ELWATAN-ALHABIB
jeudi 31 octobre 2013
 

La Russie est de retour

 

 

 

 

Moscow_05-2012_Kremlin_23Tandis que les révélations sur l’espionnage systématique de ses alliés embarrassent Washington, Moscou paraît aligner les succès sur la scène internationale (affaire Snowden, question syrienne). Héritière d’une diplomatie redoutée mais affaiblie depuis la chute de l’URSS, la Russie ambitionne de retrouver son rang de grande puissance.
Au cours des derniers mois, le président russe, Vladimir Poutine, a remporté deux succès majeurs sur la scène internationale. Au mois d’août 2013, il a offert l’asile à l’informaticien américain Edward Snowden, auteur de fuites retentissantes sur les systèmes de surveillance numérique de l’Agence nationale de sécurité (National Security Agency, NSA). Il a alors pu se targuer du fait que la Russie était le seul Etat capable de résister aux exigences de Washington. La Chine elle-même s’était défilée, suivie par le Venezuela, l’Equateur et Cuba, qui ont multiplié les faux-fuyants.
Paradoxalement, les pressions exercées par le vice-président Joseph Biden et par le président Barack Obama auprès des gouvernements tentés d’accueillir le jeune Américain ont largement contribué au succès de M. Poutine. Washington a agi comme si M. Snowden représentait un risque de sécurité presque comparable à celui qu’incarnait l’ancien dirigeant d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden. Il a même obtenu de ses alliés qu’ils interdisent leur espace aérien à l’avion du président bolivien, Evo Morales (1), suspecté de transporter l’informaticien. Une telle atmosphère a contribué à mettre en relief l’« audace » de M. Poutine, tant sur la scène politique russe qu’à l’international. A Moscou, nombre de ses opposants ont salué son geste, au nom de la défense des droits et des libertés civiles.
Vladimir-Poutine-1-9Mais le véritable succès de M. Poutine, d’une portée bien supérieure, a été remporté dans le dossier syrien. Grâce à la promesse qu’il a arrachée à M. Bachar Al-Assad de détruire, sous contrôle international, toutes les armes chimiques de son pays, M. Obama a en effet décidé de renoncer « provisoirement » aux bombardements punitifs qu’il envisageait. Jusque-là, la Maison Blanche avait menacé la Russie d’isolement, la vilipendant pour son soutien au régime de Damas et son opposition à toute sanction de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Or M. Poutine apparaît aujourd’hui comme l’homme d’Etat qui est parvenu à éviter une expédition militaire aux conséquences redoutées. Là encore, sa victoire a été facilitée par les mauvais calculs de l’administration américaine. Après avoir essuyé le refus du Royaume-Uni de s’associer à l’opération qu’il envisageait, M. Obama était sur le point de connaître un second échec, aux conséquences imprévisibles, dans sa tentative d’obtenir l’aval du Congrès américain.
Bien qu’« incroyablement limitées », selon les termes du secrétaire d’Etat John Kerry (2) le 9 septembre 2013, les représailles militaires auxquelles il s’était rallié pour des raisons de crédibilité lui répugnaient notoirement. Au lendemain de l’accord rendu possible par M. Poutine, le quotidien Izvestia titrait ainsi : « La Russie vient au secours d’Obama » (12 septembre 2013).
Edward-Snowden-1-5Prudemment, le président russe s’est gardé de manifester la même ironie triomphaliste que ses thuriféraires. A l’unisson de sa diplomatie, il voit dans les derniers événements un signe des temps et une occasion historique à ne surtout pas gâcher. A tel point que si M. Snowden était arrivé à Moscou en octobre 2013, après le réchauffement des relations, plutôt qu’en juillet, il n’aurait sans doute pas pu y rester.
Depuis deux ans, l’attitude de la Russie dans le conflit syrien met en lumière à la fois ses craintes et ses frustrations, mais aussi ses objectifs et ses ambitions à long terme sur la scène internationale. Dans le même temps, elle éclaire les problèmes auxquels M. Poutine fait face sur la scène intérieure.
Les deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000) ont laissé de nombreuses séquelles. Bien que les attentats et les attaques contre les forces de l’ordre n’aient plus la même ampleur et ne fassent plus autant de victimes, ils demeurent très fréquents au Caucase du Nord, et font tache d’huile, en particulier au Daghestan et en Ingouchie –même si les affrontements et crimes qu’on y observe relèvent davantage du banditisme que de la politique. Les groupes militants tchétchènes sont moins coordonnés, plus dispersés, mais toujours présents. Deux attentats sans précédent ont frappé en juillet 2012 le Tatarstan, pourtant bien loin du Caucase du Nord. Et le dirigeant clandestin tchétchène Dokou Oumarov, qui s’est proclamé émir du Caucase, a promis de frapper lors des Jeux olympiques de Sotchi, en février 2014.
A l’instar d’observateurs américains comme Gordon Hahn, chercheur au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington (3), une grande partie de la presse russe estime que plusieurs centaines de militants provenant de Russie combattent en Syrie contre le régime. Cela pourrait expliquer la poursuite des livraisons d’armes au gouvernement Al-Assad.
Pour M. Poutine et son entourage, une débâcle de l’armée syrienne ferait de ce pays une nouvelle Somalie, mais avec autrement plus d’armes, dans une région autrement dangereuse et susceptible d’offrir une base arrière aux combattants qui opèrent en Russie. Il a fallu du temps pour qu’on commence à partager ces craintes à Washington.
Pour ce qui est des enjeux de politique internationale, on a souvent réduit les objectifs russes dans le conflit syrien à la préservation de Tartous –la seule installation (plutôt que base) militaire navale de la Russie en Méditerranée– et au maintien au pouvoir de l’un de ses clients sur le marché de l’armement. Sans être totalement négligeables, ces considérations n’expliquent pas l’obstination de Moscou, qui cherche surtout à recouvrer une place et un rôle dans l’ordre international postsoviétique.
Dès 1996, avec la prise en main du ministère des affaires étrangères par l’académicien Evgueni Primakov, soit bien avant l’avènement de M. Poutine (devenu président en 2000), un consensus s’installe au sein des élites politiques. Il n’a cessé de se renforcer depuis : les Etats-Unis cherchent à empêcher la réémergence de la Russie comme puissance un tant soit peu importante. Les partisans d’une telle analyse en voient la preuve dans les élargissements successifs de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) vers les pays baltes et plusieurs pays de l’Est, et dans la volonté américaine d’y inclure la Géorgie et l’Ukraine, en violation des promesses faites à M. Mikhaïl Gorbatchev pour arracher son consentement à l’intégration de l’Allemagne unifiée dans l’organisation. Washington, affirment les diplomates russes, a cherché à laminer l’influence de leur pays jusque dans la région de ses intérêts les plus légitimes.
Pour le Kremlin, le contournement du Conseil de sécurité de l’ONU par les Etats-Unis et leurs alliés pour l’imposition de sanctions internationales et plus encore pour des guerres comme celles du Kosovo, en 1999, et de l’Irak, en 2003, constitue une façon d’éviter toute négociation sur une base obligeant Washington à une prise en compte autre que marginale des intérêts russes. Moscou exprime une aversion profonde à l’égard des opérations militaires extérieures et, pis, des changements de régime orchestrés sans l’aval du Conseil de sécurité.
En s’opposant à toute opération contre la Syrie, la Russie a constamment invoqué le précédent libyen de 2011. Elle s’était abstenue lors du vote de la résolution 1973, dont le but proclamé était de protéger les populations, mais qui a été détournée pour justifier une intervention militaire et le renversement de Mouammar Kadhafi. A cette époque, M. Dmitri Medvedev était président, et le Kremlin pariait sur un nouveau départ dans ses relations avec la Maison Blanche.
A Moscou prédomine aujourd’hui une vision essentiellement géopolitique des affaires internationales –vieille tradition en Russie. Depuis 1996, l’objectif central et officiel de la politique extérieure est de renforcer la tendance à la multipolarité dans le monde, afin de réduire graduellement l’unilatéralisme américain. Réaliste quant aux capacités actuelles et même futures de son pays, M. Poutine –comme M. Primakov avant lui– estime que la Russie a besoin de partenaires pour avancer dans cette voie multipolaire.
La Chine est ainsi devenue le premier de ses partenaires stratégiques, et celui qui pèse le plus. La concertation des deux pays au Conseil de sécurité est permanente, notamment sur le dossier syrien, tout comme elle l’a été sur ceux de l’Iran, de la Libye ou de la guerre d’Irak de 2003. Plus patient et plus confiant dans ses moyens, Pékin laisse Moscou occuper l’avant-scène dans la défense de leurs positions communes. D’où, là encore, la sacralisation par le Kremlin du Conseil de sécurité comme seul lieu légitime des arbitrages politiques internationaux.
Depuis le début de ce partenariat, les analystes occidentaux prédisent son effritement prochain, en raison des craintes des élites russes face au poids démographique et économique de la Chine. Pourtant, la coopération n’a cessé de croître, tant sur le plan économique (exportation du pétrole et des armes russes) que politique (concertation au sein de l’Organisation de coopération de Shanghaï [4]) et militaire : quasiment chaque année ont lieu des manœuvres et des exercices conjoints impliquant des forces aériennes, terrestres et navales.
Certes, il existe des zones de friction, par exemple au sujet du commerce avec les pays de l’Asie centrale postsoviétique, où la Chine a depuis 2009 dépassé la Russie. Mais Pékin y a jusqu’à présent respecté la primauté des intérêts géopolitiques de son voisin, et ne cherche pas à y implanter des bases. Il reconnaît l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) entre Moscou et la majorité des Etats de la région (5). En revanche, malgré les demandes répétées du Kremlin, qui veut une coopération entre l’OTAN et l’OTSC comme cadre de la coopération autour de l’Afghanistan, les Etats-Unis ont toujours refusé, préférant traiter séparément avec chaque Etat de tous les problèmes, comme l’installation de bases ou le passage du ravitaillement de ses troupes.
M. Poutine ne recherche pas une compétition tous azimuts avec les Etats-Unis dont il n’a de toute évidence pas les moyens. Certes, que chacun accuse l’autre d’adopter une mentalité de guerre froide peut créer de la confusion. Mais quand la Russie se réjouit des déboires internationaux de Washington, c’est plus par dépit que par esprit de revanche. Ainsi, elle ne souhaite pas une défaite des Etats-Unis en Afghanistan, ni leur retrait précipité de ce pays. Quant à l’affrontement sur le dossier syrien, il concerne d’abord et avant tout les règles du jeu international. La Russie cherche un rééquilibrage de l’ordre mondial qui ferait repartir ses relations avec les Etats-Unis et le monde euro-atlantique sur une base nouvelle ; ce qui n’empêche pas non plus une compétition féroce dans certains secteurs où elle est bien armée : elle a ainsi de grandes chances de voir son projet de gazoduc South Stream l’emporter sur le projet Nabucco, soutenu par Washington (6).
L’heure a-t-elle sonné pour le grand rééquilibrage obstinément recherché par le Kremlin ? Son ambition de retrouver un rôle autre que subalterne serait-elle en train de se réaliser ? Le succès de M. Poutine dans le dossier syrien entretient ce sentiment –ou peut-être cette illusion– que la multipolarité serait en train de s’imposer à Washington. La défection du Royaume-Uni, l’allié inconditionnel des Etats-Unis, serait un signe des temps, de même que les débats qui l’ont suivie lors du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, où s’est exprimée avec force une opposition à toute aventure militaire en Syrie (7). L’aversion qui s’est manifestée au Congrès américain en serait un autre.
Pour les analystes russes les plus sobres, il ne faut pas miser sur les néo- isolationnistes du Congrès, mais sur M. Obama première manière, c’est-à- dire celui qui veut non pas un désengagement américain déstabilisateur, mais un désamorçage des conflits les plus dangereux sur la base de compromis internationaux. Or les deux conflits les plus menaçants sont ceux –étroitement liés– qui concernent la Syrie et l’Iran, à la solution desquels la Russie estime pouvoir contribuer grandement.
Syria-Harem-ASL-25octobre2012-1Le rapprochement entre Washington et Moscou sur le dossier syrien a commencé bien avant le spectaculaire retournement de septembre. En mai 2013, M. Kerry avait donné son accord à son homologue russe sur le projet d’une conférence internationale consacrée à l’avenir de la Syrie, tout en continuant d’exiger le départ de M. Al-Assad. Au sommet du G8 de juin, à Lough Erne, en Irlande du Nord, une déclaration commune sur la Syrie a été retardée pour obtenir l’aval de M. Poutine. L’acceptation par M. Al-Assad de se départir de ses armes chimiques, si elle se confirme, donnera au dirigeant russe une légitimité auprès des chancelleries occidentales.
Depuis des mois déjà, Moscou insiste pour que Téhéran participe à la conférence internationale envisagée, afin qu’elle ait une chance d’aboutir. Jusqu’ici, aiguillonnés par Israël, les Etats-Unis ont refusé. C’est pourquoi la Russie s’emploie à activer le dialogue amorcé entre M. Obama et le nouveau président iranien, Hassan Rohani. Même une amorce de compromis sur le dossier nucléaire faciliterait une dynamique d’ensemble. Moscou travaille d’ailleurs à renforcer ses relations avec l’Iran, qui s’étaient dégradées après son ralliement à nombre de sanctions demandées par Washington au Conseil de sécurité en 2010. Il avait alors annulé la livraison à Téhéran de missiles de défense antiaérienne S-300.
Ce n’est pas la première fois que M. Poutine cherche à établir une relation forte avec les Etats-Unis, sur la base d’une égalité au moins relative. On l’a vu après les attaques de septembre 2001, lorsqu’il avait cru voir s’ouvrir une fenêtre d’opportunité. Sans condition préalable, il avait facilité l’installation de bases militaires américaines chez ses alliés d’Asie centrale pour la guerre d’Afghanistan. Et, pour signifier sa volonté d’aller encore plus loin dans cette détente, il avait fait fermer les dernières installations militaires soviétiques de surveillance à Cuba (peu importantes, il est vrai). Mais dans les mois qui suivirent, M. George W. Bush donna le feu vert final à l’entrée des trois républiques baltes dans l’OTAN, et annonça le retrait américain du traité de défense antibalistique, dit traité ABM, qui limitait strictement les armes de défense antimissile. L’embellie avait pris fin. M. Poutine estime qu’il est désormais possible de revenir à une coopération plus fructueuse.
Une hypothèque importante pèse cependant sur les chances d’une telle évolution ; et elle relève des affaires intérieures russes. Depuis son retour à la présidence, en 2012, dans un contexte de manifestations d’opposition populaire de grande ampleur à Moscou, M. Poutine, pour mieux asseoir son pouvoir, cultive l’antiaméricanisme comme une composante du nationalisme russe. On le voit notamment aux nouvelles lois qui obligent les organisations non gouvernementales (ONG) russes recevant des financements extérieurs, si faibles soient-ils, à se déclarer comme étant au service d’intérêts étrangers. On trouve ici une trace de sa formation au KGB, qui le porte à voir les manœuvres et influences extérieures comme la cause essentielle des problèmes intérieurs et comme des facteurs d’instabilité politique. Une aggravation ou au contraire une correction du déficit de légitimité de son pouvoir pèsera forcément sur la réalisation de ses ambitions internationales.
Jacques LÉVESQUE

1) Lire « Moi, président de la Bolivie, séquestré en Europe », Le Monde diplomatique, août 2013.
(2) Patrick Wintour, « John Kerry gives Syria week to hand over chemical weapons or face attack », 10 septembre 2013, www.theguardian.com
(3) Cf. « The Caucasus and Russia’s Syria policy », 26 septembre 2013, http://nationalinterest.org
(4) Organisation créée en juin 2001 et à laquelle adhèrent la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, la Russie et le Tadjikistan. Parmi les Etats observateurs figurent l’Inde, l’Iran, le Pakistan.
(5) Les Etats membres sont, outre la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan.
(6) South Stream est un projet de gazoduc qui relie la Russie à l’Europe en contournant l’Ukraine. Nabucco devrait relier les champs gaziers de la mer Caspienne à l’Europe.
(7) Lire Michael T. Klare, « Le grand écart de Washington », Le Monde diplomatique, octobre 2013.
http://www.interet-general.info/spip.php?article18864
Le Monde diplomatique, 30 octobre 2013

 
 
"Israël": le gaz est seulement pour moi
L’équipe du site
"Israël": le gaz est seulement pour moi « Israël » a refusé un compromis américain pour résoudre les différends frontaliers avec le Liban, notamment la zone économique identifiée sous le nom « bloc 9 », dont les autorités d’occupation veulent s’accaparer.  
Dans son édition de mercredi, le journal économique israélien Globes a fait part du refus d’ « Israël » et estimé que cela aura des répercussions négatives sur la région et empêchera le Liban d’exploiter le « bloc 9 ».  
Il s’agit d’une vraie stratégie de torpillage.
Le journal n’a pas révélé les détails du compromis américain et a rapporté n’avoir obtenu aucune explication de la part des responsables du ministère des Affaires Etrangères contactés à Tel-Aviv, au motif qu’il leur est interdit de commenter de tels sujets ultra-sensibles.
Selon des experts, cette zone pourrait constituer un danger à Israël en raison de la présence du Hezbollah dans cette région, ce qui explique l’intérêt américain à régler ce contentieux entre les deux parties.
Le Liban et "Israël" se disputent ​​une zone d’environ 854 kilomètres carrés, dont les réserves estimées pourrait générer des milliards de dollars. En février dernier, Beicip Franlab, consultant français, a publié un rapport estimant les réserves potentielles au large du Liban à 440.675 million de barils de pétrole et à 15 billions de pieds cubes de gaz.
Selon Globes, les réserves gazières dans cette zone seraient équivalentes à celle découvertes dans le champ gazier de Tamar.
Course vers les marchés européens
Parallèlement à ce torpillage, "Israël" poursuit  sa course vers les marchés européens.
Selon les médias israéliens, Israël s’est attelé durant ces derniers mois à mettre au point les dernières touches sur un accord de transfert de son gaz aux marchés européens, via Chypre.
Cet accord a été supervisé et parrainé par les Etats-Unis en la personne du vice-président américain Joe Biden. Les Américains veulent que Chypre joue un rôle central dans la promotion des richesses du bassin oriental de la Méditerranée, c’est ce à quoi aspire la partie israélienne.  
Il est prévu qu’ « Israël » et Chypre signent un accord dans ce sens dans les prochains moins, en fonction duquel le gaz d’ « Israël » sera liquéfié dans une usine construite au sud de Chypre.
Cette usine évite à Israël le coût de mettre en place des gazoducs loin de la côte, pour des rasions sécuritaires.
Elle assure à « Israël » de mobiliser deux pays européens, Chypre et la Grèce, en tant que partenaires économiques à promouvoir le « gaz d’Israël » et par conséquent réduire la capacité d’autres pays, notamment le Liban, à concurrencer à ce niveau.
Pression sur la Turquie
Par contre, les Etats-Unis essaient de convaincre « Israël » d’accepter un projet turc d’exporter le gaz en Europe via son territoire, et ce en dépit des tensions entre les deux parties.  
Les négociations chypro-israéliens sur ce projet est susceptible d’inciter la Turquie à changer de position sur la coopération économique avec « Israël ».   
La maladresse des dirigeants Libanais
Dans ce contexte, le quotidien libanais AlAkhbar s’est adressé aux dirigeants libanais qui entravent jusqu’à présent la conclusion d’un accord sur les ressources gazières et pétrolières du Liban, en republiant les déclarations des dirigeants israéliens, prononcées il y a trois ans.
Le ministre israélien Youssi Bilid  a déclaré devant la Knesset, le 25 septembre 2010, que « les grandes entreprises européennes, qui cherchent des alternatifs du gaz russe, ont entamé des négociations avec le Liban…Imaginez qu’adviendra-t-il au niveau sécuritaire et économique si le Liban devient un Etat gazier… ».
Le journal Globes a cependant répondu le 5 octobre 2010 aux mises en garde de Bilid en affirmant ce qui suit:  
« Les responsables israéliens chargés de suivre les développements au Liban sont convaincus que le Liban est capable d’accorder les permis de forage gazier avant la fin de l’année 2010, et de concurrencer « Israël » à ce niveau. Mais, ces mêmes responsables affirment qu’il n'y a pas de raison de s'inquiéter à moyen terme. Les richesses libanaises suscitent des divisions internes et externes au Liban, et par conséquent les géants pétroliers n’oseront pas d’exploiter leurs milliards dans ce pays ».
Source: AlAkhbar + As Safir; Traduit par AlManar
 
mercredi 30 octobre 2013
 

Syrie-Iran-Arabie. Nouvel ordre mondial

 

 

 

 

Tribune libre Byblos

carte-moyen-orient-frLes informations en provenance de mes contacts en Syrie et au Liban confirment mes analyses de géopolitique : le monde bascule dans un nouvel ordre, les pôles de puissance changent entraînant de nouveaux rapports de forces qui s’exercent sur de nouveaux points d’appui.
Le « pivotement » américain vers l’Asie, s’il est exagéré par certains n’en est pas moins réel. Il implique l’apaisement des tensions au Proche et Moyen-Orient en réglant les crises syrienne et iranienne et en mettant un terme aux affrontements chiites-sunnites instrumentés à des fins stratégiques.
L’Iran retrouvera prochainement sa place géostratégique essentielle dans la région, avec la « modération » dans les relations internationales prônée par le Président Rohani dans son discours aux Nations Unies fin septembre. Plusieurs pays l’ont compris qui cherchent à se rapprocher de Téhéran, comme la Turquie et même le Qatar et l’Arabie.
L’islam politique vit son chant du cygne : ce sont des musulmans sincères qui ont renversé Morsi en Egypte le 30 juin dernier. Les Frères Musulmans, organisation longtemps souterraine dans les états arabes, qui a remporté toutes les élections car elle était la seule structurée depuis longtemps et a disposé de puissants moyens financiers des pays du Golfe, est l’expression politique de cette idéologie qui proposait de gouverner au nom de la charia. Ils ont prouvé leur incompétence et leur incapacité à répondre aux aspirations des peuples et à gérer des états modernes : la Tunisie les rejette, de même que l’Egypte et le chaos libyen finira par en faire de même. Les musulmans veulent vivre selon leur foi mais entendent être en harmonie avec le « village mondial ». (Expression de René Girard)
Dans les bouleversements politiques et sociaux du monde arabe, les chrétiens qui étaient présents sur ces terres six siècles avant l’islam, ont un rôle essentiel à jouer pour la cohésion sociale des populations et seront un facteur important des réconciliations nationales partout où des drames ont eu lieu. Les rapprochements entre Patriarches orientaux et Imams dans les pays en crise montrent que les appels du Pape François à l’union des fidèles chrétiens et musulmans répondent à un besoin vital et sont entendus par les populations comme par les dirigeants. Par leurs positions en dehors des rivalités internes aux musulmans, mais profondément patriotes et ancrés dans la vie des pays arabes, ils sont un catalyseur d’harmonie entre les différentes ethnies et confessions de ces pays souvent très composites, notamment la Syrie.
Les islamistes takfiristes restent nombreux, encore soutenus par l’Arabie Séoudite pour les détourner de menacer le royaume des Séoud désormais menacé dans son existence même. Ce sera la tâche la plus ardue d’en finir avec eux après la solution négociée de la crise syrienne. Avec le revirement du Qatar qui cherche à se rapprocher de la Syrie de Bachar el Assad, on assiste à l’isolement des positions séoudiennes et israéliennes. Les deux pays ont d’ailleurs compris qu’ils n’étaient plus les alliés indéfectibles des Etats-Unis qui attendent d’eux des changements de position.
La destruction du stock d’armes chimiques syriennes, constitué pour répondre aux armes de destructions massives israéliennes, notamment nucléaires, biologiques et chimiques, met Tel Aviv en position délicate face aux initiatives pour un PO débarrassé de ces menaces.
L’Arabie est menacée par des dissensions internes à la famille régnante et des irrédentismes qui déboucheraient en une partition possible en trois parties, le nord avec la Jordanie et les Palestiniens, le centre avec le sud du Yémen de l’Hadramaout à la mer, et l’est chiite et pétrolier.
Le terrorisme islamiste international pourra être éradiqué quand il aura perdu ses commanditaires et soutiens, d’autant plus qu’il représente aux yeux des musulmans sincères un véritable blasphème de l’interprétation du Coran. Simultanément au changement de stratégie américaine dans la région, l’Arabie Séoudite va devoir mettre un terme à sa croisade sunnite contre un axe chiite centré sur l’Iran et appuyé sur l’Iraq, la Syrie et le Liban. Il semble d’ailleurs que la brouille avec les Etats-Unis sur la question syrienne amène la monarchie à revoir ses fondamentaux, comme en attestent des visites récentes en Iran. Son refus d’occuper le siège où elle avait été élue à l’AG de l’ONU est à la fois un signe de son irritation et de sa prise de conscience des nouveaux rapports de force dans la région.
En réalité les Etats-Unis ne font qu’accompagner l’évolution du monde comme Chuck Hagel l’avait annoncé avant même sa prise de fonction de Secrétaire d’état à la Défense (voir PJ).
L’Occident dirigé par l’Amérique a fait croire, grâce à un énorme budget de communication, qu’il représentait le bien et la justice et qu’il avait le soutien de la majorité des peuples pour ses aventures guerrières. Mais lors des menaces de frappes occidentales contre la Syrie fin août-début septembre derniers, qu’en réalité Obama n’avait proférées que pour lâcher du lest aux groupes de pression américains, alors qu’il y était hostile au fond de lui en raison des conséquences catastrophiques qu’elles auraient entraînées, et que son Etat-Major connaissait, cette coalition guerrière « occidentale » ne représentait que 800 millions d’habitants, non consultés d’ailleurs sauf les Britanniques qui s’y étaient opposés, contre les quelques 6 milliards du reste du monde soutenant la Russie et la Chine. On sait les artifices qu’il a utilisés pour retarder la décision et ensuite s’engouffrer dans la proposition russe de destruction du stock d’armes chimiques de la Syrie. Simultanément, cette proposition acceptée avec soulagement entérinait la reconnaissance de Bachar el Assad comme Président d’une Syrie chargée de la faire appliquer jusqu’à son terme.
La réunion de la conférence de Genève II pour régler la crise est désormais inéluctable, quelles que soient les manœuvres de ceux qui y sont hostiles comme l’Arabie, et le plus intelligent est de s’en accommoder.
Les organisations rebelles civiles qui s’y opposent ne représentent que quelques poignées de Syriens déracinés et les militaires, comme les brigades Liwad al Tawhidi, Ahrar al Cham, Souqour al Cham sont des organisations terroristes composées majoritairement d’étrangers qui combattent pour un état islamique mondial et n’ont aucune identité syrienne. Les forces de l’Armée Syrienne Libre sont devenues insignifiantes ou ont fait allégeance aux djihadistes, quand elles n’ont pas déposé les armes ou rejoint les forces régulières syriennes.
Quant aux Kurdes, l’Armée syrienne leur a donné la responsabilité de tenir leurs régions et ils s’en acquittent au prix de pertes sévères contre les djihadistes mais ils prennent le dessus de plus en plus.
Simultanément le dossier iranien sera également bouclé, peut-être même avant le syrien qui demande du temps pour régler le sort des takfiristes fanatiques qui sévissent sur le terrain. La reconstruction de la Syrie demandera du temps et beaucoup d’argent, de nombreuses infrastructures ayant été détruites. Mais il n’y a pas de solution sans Bachar et les Américains le savent, même si John Kerry est obligé, lui aussi, de lâcher du lest par des déclarations hostiles ou ambiguës.
Le Liban multiconfessionnel, fragilisé par son voisinage de la Syrie d’où il reçoit plus d’un million de réfugiés de toutes confessions n’a toujours pas de gouvernement pérenne du fait des désaccords attisés par les appuis étrangers des parties prenantes. Cependant les structures étatiques comme l’Armée et la police restent cohérentes et accomplissent leur tâche malgré les difficultés. L’alliance, sans doute majoritaire dans le pays, entre les chrétiens du CPL du général Aoun, le Hezbollah composé principalement de chiites mais pas exclusivement, et le parti Amal de Nabih Berri reste la force politique dominante qui a soutenu le régime en place à Damas Habitués des discussions de diwan pour trouver des compromis, les dirigeants des grandes familles analysent les situations au regard de leurs alliances extérieures et, fins observateurs, ils semblent avoir admis que le régime syrien sortirait vainqueur de la crise et en tirent les conséquences ; le chef druze Walid Joumblatt a récemment apporté son soutien à Nabih Berri pour la formation d’un gouvernement, signe qu’une issue pourrait s’ouvrir, d’autant plus que l’Arabie pourrait la souhaiter aussi et le faire savoir à ses alliés locaux, le chrétien Samir Geagea et le sunnite Saad Hariri.
En l’absence d’état solide, la fragilité du Liban tient à la présence armée forte du Hezbollah, au nom de la résistance à Israël, simultanément avec celle des milices sunnites présentes officiellement pour certaines ou dans les camps palestiniens, qui en sortent pour combattre en Syrie voisine ou dans la région de Tripoli au Nord, faisant déjà plusieurs dizaines de morts, soldats et civils. Ce mélange est dangereux et pourrait exploser dramatiquement si les djihadistes venaient à quitter la Syrie pour attaquer le Hezbollah au Liban. Des menaces sérieuses sont d’ailleurs annoncées sur la FINUL au Sud contre les soldats occidentaux, dont les Français.
La France a tout intérêt à reprendre langue diplomatiquement avec un régime qui sortira vainqueur d’une crise tragique et à utiliser les liens d’amitié qui demeurent malgré tout entre Syriens et Français, ancrés dans des échanges culturels anciens, en dépit des affrontements qui les ont aussi émaillés.
Elle aurait aussi tout intérêt à se rapprocher de la Russie dont la diplomatie toute en finesse a montré son efficacité. La Russie va marquer des points dans le règlement de ce conflit parce qu’elle a su offrir une porte de sortie honorable à la grande Amérique dans une crise où elle s’était embourbée.
Elle défend ses intérêts stratégiques mais aussi tactiques car de nombreux djihadistes sont des combattants tchétchènes qui se retourneront contre elle s’ils le peuvent.
La Turquie, la Jordanie, l’Arabie Séoudite seront les perdants à divers égards du règlement de la crise, de même qu’Israël. Sans doute ces états sauront-ils trouver une nouvelle posture pour limiter les dégâts avec opportunisme et s’adapter aux nouveaux équilibres du monde. Il faut s’attendre que la Chine nouera ou développera des liens avec les pays de la région, elle qui propose des investissements en échange de la fourniture de l’énergie dont elle a besoin pour sa croissance toujours forte.
Alain Corvez
http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4025
 
lundi 28 octobre 2013
 

Suicide saoudien

 

 

 

 

Alors que l’Arabie saoudite a repris à son compte le plan qatari de renversement du régime laïque syrien, Riyad semble incapable de s’adapter au soudain recul US. Non seulement il refuse l’accord russo-américain, mais il poursuit la guerre et annonce des mesures de rétorsion pour « punir » les États-Unis. Pour Thierry Meyssan, cet entêtement équivaut à un suicide collectif de la famille des Séoud.

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Lâchée par les États-Unis en Syrie, l’Arabie saoudite va t-elle se suicider à défaut de pouvoir vaincre ? C’est ce que l’on pourrait conclure des événements suivants :
Le 31 juillet 2013, le prince Bandar Ben Sultan s’est rendu en Russie où il n’a pas seulement été reçu par son homologue, le chef des services secrets, mais par le président Vladimir Poutine. Il existe deux versions de cette rencontre. Pour les Saoudiens, Bandar s’est exprimé au nom du royaume et des États-Unis. Il a proposé d’acheter pour 15 milliards de dollars d’armement russe si Moscou laissait tomber la Syrie. Pour les Russes, il s’est exprimé avec arrogance en menaçant d’envoyer des jihadistes perturber les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi si Moscou persistait à soutenir le régime laïque de Damas, puis en cherchant à le corrompre. Quelle que soit la vérité, le président Poutine a ressenti les propos de son interlocuteur comme des insultes à la Russie.
Le 30 septembre, le prince Saoud Al-Faisal avait été inscrit à l’ordre du jour du débat général de la 68e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, mais furieux du réchauffement des relations irano-US, le ministre saoudien des Affaires étrangères est parti sans s’excuser. Dans sa colère, il a refusé que son discours, préparé et imprimé à l’avance, soit distribué aux délégations.
Le 11 octobre, le secrétaire général adjoint des Nations Unies et ancien responsable du département d’État pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman, recevait une délégation libanaise. Parlant au nom de M. Ban, mais probablement plus encore au nom du président Obama, il n’a pas eu de mots assez durs pour critiquer la politique étrangère saoudienne, faite de « rancunes » et incapable de s’adapter au monde qui change.
Le 18 octobre, l’Assemblée générale des nations Unies élisait, par 176 voix sur 193, l’Arabie saoudite comme membre non-permanent du Conseil de sécurité pour deux ans à compter du 1er janvier 2014. L’ambassadeur Abdallah El-Mouallemi se félicitait de cette victoire qui reflète « l’efficacité de la politique saoudienne marquée par la modération » (sic). Cependant quelques heures plus tard, le prince Saoud Al-Faisan publiait un communiqué aux accents nassériens sur l’incapacité du Conseil de sécurité et le refus du royaume d’y siéger. Si le motif officiel principal évoqué était la question syrienne, le ministre s’offrait le luxe de dénoncer également la question palestinienne et celle des armes de destruction massive au Proche-Orient, c’est-à-dire de désigner comme ennemis de la paix à la fois l’Iran et Israël. Sachant que la critique de la politique syrienne des Nations unies est une mise en cause directe de la Russie et de la Chine, qui y firent usage par trois fois de leurs droits de veto, ce communiqué était une insulte faite à Pékin, bien que la Chine soit le principal client actuel du pétrole saoudien. Cette volte-face, qui plongea l’Organisation dans la consternation, fut néanmoins bruyamment saluée par les présidents de la Turquie et de la France qui déclarèrent partager les « frustrations » de l’Arabie saoudite sur la Syrie.
Le 21 octobre, le Wall Street Journal révélait que le prince Bandar Ben Sultan avait invité à son domicile des diplomates européens en poste à Riyad. Le chef des services secrets leur aurait narré la fureur saoudienne face au rapprochement irano-US et au retrait militaire US de Syrie. Devant ses hôtes interloqués, il aurait annoncé que le royaume allait en rétorsion retirer ses investissements d’Amérique. Revenant sur l’épisode du siège au Conseil de sécurité, le quotidien précisa que, selon le prince Bandar, le communiqué n’était pas dirigé contre Pékin, mais contre Washington ; une précision d’autant plus intéressante qu’elle ne correspond pas à la situation.
Face à l’incrédulité suscitée par ces déclarations et aux commentaires apaisants du département d’État, le prince Turki Ben Faisal expliqua à Reuters que les paroles de son ennemi personnel, Bandar, engageaient bien le royaume et que cette nouvelle politique ne serait pas remise en question. Il n’est donc plus question d’une division du pouvoir entre les deux branches rivales de la famille régnante, les Sudairi contre les Shuraim, mais bien de leur vision commune.
En résumé, l’Arabie saoudite insultait la Russie en juillet, la Chine il y a deux semaines, et maintenant les États-Unis. Le royaume annonce qu’il retirera ses investissements d’Amérique pour se tourner probablement vers la Turquie et la France, même si aucun expert ne voit comment cela serait possible. Deux explications de ce comportement sont possibles : soit Riyad feint la colère pour permettre à Washington de continuer la guerre en Syrie sans en prendre la responsabilité, soit la famille des Séoud commet un suicide politique.
La première hypothèse semble infirmée par la sortie du prince Bandar devant les ambassadeurs européens. S’il jouait en sous-main pour les États-Unis, il s’abstiendrait de venir prêcher la révolution auprès de leurs alliés.
La seconde hypothèse rappelle le comportement des chameaux, animaux fétiches des bédouins saoudiens. Ils sont réputés capables de se laisser animer durant des années par leurs rancunes et de ne pas trouver le calme avant d’avoir assouvi leur vengeance, quel qu’en soit le prix à payer.
Or, la survie de l’Arabie saoudite est en jeu depuis la nomination de John O. Brennan à la tête de la CIA, en mars 2013. Jadis en poste en Arabie, c’est un adversaire résolu du dispositif mis en place par ses prédécesseurs avec Riyad : le jihadisme international. M. Brennan considère que si ces combattants ont fait du bon boulot, jadis, en Afghanistan, en Yougoslavie et en Tchétchénie, ils sont devenus à la fois trop nombreux et ingérables. Ce qui était au départ quelques extrémistes arabes partis faire le coup de feu contre l’Armée rouge est devenu une constellation de groupes, présents du Maroc à la Chine, qui se battent en définitive bien plus pour faire triompher le modèle saoudien de société que pour vaincre les adversaires des États-Unis. Déjà, en 2001, les États-Unis avaient pensé éliminer Al-Qaïda en le rendant responsable des attentats du 11-Septembre. Cependant, avec l’assassinat officiel d’Oussama Ben Laden, en mai 2011, ils avaient décidé de réhabiliter ce système et en firent très grand usage en Libye et en Syrie. Jamais sans Al-Qaïda, Mouamar el-Kadhafi aurait pu être renversé comme l’atteste aujourd’hui la présence d’Abdelhakim Belhaj, ex-numéro 2 de l’organisation, comme gouverneur militaire de Tripoli. Quoi qu’il en soit, aux yeux de John O. Brennan, le jihadisme international devrait être ramené à de faibles proportions et n’être conservé que comme force d’appoint de la CIA en certaines occasions.
Le jihadisme est non seulement la seule force effective de l’Arabie saoudite, dont l’armée est divisée en deux unités obéissant aux deux clans de la famille des Séoud, mais c’est aussi son unique raison d’être. Washington n’a plus besoin du royaume pour se fournir en hydrocarbures, ni pour plaider la cause de la paix avec Israël. D’où le retour au Pentagone du vieux plan néoconservateur : « Jeter les Séoud hors d’Arabie », selon le titre d’un Powerpoint projeté en juillet 2002 devant le Conseil politique du département de la Défense. Ce projet prévoit le démantèlement du pays en cinq zones distinctes, dont trois sont appelées à former des États indépendants les uns des autres et deux devraient être rattachés à d’autres États.
En choisissant l’épreuve de force avec les États-Unis, la famille des Séoud ne leur donne pas le choix. Il est improbable que Washington se laisse dicter sa conduite par quelques bédouins fortunés, mais prévisible qu’il va les remettre au pas. En 1975, ils n’hésitèrent pas à faire assassiner le roi Faysal. Cette fois, ils devraient être plus radicaux encore.
Thierry Meyssan
Source
Al-Watan (Syrie)
 
 
Scandale NSA: Le rôle d’Israël passé sous silence 

Scandale NSA: Le rôle d’Israël passé sous silenceLe rôle d’ « Israël » dans l’interception et le traitement des conversations téléphoniques et des courriels par la NSA a été passé sous silence jusqu’à ce qu’Edward Snowden révèle le pot aux roses.
Pourquoi le taire ? Narus et Verint, sociétés israélienne spécialisées dans la « surveillance de masse », sont à l’origine du programme PRISM. Elles font partie des start up créées, après leur démobilisation, par les « cyber-guerriers » de l’ISNU (Israeli Sigint National Unit), une agence de renseignement militaire israélienne plus connue sous le nom d’Unité combattante 8200 (shmone matayim), et qui servent à l’occasion de sociétés-écrans. L’une d’entre-elles – Payoneer – a, par exemple, délivré les cartes de crédits aux agents du Kidon – le service action du Mossad - qui ont assassiné, le 19 janvier 2010, à Dubaï, le Palestinien Mahmoud al-Mabhouh, un des fondateurs des Brigades Azzedine al-Qassam.


Les Israéliens se servent

Narus dont le patron, Ori Cohen, ne cachait pas - dans une interview au magazine Fortune en 2001 - ses accointances avec les services secrets israéliens, interceptait les conversations et les courriels en toute simplicité. Encouragée par l’administration Bush, AT&T - principale compagnie de téléphonie étatsunienne - avait mis à disposition de la NSA, à San Francisco, le fameux bureau secret 612A. Cette intrusion illégale, dénoncée en 2003 aux médias par un de ses cadres, n’en a pas moins été renouvelée ses représentations dans les grandes villes étasuniennes.
Verizon, le n°2 de la téléphonie, était traité par Verint, dont le quotidien israélien Haaretz a signalé les liens avec le Mossad. Appartenant à Comverse Network Systems, elle a changé de direction en catastrophe en 2006 quand Jacob « Kobi » Alexander, fondateur du groupe, s’est réfugié en Namibie – pays qui n’a pas de traité d’extradition avec les Etats-Unis – pour échapper à la justice américaine qui l’accuse de fraudes multiples.
A noter qu’en septembre 2002, Comverse NS avait attiré l’attention du FBI, car il possédait la société israélienne de messagerie électronique Odigo, dont deux employés à Herzliya (banlieue de Tel-Aviv), avaient reçu un courriel les prévenant qu’une attaque terroriste allait bientôt se produire, deux heures avant les attentats contre le World Trade Center. En 2011, « Kobi » Alexander, toujours en Namibie, a proposé au SEC – « Securities and Exchange Commission », organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés financiers - de verser 46 millions de dollars pour effacer une partie des charges pesant contre lui…
Les métadonnées stockées dans PRISM sont à la disposition du GCHQ (Government Communications Headquarters), service britannique d’espionnage électronique.
Jusqu’aux dernières révélations d’Edward Snowden, ancien consultant à la NSA (cf. l’encadré), on se disait que les Israéliens se servaient, autorisés ou non, dans les banques de données. Pas besoin, cette fois, de portes dérobées (backdoors) introduites dans des logiciels, sauf pour prévenir la rétention d’informations ou le cas, improbable, d’un président étasunien décidant de mettre un terme à la coopération USA/Israël en matière de renseignement. Ajoutons que l’implication du Mossad dans le programme américain de surveillance de masse et dans son utilisation, est bien plus importante qu’on ne le dit, car c’est Amdocs, leader mondial israélien des logiciels de facturation automatique, qui gère celle d’AT&T et de Verizon …


Au-delà d’Orwell

Le journaliste James Bamford, ancien analyste de Marine américaine, auteur de nombreux livres et articles documentés aux meilleures sources sur la NSA, affirme que « le software pour l’analyse sophistiquée et le siphonage des données que la NSA a développé … a été transmis secrètement à Israël par un employé d’échelon moyen apparemment avec des liens étroits à ce pays ». On en déduit qu’"Israël" a très certainement un programme d’écoute équivalent à PRISM et que l’Unité 8200 espionne les communications, non seulement dans les pays arabes, mais également en Europe et en Afrique.
Les personnes impliquées dans les opérations lui posant le plus de de problèmes, comme Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), sont particulièrement visées. Et ce n’est pas tout : qui sait que, depuis peu, un virus nommé Flame – sans doute conçu en Israël, selon la presse informatique - peut « sucer » les carnets d’adresses des téléphones portables et enregistrer les conversations des personnes à proximité ?
Les scandales du Watergate aux Etats-Unis et des micros du Canard enchaîné en France étaient de la « petite bière » à côté de celui révélé par Edward Snowden. Pour Jameel Jaffer, directeur-adjoint de l’ONG American Civil Liberties Union, le programme PRISM « va au-delà d’Orwell »… et, dirons-nous, en pire : en "Israël", la société NICE affirme pouvoir analyser les conversations de 1,5 milliard d’individus, et des chercheurs annoncent pour bientôt des microsystèmes permettant d’intercepter des conversations verbales à très longue distance…

L’Unité israélienne 8200 : un Etat dans la NSA
Le « lanceur d’alerte » Edward Snowden a remis à The Guardian un document classifié prouvant à ceux qui en doutaient encore, que la NSA transmet des interceptions de communications « brutes » à l’Unité israélienne 8200 – qui les siphonnaient en douce, de toute façon ! – violant ainsi non seulement la vie privée de millions de gens dans le monde, mais également les lois protégeant celle des citoyens américains ou des étrangers vivant aux Etats-Unis. L’accord (Memorandum of understanding) entre les deux services de renseignement daterait de mars 2009.
Selon nous, tout porte à croire que les courriels adressés par le général David Petraeus à Paula Broadwell, sa maitresse, sont parvenus par ce canal au Mossad qui les a fait fuiter dans les médias, provoquant un scandale l’obligeant à démissionner de la direction de la CIA. L’ADL - Anti Diffamation Ligue, lobby pro-israélien connu pour son hyper agressivité – voulait sa tête depuis qu’il avait déclaré au Sénat que le favoritisme affiché par les Etats-Unis à l’égard d’Israël renforçait l’anti-américanisme dans le monde et Al-Qaïda au Proche-Orient.
Sur un autre document secret en possession de The Guardian, et datant de 2008, l’Unité 8200 est classée par la NSA comme le 3ème service de renseignements le plus agressif aux Etats-Unis. Un fonctionnaire de l’agence y reconnait que les Israéliens sont d’ « extraordinaires partenaires » dans le domaine du renseignement électronique (sigint), mais que les informations leur parvenant dépassent ce que les Américains souhaitent qu’ils aient. La Fisc (Foreign Intelligence Surveillance Court), tribunal secret créé en 1978 par le Comité présidé par le sénateur Franck Church pour surveiller les activités des services de renseignement, n’y peut rien : les liens tissés par la NSA avec Israël sont si étroits qu’il semble impossible de les défaire… si tant est que l’administration américaine le veuille.
Source: blog de Gilles Munier
 
 
GenèveII:La participation de l'Iran «naturelle et nécessaire» 
 
 
 
par Kharroubi Habib
Le plus sûr moyen de faire capoter la tenue de la conférence internationale de Genève II sur la Syrie est que les Occidentaux et les Etats régionaux alliés de l'opposition persistent à refuser la participation à celle-ci de l'Iran, allié stratégique du régime de Damas. C'est en tout cas la conviction de l'émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi qui lui a fait déclarer que la participation de l'Iran à cette conférence est « naturelle et nécessaire ».

Le choix de ces deux qualificatifs par le diplomate international pour la justifier n'est pas simple clause de style. Les termes utilisés par lui reflètent l'exactitude d'une réalité. A savoir que la participation de l'Iran est « naturelle » parce que ce pays appartient à cette région dans laquelle les rapports de force sont impactés par l'évolution du conflit syrien. Qu'elle est « nécessaire » parce que l'Iran est allié stratégique régional du régime de Damas et qu'il ne peut lui être exigé de se désintéresser de ce qui peut advenir à celui-ci.

La conférence de Genève II est censée devoir réunir les protagonistes syriens du conflit en présence de leurs protecteurs internationaux et régionaux dont l'influence sur les camps syriens respectifs est susceptible de jouer en faveur des concessions que chacun devra faire en vue d'une solution politique de leur conflit. Pourquoi alors seul l'Iran en serait exclu alors qu'apparaissent « normales » les participations de l'Arabie Saoudite et du Qatar, voire même d'Etats occidentaux dont la seule explication à leur présence à Genève II est l'hostilité sans retour qu'ils vouent au régime de Bachar El-Assad. Lakhdar Brahimi dit juste quand il estime « naturelle et nécessaire » la présence de l'Iran à la table des négociations. Le problème est qu'il doit en convaincre ceux qui s'y opposent.

Depuis que Washington et Téhéran ont esquissé des ouvertures qui ont suscité des prémices de dégel dans leurs relations, la première a laissé entendre que les Etats-Unis n'excluent plus avec la même radicalité une participation de l'Iran aux négociations de Genève II. Ce qui doit conforter Brahimi à recommander la présence de ce pays. Ce qu'il a probablement fait auprès des Qataris et des Turcs chez qui il s'est rendu dans le cadre du périple qu'il a entrepris dans la région. A Istanbul, il a usé du même exercice face au chef de « l'armée syrienne libre » et d'autres dirigeants des combattants anti-régime. Lesquels persistent non seulement dans le refus d'une participation iranienne, mais aussi au principe d'une négociation avec les représentants du régime de Damas. Cela parce qu'encouragés par Ryadh obsédé par son projet de faire tomber le régime de Damas et d'affaiblissement de l'influence iranienne dans la région.

Téhéran qui a été présenté comme l'obstacle à une solution politique de la crise syrienne fait preuve de dispositions qui affolent la monarchie saoudienne car elles contredisent sa présentation de l'Iran par laquelle elle justifie son rôle dans le conflit. Depuis l'élection de Rohani à la présidence de l'Iran, Téhéran a multiplié les signaux et gestes exprimant la disposition iranienne à traiter autrement que par la confrontation ses problèmes avec les Occidentaux et les pays de la région. La peur panique des Saoudiens de voir leurs alliés et protecteurs occidentaux s'engager dans un dialogue avec l'Iran leur a fait durcir leur position sur le conflit syrien et les pousse à faire obstacle par tous moyens à un rapprochement avec Téhéran, quitte à s'allier ouvertement avec Israël qui poursuit le même objectif de « containement » de la puissance régionale qu'est devenu l'Iran.
 
dimanche 27 octobre 2013
 

Interview de René Naba à la revue Golias pour la parution «L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres, l’islam, otage du wahhabisme».

 

 

 

 

COUVERTURE DU LIVRE DE RENE NABA
Arabie saoudite: Le primat sunnite commande de conduire le Monde arabo musulman vers la sécurisation de son espace national et non à sa vassalisation à l’ordre atlantiste.
René Naba | 24.10.2013 | Paris

Interview de René Naba à la revue Golias à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage «L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres, l’islam, otage du wahhabisme».
I – De la polémologie, non de la théologie
Golias -Pourquoi ce livre, sur un sujet si sensible?
RN- Ce livre ne relève pas de la théologie mais de la polémologie en ce que le profane que je suis ne se reconnait aucune compétence dans la science des religions, encore moins dans la religion musulmane. Il ressortit plutôt de la polémologie, la science de la guerre et non de la polémique, en ce que l’expérience puisée dans mes anciennes fonctions de correspondant de guerre que j’ai longtemps été dans la sphère arabo musulmane, de même que dans le Monde occidental, me porte à déconstruire toute une stratégie fondée sur l’instrumentalisation d’une religion, l’Islam, comme arme de combat au service du camp atlantiste et du pan capitalisme financier. Le combat n’est donc pas contre une religion, mais contre des dignitaires religieux ou des politiques qui instrumentalisent une religion.

Golias: La religion tout de même au Moyen orient est un sujet éminemment volatile et explosif ?
RN: La religion est un fait prégnant de la zone du Moyen Orient, berceau des trois monothéismes, un cas unique dans le monde en ce que les trois grandes religions monothéistes ressortissent des religions d’Asie. Espace de communion et d’exclusion, la religion est un espace concurrentiel. L’instrumentalisation de la religion à des fins politiques est une constante de l’histoire. Toutes les religions y ont eu recours, dans toutes leurs déclinaisons, que cela soit la guerre de conquête de la chrétienté en Amérique latine ou les Croisades vers le Monde arabe, ou bien à l’inverse, la conquête arabe vers l’Asie, vers la rive méridionale de la Méditerranée ou l’Afrique. Guerre de religion au sein de l’espace occidental de la chrétienté (entre Protestants et Catholiques en France ou en Irlande du Nord), ou guerre de religion au sein de l’espace musulman (entre Sunnites et Chiites), ou enfin le sionisme, la forme la plus moderne de l’instrumentalisation de la Bible à des fins politiques par la mise en œuvre de la notion du retour à Sion, sur les débris de la Palestine.

La piété n’exclut ni l’intelligence, ni le libre arbitre. Elle n’interdit pas l’esprit critique. Elle ne saurait, en tout état de cause, se dévoyer dans des causes desservant l’intérêt national. Mais nul part ailleurs qu’au sein du leadership sunnite arabe, l’instrumentalisation de la religion n’a autant dévié de son objectif, desservant la cause arabe, au bénéfice de ses commanditaires, les Etats-Unis, le meilleur allié de leur principal ennemi, Israël.
Golias: Qu’en est-il précisément de l’instrumentalisation de l’Islam ?
RN: Au départ, cela devait être l’arme absolue, à double détente, ayant pour effet d’une part, de marginaliser, puis de neutraliser le nationalisme arabe ainsi que son chef charismatique, Gamal Abdel Nasser (déjà déstabilisé par la défaite de 1967), de servir, d’autre part, de levier au combat anti-communiste, sous couvert de la lutte contre l’athéisme, au plus fort de la guerre froide soviéto-américaine.
Mais un demi-siècle après sa mise en œuvre à l’occasion de l’incendie d’Al-Aqsa (dont la commémoration est célébrée le 21 Août 1969 dans une indifférence quasi-générale qui frise l’oubli), l’islamisme politique, c’est-à-dire l’instrumentalisation de la religion musulmane en tant qu’arme de guerre contre les ennemis de l’Amérique et des pétromonarchies, paraît s’être retourné contre ses promoteurs. Tel un magistral effet de boomerang, à en juger par les dérives salafistes et djihadistes, tant en Syrie, qu’en Libye, qu’en Tunisie, qu’en Afghanistan, qu’au Nord Mali, voire même à Toulouse (Merah).

Golias: Quelle perception faites-vous de l’Islam, politiquement parlant?
RN: Sauf exception durant la période de la décolonisation qui a suivi la II me Guerre Mondiale avec les guerres d’indépendance, l’Islam, au XX me siècle, particulièrement sa frange sunnite, aura été le principal contributeur aux équipées occidentales sur la planète. Rien que pour la France, 1,2 millions d’arabes et d’africains majoritairement musulmans, ont volé à son secours, par deux fois en un même siècle, phénomène rarissime dans l’histoire, pour l’aider à se libérer du danger allemand, dans une opération qui relève de la perversion mentale absolue: Aider leur colonisateur, c’est-à-dire leur bourreau, à se libérer de son propre oppresseur. Sans parler de la Turquie, dépecée par les puissances occidentales à la fin de la 1ère guerre Mondiale, maintenue au ban de l’Europe depuis un quart de siècle, en dépit de son alliance stratégique avec Israël, mais qui se targue néanmoins de son rôle de sentinelle avancée de l’Otan sur son flanc méridional. L’Arabie saoudite, parallèlement, principal pourvoyeur financier des équipées occidentales aux quatre coins de la planète, de l’Afghanistan au Nicaragua, en passant par l’Irak, n’a jamais réussi à faire fléchir les Etats unis, le principal protecteur d’Israël, sur la question palestinienne, malgré tous les services rendus à son partenaire américain.…Est-ce en raison du fait que la dynastie wahhabite aura été le principal bénéficiaire des coups de butoir israéliens contre le noyau dur du Monde arabe?

II- Le primat sunnite
Golias: Quel constat implique selon vous le primat sunnite sur le Monde musulman?
RN: Nul ne conteste le primat sunnite dans le Monde arabo musulman. Pas même et surtout pas les anciennes puissances coloniales. Au point que la Grande Bretagne, par exemple, intégrant cette donne, a confié à des dynasties sunnites le pouvoir dans des pays majoritairement peuplés de chiites.
Ce fut le cas à Bahreïn avec la dynastie Al Khalifa. Cela a surtout été le cas en Irak, à la branche ainée de la dynastie hachémite. Difficile de concevoir à l’époque de confier à un chiite ou un kurde le pouvoir à Bagdad, l’ancienne capitale de l’empire abbasside, le siège du 2eme empire musulman. Les Américains le feront, en 2003, non pas volontairement, mais par inadvertance d’un soubresaut stratégique. Ce statut confère aux sunnites des privilèges. Des droits mais aussi des devoirs:
-Le devoir de conduire le Monde arabe vers la sécurisation de son espace national et non à sa vassalisation à l’ordre atlantiste, à travers un chapelet de bases occidentales, qui font du Monde arabe, la plus importante concentration militaire atlantiste située hors de la sphère de l’Otan.
-Le devoir de doter le Monde arabe d’un «seuil critique» afin de le mettre en mesure de peser sur les relations internationales, et non à s’appliquer à sa balkanisation par la perpétuation d’une sournoise guerre de religions entre sunnites et chiites datant des premiers temps de l’islam, soit depuis 15 siècles.
Le Monde arabe a besoin de s’adosser au Monde musulman pour mener son combat vers son affranchissement de la tutelle étrangère et la restauration de sa dignité. L’obligation du leadership sunnite des de propulser le Monde arabe vers le haut et non de le tirer vers le bas.

III – Mon équation personnelle: Beyrouth oblige
Golias: Quelle a été votre motivation première dans la rédaction de cet ouvrage?
RN: Face aux convulsions du Monde arabe, les binationaux, particulièrement franco arabes, sont investis d’une responsabilité particulière, en ce que bénéficiant d’une double culture, leur lecture des événements ne saurait être unilatérale. Hémiplégique en somme. Entre les intellectuels occidentaux et nous, il existe une différence de nature et d’échelle. Quand le Liban, l’Algérie, la Syrie, l’Irak, la Libye, la Tunisie sont ravagés par la guerre civile, l’universitaire occidental se borne à conjecturer, à l’abri du besoin, du gite et du couvert. A vérifier dans l’irréalité des chiffres et des lettres, la validité de ses hypothèses, quand nous, binationaux d’une double culture, pâtissons dans la chair de notre chair, les déchirures de notre pays d’origine, le pays de nos ancêtres, de nos familles et de nos amis. De nos souvenirs. Trente mois de conflits en Syrie, 93.000 morts, près d’un million de déplacés autant de réfugiés n’ont pas pour autant affectés le niveau de vie des universitaires cathodiques occidentaux, ni leurs rémunérations, ni celles des bi nationaux franco syriens membres de l’opposition offshore. Pour eux, le poids des mots, c’est le sens de la formule. Une posture avec le confort matériel en plus.

Pour nous, le poids des mots est le prix du sang. Avec en perspective le deuil, les destructions. Un nouvel exode. Une nouvelle errance.
En ce qui me concerne particulièrement, je viens d’un pays, le Liban, dont la capitale, Beyrouth, s’est offerte en victime sacrificielle de la défaillance arabe. A deux reprises. Glanant au passage le glorieux titre de «La mère de toutes les villes du récit de la résistance arabe», dans sa double version Beyrouth Ouest (1982) et Beyrouth Sud (2006). Elle revêt, à ce titre, dans la conscience collective arabe la fonction de «Vietnam d’Israël» en ce qu’elle revendique le privilège unique au Monde d’avoir symbolisé, à deux reprises dans l’histoire contemporaine, la résistance arabe à l’hégémonie israélo américaine:

-La première fois, en 1982, lors du siège de la capitale libanaise par le général Ariel Sharon, du temps où le sunnisme s’identifiait au combat nationaliste, depuis le fief du sunnisme libanais à Beyrouth Ouest,
-La deuxième fois, en 2006, depuis Beyrouth sud, cette fois, (Ad Dahyah Al Jounoubiyah, littéralement la banlieue sud de la capitale), le fief chiite de la capitale, du temps du coma du général Ariel Sharon, où le chiisme libanais suppléant la vassalisation du sunnisme arabe à l’axe israélo américain prenait sa relève en vue de pérenniser le combat nationaliste arabe.

Par fidélité à son histoire, à son palmarès, Beyrouth oblige: Un intellectuel qui ne met pas en jeu sa sécurité matérielle, en n’hésitant pas en cas de besoin à se livrer à une analyse à contre-courant de la pensée dominante, n’est ni crédible, ni respectable. La faune intellectuelle parisienne abonde de ces verbeux bureaucratiques, à la péroraison académique, tenanciers d’une comptabilité d’épicerie, qui somment et ordonnent. Bref qui polluent et parasitent le débat. Leur posture est une imposture. Des «islamophilistes» (1) dont le comportement s’apparente à celui d’anciens officiers des affaires indigènes faisant la police de l’internet.
Le journalisme est un sport de combat. Je n’obéis donc en conséquence à aucune sommation. Je ne me préoccupe d’aucune considération de carrière, de notabilité sociale ou médiatique. Je vis comme une ardente obligation mon devoir de pister les angles morts de la politique internationale, d’exprimer mon intime conviction, sans restriction aucune, de pointer le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe.
Ancien correspondant de guerre au bureau régional de l’AFP à Beyrouth, puis responsable du monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, je suis un journaliste de terrain non un bureaucrate de la communication. Auteur par ailleurs d’un ouvrage «Média et démocratie, la captation de l’imaginaire, un enjeu du XXI me siècle (Golias 2012), je considère de mon devoir de déconstruire le discours dominant de la pensée occidentale, particulièrement les manigances de l’ancien pouvoir colonial, parallèlement aux dénonciations des tares des régimes arabes. De combattre le discours disjonctif occidental en même temps que la confusion mentale arabe. Un impératif catégorique.
-L’Otan, l’adversaire le plus résolu aux aspirations du Monde arabe, particulièrement les Etats-Unis, le protecteur d’Israël, l’artisan de l‘éviction du dirigeant nationaliste Mohammad Mossadegh en Iran, en 1953, et de Salvador Allende en Chili, en septembre 1973, ne sauraient être un partenaire fiable dans l’avènement de la démocratie dans le Monde arabe.
-Une révolution qui bénéficie du soutien de la totalité des pétromonarchies parmi les plus rétrogrades et les plus répressives du Monde fait problème. La condamnation de la dictature syrienne doit être aussi ferme que la condamnation des pétromonarchies toutes aussi autoritaires, népotiques que le régime syrien.
A titre de duplicité du discours occidental, je citerai comme exemple le cas de Laurent Fabius: S’il est, ma foi, impératif d’armer l’opposition syrienne comme l’exige le ministre français des Affaires étrangères, pour établir un équilibre des forces et exiger le retour immédiat des réfugiés syriens, il est non moins impératif d’armer les Palestiniens pour rétablir un équilibre des forces avec les Israéliens et exiger le retour des réfugiés palestiniens expulsés depuis un demi-siècle de leur patrie.

Cf. aussi son bobard diplomatique à propos de la réforme du droit de véto au Conseil de sécurité:
http://www.renenaba.com/la-france-et-la-reforme-du-droit-de-veto-au-conseil-de-securite/
Enfin, dernier thème de débat, et non le moindre, le Hezbollah. Beaucoup au Liban et ailleurs dans le Monde, pas uniquement de chiites, pas uniquement des Libanais, des Arabes ou des Musulmans, savent gré à cette unique formation para étatique arabe à s’être dotée d’une posture dissuasive face à Israël.
Invincible à ce jour, artisan de deux dégagements militaires israéliens du Liban sans négociation ni traité de paix, ferme soutien du Hamas face aux offensive israéliennes, de surcroit, dernier intervenant sur le champ de bataille syrien après les escouades de djihadistes de Tchétchénie à la Tunisie en passant par la Belgique le Kosovo et la France, de même que les Moudjahidines Khalq, formation de l’opposition iranienne islamo marxiste,
le Hezbollah demeure, n’en déplaise aux esprits chagrins, le phénomène majeur politico-militaire de l’histoire arabe contemporaine. Beaucoup lui en savent gré. Libre aux autres de le déplorer. L’une des plus prestigieuses formations du tiers monde, à l’égal du Viêtcong vietnamien ou du FLN algérien.
En comparaison, le Hamas, unique mouvement de libération nationale de confession sunnite, a déserté la Syrie après 16 ans d’hospitalité, par alignement sectaire, pour installer son QG à Doha à 35 km de la base du Centcom, la plus importante base du tiers monde des Etats-Unis, le protecteur d’Israël, la caution de tous les assassinats extrajudiciaires des pères fondateurs du mouvement palestinien. Beaucoup lui savent gré de ce repositionnement. Mais en juger de la fureur de la branche militaire du mouvement, beaucoup le déplore fortement, comme en témoignent les pourparlers intensifs menés à Téhéran, fin juillet, entre le Hamas et ses deux anciens alliés chiites, l’Iran et le Hezbollah pour restaurer une collaboration stratégique.
Songeons au sort respectif du Vietnam et de la Palestine. L’un réunifié par la force de la volonté, l’autre pulvérisée par la force de la désunion et de la servilité.

Songeons à la guerre antisoviétique d’Afghanistan (1980-1989) et à la mystification des combattants de la liberté magnifiée par le philosophe du botulisme Bernard Henry Lévy, qui a opéré le plus grand détournement du combat arabe de la Palestine vers Kaboul avec les désastreuses conséquences qui en découlent encore de nos jours, au niveau de son excroissance djihadique et ses dérives erratiques. Pourtant les choses sont simples. Pas moyen de se tromper. Pas besoin de boussole. Un arabe ou un musulman patriote doit se ranger impérativement dans le camp adverse à celui de Bernard Henry Lévy, le fer de lance médiatique de la stratégie israélo-atlantiste dans la sphère arabo- musulmane.
Salafiste, soit. Le retour à la pureté originelle des premiers temps de la prophétie peut constituer une perspective exaltante en soi, sous réserve toutefois que sa mise en œuvre soit incorporée dans une péréquation qui tienne compte de la configuration contemporaine: Israël, considéré par les Palestiniens comme l’usurpateur de leur patrie, est doté de près de deux cents bombes atomiques, en superposition à cinq puissances atomiques cerclant le Monde arabe (Israël, Inde, Pakistan, Russie, Ukraine) et à une dizaine bases aéronavales du bloc atlantiste (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman, Djibouti). Indice d’une grave perdition morale et mentale, la «Journée Internationale de Jérusalem» (Al Qods), traditionnellement célébrée le dernier vendredi du mois du jeûne de Ramadan, n’a été commémorée en 2013 que par l’Iran et le Hezbollah Libanais, c’est-à-dire par les Chiites, à l’exclusion de toute autre pays ou formation politique arabe ou musulmane, la plupart absorbés dans des guerres intestines au Bahreïn, en Egypte, en Libye, en Syrie, au Yémen et en Tunisie.
In fine, la vassalité ne constitue pas un gage de pérennité. En témoigne, l’éviction, sans la moindre considération pour leur état de service, des féaux de l’empire, les dirigeants de l’Islam sunnite arabe, les grands perdants de leur pari sur l’Amérique.
La décapitation des principaux pivots de l’influence occidentale en terre d’Islam, Béchir Gemayel et Rafic Hariri (Liban), Anouar el Sadate et Hosni Moubarak (Egypte), Benazir Bhutto (Pakistan), le Roi Abdallah 1 er le Hachémite et le premier ministre Wafi Tall (Jordanie), le Roi Faysal II le Hachémite et son premier ministre Noury Said (Irak), les journalistes libanais Kamel Mroueh, Gibrane Tuéni et Samir Kassir, enfin, Zine el Abidine Ben Ali (Tunisie), et l’Emir du Qatar, Khalifa Ben Hamad Al Thani, devrait inciter les dirigeants arabes, au-delà des impératifs de leur propre survie, à garder présent à l’esprit le fait que la sécurité du Monde arabe n’est pas réductible à la sécurité des Etats-Unis et à la sécurité de leur ravitaillement pétrolier. Le Monde arabe n’a pas la même perception de sa sécurité que les Etats-Unis, a fortiori de celle d’Israël.
Pour aller plus loin
Sur les débats théoriques qui agitent le Monde musulman, Cf à ce propos
1 – «Petit précis d’islamisme: des hommes, des textes et des idées» Haoues Seniguer Edition L’Harmattan – Octobre 2013
2-Le dignitaire religieux pakistanais Imran Hossein à propos de la Syrie http://www.youtube.com/watch?v=IEznZeE39Ao
3 – Ainsi que la déclaration de l’Imam de la Mosquée Al-Aqsa à Algérie patriotique:
1ere partie «Tout ce qu’a écrit Sayyid Qutb est mensonge» (I)http://algeriepatriotique.com/article/l-imam-de-la-mosquee-al-aqsa-algeriepatriotique-tout-ce-qu-ecrit-sayyid-qutb-est-mensonge-i
2me partie: «Benhadj, Abassi et Ghannouchi sont des ignorants» (II)http://algeriepatriotique.com/article/l-imam-de-la-mosquee-al-aqsa-algeriepatriotique-benhadj-abassi-et-ghannouchi-sont-des-ignora

 
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