ELWATAN-ALHABIB
jeudi 31 mai 2018
 

Palestine, affrontement ou répression ?



Publié par Hassan Zerrouky 
le 31.05.2018 

Un lecteur m’a interpellé, non pas au sujet des gesticulations marocaines, mais à propos des forces spéciales américaines dans le Sahel, à proximité de l’Algérie, dont les effectifs sont passés de 400 hommes en 2012 à 1 300 en 2017. Discrète en raison d’une information extrêmement verrouillée, cette présence militaire américaine est, depuis la mort de quatre soldats US le 4 octobre dernier au Niger, devenue plus que visible. Ce jour-là, l’opinion américaine découvre qu’en plus de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Syrie, le Sahel est devenu un nouveau terrain d’intervention «antiterroriste» des Etats-Unis. 
Ces militaires, jurent la main sur le cœur les officiels américains, ne sont pas en mission de combat, ils sont là, expliquait Jim Mattis, le chef de la diplomatie américaine, pour «aider les peuples de la région à se défendre eux-mêmes» contre les «terroristes qui sèment instabilité, meurtres et pagaille depuis cette région» (dixit le Monde du 20 octobre dernier). Et les naïfs que nous sommes ont été priés de croire sur parole ce monsieur. 
En vérité, ces braves soldats opèrent dans le cadre d'un dispositif dit «Juniper Shield», lequel s’ajoute aux dispositifs précédents, le «Pan-Sahel Initiative», «le Trans-Saharian Counter Terrorism Partnership» ou encore la «Security Governance Initiative»… des dispositifs qui font de plus en plus appel à des sociétés de sécurité privées majoritairement anglo-saxonnes, composées d’anciens Marines ou des ex-SAS (Special Air Service) britanniques, ayant déjà fait leurs preuves (dans le mauvais sens du terme) en Irak, et dont le rayon d’intervention peut embrasser l’Algérie. Et nul doute que tout ce beau monde soit appelé en juillet prochain à épauler les forces françaises et celles du G5 qui, à la demande de Macron (dixit le Canard Enchaîné du 23 mai), vont lancer une opération militaire d’envergure afin de sécuriser le déroulement de l’élection présidentielle malienne du 28 juillet. 
Il est vrai que l’Aqmi et divers groupes djihadistes, qui ont formé en 2017 une alliance dénommée «Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans», ainsi que Boko Haram font peser une sérieuse menace sur les pays de la région, des pays dont la gouvernance laisse à désirer, rongés par une corruption endémique,  minés par des tensions ethnico-religieuses, avec, en toile de fond, une aggravation de la misère et une migration vers le Nord devenu un marché lucratif pour les marchands d’esclaves modernes.  
Sur ce plan, bien que la Conférence internationale de Bruxelles du 23 février dernier a estimé les besoins de financement de quelque 500 projets socio-économiques à 6 milliards d’euros afin d’améliorer le sort des populations sahéliennes, peu de choses ont été faites : le développement attendra. Priorité, pour l’heure, à la lutte antiterroriste pour laquelle la France et ses alliés européens ont reçu des promesses de dons de plus de 450 milliards d’euros pour financer et équiper, dans le cadre du G-5 – Mali, Niger, Mauritanie, Tchad, Burkina Fasso – cette force de 5 000 hommes, chargée avec l’aide des forces françaises de sécuriser une région de plus de 5 millions de km² et quelque 28 000 km de frontières. 
Devant l’immensité de la tâche, le 23 mai, le Niger, qui a cru bon demander au Conseil de sécurité «mandat renforcé» de l’ONU à la force militaire du G5 et les ressources qui vont avec, s’est vu opposer un «niet» catégorique. En guise de consolation, Washington, opposé à la demande nigérienne, a conseillé aux braves Nigériens de s’en tenir à l’accord d’Alger signé en juin 2015, resté pour l’heure lettre morte… 
Pour terminer, à l’instar du Moyen-Orient, le Sahel est aujourd’hui le théâtre d’une militarisation croissante. En plus des forces militaires françaises et américaines, l’Allemagne – un millier de soldats – s’apprête à renforcer sa présence militaire. L’Italie n’est pas en reste, elle a décidé de voir de plus près ce qui se passe. 
Mais quand on sait que le Sahel regorge de ressources minières non exploitées ou insuffisamment, les pays capitalistes possèdent en la personne des djihadistes d’Aqmi, Boko Haram et autres des alliés naturels : après tout, c’est grâce à Iyad Ag-Ghali (Ansar Dine), Mokhtar Belmokhtar (Mourabitoune), Djamel Okacha dit Yahya Abu Al-Hammam (Aqmi), etc., que les pays occidentaux sont militairement présents au Sahel et ils ne sont pas près d’en partir. 
H. Z
 
mercredi 30 mai 2018
 

La connexion de la Syrie avec l’Iran, l’Afghanistan et la Chine










La connexion de la Syrie avec l’Iran, l’Afghanistan et la Chine
Un universitaire iranien explique clairement la position de l’Iran au Moyen-Orient et remet en question la politique américaine dans la région ; dans un contexte où il est peu probable que la force Qods soit dissoute et où Daesh (ISIS) est en train d’être déplacé à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan.
Par PEPE ESCOBAR  
Une question cruciale taraude les décideurs en Iran, en Irak, en Syrie et au Liban : l’administration Trump a-t-elle un plan stratégique pour le Moyen-Orient ou non ?
Peu sont plus à même de répondre à cette question que Saadallah Zarei, doyen de l’Institut d’études stratégiques  Andishe Sazan-e Noor à Téhéran. Zarei, un homme à la voix douce et extrêmement discrète que j’ai rencontré à Mashhad il y a quelques jours, n’est pas seulement l’un des meilleurs analystes stratégiques de l’Iran, mais aussi un des principaux cerveaux derrière le commandant de la force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique, le général Qasem Soleimani – la bête noire par excellence à l’extérieur du Beltway.
Les stratèges américains pourraient donc faire pire que de prêter attention à Zarei.
Alors que les Etats-Unis « possèdent 37 bases militaires fixes et près de 70 bases mobiles au Moyen-Orient », dit M. Zarei, « nous n’observons pas de stratégies particulières et précises ».
Il a exprimé sa perplexité devant  » les comportements contradictoires liés à la population chiite « . Le comportement de l’Amérique en ce qui concerne la population chiite de Bahreïn et ses droits, la population chiite Zaydi au Yémen et au Cachemire et aussi la population chiite au Liban, qui représente 35% de la population totale, n’est pas clairement défini et personne ne sait ce que les Américains pensent des Shi’ites et comment ils agissent ».
Zarei note également que  » l’Amérique n’a pas de politique particulière concernant les démocraties de la Turquie et de l’Iran. Il n’y a pas non plus de stratégie spécifique concernant la démocratie en Irak et au Liban. L’Amérique parle de la démocratie comme une valeur américaine et essaie de la généraliser, mais dans cette région, nous voyons que les meilleurs amis des États-Unis sont des pays où il n’y a pas d’élections dans leurs systèmes politiques.
En fin de compte, selon Zarei, «la stratégie américaine n’est pas cohérente au Moyen-Orient. Je pense que c’est la principale raison de l’échec de la politique américaine dans cette région. « 
Saadallah Zarei. Photo: fournie
Saadallah Zarei. Photo: fournie
Les Hazaras
Zoomons maintenant, sortons de la macroanalyse pour nous intéresser aux détails sur le terrain. Comparons Zarei à Komeil, un Hazara chiite de Kaboul âgé de 24 ans. Komeil est l’un 14 000 soldats, tous Hazara Afghans, portant un passeport afghan, qui constituaient la brigade Liwa Fatemiyoun combattant en Syrie. Nous nous sommes rencontrés à Mashhad, où il passe le Ramadan, avant de retourner sur les lignes de front le mois prochain.
L’un des principaux fondateurs de la brigade Fatemiyoun, en 2013, a été Abu Ahmad, tué par un missile d’origine inconnue, près du plateau du Golan, en 2015. Au début, la brigade était une organisation religieuse créée « pour défendre les sanctuaires chiites en Syrie » ou, comme Komeil préfère le souligner, » défendre l’humanité, les faibles « .
Aucun combattant Fatemiyoun ne porte de passeport iranien – même si certains, comme Komeil, vivent dans l’est de l’Iran ; il est à Mashhad depuis 2011. Presque tous sont des volontaires ; Komeil a suivi des « amis » qui ont rejoint la brigade. Il a suivi une formation militaire à la base aérienne de Bagram alors qu’il faisait partie de l’armée afghane.
Komeil m’a dit qu’il s’est battu directement contre des Salafo-djihadistes de toutes sortes, allant de Daesh et Jabhat al-Nusra jusqu’aux petits groupes qui faisaient partie de la vaste et omniprésente ombrelle de l’ASL (Armée syrienne libre). Il a été sur les lignes de front non-stop pendant trois ans, se battant principalement dans « Sham et Zenaybi » près de Damas, et était également présent à la libération d’Alep.
Il décrit les djihadistes de Daesh comme étant « très durs » au combat. Il dit qu’il a vu des combattants Daesh portant des « vêtements américains » et portant des fusils de fabrication américaine. Les prisonniers capturés avaient de la « nourriture provenant d’Arabie Saoudite et du Qatar ». Il a personnellement capturé une « dame française travaillant avec Daesh » mais ne savait pas ce qui lui était arrivé par la suite, disant seulement que « les commandants traitent bien nos prisonniers ». Il jure que « moins de 10% » des djihadistes de Daesh sont syriens – « Il y a des Saoudiens, des Ouzbeks, des Tadjiks, des Pakistanais, des Anglais, des Français et des Allemands ».
Contrairement au barrage de propagande à travers le Beltway, Komeil est catégorique : il n’y a pas de commandants militaires du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (GRI) actifs avec Fatemiyoun, et pas de Hezbollah. Ils combattent « côte à côte » – et les Iraniens sont essentiellement des conseillers militaires. Il a dépeint Fatemiyoun comme un groupe totalement indépendant. Cela indiquerait que leur formation militaire a été acquise principalement en tant que membres de l’armée afghane, et non par l’intermédiaire du CGRI.
Selon Komeil, le légendaire commandant de la force Qods, le général Qasem Soleimani, a rendu visite au groupe, mais « une seule fois ». Chaque force est responsable de sa propre zone d’opérations ; Fatimiyoun ; le Hezbollah ; l’Armée arabe syrienne (SAA) ; les Pakistanais ( » vaillants combattants « ) ; le al-Defae-Watan, qu’il décrit comme l’équivalent du Hashd al-Shaabi irakien (également connu sous le nom de  » Unités de mobilisation du peuple « ) ; et le Medariyoun également en provenance d’Irak.
Le ‘croissant chiite’ revisité
L’administration Obama a au moins admis que les conseillers militaires iraniens, aux côtés de la puissance aérienne de la Russie et des combattants du Hezbollah, ont aidé l’AAS à vaincre Daesh et d’autres groupes salafistes djihadistes en Syrie.
Mais, pour l’administration Trump – en phase avec Israël et l’Arabie Saoudite – tout est noir ou blanc ; toutes les forces sous commandement iranien doivent quitter la Syrie (et cela inclurait Fatemiyoun). Ça n’arrivera pas ; l’effondrement total et virtuel de ce qui est vaguement défini dans le Beltway comme des « rebelles modérés » – al-Qaïda en Syrie inclus – a engendré un vide de pouvoir dûment occupé par Damas. Et Damas a encore besoin de toutes ces forces pour éteindre définitivement le djihadisme salafiste.
L’Iran exerce une influence sur un arc allant de l’Afghanistan à l’Irak, la Syrie et le Liban. Comme l’a analysé Zarei : « La République islamique d’Iran a une stratégie particulière dans la région. Nous avons des principes spécifiques, des amis et des capacités. De plus, nous avons une compréhension cohérente de notre ennemi et nous savons où nous devrions nous situer dans les 20 prochaines années. Par conséquent, nous essayons d’utiliser nos capacités avec soin et de gérer le travail de manière progressive. « 
Cela n’a rien à voir avec un « croissant chiite » menaçant, comme l’a suggéré le roi Abdallah de Jordanie en 2004. Il s’agit essentiellement d’une réplique iranienne au ralenti contre la non-stratégie américaine à travers l’Asie du Sud-Ouest depuis « Shock and Awe » en 2003 – comme Zarei l’a identifié.
La Force Qods – formée pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 – est l’extension extraterritoriale du CGR. J’ai parlé à quelques vétérans de la guerre à Karaj, où ils se réunissent dans une association installée dans une réplique d’un bunker servant une délicieuse soupe d’osh – un équivalent persan des pâtes toscanes et des fagioli – après les réunions. Le Commandant Syed Mohammad Yayavi a déclaré que la demande de l’administration Trump, exprimée par le Secrétaire d’Etat Pompeo, de voir l’Iran démanteler la Force Qods, ne sera jamais acceptée.
La Force Qods pourrait être décrite comme un équivalent des forces spéciales des États-Unis et des opérations spéciales de la CIA, réunies en une seule. Pour Washington, c’est une organisation terroriste. Pourtant, dans la pratique, la Force Qods est autant une arme de la politique de sécurité nationale iranienne à travers l’Asie du Sud-Ouest que le Pentagone et la CIA qui renforcent les intérêts de sécurité nationale des États-Unis partout dans le monde.
Et il y a une continuité remarquable. Au « bunker » de Karaj, j’ai parlé à Mohammad Nejad, un colonel retraité de l’armée de l’air iranienne qui a acquis son expérience de combat Iran-Irak alors qu’il avait une vingtaine d’années, combattant à Bushher. Il y a deux ans, il était de retour en Syrie pour deux mois, comme conseiller militaire.
Tous les regards sont tournés vers l’OCS
La stratégie américaine incohérente au Moyen-Orient décrite par Zarei s’applique également à l’Afghanistan. Une autre exigence de l’administration Trump est que Téhéran doit cesser de soutenir les talibans.
Les faits sur le terrain sont infiniment plus nuancés. La guerre interminable des États-Unis en Afghanistan a généré des millions de réfugiés ; beaucoup d’entre eux vivent en Iran. En parallèle, Washington a mis en place un réseau permanent de bases militaires afghanes – que Téhéran identifie comme une menace sérieuse, capable de soutenir des opérations secrètes en Iran.
Téhéran, avec un minimum de moyens – et en collaboration avec les services de renseignement du Pakistan et de Russie – soutient de petits groupes dans l’ouest de l’Afghanistan, autour de Herat, y compris certains qui sont vaguement liés aux talibans.
Mais cela s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Les membres de l’OCS, la Russie, la Chine et le Pakistan, ainsi que le futur membre, l’Iran, sans parler du futur membre l’Afghanistan, veulent tous une solution asiatique, axée sur l’OCS, pour la tragédie afghane. Et cela doit inclure une place pour les talibans dans le gouvernement à Kaboul.
Maintenant, comparez cela avec le stratagème avoué de l’administration Trump destiné à provoquer un changement de régime à Téhéran. L’Arabie Saoudite est déjà là. Riyad, via un groupe de réflexion prétendument soutenu par le prince héritier Mohammad bin Salman, connu sous le nom de MBS, a financé une série de madrassas anti-chiites au Baloutchistan au Pakistan, qui borde la province du Sistan-Baloutchistan en Iran.
Le plan saoudien consiste à au moins perturber l’émergence du port de Chabahar, qui se trouve être le point d’entrée de la nouvelle route de la soie de l’Inde vers l’Afghanistan et l’Asie centrale, en contournant le Pakistan. L’Inde, membre de BRICS, aux côtés de la Russie et de la Chine, ne sera pas vraiment satisfaite ; et l’Inde est également un nouveau membre de l’OCS, et catégoriquement opposée à toutes les formes de djihadisme salafiste.
Le procureur général du Pakistan, Ashtar Ausaf Ali, lors d’une visite en Iran, a été  averti  que Daech « est déplacé » à la frontière afghano-pakistanaise. On ne sait pas qui fait le déménagement. Ce qui est certain, c’est que ISIS-Khorasan, ou ISIS-K – c’est-à-dire la branche afghane de Daesh – combat effectivement les talibans.
Par coïncidence, la force aérienne américaine combat également les talibans, via l’opération Freedom’s Sentinel. Un rapport a détaillé comment « le nombre d’armes américaines fournies pour l’appui de Freedom’s Sentinel a augmenté à 562 en avril, le total mensuel le plus élevé de 2018 et le deuxième total le plus élevé pour un mois depuis octobre 2011. »
Alors, ce sont les talibans qui sont bombardés, pas ISIS-K. Pas étonnant que les pays de l’OCS soient en alerte rouge. Le vrai mystère doit encore être dévoilé par les services de renseignement pakistanais : en d’autres termes, dans quelle partie de la frontière poreuse de l’Af-Pak se trouvent plus de 4 000 djihadistes ISIS-K bien armés ?
Qui va reconstruire la Syrie ?
Et cela nous conduit à l’inter-connecteur principal : la Chine.
Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et son collègue syrien Walid Muallem entretiennent des relations très étroites. Le président Xi Jinping est un fervent partisan du processus de paix d’Astana avec la Russie, l’Iran et la Turquie. La Chine a annoncé en novembre dernier qu’elle  déploierait des forces spéciales en Syrie contre tous les courants du djihadisme salafiste ; l’objectif chinois est de « neutraliser » 5 000 combattants ouïghours qui ont agi en tant que « rebelles modérés », en raison de l’inquiétude suscitée par ces extrémistes qui provoqueraient la violence s’ils retournaient au Xinjiang.
Mais surtout, la Chine sera profondément impliquée dans la reconstruction syrienne ; villes, villages, routes, chemins de fer, ponts, écoles, hôpitaux, tous les réseaux de connectivité. La Syrie sera reconstruite par la Chine, la Russie (énergie, infrastructures) et l’Iran (réseaux électriques), pas par les Etats-Unis ou les pétromonarchies du Golfe. Les sanctions américaines et de l’UE sont toujours en vigueur, interdisant les opérations commerciales, tant en dollars américains et en euros.
Cela coïncide avec une  réunion à Pékin la semaine dernière des chefs du conseil de sécurité de l’OCS. Le poids lourd du Politburo Yang Jiechi, directeur du Bureau de la Commission des affaires étrangères du Comité central du PCC, a longuement discuté de la question avec le principal expert de la sécurité russe, Nikolaï Patrouchev.
Le 18ème sommet de l’OCS se tiendra à Qingdao le 9 juin. Le président russe Vladimir Poutine sera présent. L’Inde et le Pakistan seront là. Le président iranien Hassan Rouhani sera là, représentant l’Iran en tant qu’observateur, et rencontrera Poutine et Xi. C’est là que convergeront toutes les connexions Syrie-Afghanistan.
 Source : http://www.atimes.com/article/the-syria-connection-to-iran-afghanistan-and-china/
Traduction : Avic – Réseau International
Photo: Les Iraniens brandissent des pancartes anti-américaines et scandent des slogans lors d’un rassemblement après les prières du vendredi à Téhéran le 11 mai 2018, après la décision prise par le président Trump de retirer les Etats-Unis d’un accord nucléaire signé en 2015. Photo : AF
 
 

A Bruxelles, une paire de chaussures pour chaque mort dans le conflit palestinien









A Bruxelles, une paire de chaussures pour chaque mort dans le conflit palestinien
En Belgique, proche du Conseil européen de Bruxelles, une association a décidé de se mobiliser pour faire réagir sur le conflit en Palestine occupée. Ainsi, sur une place, 4 500 paires de chaussures ont été posées au sol. Chaque paire représente un mort dans le conflit sur la dernière décennie.
Quelque 4500 paires de chaussures ont accueilli lundi les ministres des Affaires étrangères de l’UE réunis au Conseil de l’UE à Bruxelles pour discuter notamment de la crise dans la bande de Gaza, annoncent les médias.
Les chaussures symbolisent «toutes les vies perdues à Gaza» ces 10 dernières années. Elles ont été placées sur la place Jean Rey dans le cadre de la manifestation baptisée «Les vies palestiniennes comptent aussi».
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La manifestation s’est déroulée sur l’initiative du site de pétitions Avaaz qui a collecté 4.497 chaussures pour appeler à «sanctionner les principales industries israéliennes, tant que les Palestiniens ne jouiront pas de droits civils pleins et égaux».
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«Les citoyens de l’Europe ont un message clair pour nos gouvernements: les vies palestiniennes comptent pour nous et elles doivent compter pour vous. En tant que partenaire commercial et allié politique important d’Israël, nous devons indiquer clairement au gouvernement de Benjamin Netanyahu que les violences doivent cesser», a indiqué Christoph Schott, chargé de campagne chez Avaaz, cité par les médias.
Selon M. Schott, la situation actuelle en Palestine «est un apartheid moderne» et l’Europe ne doit pas l’ignorer. «Cela ne fait ne saper notre humanité», d’après lui.
Près de 800 000 Européens ont déjà signé la pétition sur le site Avaaz appelant les ministres des Affaires étrangères de leurs pays à sanctionner «Israël».
source:https://french.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=27367&cid=321#.Ww5OFiAuC9K
 
mardi 29 mai 2018
 

Pour la première fois aux États-Unis, Israël est unanimement rejeté











Gordon Duff
Mardi 29 Mai 2018


Pour la première fois aux États-Unis, Israël est unanimement rejeté

    Adopté à l'unanimité par la Chambre des représentants, un amendement interdisant au président Donald Trump de déclarer la guerre à l'Iran, montre qu'Israël fait l’objet d’un rejet unanime pour la première fois aux États-Unis.

    Gordon Duff, rédacteur en chef de Veterans Today, a fait ces remarques samedi, lors d’un entretien avec Press TV, après l’adoption à l'unanimité de la Chambre des représentants des États-Unis, d’un amendement interdisant à Trump de déclarer la guerre à l'Iran sans l’approbation du Congrès.

    Présenté par le Représentant démocrate Keith Maurice Ellison et parrainé par plusieurs autres législateurs démocrates et républicains, l'amendement exprime clairement la position du Congrès : Il n'existe aucune loi donnant au président le pouvoir de lancer une attaque militaire contre la République Islamique.

    Selon Gordon Duff, « Cela pourrait être compris de plusieurs façons. Mais, chose jamais vue aux États-Unis, la Chambre des représentants entière rejette totalement la politique de Trump et du secrétaire d'État Mike Pompeo.

    « On pourrait aussi voir cela comme le prélude à la destitution du Président Trump. Il n'y a pas d'autre incertitude à ce sujet, ses politiques, sa relation avec Israël, ont été rejetées. Pour la première fois, Israël est rejeté à l’unanimité aux États-Unis. »

    « Aucun membre du Congrès n'a voté en faveur de la demande d'Israël. Pas un seul. Inimaginable ! » a conclu Gordon Duff.

    Press TV : La Chambre des députés des États-Unis adopte un amendement interdisant au Président Trump de déclarer la guerre à l'Iran sans l'aval du Congrès.

    L'amendement d'Ellison arrive deux semaines le retrait unilatéral de Washington de l’accord nucléaire multilatéral, officiellement connu sous le nom de Plan d'Action Complet Conjoint, signé entre l'Iran et les grandes puissances en 2015. Beaucoup de gens ont vu dans cette décision, une déclaration de guerre à Téhéran.

    « L’adoption à l’unanimité bipartite de cet amendement est une réplique forte et opportune au retrait de l'administration Trump de l'accord avec l'Iran et à sa rhétorique de plus en plus hostile, » a déclaré le député Ellison.

    Trump a annoncé le 8 mai que Washington se distançait de l'accord nucléaire conclu entre l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine, plus Allemagne.

    Trump a aussi fait savoir qu'il allait rétablir les sanctions sur le nucléaire contre l'Iran et imposer « le plus haut niveau » d'exclusion économique à la République islamique.


 
lundi 28 mai 2018
 

CHAOS DEBOUT EN ALGÉRIE










https://mondafrique.com

La journaliste Ghania Mouffok dresse un état des lieux saisissant de l’Algérie de Bouteflika.
Au niveau d’opacité que connait aujourd’hui le pouvoir algérien, être journaliste se résume à décrypter le langage des signes, dans le meilleur des cas, et/ou à regarder par les trous de serrure du sérail, du Palais présidentiel à la citadelle des Tagarins, et vice-versa.
Dans un tel cas de figure, toutes les spéculations, à ne pas confondre avec l’information, sont possibles, l’une et son contraire aussi convaincantes les unes que les autres. On peut soutenir et écrire que le Président bien que diminué a terrassé le DRS (services algériens), présenté il y a encore quelque années comme le faiseur de roi, de fortune, de carrière avec droit de vie et de mort sur 38 millions d’habitants.
Comme on peut affirmer, au contraire, que le DRS n’a rien perdu de sa puissance et qu’il n’a pas dit son dernier mot. A moins que tout ceci soit juste un écran de fumée qui finira par se dissiper parce que quelques milliards de dollars méritent bien quelques compromis. Le suspense continue… Toutes ces spéculations médiatico-politiques ne servent en définitive qu’à participer de la confusion et plus grave encore, à tétaniser la population, les opinions, qui en sont réduites à prier Dieu tout Puissant de punir les méchants, à Lui de les reconnaître, et à épargner l’Algérie, « Allah istar. » On en vient à oublier que l’Algérie ce n’est pas la rue Didouche.
Etats des lieux
L’Algérie c’est 38 millions d’habitants, le plus grand pays d’Afrique depuis la partition du Soudan, un pays posé aux frontières immenses entre Sahel et Sahara, voisin de sept pays tous en pleine redéfinition : le Mali, le Niger, la Tunisie, la Mauritanie, le Maroc, le Sahara Occidental et enfin la Libye.
On en vient à oublier que c’est dans la capitale de ce pays, Alger, que se sont réunies toutes les polices d’Afrique, de l’OUA, sans le Maroc, donc, pour décider de la naissance d’Afripol, en février 2014. Enumérer même hâtivement les fléaux que cette nouvelle police africaine se propose de combattre donne la mesure des enjeux à l’échelle du continent auquel nous sommes arrimés : crime organisé, terrorisme, trafic d’armes, narco-traficants, blanchissement d’argent, transfert illégal de devise, trafic d’oeuvres d’art et en passant « gestion démocratiques des foules » (ici les foules c’est nous) et enfin organisation d’une force de police africaine capable de rétablir l’ordre sans l’intervention des puissances militaires étrangères et en passant gestion démocratique des foules.
Suivez mon regard, du Mali à la Libye, entre Africom, version US, plan Serval à la française, l’espace sahélo-saharien dont nous sommes, espace mondialisé par les armes et ses richesses exploitées par les multinationales quand les états affaiblis comptent les devises, est en pleine redéfinition stratégique, lourd de menace pour l’ensemble du continent désormais riche de plus d’un milliards d’habitants. Pendant qu’en Méditerranée au nord du pays, des rapaces pêchent nos thons en voie de disparition et croisent des bateaux d’infortune qui s’échouent telles des baleines crachant de leurs ventres des petits africains, dont nous sommes, morts de détresse.
L’Algérie, c’est également une économie totalement dépendante du cours du pétrole, sans lequel nous serions incapable de nous nourrir, nous vêtir, nous soigner et faire tourner l’industrie épargnée par des politiques néo-libérales imposées et partagées par les partenaires nationaux qui ont érigé en dogme la puissance du marché, alors même que rien ne permet ni de mettre en place ces marchés et encore moins de les contrôler. L’Algérie, c’est encore un chômage structurel qui pénalise le passé d’une génération mise à la porte avec des retraites de misère et l’avenir d’une autre, plus jeune, réduite au rang d’improductifs dépossédés. Une génération de chômeurs et de chômeuses de longue durée, pénible, insupportable qui pour les plus chanceux, à moins que ce ne soit l’inverse, se retrouve endettée de quelques milliards de dinars par des plans ANSEJ et compagnie qui s’apparentent, de par leur manque d’intelligence économique, plus à du gaspillage d’argent public qu’à des plans de soutien à l’emploi.
A Belcourt, à Jijel, sirotant des sodas qui transforment leurs corps en pneus de la tête au pied comme un futur diabète, de jeunes chômeurs surveillent leur camions flambants neufs et inutiles achetés grâce à des crédits alloués à la jeunesse dont les traites ne seront jamais remboursées faute de demande de leurs services. Des chômeurs propriétaires endettés de camions au chômage. L’Algérie c’est aussi l’inflation qui appauvrit les honnêtes gens pendant que les inégalités sociales s’aggravent et que l’argent sale coule comme des dalles de béton insultant l’effort et le travail.
Penser le changement
Penser c’est agir. Derrière ces ombres qui font figure de marionnettes d’épouvante, on pourrait se poser des questions toutes simples comme par exemple : qui gouverne aujourd’hui l’Algérie ? Qui sont « les décideurs » ? Si ce n’est plus le DRS ? Le clan présidentiel ? Mais c’est qui le clan présidentiel ? Un vieux monsieur malade dont le regard d’une tristesse inouïe, un regard absent nous rappelle celui de nos parents assis dans nos salons et menant leur dernier combat d’êtres humains contre la vieillesse ? Si ce n’est lui, c’est donc son frère ? Mais alors d’où tiendrait-il un tel pouvoir, sa force ? De l’intelligence surhumaine du président telle que la décrit un chef du gouvernement dépassé par l’Algérie ?
Que représentent chacune de ces ombres ? Que cachent-elles dans cette obscurité qui nous aveugle ? Pour répondre à ces questions, il faudrait se rappeler que l’Algérie n’est pas seule sur terre, qu’elle participe de l’histoire du monde et que le monde est aujourd’hui en pleine restructuration, le monde se partage. Depuis la fin de l’URSS, l’Algérie n’est plus derrière le mur de glace, insérée dans l’économie mondiale, ceux qui nous gouvernent ont fait des choix économiques et politiques calamiteux dictés par les dogmes neo-libéraux de la Banque Mondiale et du FMI des années 90.
Les pires des choix. Endettée jusqu’au cou, ils ont livré l’Algérie à un plan d’ajustement structurel en 1994, dont aujourd’hui nous payons le prix par les effets sociaux qu’ils ont induits sur la société. Le passage d’une économie centralisée, étatiste à une économie dite de marché a été une calamité pour l’écrasante majorité de la population, pour l’industrie nationale et pour les institutions qui ont été incapables de se réformer dans le même temps. Rentrer dans l’économie de marché cela s’organise, c’est ce qu’explique, avec bon sens et intelligence, Joseph E. Stiglitz depuis des années, prix Nobel d’économie et loin d’être un gauchiste. Dans « La grande désillusion » il écrit : « Avec la chute du mur de Berlin a commencé l’une des plus grandes transitions économique de tous les temps. » Nous en étions. Et, il rappelle l’importance des institutions pour une économie de marché réussie, des institutions qui installent des « cadres juridiques et réglementaires ».
Nous, nous avons une bourse en béton pendant qu’à découvert, les devises s’échangent à même la rue, pendant qu’à proximité les policiers en uniforme canalisent les embouteillages de voitures achetées à crédit. E. Stiglitz écrit : « Dans les pays qui ont des économies de marché parvenues à maturité, les cadres juridiques et réglementaires ont été édifiés pendant un siècle et demi, en réaction aux problèmes que suscitent un capitalisme de marché sans entrave. » Dans le même ouvrage, il témoigne des grands débats d’école autour du passage des anciens pays à économie centralisée étatiste à une économie de marché, entre l’école « thérapie de choc » et « l’école gradualiste. » A quelle école l’économie algérienne s’est-elle arrimée à votre avis ? Privatisation sans banque, ni marché financier, destruction des monopoles d’état remplacés par des monopoles privés sans concurrence, libération du commerce de terre et de la propriété sans marché foncier, ni cadastre, libéralisation de la force de travail sans marché du travail réglementé livrant la classe des travailleurs à des négriers du sud au nord du pays, ouverture du marché national à l’import -export entraînant la destruction de milliers de petites PME nationales quand, dans le même temps, étaient démolies au bulldozer les firmes publiques qui ne seront remplacées par rien d’autre que le néant, aggravant le chômage, déjà structurel depuis les années 80, aggravant l’inflation. Heureusement qu’il y a le pétrole, le gaz. Et, si on parlait du pétrole, de la rente pétrolière et de la manière dont elle est gérée, depuis la surexploitation de nos ressources naturelles jusqu’à la redistribution des ressources financières qu’elle procure, cela nous permettrait peut-être d’y voir plus clair que le concept inopérant de « clan ».
En attendant, l’argent du pétrole avec des réserves de change historiques, qu’en ont fait ceux qui nous gouvernent ? On sait que le pouvoir a remboursé rubis sur ongle sa dette, mais on ne sait pas si c’était une très bonne idée. On sait également que le pouvoir a prêté quelques 5 milliards de dollars au FMI …sans conditions, pour renflouer le capital financier qui détruit les états, de l’Algérie à la Grèce. On ne sait pas si c’était une bonne idée, nous n’avons pas été invités à en débattre, trop occupés que nous étions à décrypter les signes des ombres, tels des cardinaux attendant le choix de leur pape. On sait également que le plan de relance économique du Président mobilise quelques 300 à 500 milliards de dollars ou de dinars, on ne sait plus le chiffre exact, cela dépend des sources. Ont-ils sorti l’économie algérienne de l’ornière, préparé l’après-pétrole, la dépendance suicidaire à une seule ressource en devise, pendant que le cours du pétrole baisse avec nos réserves naturelles, ont-ils créé de l’emploi, de l’industrie, modernisé nos villes, nos écoles, nos hôpitaux ? Ou ont-ils été avalés par les multinationales « bienvenues chez nous », leur a dit Mr HamidTemmar, japonaises, chinoises, françaises, américaines, turques et compagnie, entre sur-facturation et corruption, transfert illégal d’argent public, pendant que, magnanime, l’état redistribuait dans le chaos les miettes pour acheter la stabilité sociale, amadouer les pauvres classes dangereuses ? Mobilisant dans le même temps des forces de police inouïes quadrillant le pays, devenu familières de notre paysage comme une seconde peau, à tel point que lorsque nous voyageons dans les autres pays, il nous manque quelque chose, des uniformes, y compris dans les pays frères en pleine révolution. Entre redistribution des miettes et maintien de l’ordre, les algériennes et les algériens sont camisolés dans la politique du tout sécuritaire, c’est là la seule option stratégique de ceux qui nous gouvernent en clan, en meute ou en tribu.
Du tout sécuritaire au chaos
Au moindre conflit social, autour du logement, du droit au travail, à la moindre revendications de droits démocratiques, comme le droit d’association, le droit syndical, le régime déploie des forces de l’ordre, cantonne les manifestants et peut prétendre, ravi, au « retour au calme ». C’est ce que l’on appelle « la gestion démocratique des foules. » Et si la police ne tire que très rarement sur les manifestants, craignant les réactions internationales, combien cela nous coûte-t-il en terme d’argent public, ce déploiement quotidien de force de l’ordre ? Combien cela coûte, l’ordre sans la stabilité ? Pas seulement en termes financiers, mais également en termes d’échine, de dignité, d’humiliation pour un peuple méprisé, dépossédé. Un peuple de qualité à la recherche d’une élite à sa hauteur.
Capable de donner du sens à ce qui se passe sur notre terre, d’être à l’écoute de ses combats méprisés, réduits au concept « d’émeute » depuis l’aube des temps.
Déjà, après le soulèvement d’octobre 88, Saïd Chikhi, ce brillant sociologue dont l’intelligence et l’humanité nous manquent tant aujourd’hui, écrivait : « …évoquer le chômage, la question du logement pour expliquer le soulèvement d’octobre, c’est tout à la fois dire tout et rien, confondre causes et effets et, surtout, opérer une réduction de la complexité des rapports sociaux en œuvre par l’évacuation de ce qui constitue le nœud central de l’Algérie d’aujourd’hui : le champ de la marginalité. » Ce constat est toujours d’actualité. Empruntant à Sami Naïr, il expliquait que ce qui caractérise « les groupes sociaux » relevant de ce champ de la marginalité c’est  « La tendance à accéder de façon partielle et marginale aux ressources du système de production, leur exclusion radicale par rapport aux avantages et bénéfices liés à l’institutionnalisation politico-sociale, enfin un ethos de vie fondé sur ce que l’on pourrait définir comme une culture de la survivance. »
Ce soulèvement , ajoutait-il, « consacre la faillite d’un système de pouvoir qui prive la scène politique de ses possibilités d’ouverture et de régulation en interdisant l’expression de revendications opposées, en étouffant toute initiative émancipatrice de la connaissance critique et en plongeant la société dans une profonde indigence morale et intellectuelle. »
Cet étouffement de toute initiative émancipatrice est productrice de violence, prédisait-il, déjà.
Le passage du parti unique au multipartisme a échoué sur des flots de sang. 20 ans plus tard, l’analyse est toujours aussi pertinente mais il faudrait y ajouter qu’elle s’est aggravée comme l’illustre sans appel la situation actuelle du pays. Aujourd’hui l’utilisation des armes n’est plus du seul ressort de l’état incapable de rétablir l’ordre, il fait désormais appel à des agences de sécurité privées, pendant que les multinationales revendiquent le droit de s’auto-protéger pour défendre leurs intérêts, l’affaire Tiguentourine faisant office de preuve. C’est pour quand les mercenaires étrangers vérifiant nos pièces d’identité algériennes à l’entrée des bases pétrolières secondées par des agents algériens, si ce n’est déjà fait ? Le champ de la marginalité s’est élargi avec l’installation d’un chômage de longue durée, le pré-emploi en guise de béquille, avec la dévalorisation du statut de producteurs, qu’il soit salarié ou petits patrons de PME, la destruction du métier de paysan, du métier d’artisan qui ne sont mêmes plus représentés. Aujourd’hui, c’est la majorité des algériens qui sont marginalisés.
Etre salarié ne confère même plus le statut d’intégré au système, l’UGTA est devenue incapable de remplir cette fonction, jouant le garde-chiourme de nouveaux intérêts privés, comme le montre les nouveaux statuts de son « élite », à la fois sénateurs et homme d’affaires, comme le montre ses dépôts de l’argent des travailleurs dans la Khalifa Bank aujourd’hui disparue pendant que Sidi Saïd est à la barre des témoins. Pendant qu’à l’ombre de la destruction de 50 ans d’indépendance naissait les nouveaux riches, milliardaires qui ont su entre rente pétrolière et marché mondial accumulé un capital que nous sommes incapables d’évaluer mais qui est désormais un nouvel acteur de la scène politique et économique. Il participe de l’ombre. Cette nouvelle force économique et politique alliée de ce que J.F Gayraud, appelle « Le nouveau capitalisme criminel », ou le capitalisme mafieux, n’ayant de cesse non seulement d’affaiblir, les états mais aussi de le privatiser, les souverainetés nationales et de piller le monde. Croyant se renforcer en interdisant l’émancipation des différents groupes sociaux, entre El Khobza et l’Assa, rendant invisibles ces intérêts contradictoires, le régime algérien a produit un monstre politique qu’il s’avère incapable de maîtriser, les murs de façades qu’il a laborieusement construits à coup de propagande, de mensonge et de répression s’écroulent et son incapacité à trouver un candidat consensuel n’est que la partie visible de l’iceberg.
L’armée algérienne, l’institution des institutions, qui se revendiquait « héritière de l’ALN » n’est plus une force intouchable garante des équilibres du régime, c’est Saadani qui nous l’a appris depuis son siège de secrétaire général du FLN contesté par un « clan » rival.
Le FLN, l’ex parti unique, se dispute comme une vulgaire association à caractère politique ou une malheureuse ligue des droits de l’homme, un sigle qui a définitivement perdu sa capacité à mobiliser une clientèle même sur des bases mensongères mais patriotiques.
A force de débats confus participant de la désinformation, on en vient à oublier cette autre ombre de la campagne : le peuple des électeurs.
Peuple invisible
Un peuple rendu invisible, interdit de se réunir, interdit de s’organiser, interdit de manifester, criminalisé, sous haute surveillance depuis son portable jusqu’à son recoin de terre. L’avez vous remarqué ? Quand Mr Hamrouche Mouloud, le chef contrarié de l’ouverture démocratique, communique, il s’adresse à l’armée. Quand Mme Louisa Hanoune, leader du Parti des travailleurs, se lève c’est pour aller rencontrer le chef d’état-major. Un journaliste, de qualité pourtant, parmi les meilleurs de sa génération analyse : « Et au moment de payer la facture, l’Algérie se rendra compte qu’elle est le grand perdant de cette affaire, alors que l’armée jouera un double rôle, celui de victime et coupable à la fois. Coupable parce que c’est l’armée qui a parrainé le président Bouteflika avant de le maintenir au pouvoir. Victime parce qu’elle a été neutralisée, réduite à l’impuissance, alors que c’est elle qui devra relancer la machine quand sonnera l’heure du renouveau».  Pourquoi, « elle », toujours « elle » ? Pourquoi ce serait encore à « elle » de « relancer la machine » à l’heure du renouveau ? Alors que si l’on en croit cette analyse «elle » serait « réduite à l’impuissance », et cela après avoir interdit à la société des civils de « relancer la machine », en bras armé zélé de notre impuissance actuelle. Tout ça pour ça ? Tout ces morts, tous ce gâchis pour un résultat aussi pitoyable, pour que 50 ans après l’indépendance l’Algérie ne soit plus que le pays du père Ubu ? Il serait peut-être temps que les algériens et les algériennes prennent en main cette maudite machine qui depuis des années nous mène de chaos en chaos au nom de la souveraineté nationale, de la stabilité nationale, de l’unité nationale, de la défense des institutions, de la défense des constantes nationales etc…Il serait peut-être temps que les élites médiatico-politiques sortent de cette équation : « elle » c’est la stabilité, « nous » c’est le chaos. Comme dans la vallée du M’zab ?
Citoyenneté ou identités meurtrières ?
Et si ce qui se passe dans la vallée du M’zab préfigurait notre avenir plutôt que des résidus du passé ? Un avenir où des communautés se disputeraient à coup de massue croyant servir leurs ancêtres, mobilisant leurs mémoires, leurs différences, pour ne servir en définitive que de chair à canon à des planqués sans autre identité que celle de leurs comptes en vrac et au noir, cachée dans des sacs poubelles. Et si dans la vallée du M’zab les enjeux étaient contemporains de l’affaiblissement de l’état où la propriété de terre disputée, de cours d’eau, de lots de terrain en situation de rareté ne se défend plus devant des tribunaux mais à coup de hache ? Un état qui privatise la violence au service d’intérêts privés plutôt que d’être garant de l’ordre public, si cher à nos gouvernements quand en vérité leurs pratiques participent, si elles ne le créent, du désordre. Alors que des algériens prétendants à la citoyenneté manifestent avec douleur devant les institutions de l’état, les mairies, les Daïra, les Wilaya, les organismes publics, que fait l’état ? Il les renvoie à leur tribu en s’inspirant des cartes de l’armée française datant des années 1800, à la recherche de sages du villages capables de punir les enfants de la tribu qui n’embrassent pas la main du caïd. L’Algérie n’est pas un village et nous sommes en 2014. Dans la vallée du M’zab pour la première fois depuis l’indépendance des listes concurrentes de mozabites se sont disputées des APC, de jeunes mozabites faisant exploser les représentations communautaires, les deal entre de vieilles structures négociant leur droit à la différence contre le soutien au régime. Et, vous savez quoi ? Ce sont ces listes d’indépendants, de partis comme le RCD ou le FFS qui ont remporté des sièges. A Metlili les mêmes stratégies étaient à l’oeuvre sur des territoires Chaamba. Dans les universités des jeunes énamourés Chaambis et mozabites se regardent dans le désir de fonder une famille interdite par des identités meurtrières. Et si l’enjeu, c’était aussi le ventre des femmes, la descendance à venir entre une communauté, les mozabites, minoritaire qui se vit encerclée et qui souhaite ne pas disparaître et les arabes majoritaires moins soucieux du partage des femmes. Dans tous les cas, quels intérêts ont-elles aujourd’hui à transformer ces terres d’oasis que ces communautés ont inventées, travaillées, labourées en terre de saccage ? Se renvoyant une pureté ethnique, chacune invitant l’autre à retourner à son territoire d’origine, les Bbanous Hillal contre les Rostomides, alors qu’ils sont tous installés sur ces terres d’accueil et de vieux exils et qu’ils se sont sans doute bien plus mélangés biologiquement qu’ils ne le pensent. Interdire la construction d’une citoyenneté algérienne, à l’école, devant les tribunaux, dans les rues, les commissariats, les casernes, les médias c’est condamner les algériens à s’inventer des identités meurtrières. Et, nous qui sommes nous ?
Nous ne sommes pas des tubes digestifs
Nous sommes pourtant un peuple qui ne devrait pas avoir honte de son histoire. Nous sommes un peuple, et c’est exceptionnel, dont l’icône de sa libération est une femme : Djamila Bouhired, fille de la Casbah qui, torturée par les paras français en pleine guerre pour l’indépendance du pays (1954_1962), éclate de rire à la gueule de ses tortionnaires qui lui annoncent qu’elle va être guillotinée après la bataille d’Alger. Ce symbole presque magique n’est pas sorti du néant, il est arrimé à une longue histoire d’un pays de résistants à bien des despotes, romains, berbères, arabes, français, un peuple partie prenante de l’histoire de la Méditerranée, de l’Afrique et de l’humanité toute entière, comme n’importe quel peuple du monde. Ni plus, ni moins.
Et, « Vous assistez passivement à l’appauvrissement de votre pays. Tous les biens de votre pays sont dilapidés par des gens occultes que nous ne connaissons pas et qui se sont transformés en mafia. » nous a reproché un vieux monsieur, Brahim Chergui, il avait l’âge du PPA, du FLN, canal historique, venu au cinéma l’Algéria rendre hommage à un compagnon de lutte pour la libération nationale. Il faut cependant rendre justice aux exclus qui, en dépit de l’horreur traversée et à venir, se battent pour que leur citoyenneté soit respectée contre « ces gens que nous ne connaissons pas ».
S’organisant en comité de chômeurs, en comités de quartiers, en syndicats autonomes, tentant d’élire des délégués dans des conditions extrêmement difficiles, ils font grève, ils manifestent pour une redistribution équitable des logements, pour des routes, des hôpitaux. Ils font rendre justice aux fonctionnaires qui, à travers leur mouvement, en revendiquant des salaires décents, défendent quoiqu’on en dise, ce qui reste de service public, dans l’enseignement, la santé etc…
Il faut rendre justice à tous ces combats collectifs et individuels contre la corruption, le gaspillage d’argent public, à toutes ces résistances populaires qui, depuis le bas du monde, tentent de recréer des solidarités, de la fraternité pour retisser le tissu social décomposé par deux guerres menées, dans le même temps,aux algériennes et aux algériens : une guerre civile et une guerre économique.
Tentant de défendre leurs intérêts de classes dangereuses, dépossédées de leur droit à la citoyenneté mais insoumis, en révolte perpétuelle, ils protestent contre les mécanismes de domination écrasants, domination de classe quasiment armée et ils revendiquent le droit à se construire en opposition. Ils interpellent l’état qui demeure pour eux le grand organisateur du monde, il lui demandent d’être le garant de la justice sociale et de la justice tout court. Ils revendiquent le droit de s’organiser pour défendre leur droit au travail et le droit du travail. Ils sont la modernité de ce pays et non pas son chaos, car ils demandent des règles et des règlements qui s’appliqueraient à tous contre l’anarchie, le droit du plus fort, contre le mépris et pour la fierté.
« Mais si ces jeunes, ces marginalisés, écrivait encore Saïd Chikhi, ont indiqué la cible, ils ne peuvent en revanche, montrer la voie. (…) plus motivés par la rage d’appartenir au champ marginal que par des utopies de transformation sociale. » Nous en sommes là, les marges construisent de l’opposition mais sans être portées par des utopies de transformation.
Peuple de qualité cherche élite
Alors, oui, peuple de qualité cherche élite à sa hauteur. Le job est difficile, il demande des sacrifices, une grande opinion de la liberté, de la pensée et de l’engagement, une capacité critique à penser l’épaisseur du monde et peu d’avantages. Cette élite doit pouvoir se trouver dans les villes et les campagnes, les bourgs et les faubourgs, au sud comme au nord, dans la diaspora algérienne, dans les syndicats, dans les mouvements de protestations populaires, dans les universités bien que détruites, dans les mouvements de femmes, les mouvements des victimes de la guerre civile et de la guerre économique, chez les fonctionnaires, les ouvriers, les intellectuels, les artistes, dans les mosquées et les prisons, pour que les choses soient claires.
La feuille de route consiste à montrer qu’ « En réalité la cause structurelle de la crise est l’impasse d’un ordre social traditionnellement établi dans le pays et qui laisse toujours percer les contours de la permanence, de ce qui dure, de ce qui ne bouge pas au niveau de formes archaïques et sans cesse renouvelées de la domination politique et du contrôle social. » ( Saïd Chikhi, in Mouvement social et modernité, NAQD/ SARP 2001)
Et, d’ajouter que : « Cette situation résulte non pas de l’absence de différenciation au niveau économique et sociale mais du fait principal que la classe dirigeante interdit l’expression autonome de revendications opposées, refuse l’institutionnalisation du conflit social et réprime tout mouvement social pouvant servir de levier à la formation d’une action organisée en stratégie. »
En plus clair : « Autrement dit, la crise dont il s’agit n’est pas seulement le produit de la dérégulation économique ou l’effets de rapports sociaux capitalistes mondialement organisés. »(S.C)
Même, si « Ces paradigmes s’imposent mais non seulement ils ne suffisent pas pour expliquer totalement le système global mais ils risquent, en occultant, de servir d’alibis à toutes les stratégies politiciennes aussi contradictoires soient-elles. » (S.C)
Du genre : les foules sont manipulées par « la main étrangère » pendant que le pouvoir défend la « souveraineté nationale » alors que dans le plus grand secret, les puissances militaires s’installent à proximité de leurs intérêts stratégiques. En conséquence, pour construire collectivement des utopies de changement social, il faut revendiquer, haut et fort, le droit à « l’expression autonome de revendications opposées », « le droit à l’institutionnalisation du conflit social », contre la répression «  du mouvement social » et pour « une action organisée en stratégie » seule force « susceptible de conduire à un changement historique. »
La route sera longue et difficile car il s’agit d’inventer collectivement un nouveau calendrier, de construire de l’intelligence collective aujourd’hui émiettée, d’être créatifs, inventifs pour que les algériennes et les algériens soit égaux en droit, libres de choisir leurs représentants en fonction de leurs intérêts de groupes sociaux, en peuple souverain, tel un roi en son pays.
Ce n’est pas la lutte des classes mais c’est mieux que la lutte des clans, si nous voulons vraiment que l’heure du renouveau sonne, parce que l’alternative au chaos c’est d’abord nous…avec ou sans « elle ». Ce que nous voulons, m’a dit un jour un intellectuel au chômage, fils du désert : « nous voulons la paix et la démocratie, les deux, et sans violence parce que cette fois-çi, nous ne nous ferons pas avoir. » C’est là toute l’exigence algérienne que les autres ne comprennent pas car ils ne connaissent pas les chemins que depuis des siècles nous escarpons.
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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