la tenue de l'élection présidentielle ni le profil et le nombre des lièvres en course, encore moins l'identité du futur chef de l'Etat, par contre, on est au moins sûr d'un fait, c'est qu'il sera un fin escrimeur, un grand sabreur devant ses commanditaires. En effet, et selon la voix autorisée du pouvoir réel, le prochain président des Algériens sera une épée face à la corruption et les corrupteurs. A vos gardes ! Ainsi, à la pointe de l'épée, il va pourfendre les méchants hommes d'affaires et les perfides ministres qui ont vendu le pays et trahi le peuple. Ses coups ne seront pas portés dans l'eau puisqu'ils seront dirigés par la main des puissants du moment. Il sera une véritable épée de Damoclès, près à s'abattre sur les ennemis jurés et leurs complices désignés pour finalement la tirer du fourreau et les passer tous au fil de l'épée si les choses ne tournent pas comme prévu par la feuille de route. Ainsi, à défaut d'un président consensuel, bardé de diplômes universitaires, ayant l'expérience de la gestion, charismatique, jeune, intègre, au-dessus des clans et loin des intérêts personnels, indépendant, ne répondant pas aux injonctions ni aux coups de téléphone, ne traînant pas derrière son ombre des casseroles sonores et trébuchantes, on nous promet simplement une épée comme CV. L'Algérie est face à son destin, et depuis le 22 février, les Algériens ont le choix entre différentes voies qui peuvent les mener soit vers un lendemain nouveau avec l'avènement d'une deuxième République soit vers un sentier qui les fera reculer de 20 ans dans l'histoire. Pourtant, ce qu'on leur offre aujourd'hui est un chantage affectif, une vente concomitante d'une lutte contre la corruption contre une République de la continuité, gérée par les résidus du régime corrompu, celui même qu'on est en train de combattre actuellement. Les Algériens n'ont pas besoin d'une épée pour les commander, eux qui ont marché au pas depuis 1962. Les Algériens ont soif de liberté, de démocratie, d'une justice indépendante et de vivre dans un pays de droit. Ils n'ont besoin de personne pour faire la différence entre patriotisme et nationalisme, entre ceux qui œuvrent pour ce pays et ceux qui travaillent à sa destruction à travers les messages de haine et de division. L'Algérie est arrivée à un carrefour de son histoire non pas parce que certains l'ont voulu mais à la force des mollets et à la détermination des convictions, et face à cette déferlante populaire, des forces s'obstinent encore à barrer la route à la marche du destin. Jusqu'à quand ? 
 
vendredi 28 juin 2019
 

LE POUVOIR ALGÉRIEN EST-IL SOURD ET AVEUGLE ?












Youcef L’Asnami


Abdelaziz Rahabi, l’ex ministre de l’information, « a fait savoir qu’il a été chargé de coordonner une initiative politique inclusive, dans le but de dégager une conception et des mécanismes de sortie de la crise actuelle.
Il a également expliqué le but de cette conférence d’aller vers les premières élections présidentielles démocratiques dans l’histoire du pays dans des délais raisonnables ».
Presse.
Bien évidemment, la première question qui vient à l’esprit c’est qui l’a chargé de cette mission et on peut le deviner aisément vu les termes mêmes de sa déclaration. L’organisation des « premières élections présidentielles démocratiques en Algérie » laisse penser que ce repenti politique, coordonnateur de l’ « initiative politique globale », ignore que les citoyens algériens ont une mémoire !
Dans sa déclaration à TSA, Rahabi précise « Nous ne sommes pas responsables de la crise, mais nous sommes responsables de la sortie de la crise. Il s’agit de jeter les ponts entre les différentes propositions et visions pour aboutir à une initiative politique nationale consensuelle. Cela est-il possible ? Il faut qu’on fournisse des efforts pour y arriver. Nous allons proposer de parler de cela au pouvoir » « Nous allons proposer de parler de cela au pouvoir » ! Quel pouvoir ? Le politique ou le militaire ? Qui l’incarne ? Avec quelle légitimité ?
Ahmed Gaid Salah (AGS), chef d’Etat-major de l’ANP et vice-ministre de la défense nationale dont les missions – pour les deux casquettes- sont clairement définies par les textes toujours en vigueur, et profitant d’un climat socio-politique exécrable, s’est propulsé au rang de Guide Suprême de la nation ou d’un Rais !
Et c’est à ce titre que tous les médias attendent chaque semaine ses déplacements, devenus presque folkloriques, et ses déclarations sur la sortie de crise et l’avenir du pays. La plupart des partis dits d’opposition lui ont déclaré leur allégeance. Mihoubi, l’ex ministre du tourisme, dans son souhait de remplacer Ouyahia à la tête du RND, n’aurait présenté comme principal argument de sa légitimité, ni son parcours politique, ni ses contributions à son parti, mais le fait qu’il aurait eu l’accord de l’institution militaire ! C’est dire l’ubuesque de la situation !
Le flou total qui préside actuellement en Algérie où le climat politique évolue presque d’heure en heure compte tenu des rapports de force en présence, des alliances et contre alliances qui se nouent et se dénouent laisse planer une grande incertitude sur cette « sortie de crise ».
Les récentes arrestations de certains membres de la « Issaba » ont vite été oubliées au profit de cette ridicule interdiction du drapeau amazigh par AGS. Les citoyens algériens, en particulier les étudiants, ont saisi cette manœuvre de division et n’ont pas répondu à la provocation de l’institution militaire défilant calmement dans les rues d’Alger mardi dernier.
Et cette nième tentative de répondre à l’appel de AGS est vouée à l’échec pour la simple raison que son coordonnateur, désigné par un pouvoir dont la caractéristique essentielle est l’opacité, fait partie de ceux que le peuple vomit depuis 18 semaines ! On finit par croire que le pouvoir rend sourd et aveugle. Mais les citoyens algériens entendent et voient !
 
mercredi 26 juin 2019
 
La démocratie est la solution








par Kamal Guerroua


«La connerie, quand elle commence à pleuvoir, il faut un sacré parapluie ! » Il n'y a rien de mieux que cette réplique amusante, tirée du film « Cinq jours en juin », réalisé en 1989 par Michel Legrand, pour décrire l'incohérence, voire la stérilité de la stratégie gouvernementale de Noureddine Bedoui pour résorber les effets de la crise provoquée par le clan Bouteflika. Illégitime, chahuté par la population à chaque déplacement de l'un de ses membres sur le terrain, critiqué par les médias et la blogosphère, tourné en dérision sur les réseaux sociaux, l'exécutif est à plaindre. Même les élèves des écoles primaires se mettent à chanter des slogans hostiles à ce qui reste d'un système grabataire. Du jamais vu dans l'histoire de l'Algérie indépendante ! Le comble, c'est que ce dernier parle encore de projets et de programmes, dans un climat « crisogène » dont il est en grande partie responsable, de par son attitude à camper au pouvoir. Jusqu'à quand cette attitude va-t-elle durer ? Jusqu'à quand continuera-t-on à voiler le soleil par un tamis ? Est-il concevable de fouler au pied la volonté populaire, tout en prétendant servir l'intérêt général ? Jouer à saute-mouton avec le peuple, dans une période aussi critique que celle-ci n'est-il pas porteur de gros risques d'instabilité ? Si, à chaque ouverture du J.T., le chef d'état-major fait sa démonstration de muscles, en passant en revue les forces militaires, dans l'intention de prouver que la grande muette est toujours là pour protéger les frontières du pays de tout danger extérieur, il serait peut-être plus pragmatique de prouver que celle-ci servira de rempart contre toute atteinte aux vœux démocratiques de ce peuple, en lutte pour le recouvrement de ses droits confisqués, depuis cinq mois. L'enjeu étant de préparer le terrain à l'Algérie de demain, de soulager les esprits par des décisions historiques courageuses, de faire des efforts pour démocratiser la patrie et passer dans les meilleurs délais le flambeau à la jeunesse. Seule une conscience morale, appuyée sur le sens de la légitimité est à même de démêler l'écheveau d'une crise qui sévit et rompt les chaînes de communication entre le haut et le bas de la pyramide. L'embarras irritant de n'oser parler de démocratie quand on est militaire suffit à convaincre que la solution à nos maux se trouve du côté de la société civile, les partis politiques, le mouvement populaire. La synergie entre toutes ces forces-là créera, sans aucun doute, une nouvelle dynamique de changement. L'initiative politique lancée, il y a quelques jours, par nombre d'associations et de syndicats n'est-elle pas le début de la fin de la crise ? Vivement, in chaa Allah ! Enfin, il va falloir peut-être clôturer cette chronique, en relayant mon confrère l'écrivain égyptien Alaa Al Aswany, qui termine chacune de ses chroniques dans « Al-Masri Al-Youm » par cette belle formule « La démocratie est la solution ». 
 
 
 

L'immonde troc proposé aux Palestiniens à Bahreïn






par Kharroubi Habib


Ce que les concepteurs du plan de paix américain pour le conflit israélo-palestinien ont laissé filtrer de son contenu a confirmé qu'ils ont pour objectif d'enterrer la solution à deux Etats dont Netanyahu et Israël ne veulent pas. Trump qui endosse ce plan et son gendre qui en a été la cheville ouvrière pensent parvenir à faire avaler cette potion amère au peuple palestinien et à ses dirigeants en leur faisant miroiter l'injection en contrepartie de leur docilité de faramineuses subventions financières qui leur permettront de bâtir une économie prospère dont il résulterait pour la population palestinienne les conditions de vie auxquelles elle aspire.

Ce cynique et méprisant troc les Palestiniens ne l'accepteront jamais. Entre la liberté et la « prospérité » leur choix a été signifié et depuis le début du conflit qui les oppose à l'Etat sioniste. Il est celui de la liberté et de la résistance à l'occupation israélienne. Mahmoud Abbas a été en communion avec son peuple en affirmant que les Palestiniens ne sont pas à vendre. Lui et tous les Palestiniens rejettent dans le global et le détail ce prétendu plan de paix dont l'acquiescement entérinerait leur confinement dans des « bantoustans » dans lesquels ils ne bénéficieront ni de la liberté ni de la fallacieuse prospérité promise par ses concepteurs. L'immonde deal proposé aux Palestiniens n'a pas suscité une franche réprobation de la part des Etats arabes prétendument frères des Palestiniens. Ils ont honteusement accepté d'en discuter la faisabilité mais en déléguant à la conférence de Bahreïn où leur a été présenté son volet économique des sous-fifres dont la présence induirait pour leurs opinions publiques solidaires avec le peuple palestinien qu'ils ne seront pas partie prenante à la grande trahison dont celui-ci est visé.

Le gendre du président américain ne s'est pas rendu à Bahreïn pour obtenir uniquement l'onction de ces Etats arabes à son plan d'enterrement de la solution à deux Etats. Il compte également leur faire prendre en charge la contribution financière qu'il promet aux Palestiniens en contrepartie de leur renoncement à un Etat national. Traîtres et vaches à lait, voilà dans quelle estime les tiennent Donald Trump et son gendre. C'est ce que leur crachent les Palestiniens qui clament à la face du monde qu'ils ne monnaieront jamais leur liberté et ne cesseront pas de résister pour l'arracher dans la dignité. La communauté internationale ne peut et ne doit manquer à la solidarité avec ce peuple palestinien que Donald Trump cherche à remettre pieds et poings liés à l'Etat sioniste en faisant croire au monde que ce peuple est prêt à se vendre pour des dollars et l'aisance matérielle qu'ils procurent. 


 
mardi 25 juin 2019
 
Le drapeau







par Moncef Wafi


Ils ont levé un drapeau qui n'est pas celui de l'occupant ni des ennemis intimes encore moins d'un pays terroriste qui exerce l'apartheid. Ils n'ont fait que brandir leurs couleurs, celles des origines et de l'histoire, de la langue maternelle et des ancêtres communs. Ils ont bravé l'interdiction ordonnée par l'autorité réelle comme l'ont fait, ce jour-là, des centaines de milliers de bras dans toute l'Algérie. Et ils ont fini en prison, accusés d'avoir tenté de saborder l'unité nationale alors que d'autres voix aboient matin et soir appelant à lyncher tous ceux qui ne parlent pas leur langue, qui n'ont de maîtres que leur propre ombre et qui ne se reconnaissent pas dans cette Algérie qui n'est ni civile ni démocratique.

Les 17 manifestants qui ont été écroués représentent cette autre Algérie que les anciens valets ont peur de voir. Ils sont la quintessence de cette jeunesse qui ne se retrouve plus dans ce discours désuet sur le nationalisme des mandats et des indus avantages accordés sur le dos du peuple. Ils sont la voix portée haut et fort de cette rue qui est sortie le 22 février pour dénoncer un régime qui s'accroche encore au pouvoir. Ils ont chanté le pays où ils rêvent de vivre et hué ces fantômes du passé qui déversent leur venin, cachés derrière un écran. Notre propos n'est ni d'évoquer une de ces pauvres caricatures en particulier mais il se trouve malheureusement que la surenchère appelle parfois à des réactions virulentes voire violentes. Et il est temps que la justice s'autosaisisse pour empêcher ces créatures allaitées au biberon de la haine de l'autre de sévir davantage avant que les choses dérapent. Appeler ouvertement à l'apartheid comme l'a fait une certaine Naïma Salhi pour ne pas la citer est d'une gravité sans pareille mesure et ouvre la porte à tous les dépassements inimaginables. Ces propos discriminatoires et racistes convoquent l'urgence d'une réaction salutaire des pouvoirs publics et n'était-ce le sens de la responsabilité et l'unité du peuple, on pourrait facilement verser dans le scénario catastrophe. Un scénario déjà vu quand l'Algérie était divisée entre islamistes et républicains et maintenant on cherche à allumer les feux de la sédition en instrumentalisant la question identitaire. Insulter cette créature, l'invectiver, la traiter de tous les qualificatifs n'est pas en soi une réponse intelligente à apporter au débat même si la tentation est grande, et les Algériens sont en droit d'attendre de cette justice, qu'on promet au-dessus de tous les justiciables quels qu'ils soient, qu'elle fasse son job. 

 
lundi 24 juin 2019
 
Abderrahmane Hadj-Nacer: Les contours d'une sortie de crise «acceptable par l'armée et le Hirak»







par M. Mehdi

«En situation de crise, comme pour le vivre ensemble, il y a nécessité de composer. Tabler sur un effondrement du système est une vue de l'esprit. Il est à sa manière et par delà les individus, une construction solide, ancrée dans la population, qu'il s'agit de moderniser, en l'obligeant à assumer ce à quoi il s'est soustrait ces dernières années ». Ces propos sont de Abderrahmane Hadj-Nacer, l'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, rencontré hier lors d'une conférence-débat consacrée au Hirak, à l'armée, et à la sortie de crise que tout le monde réclame. La rencontre, animée conjointement par Akram Kharief, directeur de publication du site MENA Defense, s'est déroulée au siège de SOS Bab El Oued. Pour M. Hadj-Nacer, «il n'y aura aucune solution en dehors du système», à moins d'une «révolte» à la libyenne, un scénario que « personne ne souhaite». D'où la nécessité d'une solution négociée dont le point de départ est la désignation d'un individu ou d'un groupe d'individus qui aurait la confiance aussi bien de l'institution militaire que du Hirak. L'armée est appelée à désigner une ou des personnalités «sur lesquelles elle n'a pas de véto». Pour l'orateur, il s'agit de voir comment «avancer ensemble sans que l'armée ne se sente remise en cause». «Il s'agirait à mon avis, de proposer un individu ou un groupe qui permette un compromis inclusif, en premier lieu au sein de l'armée pour les prochaines étapes. À cette personnalité ou groupe, ayant une «légitimité populaire» à travers une acceptation par le Hirak, reviendra la mission d'obtenir un positionnement politique clair de et pour l'armée, dans toutes ses composantes, pour qu'elle puisse assumer toutes ses responsabilités sans être dans la nécessité de manipuler un pouvoir civil », ajoute l'ancien gouverneur de la Banque Centrale.

«Il appartiendra à l'armée de désigner et au peuple d'agréer cette personnalité ou groupe » qui soumettra « chaque vendredi » à « l'appréciation populaire », « le programme, son évaluation et son bilan ». Au-delà des compétences d'ingénierie politique et technique, le rôle de la personnalité ou le groupe de personnalités est de permettre « le passage à un pouvoir légal », mais également de « définir le rôle de l'armée et celui des services de sécurité dans les décisions portant sur les choix fondamentaux du pays ». Pour l'intervenant, le débat sur les questions de gouvernance, de lutte contre la corruption, et de la finalité des institutions, comme celle des services de sécurité, « ne doit pas se faire uniquement à l'intérieur d'un système clos, dont on ne connaît pas forcément ni le contenu humain, ni le cahier des charges ». « C'est cette opacité que reproche aujourd'hui les gens, pas le fait qu'on mette en prison X ou Y. Quelle est la logique, en dehors d'un règlement de comptes ? », ajoute M. Hadj-Nacer.

Outre de rassurer l'armée, l'intervenant considère qu'il y a aussi des assurances à apporter aux civils. « Il s'agira de rassurer quant à la prochaine étape où seront abordées les questions de diversité, la notion de liberté, au-delà de la liberté fondamentale de s'exprimer, les libertés d'agir librement, dans le domaine de l'initiative économique notamment. »

La deuxième partie de la rencontre a permis à Akram Kharief de dresser un état des lieux au sein de l'armée et des aspects que cette institution devrait assumer, comme l'industrie militaire. Pour le directeur de la publication de Mena Défense, l'étape à venir devrait permettre d'aider l'armée « a ne pas avoir peur » du « changement inéluctable ». Passant en revue l'évolution des dépenses militaires, depuis les années 90 à nos jours, l'orateur estime que l'institution s'est beaucoup développée. Il a néanmoins pointé du doigt aussi bien l'incapacité de l'armée à communiquer et à expliquer (notamment sur la lutte antiterroriste), mais également le problème de la transparence et de « l'absence totale des commissions de défense » de l'APN et du Sénat. Il a également évoqué la nécessité de débattre de la place de l'armée et des services de renseignement dans le cadre d'un processus démocratique. Pour M. Kharief, « le risque politique ne doit pas être assumé par l'armée ».
 
 
 

LA DIGUE EST ROMPUE ET LE PEUPLE MANIFESTERA JUSQU’À OBTENIR SATISFACTION DE SES JUSTES REVENDICATIONS POUR LES LIBERTÉS ET LE DROIT.










Saïd Mekki
Hirak 17 23 juin 2019
Quatorze manifestants ont été placés sous mandat de dépôt par la justice algérienne pour avoir brandi ou simplement avoir possédé un drapeau Amazigh lors des manifestations du 21 juin dernier. Il s’agit là d’un scandale absolu et d’une atteinte inacceptable à la liberté inaliénable de manifester et de s’exprimer. Ces jeunes, pour la plupart, ont été raflés au hasard en totale illégalité, dans la plus évidente tradition coloniale, par la police « nationale ».
Il s’agit là du premier effet du sermon démagogique lu par le chef d’Etat Major Gaid Salah le 19 juin 2019. Ceux qui rédigent les discours de ce géronte savent ce qu’ils font. L’opinion publique sait ce qu’elle a entendu, tous ont parfaitement compris le but de la manœuvre. En tous cas, si personne ne peut préjuger de la valeur militaire de ces rédacteurs de discours, tous peuvent constater l’inanité de leurs compétences politiques. Qui n’a pas immédiatement réalisé que l’Etat-Major de l’ANP, détenteur effectif du pouvoir, cherche à fracturer le front politique constitué par le peuple tout entier ? Cette grossière manipulation vise, dans la plus pure tradition coloniale ici également, à opposer les algériens berbérophones aux algériens arabophones.
La réponse des manifestants du vendredi 21 juin à cette tentative de division pour le moins stupide et à – très – courte vue a été sans ambages : l’union nationale a été réaffirmée avec force et conviction. Pour le peuple, d’est en ouest et du sud au nord, le drapeau Amazigh n’est aucun cas un concurrent ou un rival au drapeau de la nation algérienne. Le drapeau Amazigh est le symbole de la profondeur millénaire et de l’immense richesse culturelle du peuple tout entier, arabophone, berbérophone, francophone et dans toues les langues du monde. Cet emblème est le frère culturel de notre étendard national, celui que tous, Algériennes et Algériens, portent haut pour affirmer l’attachement patriotique à l’Algérie. Aucun général n’est en droit de faire appel cyniquement à la mémoire des martyrs pour tenter de porter atteinte à la cohésion du peuple. Aucun apprenti-despote, de l’Etat-Major ou d’ailleurs, n’est qualifié pour s’arroger le monopole du patriotisme ou pour décerner des attestions d’appartenance à la Nation.
S’il s’agit d’intimider ou de faire peur pour dissuader le peuple de manifester, le calcul est ici aussi d’une consternante ineptie. La digue est rompue et le peuple manifestera jusqu’à obtenir satisfaction de ses justes revendications pour les libertés et le Droit. Les décideurs militaires devraient essayer d’élever leur stratégie à la hauteur de ces attentes du peuple plutôt que de recourir aux méthodes éhontées de division du colonialisme.
Les quatorze jeunes incarcérés illégalement doivent être immédiatement libérés tout comme les 160 prisonniers qui croupissent dans les geôles d’un régime délinquant.
 
samedi 22 juin 2019
 
18ème vendredi de la contestation: «Le problème de l'Algérie n'est pas le drapeau, mais le système»








par M. A. Et A. Z.





«Nous n'avons pas demandé de changer l'emblème national par un autre, nous avons exigé le changement du système», telle est la réponse des manifestants à la déclaration de Gaid Salah sur l'interdiction des drapeaux autres que l'emblème national, lors de ce 18ème vendredi de manifestations pacifiques.

A Alger, les services de la police n'ont pas hésité à interpeller quelques manifestants et confisquer les drapeaux amazighs, en usant de gaz lacrymogènes. Cela s'est passé notamment près de la Grande Poste d'Alger et ses alentours, où était déployé un impressionnant dispositif sécuritaire.

Les policiers ont tenté de «faire respecter strictement les lois en vigueur et de faire face aux individus qui essayent d'attenter à nouveau aux sentiments des Algériens à propos de ce sujet sensible et délicat», selon les propos de Gaid Salah, mais ils ont par la suite abandonné, vu la foule des protestataires.

Les manifestants ont demandé, comme il était écrit sur des pancartes, aux acteurs du Hirak de se concentrer sur l'essentiel : «discutons des propositions pour un sortie de crise et le changement radical du système». Sur une autre pancarte on pouvait lire «le problème de l'Algérie n'est pas le drapeau mais le système en place, svp pas de confusion».

Avec un pacifisme exemplaire, les manifestants scandaient ensemble «les Algériens amazighs», «nous sommes tous des Algériens, pas de régionalisme». Des drapeaux Amazighs flottaient à coté de l'emblème national.

Les protestataires ont demandé, hier encore, le départ des symboles du régime et l'installation d'une instance souveraine et indépendante qui sera chargée de préparer les élections. En insistant sur l'édification d'un Etat civil et non un Etat militaire. Et de scander «l'unité de l'Algérie est une ligne rouge, tous des frères, pas de régionalisme».

Sur une pancarte brandie par un jeune manifestant, il était écrit «Qui protège Naima Salhi qui passe son temps à nourrir la division et le régionalisme et le racisme en toute impunité ». Des manifestants ont crié des slogans hostiles au chef de l'état-major de l'armée.

Hier, à Constantine, 18e vendredi consécutif des manifestations contre le système, des milliers de citoyens ont sacrifié leur virée du week-end au bord de la bleue pour ne pas rater le rendez-vous. Et, la foule immense a marqué cette manifestation avec des slogans qui plaident pour l'unité nationale, à cause de l'irruption sur la scène de cette interdiction de ne porter que l'emblème national. « Djazayrines machi aâda» (les algérien ne sont pas des ennemis), « notre force est dans notre union», scandaient dans ce sens les manifestants. A Constantine, ce drapeau Amazigh n'est généralement pas trop voyant au sein de la foule. Et, ce 18e vendredi, deux manifestants seulement le portaient au beau milieu d'un carré compact. Des policiers en civil ont tenté de leur arracher des mains ce drapeau, mais les choses ont failli dégénérer dans le sillage de cette intervention, si ce n'est l'attitude professionnelle adoptée par les policiers en question, qui ont su manœuvrer pour apaiser les esprits et laisser les manifestants battre le pavé dans une atmosphère pacifique. On a pu remarquer également que les affaires d'autres manifestants qui arrivaient au centre étaient fouillées, apparemment à la recherche du drapeau amazigh. Un autre passera avec le même sigle amazigh imprimé sur son tee-shirt. Difficile de lui arracher son tee-shirt de sur le corps et le laisser torse nu ! D'ailleurs, on n'a pas parlé de tee-shirt mais de drapeaux. Le débat sur la question était au sein des policiers déployés au centre-ville. Cette intrusion de la problématique de l'étendard au sigle amazigh n'a pas été du goût des manifestants, qui ont insisté, eux, sur le départ de la « Issaba». « Trouh el îassaba n'walou labass» (avec le départ du gang on sera mieux), scandait la foule. La foule, elle, donc, continuait de marcher et crier « dawla madania machi aâskaria» (état civil et non militaire). D'autres slogans réguliers ont été également maintenus, dont « Algérie libre et démocratique», « Djazaïr Chouhada», ainsi que d'autres chants patriotiques qui ont toujours animé la scène du Hirak, recouverte de l'emblème national.

Des marches similaires ont été enregistrées à travers plusieurs wilayas du pays où les manifestants ont scandé les mêmes slogans et revendications.
 
 
jeudi 20 juin 2019
 
Le temps, premier ennemi du pays








par Moncef Wafi


Une présidentielle à la carte avec Bensalah et Bedoui aux commandes et une constitution, véritable texte sacré imperméable à toute révision, c'est en substance le menu offert par Gaïd Salah pour une sortie de crise inédite sous les auspices de l'institution militaire. Le chef d'état-major persiste et signe et rien ne semble le faire dévier d'un iota de sa ligne de conduite qui exclut toute période de transition tant réclamée par l'opposition et cette plateforme consensuelle autour de l'amorce d'un dialogue avec les tenants du pouvoir réel. De Béchar, il a clairement défini les règles du jeu en barrant la route aux partisans de la révision de la Constitution dans l'objectif de désamorcer les pleins pouvoirs du président de la République pour jeter les bases d'une nouvelle Algérie démocratique et civile.

Ce statu quo n'est pas sans rappeler la situation du pays avant la chute du clan où tous les rouages de l'économie tournaient au ralenti ou se rouillaient sur place. L'intransigeance des acteurs politiques risque de peser davantage sur une économie rentière qui ne doit son équilibre actuel qu'à la crise du Golfe et les menaces de guerre entre l'Iran et les Etats-Unis d'Amérique. Il ne suffit pas de dire que tout va bien pour le croire. Le temps est le premier ennemi du pays et les opérations «mains propres» vont façonner durablement le visage des affaires en Algérie. La condamnation de ces justiciables, qu'ils soient de hauts fonctionnaires de l'Etat ou des oligarques, souvent de simples hommes de paille, ne devra pas faire du mal à l'économie nationale. Mieux, leur élimination devra aider à assainir des secteurs à haute valeur ajoutée et permettre, pour peu que les vieux réflexes soient abolis, de repartir sur de bases solides avec des gestionnaires de compétence, chose difficilement concevable en ces instants de crise politique. En lançant sa croisade contre la corruption et en déclarant solennellement que tous les corrompus, quels que soient leurs fonctions ou leur rang social, comparaîtront devant la justice, il se sait attendu sur cette question. Les Algériens sont soucieux de voir les véritables donneurs d'ordre répondre de leurs actes délictueux et ne pas se défausser sur les lampistes, de simples courroies de transmission. Le patron de l'armée ne peut plus faire marche arrière et devra aller au bout de ses certitudes en honorant ses promesses et en accompagnant la justice pour que tous les criminels au col blanc soient cloués au pilori. Ne serait-ce que pour ça, Gaïd Salah marquera de son nom l'histoire de ce pays.
 
 
mardi 18 juin 2019
 
Requête pour un réarmement moral de l'Algérie






par Amine Bouali


Les Algériens sont totalement stupéfaits par le scandale des révélations sur les malversations imputées à des hommes d'affaires et de hauts commis de l'Etat qui ont profité de leur puissance d'argent et de leur pouvoir de décision pour accroître leurs acquis en biens matériels, en dehors des exigences de la loi et des règles de la morale (mais cette dernière barrière était, de toute évidence, le cadet de leurs soucis !). Certains d'entre eux sont aujourd'hui inquiétés par la justice et placés en détention provisoire et d'autres risquent de l'être bientôt.

Il suffisait pourtant, ces dernières années, de prêter attention à la source « officieuse » d'informations que constitue chez nous la rumeur publique (mais beaucoup d'entre nous l'avaient prise, à tort, pour de la médisance) pour suspecter « qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume du Danemark ! » (William Shakespeare).

En 2003, l'écrivain Mohammed Dib s'étonnait dans sa dernière interview-testament de « l'aptitude des Algériens à faire leur propre malheur » et une majorité d'Algériens probablement, ainsi que beaucoup d'amis étrangers de notre pays, ne cachaient pas leur consternation devant le bilan « mi-figue mi-raisin » de l'Algérie indépendante et n'arrivaient pas à comprendre « comment l'Algérie, cette promesse d'une grande nation, en était arrivée là ?». Notre pays depuis 1962 pouvait-il faire beaucoup mieux ? Sans hésitation, la réponse est oui !

Un jour, l'Histoire jugera pourquoi l'Algérie a raté le coche et, en particulier lors de la période récente, gaspillé ses chances de réel développement. Et aussi pourquoi nombre d'erreurs impardonnables ont pu être commises sans que personne en « haut lieu » n'y ait mis un terme ou se soit inquiété du fait qu'elles allaient finir par provoquer la révolte des Algériens. Aujourd'hui, des millions d'entre eux sont dans la rue pour exiger un véritable changement et notre pays ne peut pas se permettre un nouvel échec. Il doit impérativement se réarmer moralement afin de reconstruire le « rêve algérien » dilapidé. Mais cette renaissance n'est possible que si chacun de nous accomplit son devoir, à la place exacte où il se trouve et du mieux qu'il peut. 


 
lundi 17 juin 2019
 
La crise, c'est eux!







par Kamal Guerroua



Récemment, dans une autoroute berlinoise, où souvent de terribles embouteillages se produisent, un tagueur de génie avait inscrit sur un pont la formule suivante : «Détrompe-toi, tu n'es pas dans un embouteillage, l'embouteillage c'est toi.» Quiconque parmi mes compatriotes lira un pareil tag, sera rapidement tenté de le calquer sur cette élite, la nôtre, qui se plaint tout le temps d'un peuple qui, prétendument, veut la mener droit vers la crise, alors qu'elle est la crise elle-même. Le nœud de nos problèmes n'est-il pas, au demeurant, la conséquence de ses négligences, de sa corruption et de son irresponsabilité dans la gestion des affaires du pays? Dans un fameux discours à Guelma, Bouteflika, titillant comme à son accoutumée la dignité et l'honneur des Algériens, aurait répété plusieurs fois à un vieux qui l'avait interpellé sur la dégradation des conditions de vie au pays : «arfâa rassek ya bâ» (relève ta tête mon père), pour signifier que l'Algérie sortira, coûte que coûte, victorieuse de la période du terrorisme et qu'elle redorera son blason au concert des nations. Au bout de vingt ans de règne sans partage, le concerné a emprunté le chemin inverse. Autrement dit, il a fait baisser la tête à tous les Algériens, au point que certains d'entre eux n'ont pas hésité, par désespoir sans doute, à comparer l'Algérie à un géant fauteuil roulant. Sorte de patrie abandonnée, sans pieds, sans tête, sans boussole, jetée en offrande aux rapaces sans scrupules. Un pays immobile, voire en agonie, où la loi de «tag ala men tag» sert de ligne de conduite, en haut comme en bas de la pyramide, où le clanisme, le clientélisme et le régionalisme se tiennent la main, où rien ne marche comme il le faut. C'est de toutes ces bavures que l'ancien clan au pouvoir devrait répondre aujourd'hui devant les quarante millions d'Algériens en colère. Le pourrissement de la situation dans les administrations publiques, les institutions d'État, les écoles et les universités, c'est son fait. Ce pourrissement est tel que toute refonte sérieuse risque de prendre des années, voire des décennies entières. L'urgence c'est d'agir, mais comment le faire quand on sait que les décideurs ne semblent pas convaincus de la nécessité de passer le flambeau au peuple, à la jeunesse ? Voilà le gros problème! L'institution militaire devrait lâcher du lest et céder le pouvoir au mouvement populaire afin de pouvoir combler ces failles à temps. Le diagnostic du corps malade est déjà fait, il va falloir maintenant administrer le traitement et commencer à panser les blessures du peuple. Le besoin pressant d'institutions valides qui ne souscrivent qu'à la logique d'un État de droit fort se fait sentir dans les clameurs et les cris de détresse que lancent les Algériens pendant les manifestations. 


 
 
ALGER N'EST PAS L'ALGERIE







par Abdou BENABBOU



Il faudra bien d'abord convenir d'une grande vérité : Alger n'est pas l'Algérie. Quelles que soient l'épaisseur de son rôle névralgique et la latitude de son pouvoir de regroupement des élites, son profil de capitale politique n'a d'égal et de consistance que la vague portée, prêtée par l'Algérie profonde. Il en est de même pour ce que l'on retient aujourd'hui de société civile. La culture citoyenne étant ce qu'elle est, les citoyens lambda du Tell ou de l'Ouarsenis ont des perceptions très mitigées, souvent faites de soupçons sinon de rejet sur ceux qui ont la prétention de les représenter. Les éléments et les associations qui la composent ne sauraient être en cause et ceux qui suent à Alger à trouver des solutions en ce moment avec sérieux et constance pour ancrer tous les Algériens dans le bonheur et la prospérité sont dans leur majorité des personnes respectables pétries d'une bonne foi incontestable. Il va donc de soi que les propositions toutes aussi intéressantes les unes comme les autres, formulées par ceux qui se sont avancés pour représenter le mouvement de contestation nationale, sont à retenir et à prendre en considération.

Cependant au cœur de la floraison des positions et des propositions de ceux qui s'affichent en représentants du Hirak, le problème de la représentativité s'interpose comme une embûche insurmontable tout au long de leurs réunions des dernières semaines. N'est pas, en effet et en toute logique, porte-parole d'un peuple qui veut, et malgré le bien-fondé de sa légitimité, l'activisme positif au demeurant d'associations reconnues légales et officielles ne saurait à lui seul assumer le rôle lourd et délicat de parler au nom de la grande majorité des Algériens.

Cette majorité a envahi la Rue avec une dignité et une sagesse qui ont ébahi le monde entier. Dans le sillage d'une élection présidentielle hâtive, il est improbable qu'elle puisse se conformer unanimement à la seule bravoure de quelques prétendants.

Ne serait-il pas plus judicieux de s'inspirer des acceptables démocraties d'à travers le monde et commencer par dissoudre le Parlement et ouvrir des législatives avec toutes les garanties qui s'imposent.

Notre élite s'armerait d'un œil de lynx et les millions du Hirak entreprendraient une autre marche en gardant son esprit, pour le choix de représentants avec une légitimité sans faille. Ainsi sera pousée à son extrême la responsabilité des marcheurs.

Alors le reste pourrait suivre dans la sérénité. 

 
 
Enquête liée à des affaires de corruption: Djoudi et Tou sous contrôle judiciaire







par Moncef Wafi

Les anciens ministres des Finances et des transports, Karim Djoudi et Amar Tou, ont été placés, hier, sous contrôle judiciaire par le juge d'instruction près la Cour suprême après son audition dans le cadre d'une enquête liée à des affaires de corruption. Ils comparaissaient pour être entendus à propos d'affaires concernant la dilapidation de derniers publics, d'abus de fonction et d'octroi d'indus privilèges. Quelques jours plus tôt, l'ex-ministre des Travaux publics Abdelghani Zaâlane avait été également placé sous contrôle judiciaire après avoir été auditionné dans des affaires liées à la corruption et ses deux passeports (ordinaire et diplomatique) lui ont été retirés. La Cour suprême avait ordonné, la semaine dernière, le placement des deux anciens Premier ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que l'ancien ministre du Commerce et des Travaux publics, Amara Benyounes, en détention provisoire à la prison d'El Harrach pour les mêmes chefs d'accusation. L'ex-wali d'Alger, Abdelkader Zoukh, et celui d'El Bayadh devraient eux être entendus aujourd'hui.

Pour rappel et en application des dispositions de l'article 573 du Code de procédure pénale, le parquet général près la Cour d'Alger avait transmis au procureur général près la Cour suprême, le dossier d'enquête préliminaire instruite par la police judiciaire de la Gendarmerie nationale d'Alger, pour des faits à caractère pénal, à l'encontre des ex-Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, des anciens ministres Abdelghani Zaâlane, Amar Tou, Boudjemaa Talaï, Amar Ghoul, Abdelkader Bouazgui, Karim Djoudi, Abdesslam Bouchouareb et des ex-walis, notamment Zoukh et Mohamed Djamel Khanfar.

En outre, on évoque l'émission d'un mandat d'arrêt international à l'encontre de l'ancien ministre de l'Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, qui se trouverait actuellement au Liban. Pour l'ex-ministre de l'Energie, Chakib Khelil, son dossier a été transmis à la cour suprême. Par ailleurs, le SG du RND, actuellement en prison dans le cadre d'une autre affaire, a été présenté, hier, en compagnie des frères Oulmi, Mourad et Kheider, devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M'hamed pour des affaires concernant des soupçons de corruption et de transfert illicite de devises à l'étranger.

Le patron du groupe Sovac a été arrêté, jeudi dernier, par la brigade de la Gendarmerie nationale de Bab Jdid. 52 cadres du groupe étaient aussi auditionnés par le procureur dans le cadre de la même affaire. Comme les Kouninef, Tahkout et Haddad, les frères Oulmi entraînent plusieurs hauts responsables avec eux. Il s'agit principalement de l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, l'ex-ministre de l'Industrie Youcef Yousfi et l'ex-directeur général du Crédit populaire algérien (CPA). 
 
samedi 15 juin 2019
 
17ème vendredi de manifestation: «Le peuple veut l'application de l'article 07»





par M. A.


Ce 17ème vendredi de mobilisation populaire consécutif semble avoir un cachet particulier. L'arrestation d'une partie du « gang », dont deux ex-Premiers ministres, semble avoir suscité de « l'appétit ». Les manifestants ont réclamé plus, l'arrestation d'Abdelaziz Bouteflika et d'autres de Khaled Nezzar et l'application pure et simple de l'article 07 de la Constitution qui stipule que « le peuple est la source de tout pouvoir ». Mais, aussi la restitution de biens publics et des fonds volés. Sur des pancartes, on pouvait lire « nous appelons le pouvoir judiciaire à nationaliser les biens volés, à juger toutes les bandes et à protéger les hydrocarbures ». En dépit de l'important dispositif sécuritaire à Alger et ses alentours, les acteurs du Hirak ont investi les rues d'Alger pour exprimer à la fois leur euphorie quant aux dernières arrestations des « symboles de la corruption », mais surtout pour donner et débattre des propositions pour une sortie pacifique de cette crise politique.

Ce qu'il faut retenir est le fait que les manifestants réclament aujourd'hui encore le départ de ce qu'ils appellent « l'architecte de la fraude, Noureddine Bedoui ». Des manifestants à Alger ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Arrestations bienvenues, départ de Bedoui et Bensalah prioritaire », en exigeant la dissolution des deux partis FLN et RND.

Un groupe de manifestants a appelé à travers des banderoles la création d'un comité populaire en sélectionnant 2 personnes par daïra, pour les 48 wilayas plus 8 personnes issues de la diaspora. Une vraie assemblée populaire qui soumettra des proposions à travers quatre représentants de l'assemblée à ceux qui tiennent les commandes du pays. D'autres ont plaidé pour la mise en place d'une assemblée constituante, un réseau de lutte contre la répression, pour la libération des détenus d'opinion, et pour les libertés démocratiques. Tout en exigeant l'ouverture d'une enquête sur la détention préventive et les conditions carcérales ainsi que le décès de Kamel Eddine Fekhar. Ils ont aussi plaidé pour la libération de Hadj Ghermoul, les cinq détenus de Ghardiaia, Mohammed Baba Nedjar, Laasaker Bahmed, Khayat Idris, Tichabet Noureddine et Bassim Brahim. Ainsi que le blogueur Abdellah Bennaoum et Louisa Hanoun, dirigeante politique incarcérée à Blida.

A Constantine aussi l'incarcération, ces derniers jours, de nombreux hauts responsables, dont deux ex-Premiers ministres et autres hommes d'affaires, était en haut des affiches dans les slogans des manifestants en ce 17e vendredi consécutif du Hirak.

Par une chaleur suffocante, les Constantinois étaient au rendez-vous, hier, en nombre toujours imposant, pour souhaiter la bienvenue à la « Issaba » dans la prison d'El Harrach, et espérer à ce que d'autres responsables, notamment Bedoui, aillent les rejoindre dans leurs cellules. « El Issaba gaël fel Harrach », (tout le gang dans la prison d'El Harrach), « Bensalah et Bedoui le spécialiste de la fraude doivent les rejoindre », « Dégager les 3B », « Bouchareb ya djabane (poltron), le FLN dans la poubelle », criaient d'autres manifestants. Egalement, les manifestants ont scandé d'autres slogans réguliers au Hirak, dont « Algérie libre et démocratique », « Djazaïr Chouhada », « Etat civil et non militaire », ainsi que d'autres chants patriotiques qui ont toujours animé la scène du Hirak, recouverte de l'emblème national, de différentes proportions, porté sur les épaules ou porté haut et fouetté par le vent. Les manifestants continuaient encore à faire le tour de la ville au moment où nous mettons sous presse. « La manifestation va continuer encore et se prolonger jusqu'à la fin de l'après-midi », assurent des manifestants qui rappellent que de nombreux citoyens, dans l'impossibilité de marcher en milieu de journée à cause de la chaleur très forte, ont rejoint le mouvement populaire à 16 heures, et c'est à ce moment que les rangs des manifestants vont commencer à grossir. En tout cas, relevons que la manifestation a été «silmiya» (pacifique) jusqu'au bout. Des marches similaires ont été enregistrées dans différentes wilayas du pays. 
 
jeudi 13 juin 2019
 
L'opposition, une force de proposition ?








par Moncef Wafi



Les choses sérieuses commencent à se mettre en place du côté de l'opposition, elle qui est en train de converger vers une plateforme consensuelle à mettre sur la table des négociations. Que ce soit pour la société civile, dont la conférence nationale devra se tenir le samedi prochain et qui a trouvé, après un marathon de neuf heures de discussion, un compromis entre ses acteurs, ou l'autre conférence dite celle «d'entente nationale» qui aura lieu le 29 juin à l'initiative des «forces du changement pour le respect du choix du peuple» en vue d'une proposition de sortie de crise. Les deux initiatives ont pour objectif commun de sortir avec une feuille de route à soumettre au dialogue avec le pouvoir réel qui est aux commandes du pays.

Cette volonté de faire front commun, malgré tous les clivages politiques et idéologiques des participants, cherche à présenter un vis-à-vis d'envergure nationale qui soit accepté de tous et de barrer la route aux partisans de la chaise vide qui parient sur l'absence d'un minimum consensuel chez l'opposition pour entériner les propositions du pouvoir. L'opposition, avec tous les courants qui la traversent, ne peut pas se contenter de son aspect purement partisan, et l'apport de la société civile et des associations à différents caractères, sportif, religieux, artistique ou caritatif, ainsi que des personnalités nationales au-dessus de tout soupçon est plus que recommandé. Et c'est sur ce principe-là que les éléments du puzzle semblent vouloir s'imbriquer pour installer une véritable force de proposition qui pourra impacter sur cette volonté incompréhensible de maintenir Bedoui et Bensalah à leurs postes respectifs.

Du côté de cette opposition en marche, tout le monde s'accorde que le vrai pouvoir est entre les mains de l'institution militaire et le dialogue auquel appelle également Gaïd Salah ne pourra se tenir qu'avec lui. En dehors de cette option, le hirak rejette des négociations avec les anciens symboles du régime bouteflikien préférant s'en tenir au libre arbitre de la rue qui, vendredi après vendredi, mardi après mardi, appelle à la chute du système et au départ de la «bande». En attendant, le chef de l'Etat par intérim a signifié de nouveau une fin de non-recevoir aux revendications des Algériens en renouvelant sa confiance à son Premier ministre qui devra théoriquement conduire la prochaine présidentielle. Un dialogue de sourds est en train de prendre racine au détriment de l'avenir d'un pays que beaucoup espèrent voir prendre l'exemple soudanais. 
 
mercredi 12 juin 2019
 
Gouvernance mafieuse







par Moncef Wafi




Tout le monde peine à le croire mais de hauts responsables de l'Etat sont en train d'être officiellement impliqués par la justice dans de graves dossiers de dilapidation de deniers publics, abus de pouvoir à l'effet d'accorder d'indus privilèges en violation des lois et réglementations ou encore de conclusion de contrats, de marchés et d'avenants en violation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur à l'effet d'octroyer des avantages injustes à autrui. Ainsi, après l'affaire Haddad, c'est au tour de Tahkout d'entraîner Premiers ministres et ministres devant la justice en attendant ce que donneront les autres dossiers.

La chute de tout ce beau monde n'est due qu'à la mobilisation populaire qui aura marqué de son empreinte le destin du pays et précipité une prise de conscience générale divulguant au grand jour un véritable système mafieux érigé en mode de gouvernance. Ces enquêtes ne sont pourtant que le sommet de l'iceberg tant la corruption et les passe-droits ont été les maîtres mots de la politique économique du régime bouteflikien. L'émergence d'une oligarchie prédatrice a été rendue possible par la volonté du système à monnayer ses faveurs et à carrément mettre en place une armée d'hommes d'affaires de paille au service d'une caste qui a littéralement ruiné l'Algérie. Non content de phagocyter tous les secteurs au seul bénéfice du clan, cette politique a sérieusement porté atteinte à la sûreté même du pays. Tout a été mis au point pour détruire les fondements de l'indépendance économique et politique vis-à-vis de Paris et des monarchies du Golfe, exposant dangereusement le flanc du pays aux manœuvres déstabilisatrices de ses ennemis.

Cependant, et malgré cette grande offensive de la justice, l'opinion publique reste toujours dans l'expectative, attendant de voir l'issue de cette opération mains propres pour juger de la crédibilité de l'action. On soupçonne, en effet, le pouvoir de jouer la carte du temps en donnant l'illusion d'une justice au-dessus de tout justiciable quels que soient son rang ou son patronyme. Les Algériens, refroidis par les simulacres de procès à l'image de ceux de Khalifa, l'autoroute Est-Ouest ou encore la franchise Sonatrach, veulent juger sur pièce pour donner du crédit à cette justice dont on doute encore de son indépendance vis-à-vis de l'exécutif. Ces affaires sont également perçues comme un atout dans la manche de l'institution militaire qui cherche, à travers la justice, à donner des gages de garantie au peuple en accompagnant son action. 

 
 
L'obstacle Bensalah








par Kharroubi Habib



L'offre renouvelée par le président intérimaire de l'Etat Abdelkader Bensalah de l'ouverture d'un dialogue sur les conditions de l'organisation de l'élection présidentielle n'a suscité de réactions approbatrices que chez les partis de l'ex-alliance présidentielle. Ailleurs et même pour ceux qui se déclarent favorables à la démarche dialoguiste, elle a été qualifiée de « non-évènement », venue d'une personnalité unanimement décriée en tant que symbole d'un régime dont la vox populi réclame sans discontinuité le départ.

A moins d'organiser un dialogue n'incluant que les partis de l'ex-alliance présidentielle et des organisations et associations à la douteuse représentativité, Bensalah ne peut que tirer la conclusion qu'il constitue un obstacle à la tenue d'un dialogue national pouvant permettre au pays de sortir de l'impasse institutionnelle et constitutionnelle dans laquelle il est. Il l'est assurément du moment que la majorité au sein de la composante du mouvement citoyen se déclare vouloir aller au dialogue mais pas avec lui ou le pouvoir qu'il incarne. De ce mouvement populaire et des forces politiques qui le soutiennent, il a émané des propositions qui tout en divergeant sur certains aspects se rejoignent sur l'impossibilité d'un dialogue piloté par Bensalah et les résidus du régime qu'il incarne. S'il est réellement désireux de mettre fin au statu quo mortifère qui condamne le pays à la paralysie et à l'effondrement inéluctable dans un proche avenir, le pouvoir de fait que masque la présence de Bensalah à la présidence de l'Etat se doit de cesser d'opposer des arguties constitutionnalistes à l'exigence de disqualification du personnage qui lui est formulée de partout.

En s'entêtant à faire du controversé et unanimement rejeté président intérimaire l'interlocuteur obligé des acteurs de l'intifadha qui ébranle le régime vermoulu légué par Bouteflika, le pouvoir de fait qui exerce la réalité du pouvoir ne peut que conforter le soupçon d'être résolu à faire avorter la revendication populaire de l'instauration d'une nouvelle République. Cette nouvelle République démocratique, bannissant la corruption, l'esprit régional ou clanique et garantissant le respect scrupuleux des droits et libertés dont les citoyens veulent jouir, ne peut sous aucun prétexte être portée sur les fonts baptismaux par Bensalah et les autres symboles du régime maintenus dans les rouages institutionnels et étatiques contre la volonté populaire qui n'entend pas se résoudre à ce déni de la primauté de la souveraineté du peuple.

S'il y a urgence à sortir l'Algérie de l'impasse politique, ce n'est certainement pas en brandissant contre son peuple la menace et en cherchant à casser son unité que l'on parviendra à la solution qu'impose cette nécessité. 

 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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