ELWATAN-ALHABIB
lundi 31 mars 2014
 

CAMPAGNE ELECTORALE : Benyounes et Ghoul agressés à Vitrolles (France)


Il a fallu l’intervention de la police française pour sortir d’une salle en furie sains et saufs Benyounes et Ghoul ce dimanche à Vitrolles (Bouches du Rhone ).
Malmenés dès leur première sortie en Algérie, les deux ministres, couplés dans un duo provocateur, ont été envoyés en France où ils étaient supposés ne pas attiser la même haine que celle qu’ils alimentent en Algérie.
La réunion avait été pourtant méticuleusement préparée. Des jeunes dealers des quartiers nord de Marseille, soigneusement choisis avaient été convoyés à Vitrolles contre 150 euros chacun pour garnir le meeting prévu dans la salle de la ville à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la capitale phocéenne où une forte communauté algérienne attendait de pied ferme « les représentants les plus impopulaires du gouvernement », selon le propos d’un ex enseignant de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou établi à Aubagne.
L’agence Soleil Voyages de Marseille appartenant au frère de Benyounes, sénateur du tiers présidentiel, transformée en QG de campagne de Bouteflika, avait néanmoins informé quelques personnes pour faire le déplacement sur Vitrolles afin de se montrer au premier rang et donner aux caméras de l’ENTV quelques images d’une salle occupée par d’honorables émigrés. Il n’en a pas fallu plus pour la nouvelle se répande comme une trainée de poudre chez des étudiants algériens de Marseille.

Hasard de l’histoire, dans ce département l’émigration est essentiellement originaire de Kabylie et de l’Ouarsenis, deux régions dont sont originaires les deux compères et où le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas en odeur de sainteté.

A 14 heures, les deux compères se préparaient à peine à commencer leur meeting qu’un indescriptible chahut émane de la salle, des insultes fusent, des objets volent et la tribune est envahie.  Les deux conférenciers fuient la scène et se réfugient dans les couloirs. C’est le consulat de Marseille qui alerte la police française pour extraire les deux otages du guet apens où ils s’étaient mis.
Faut il continuer à s’exposer devant une émigration qui voit dans ces deux individus le symbole de la corruption ? Vont ils faire des réunions clandestines ? Après tout leur parrain fait campagne par tracts interposés.
Akli Darni
 
 


« L’Algérie, entre guerre civile et glaciation à la Brejnev », selon Hocine Malti

 

 

 

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le 31.03.14 
zoom | © Sofiane Chouiter

L’ancien vice-président de Sonatrach, Hocine Malti,  est revenu sur la genèse de la candidature du président Bouteflika  à un quatrième mandat, lors d’une table ronde organisée samedi dernier à Montréal par  l’Association des amis de l’Algérie plurielle et du Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA).

 
Faisant un long mais instructif retour sur les événements qui ont secoué la scène politique nationale les derniers mois, Hocine Malti trouve que les révélations d’Amar Saadani, le secrétaire général du FLN, contre le général Mohamed Médiène, patron du Département de renseignement et de sécurité (DRS), sont des secrets de Polichinelle.
La nouveauté, a-t-il affirmé,  est que « c’est la première fois qu’un apparatchik  dénonce d’une façon aussi violente les agissements du général Médiène alias Toufik. Encore qu’il n’a pas tout dit »  puisque soutient l’ancien vice-président de Sonatrach « nombre d’attentats et d’assassinats sont l’œuvre du DRS ».
Le pouvoir tentaculaire du DRS serait la résultante d’un réseau de 1 300 000 agents, loin derrière les 200 000 habituellement annoncés, explique Hocine Malti. Ces derniers encadrent  toutes les activités en Algérie (politique, économie, association, culture…. ). Un Etat dans l’Etat.
Pour l’auteur de Histoire secrète du pétrole algérien (La Découverte – 2010), « contrairement à ce qui a été rapporté, les attaques contre le général Mediène proviendrait non pas du clan présidentiel mais d’un autre clan de l’armée, à savoir l’état major ».  Mais le patron du DRS a fait endosser l’attaque au clan présidentiel  car « dans cette bataille de la communication,  tout son argumentaire était bâti sur la préservation de l’unité de l’armée. Il ne pouvait pas donner l’impression de casser cette unité», explique celui qui a été vice-président de Sonatrach de 1972 à 1975. 
Pourquoi, alors, toute cette pression sur le président Bouteflika et son frère Said ? Pour Hocine Malti, « le DRS et son patron ont fait comprendre aux membres du clan présidentiel que s’ils ne prenaient pas fait et cause pour le patron du DRS dans sa guerre contre l’état major, ils pouvaient faire leur deuil du quatrième mandat ».
Toutes les rumeurs sur le limogeage de Toufik et autres fuites concernant le DRS et qui présentaient son patron comme la victime d’une cabale, explique Hocine Malti, émanaient d’une presse aux ordres. D’ailleurs pour lui, «  toute la presse algérienne est aux ordres du DRS », puisqu’elle n’aurait rapporté que le point de vue de ce dernier après les attaques de Amar Saadani.
Les sorties médiatiques du général Hocine Benhadid, ex-chef de la 3ème région militaire, de Hicham Abboud ancien officier de la sécurité militaire et de Mohamed-Chafik Mesbah politologue et ancien agent des services, constituent la riposte du général Mediène et du DRS pour se présenter comme « le dernier rempart contre les menaces internes et externes qui guettent l’Algérie ».
 
Miracle à l’algérienne
Finalement, après des négociations entre le clan présidentiel et le DRS qui garantissaient à Bouteflika  le soutien des services secrets pour un 4ème mandat, le président sortant s’est porté à la défense du département de renseignement et de sécurité.
Bouteflika avait, à l’époque, réagi dans un communiqué, en affirmant  que  « les dépassements de certains milieux portaient atteinte à l’unité de l’armée, du pays et atteinte à son image. Et que nul n’avait le droit de s’en prendre à l’ANP et que le DRS avait toujours fait son travail correctement… ». Et tout s’est arrêté !
L’arrêt des hostilités entre les différents clans, relève de ce qu’appelle ironiquement Hocine Malti, le miracle à l’algérienne.
 « Bouteflika a mis une fin temporaire à l’affrontement des deux camps de l’armée, état-major et DRS. Il a assuré du même coup sa réélection et a mis toute sa tribu à l’abri de mesures de rétorsion. Mais cette trêve ne durera pas éternellement », selon le conférencier. 
« La fracture au sein de l’armée est profonde et le cessez-le feu n’est que temporaire », estime-t-il.  Les hostilités devraient reprendre après le 17 avril à l’occasion du choix du vice-président : « Abdelaziz Belkhadem ou Ahmed Ouyahia », croit Hocine Malti.
« Il faut espérer, seulement, que ce ne sera pas une nouvelle guerre civile. Car l’affrontement se ferait entre deux clans de l’armée. Ce qui constituerait une prémice d’une situation à la libyenne ou à la syrienne », a-t-il dit.
L’alternative tout aussi détestable, selon Hocine Malti, serait que « les deux clans s’entendent sur un partage du pouvoir et la rente pétrolière afin de faire perdurer encore le régime en place depuis 1962. Et l’Algérie sera pour quatre ou cinq ans dans une autre ère glacière à la Brejnev, dirigée par un homme incapable de parler, de se mouvoir, de voyager ou de participer à des forums internationaux. En un mot incapable d’accomplir toutes les tâches qui relèvent de la fonction d’un président de la République.».
 
Table ronde
La table ronde à laquelle participait Hocine Malti, a été aussi l’occasion pour Omar Aktouf professeur de management à HEC Montréal de revenir sur les raisons de l’échec algérien. Pour lui « la magouille a commencé à l’indépendance ».
Mouloud Idir, politologue, voit la sortie de crise en Algérie à travers « une solution politique négociée afin d’éviter la voie de la confrontation ». Il estime qu’il faut « rendre impossible l’utilisation de la violence ».Il a plaidé pour « une assemblée constituante et la reconnaissance de tamazight ainsi qu’une façon moins euro-centrée de voir le phénomène islamiste».
Lors du débat qui suivi,  Azedine Chikhi , membre fondateur de l’Association des amis de l’Algérie plurielle s’est dit confiant en la société civile algérienne. « C’est vrai qu’elle semble être en déclin. Mais elle se régénère et on le voit dans le mouvement Barakat », a  affirmé celui qui présente son association comme  « un cadre d’expression plurielle et diversifiée et qui tient compte de toute la réalité sociologique, politique et culturelle de l’Algérie ».
Enfin, Sid-Ahmed Soussi, professeur au département de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQM) est intervenu avec une présentation sur les syndicats autonomes en Algérie.
 
Sur Internet :
Samir Ben
 
 
Les Etats-Unis sont-ils toujours les maîtres du monde ?
L’équipe du site



 L’intervention active de Washington dans la politique ukrainienne qui s’est soldée par un échec et les sanctions contre la Russie ont montré que les Etats-Unis se croyaient toujours les « maîtres du monde ».

Les stratèges américains ne veulent pas remarquer les changements qui s’opèrent dans l’équilibre des forces globales. Ils ont l’intention de continuer à dicter leur ordre du jour aux continents et aux pays. Néanmoins, la politique extérieure des Etats-Unis foisonne de fautes graves et d’actions absolument illégales qui ont transformé des pays entiers en territoires de chaos et d’anarchie. Le moment n’est-il pas venu de priver les Etats-Unis de leurs compétences de gendarme mondial que d’ailleurs personne ne leur a octroyées ? Cette question rhétorique se transforme en question purement pratique.


De plus, les buts déclarés ouvertement ne correspondent pas aux tâches réelles, souligne Vilene Ivanov, conseiller à l’Académie des sciences de Russie.

« Quand ils font semblant de vouloir développer la démocratie ou de faire respecter les droits de l’homme et que sous ce label ils engagent des actions pratiques, il est évident que cela masque des tâches réelles. Ces tâches réelles sont assez pragmatiques et sont principalement liées aux intérêts économiques des Etats-Unis et aux tentatives de se créer des satellites qui vont les soutenir. Ils ne sont pas regardants sur les moyens d’agir, à commencer par le recours à la force. Ils arrivent souvent à atteindre leurs buts, sans pourtant prévoir les conséquences. Le retour de bâton les frappe eux-mêmes, ainsi que leur politique. »

La politique américaine a eu des conséquences tragiques en Irak et n’a pas réduit la menace terroriste dans le monde. Vient ensuite l’Afghanistan d’où les troupes américaines se retirent. Quand elles étaient localisées dans le pays, la position sociale et économique de l’Afghanistan s’est dégradée, tandis que la production de drogue s’est multipliée. Or, la décision de Washington de suspendre la coopération avec Moscou dans la lutte contre la drogue fera le jeu des organisations mafieuses afghanes de narcotrafiquants, a déclaré le Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants.

Une histoire dramatique s’est également déroulée en Libye.

Même si l’on considère les pays qui sont plus proches du territoire américain, les partisans fervents de la démocratie américaine ne sont pas nombreux. De plus, il y a des adversaires irréductibles, en l’occurrence le Venezuela. Il est tout à fait évident qu’après l’écroulement de l’URSS le monde est devenu plus dangereux. Ainsi, n’ayant plus de force qui la retienne, ni de contrepoids, la seule superpuissance se croit tout permis et agit en toute impunité. Elle est devenue dangereuse pour son entourage et pour elle-même. Dans ce contexte, la victoire des Etats-Unis dans la guerre froide peut être considérée comme un krach grandiose.

Source: La Voix de la Russie

Source: Agences
 
 
 
Obama, un faucon sous les plumes d'une colombe 
 
 
 
 
 
par Moncef Wafi
Lorsqu'il a pris les clés de la Maison Blanche en 2008, le monde, surtout son tiers, a commencé à rêver à une existence plus clémente. A voir le ciel un peu plus bleu et à espérer en des lendemains moins pénibles. Avec son prix Nobel de la paix, le monde découvrait enfin une colombe à Washington, un chantre de l'égalité et de la justice. Il avait promis mille choses qui ne nous regardent pas et quelques phrases qui nous étaient réservées. Il avait frémi à l'idée même de voir des innocents croupir à Guantanamo, jouant les escalopes vivantes à la Abou Ghraïb. Il avait dénoncé la torture et la guerre. On voyait en lui le dépositaire de la cool attitude, le défenseur zélé de la veuve et de l'orphelin, l'ami des Musulmans et des Arabes.

En devenant le 44ème président de l'Empire, Barack Obama s'est délesté de son troisième prénom, a oublié de fermer Guantanamo et ses deux mandats sont devenus ceux des drones. Obama s'est blanchi au contact des murs de la Maison Blanche, a remisé ses plumes de colombe de la paix pour revêtir l'uniforme qu'on lui a confectionné. Le faucon est apparu dans toute sa splendeur carnassière, militariste à souhait, ami des constructeurs d'armes et allié des lobbies pétroliers. Sous son premier mandat, et le deuxième aussi, des centaines de civils arabes et musulmans seront assassinés, sous couvert de la lutte antiterroriste, dans les quatre coins du monde. En Afghanistan, au Pakistan et au Yémen, il envoie ses drones tirer des missiles sur des femmes et des enfants, victimes collatérales d'une sale guerre où le seul mort est à enterrer dans l'autre camp. Celui de l'ennemi qui n'aime pas l'Amérique d'Obama. Le président américain a fait de ses escadrons de drones la nouvelle arme de dissuasion massive pouvant atteindre n'importe qui n'importe où, quitte à tout détruire dans un rayon de cinq kilomètres. La colombe est devenue inquisitrice et le seul soupçon de respirer l'air des «bad guys» peut signer votre acte de décès paraphé par un missile dronique made in Obama.

Pourquoi évoquer Obama aujourd'hui et maintenant alors que l'Algérie scrute son horizon post 17 avril comme on cherche le croissant lunaire annonçant la fin du ramadhan ? Because. Obama est actuellement en Arabie Saoudite, notre plus grand ami qui ne nous veut que du bien, tellement du bien que les wahhabites nous ont exporté et leur doctrine rigoriste de l'islam et leur conception du djihad qui consiste à égorger son frère musulman du moment que c'est en dehors de leur désert. John Kerry, lui, est dans nos murs pour nous chuchoter à l'oreille que celui qui veut devenir président du pays ou le rester n'a qu'à obéir ou mal lui en prendra puisque de l'aéroport de Houari Boumediene, il s'embarquera vers le Maroc, un autre de nos plus fidèles amis. Et qu'avant ça, Obama, le visionnaire en location, a parlé de nous. Oui, de l'Algérie, plutôt de son gaz, vu que selon la nouvelle géostratégie, ce sont deux concepts distincts. Le pays et les ressources énergétiques. En évoquant l'Ukraine et partant le reste de l'Europe qui dépend du gaz de Poutine, Obama a fait allusion à deux solutions: son propre gaz de schiste, mais le prix pose problème sinon se tourner vers la Norvège et l'Algérie. Brrr, le maître du monde s'est souvenu de notre existence et ce n'est pas bon du tout, mais vraiment pas. Demandez à l'Irak, la Syrie, la Libye…
 
 
Une machine électorale qui a perdu son efficacité 
 
 
 
 
par Kharroubi Habib
Sur le papier, le camp pro-quatrième mandat paraissait en mesure de concrétiser son ambition avouée d'assommer dans la campagne électorale d'entrée de jeu les camps adverses, tant ceux des candidats en lice contre Bouteflika que celui des boycotteurs de l'élection présidentielle. Le conglomérat de partis, organisations sociales et associations présumées représentatives de la société civile ainsi que d'autres groupes d'influence qu'il réunit semblaient effectivement en capacité de réaliser cette ambition.

Après une semaine de campagne électorale, l'on constate que la machine électorale qui s'est mise au service du quatrième mandat n'a pas l'efficacité qui en était attendue. Ce qui s'est vérifié dans les ratages qu'a connus la campagne électorale en faveur du président candidat depuis son démarrage. Au lieu de triomphale et d'étouffante pour les camps adverses, celle-ci est apparue comme une opération ratée au vu que le conglomérat n'est pas encore parvenu à réunir un meeting qui aurait pu écraser par son ampleur aussi bien les manifestations électorales des autres compétiteurs que celles des boycotteurs. De rouleau compresseur que l'on promettait qu'elle sera, la machine électorale pro-quatrième mandat s'avère être un « pétard mouillé » qui n'impressionne personne.

La raison principale qui fait que cette machine qui en théorie devait du fait de sa force emballer en faveur du quatrième mandat la campagne électorale comme promis par ceux qui l'ont constituée n'a pas atteint cet objectif, est que contrairement à ce qu'ils ont prétendu la candidature de Bouteflika a suscité des réticences et des oppositions qui vont au-delà de celles que manifestent les partisans de ses compétiteurs ou des boycotteurs, car indubitablement partagées par une majorité de citoyens qui ne sont pourtant favorables ni aux premiers ni aux seconds, mais simplement convaincus que le président sortant briguant sa reconduction n'est plus en capacité physique de continuer à présider aux destinées de la nation.

A cela s'ajoute que le conglomérat composant le camp pro-quatrième mandat est sous son apparence de force une coquille qui s'avère vide. A commencer par les quatre partis censés être les fers de lance de sa campagne : le FLN, le RND, le MPA et le TAJ. Les deux premiers payent d'avoir à l'orée de l'échéance électorale été déstabilisés par des dissensions et différends internes qui ont poussé une partie de leurs encadrements et bases militantes à les déserter au profit de leurs adversaires. Le grand bénéficiaire de ces saignées est incontestablement le camp Benflis.

Le MPA et le TAJ se révèlent quant à eux en cette période cruciale pour le camp des pro-quatrième mandat n'être qu'une supercherie politicienne tant apparaît évidente leur incapacité à mobiliser. Ces quatre partis dont on prétend qu'ils sont les plus grands du pays et donc véritablement en ancrage dans la population et la société n'arrivent pas à réaliser solidairement ce que parvenait à faire une simple kasma du temps du parti unique : à savoir réunir un auditoire impressionnant en faveur de l'option défendue.

Que dire alors de cette foultitude d'autres partis qui sont censés leur avoir apporté leur « force de frappe » sinon qu'ils n'ont en fait de preuve d'existence que leurs sigles. Ajoutons encore que la déconfiture du camp du quatrième mandat est alourdie par le flop que font les personnalités auxquelles Bouteflika a confié le soin d'animer sa campagne électorale. Toutes sont lestées de « casseroles » et d'une réputation rebutante qui fait se détourner les citoyens des manifestations qu'ils président. La voie royale que le camp des pro-quatrième mandat prévoyait pour sa campagne électorale tourne incontestablement à la débâcle dont les effets se traduiront dans le scrutin.


 
dimanche 30 mars 2014
 

Interview : «En à peine un an, la perception de la Russie a changé au Moyen-Orient»

 

 

 

 

René Naba
Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP, René Naba vient de publier un ouvrage sur l’Arabie saoudite (1). Il y décrypte les enjeux du prochain déplacement, prévu fin mars, de Barack Obama au «royaume des ténèbres», dans un contexte tendu par les crises syrienne et ukrainienne.
HD. Dans quel contexte Barack Obama effectue-t-il sa visite en Arabie saoudite ?
RENÉ NABA. Ces dernières semaines, la conjoncture internationale s’est considérablement modifiée au détriment de ce que j’appelle «l’islamo-atlantisme», c’est-à-dire l’alliance de l’islam wahhabite et des pays de l’OTAN. La rébellion syrienne, sou¬tenue par l’Arabie saoudite, a subi d’importants revers en perdant, par exemple, la ville de Yabroud. Toute la région côtière va être sécurisée au profit du gouvernement syrien. S’y ajoutent le camouflet diplomatique en Crimée et la guerre qui couve entre les Saoudiens et les Qataris.

HD. La Russie joue-t-elle un rôle plus important au Moyen-Orient ?
R.N. Mahmoud Abbas, président de I’Autorité palestinienne, a déclaré récemment: «Ne faites jamais confiance aux Américains. Si vous voulez récupérer vos droits, adressez vous aux Russes. En moins d’un an, il y a eu une modification de la perception de la Russie au Moyen Orient. En Égypte, le général Al Sissi renoue actuellement avec Moscou, et les États-Unis n’y peuvent rien. Souvenez-vous que les Saoudiens, via l’ex-patron des services de renseignements, Bandar Ben Sultan, avaient proposé, entre autres et en vain, 14 milliards de dollars (10,15 milliards d’euros) d’achat d’armes russes pour que Poutine lâche Bachar Al Assad. Le soutien indéfectible que la Russie a apporté à la Syrie porte en quelque sorte ses fruits.

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« EN ÉGYPTE, LE GÉNÉRAL AL SISSI RENOUE ACTUELLEMENT AVEC MOSCOU, ET LES ÉTATS-UNIS N’Y PEUVENT RIEN. MIKHAIL METZEL / RIA NOVOSTI / KREMLIN POOL / EPA / CORBIS »
HD. Cette visite intervient dans un climat de grande tension entre le Qatar et l’Arabie saoudite…
R. N. L’Arabie saoudite n’a pas sup-porté de voir des États arabes, comme l’Égypte, porter au pouvoir par les urnes des mouvements islamistes comme les Frères musul-mans. C’est contraire aux principes héréditaires qui régissent la trans-mission du pouvoir à Riyad. Vous avez eu le même phénomène en Tur-quie, pays non arabe mais sunnite. Le Qatar a encouragé partout ce processus, que ce soit en Libye ou en Tunisie. Ensuite, il y a un problème de légitimité. Pour les Saoudiens, un dirigeant arrivé au pouvoir par un coup d’État, comme ce fut le cas de l’ex-émir du Qatar, Hamad Al Thani, n’est pas légitime. Pour Barack Obama, cette guerre entre les deux monarchies est un désastre absolu: de fait, la seule instance régionale de coopération inter arabe (la Ligue arabe – NDLR) est neutralisée.

HD. La question énergétique est étrangement absente des analyses des crises qui secouent la région…
R. N. La guerre en Syrie a débuté en partie pour des raisons énergétiques. En prévision du bombardement de l’Iran, initiative soutenue par l’Arabie saoudite, le Qatar avait tenté de convaincre Bachar Al Assad de laisser passer un pipeline pour que le gaz qatari puisse contourner le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran, et alimenter l’Europe via la Turquie. La Syrie avait refusé, entre autres parce que cela allait à l’encontre des intérêts de deux de ses plus fidèles alliés, l’Algérie et la Russie. Le grand problème de l’Europe actuellement, et la crise en Ukraine en fait la démons-tration, c’est que son ravitaillement en gaz dépend fortement de l’Algérie et de la Russie, qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’OTAN.

HD. L’Arabie saoudite se rapproche d’Israël. Les États-Unis vont-ils demander aux Saoudiens une reconnaissance officielle de l’État hébreu ?
R. N. Les Saoudiens ne reconnaîtront pas Israël dans l’immédiat, mais les signes se multiplient. Ils ont, par exemple, toléré que la protection des frontières des Émirats arabes unis soit confiée à une société israélienne. C’est aussi des Israéliens qui s’occupent de la sécurité à l’aéroport de Djedda, via une filiale de la société étrangère, G4S. Potentiellement, les Israéliens peuvent avoir accès aux empreintes digitales et aux données biométriques de la plupart des fidèles qui se rendent en pèlerinage à La Mecque. Les Saoudiens vont vouloir négocier leur éventuelle reconnaissance d’Israël avec les États-Unis, par exemple en trouvant une porte de sortie honorable au conflit syrien et des garanties à la suite du rapproche-ment en cours avec l’Iran.

Edition du 27 mars 2014, Disponible en kiosque

Entretien réalisé par Marc de Miramon
mdemiramon@humadimanche.fr
 
 

L'ART DE SE DUPER SOI-MEME
 
 
 
 
 
par M. Saadoune
Les diplomates européens à Tel-Aviv ne sont pas des militants BDS, ils représentent des États qui sont fortement engagés aux côtés d'Israël. Dans leur rapport annuel à «usage interne», ils parlent d'accélération sans «précédent de la colonisation» à Jérusalem-Est depuis la reprise du «processus de paix» en juillet dernier sous la houlette des Américains. Pour illustrer cette accélération, ils soulignent que les autorisations de construction de logements à Jérusalem-Est entre août 2013 et janvier 2014 ont été aussi importantes que durant les quatre années précédentes.

Quand les diplomates de pays amis d'Israël font ce genre de constat, cela signifie qu'il n'existe plus aucune raison de négocier. Et ils s'attendent à ce qu'Israël œuvre à remettre en cause le statuquo autour de l'esplanade de la Mosquée d'Al-Aqsa. «Il existe un risque significatif pour que des incidents sur l'esplanade des Mosquées (...) ne suscitent des réactions extrêmes aussi bien localement qu'à travers le monde arabo-musulman». Ce rapport européen montre à quel point les dirigeants palestiniens aiment se duper autour du rôle de «médiateur» des Etats-Unis qui n'a jamais existé, même sous Obama. Les dernières négociations de «paix» relancées par John Kerry ne diffèrent en rien de toutes celles menées précédemment, elles sont l'écran de fumée derrière lequel se poursuit une entreprise méthodique d'occupation et de purification ethno-religieuse de la Palestine. L'accélération de la colonisation de Jérusalem-Est, survenant de pair avec un morcellement de la Cisjordanie, se fait avec l'aval tacite de l'administration américaine et le soutien franc de l'establishment américain.

Il ne faut pas s'attendre à ce que le rapport des diplomates européens se traduise par des mesures pratiques même s'il contient quelques recommandations sur l'étiquetage des produits venant des colonies et le non-octroi de visas aux colons «reconnus coupables» de violences contre les Palestiniens. Mais encore une fois ce rapport qui met clairement en corrélation la fiction de la négociation sous supervision US et l'accélération de la colonisation soulève des questions sur la démarche, aberrante, de l'Autorité palestinienne. Que peuvent-ils espérer d'un processus vicié à la base et dans un contexte de divisions internes qui réduit à néant la capacité de «négocier» de l'Autorité palestinienne. Celle-ci a pourtant tous les éléments en main pour savoir qu'il n'en sortira rien de ces négociations censées se terminer en avril.

Nabil Chaat, responsable des relations internationales au Fatah, fait un constat sans appel sans en tirer les conclusions qui s'imposent. Il constate en effet que les «Américains n'ont pas joué honnêtement leur rôle de médiateur» et que l'administration Obama colle encore plus fortement aux exigences israéliennes que ne l'ont été les administrations de George Bush senior et Bill Clinton. Cette lucidité du constat ne se traduit pas par une politique adaptée. On continue de courir derrière l'administration tout en retardant, par les actes, le processus de réconciliation avec le Hamas. Nabil Chaat a agité la possibilité de «suivre la voie de l'Afrique du Sud» et de soutenir un boycott total d'Israël et de reprendre les démarches pour une reconnaissance par les organismes internationaux et notamment par la Cour pénale internationale.

Tout cela est énoncé comme une vague possibilité dans l'espoir, vain, d'être entendu par une administration américaine qui fait de la surenchère dans la défense d'Israël. Cela dépasse la naïveté, on est dans la faute politique qui se perpétue. Et le fait que l'Autorité palestinienne est devenue une instance de fait à la légitimité populaire ébranlée est pour beaucoup dans cette fuite en avant. Il est patent qu'il n'y a strictement plus rien à négocier. La seule chose à faire est de reconstruire l'union nationale et de résister.
 
 
Après le 17 avril on «rasera gratis» 
 
 
 
 
par Kharroubi Habib
Les candidats et leurs états-majors doivent déchanter car la campagne électorale s'avère pour eux difficile à mener tant les citoyens manifestent de l'indifférence à son déroulement. Ils le constatent amèrement au vu des maigres auditoires que rassemblent leurs meetings, dont certains ont été purement et simplement annulés faute de présence citoyenne.

Il se passe comme si les citoyens considèrent leur campagne électorale en cours comme n'étant qu'un écran de fumée destiné à cacher que l'élection présidentielle est jouée avant d'avoir été organisée. Bien qu'ils ne ménagent pas leurs critiques et dénonciations à l'encontre du système et du président candidat, des compétiteurs sont à tort ou à raison perçus comme ayant accepté de participer à «l'enfumage» en servant de «lièvres» à un vainqueur déjà connu qui n'est justement autre que le président sortant.

Pour tenter de convaincre que cette perception de leur participation à l'élection présidentielle est fausse, les candidats que l'opinion qualifie de «lièvres» durcissent peu à peu leurs interventions jusqu'à se laisser aller à verser dans l'attaque «au bas de la ceinture» contre le président candidat et son camp mais aussi histoire de s'en démarquer contre les autres compétiteurs. Il est en train en conséquence de s'instaurer un débat politique durant cette campagne qui est au «ras des pâquerettes». Ce qui n'est pas pour susciter l'intérêt des citoyens et les convaincre de se départir de leur indifférence.

Tous les camps en compétition pour cette élection présidentielle ont promis qu'ils mèneront campagne sur la base de discours responsables axés sur les questions de fond qui importent pour les Algériens et développant les réponses programmatiques qu'ils entendent leur apporter dans le cas où les électeurs les distingueront le 17 avril. Ce qui ressort de leurs interventions en cette première semaine est que chacun promet qu'avec lui l'après 17 avril verra la réalisation de toutes les attentes populaires, la fin de tout ce que les citoyens dénoncent comme étant les tares du système qu'ils subissent depuis l'indépendance. Et dans ce genre de promesse, les représentants du président candidat symbole de ce système ne sont pas les plus avares. Comment s'y prendront-ils pour que l'après 17 avril aille vers ce qu'ils promettent ?

Aucun des candidats n'est porteur d'un programme global et cohérent. Tous égrènent les mesures qu'ils prendront qui font apparaître un point commun à ceux qui les énoncent, celui d'être dans le populisme le plus méprisant pour l'intelligence des électeurs qu'ils courtisent. Tous leur promettent en effet qu'on «rasera gratis» après le 17 avril. Sauf que ces électeurs tenant à garder leurs attributs capillaires ont choisi de ne pas entendre leur promesse et de boycotter les manifestations où ils la leur délivrent.
 
 
Des promesses et du vent. Surtout du vent
 
 
 
 
par Moncef Wafi
Et si le plus grand ennemi de Bouteflika était Bouteflika. Pas lui, ni son reflet dans un miroir du Val-de-Grâce, ni son frère à qui on concède une autorité à la «Père Joseph», le fameux conseiller occulte de Richelieu, alors Premier ministre de Louis XIII. Mais c'est son entourage qui le plombe. Ceux censés le représenter et le faire élire. A écouter et lire toutes les inepties débitées à longueur de temps et d'ondes par ces pseudo-partisans d'un quatrième mandat présidentiel, on a vite l'impression d'étouffer sous un torrent de mensonges les uns plus grands que les autres. Et la première victime reste l'image d'un homme candidat largement écornée par deux mandats de trop. Il ne se passe pas un jour sans que les Algériens ne soient carrément agressés par des sorties impromptues et à l'emporte-pièce d'illustres inconnus sur la scène politique nationale qui envoient tantôt Bouteflika sur la lune pour marcher sur les pas d'Armstrong, l'astronaute pas le junkie jaune, ou qui disent qu'ils l'ont vu voler à côté de Superman au-dessus de Ghardaïa. Il y a même ceux qui affirment que c'est lui, au sortir de son lit d'hôpital, qui a confectionné la nouvelle constitution tunisienne. Véridique. Cela s'est passé lors d'un meeting à Hammam-Bouhadjar, dans la wilaya de Aïn-Témouchent, l'œil de la louve pour les berbérophones, et c'est un membre du conseil de la nation, issu du RND, qui l'a déclaré. Et l'autre qui parle d'un choix divin loin de nos prétentions terrestres à nous pauvres mortels. Et des perles, il y en a eu à enfiler le long des discours officiels entendus lors de cette première semaine d'une campagne indolente ou encore d'autres quidams sortis de l'anonymat algérien le temps de dire et de s'effacer. Côté déclarations, il n'y a pas que dans le camp de Bouteflika que l'on va à la pêche, mais également du côté des autres candidats à El-Mouradia où les promesses d'une Algérie meilleure et plus prospère avec des yeux bleus et des cheveux blonds platine foisonnant. Benflis qui dit qu'il a la solution miracle à la crise de Ghardaïa dans la poche, mais ne la livrera que s'il est élu président, sinon elle peut se noyer dans le sang de ses fils. Abdelaziz Belaïd qui veut faire de l'Algérie le Japon de l'Afrique et qui se revendique filialement de Boumediene. Louisa Hanoune qui dénonce et la visite de John Kerry et celle de l'Emir du Qatar en Algérie, comme si elle ne savait pas que la politique intérieure du pays était dictée de l'extérieur. Elle qui s'attaque à Benflis et aux islamistes absents, à la guerre des étoiles et à Choubaka, à Washington et à Chakib Khelil.

Elle promet comme tous les autres une justice sociale, un partage plus équitable des richesses du ventre de l'Algérie, du boulot pour tous et une fiancée pour les célibataires d'en bas. En deux mots, comme en quinze chroniques ou mille discours électoraux, les candidats peuvent promettre ce qu'ils veulent, tant que c'est gratuit et qu'ils ne payent rien même pas l'électricité de la salle allouée. Mais même s'ils nous envoient au paradis à dos de phrases et de mots volés à la bouche des Algériens, même s'ils nous vendent du rêve à l'œil et du vent à emporter, le peuple leur a déjà tourné le dos.
 
samedi 29 mars 2014
 

La chronique de Benchicou : 10e anniversaire de Bouteflika une imposture algérienne, la peur d’un livre

Il y a dix ans, à pareille époque, c’est-à-dire une époque marquée par cette même espèce de fureur scélérate au moyen de laquelle forbans et mercenaires s’apprêtaient à reconduire le prince – alors, en meilleure forme – pour un deuxième mandat, paraissait en Algérie et en France ce livre dont, à vrai dire, je ne me doutais pas qu’il pût être, à ce point, un écrit de l’augure, dont je ne soupçonnais rien de l’empreinte qu’il allait rageusement apposer sur le temps et, je l’avoue, dont je m’attendais pas qu’il suscite un tel désarroi au sein du pouvoir.
Deux années de prison et un journal démoli.  Ce pouvoir illégitime a peur d’un livre ! C’est ce que me rappelle le dixième anniversaire de « Bouteflika une imposture algérienne », à l’occasion duquel je lève un verre à la santé de ceux qui préservent un peu de notre honneur, qu’ils soient de « Barakat ! » ou des groupes citoyens révoltés moins médiatisés.
Derrière les ricanements mercenaires entourant aujourd’hui la résistance au quatrième mandat, derrière l’ironie du légionnaire Amara Benyounès raillant « le microcosme d’Alger » et les sarcasmes du sergent-supplétif Abdelmalek Sellal moquant grassement le mouvement « Barakat ! », se profile un régime trouillard, effrayé par tout ce qui s’agite, tenaillé par une peur médiévale, la peur d’un livre. Peur d’un mot, d’une lueur dans la nuit.
« Bouteflika une imposture algérienne », je l’avais voulu simple bouteille à la mer : huit mille exemplaires, avions-nous demandé à l’imprimeur. Il nous aura fallu tirer dix fois plus, sans arriver à satisfaire la demande ! On le dit plus grand succès de librairie depuis l’indépendance. Je n’en sais rien. En France, « Bouteflika une imposture algérienne » figura longtemps dans de prestigieux palmarès comme celui de l’Express RTL, du Point ou de l’Hebdo des livres, devant des ouvrages de journalistes réputés comme l’Autre d’Eric Zemmour ou le Roman du Kremlin de Vladimir Vedorowski, se frayant une place dans le box-office parisien, derrière des monstres de la littérature et de l’essai tels Jean d’Ormesson, David Servan-Schreiber, François de Closets ou des succès de librairie comme Le Document de soeur Emmanuelle ou De Gaulle, mon père écrit par le fils du général et qui tenait le haut de l’affiche depuis des semaines.
On estime à trois millions le nombre de personnes qui l’ont téléchargé sur internet. Possible. « Bouteflika une imposture algérienne », c’est le succès d’une société anonyme contre une société secrète. Ils étaient venus de toutes parts, de ce pays profond que découvre aujourd’hui Amara Benyounès à bord de sa limousine, pour un exemplaire, bravant le gourdin du pathétique Zerhouni, se faisant conduire au poste de police puis devant le juge, pour un livre, juste un livre. Nous qui prétendons écrire, ne savons rien de ce que nous devons à ceux qui nous lisent dans l’inconfort des patries muselées.
Le dispositif policier mis en place par le ministre de l’Intérieur autour du siège du journal Le Matin était censé dissuader les lecteurs. C’était mal les connaître : près de deux mille personnes étaient venues ce jour-là acheter leur livre dédicacé, parfois après plus de trois heures d’attente ! Surpris et furieux de les voir sortir avec le brûlot tant décrié, et derrière lequel ils ont passé leur temps à courir, les flics se vengèrent par des exactions inqualifiables sur les citoyens.
Ils matraquaient à tout va, à commencer par les journalistes du Matin dont ils embarquèrent une bonne dizaine ! Les personnes surprises en possession de l’ouvrage furent conduites sans ménagement au commissariat où elles subirent un interrogatoire et où leurs livres furent saisis. Certaines furent molestées, d’autres carrément jetées à terre et piétinées. Parmi elles, beaucoup de figures célèbres de la politique, de la presse ou des arts, comme Ali Dilem, le caricaturiste, brutalisé et conduit de force au commissariat.
Les esclandres se multiplièrent alors : un ancien Premier ministre, malmené par les flics, leur rendit coup pour coup ; une ancienne maquisarde, conduite au commissariat, alerta des personnalités du gouvernement qui la firent relâcher ; une autre à qui on venait de saisir les livres, en acheta immédiatement de nouveaux qu’elle plaça dans son corsage avec ce cri provocateur à l’intention des flics : « Venez les prendre d’entre mes seins, maintenant ! »
En dépit du cordon répressif, les lecteurs continuaient à affluer. La séance de vente-dédicace dura cinq heures, jusqu’à épuisement du premier stock. Devant cette affluence incontrôlable, des renforts de police furent dépêchés, mais en vain : les gens continuaient de former une file interminable devant le siège du journal.
La police de Zerhouni se donnait en spectacle sous l’œil des photographes et la presse n’a pas manqué de la brocarder le lendemain : les brutalités policières étaient à la « une » de tous les journaux. Reporters sans frontières, dénonçant l’interpellation de nos journalistes et du caricaturiste Ali Dilem pour « détention du livre de Mohamed Benchicou », exigea des autorités algériennes de « ne plus créer d’entraves pour les médias qui souhaiteraient se procurer ce livre et en rendre compte librement. »
Oui, je lève un verre à la mémoire du poète.
Deux années de prison et un journal démoli. Oui, j’avoue avoir fêté ce dixième anniversaire en relisant Kabbani : « Le jour où ils m’ont de la tribu chassé Parce qu’à l’entrée de la tente j’ai déposé Un poème L’heure de la déchéance a sonné. »
À suivre
 
 

Sanctions contre la Russie, Guerre et Farce (Asia Times Online)

 

 

 

« Si nous arrivons à un champ de mines, notre infanterie attaquera de la même façon que s’il n’était pas là ». (Maréchal Georgi Yukov).
Commençons par les choses sérieuses. Pendant que le Conseil de la Fédération de Russie signe un traité avec la Crimée, concluant son annexion formelle, l’Ukraine signe les chapitres politiques d’un accord d’association avec l’Union Européenne. La signature de l’accord définitif n’aura lieu que plus tard dans l’année.
Ce sont les faits sur le terrain. Observons maintenant la comédie, appelée aussi guerre des sanctions. La si démocratique Europe a puni le démocratique référendum en Crimée en sanctionnant 33 personnes russes et de Crimée par la gèle de leurs actifs et en leur interdisant de voyager, d’après cette fiction sur pattes style Magritte qu’est le Président du Conseil Européen Van Rompuy. L’Europe a aussi annulé le sommet Europe-Russie prévu à Sotchi le 3 juin. Et la vaste bureaucratie kafkaïenne de la Commission Européenne a utilisé le temps qui était prévu pour allouer des subventions européennes, à préparer de « possibles sanctions économiques », d’après la Chancelière allemande Angela Merkel.
L’Europe est divisée de façon irréparable sur ce qu’il convient de faire. Quoiqu’ils fassent pourtant, la capacité de Moscou à punir est plus grande. Il y aura peut-être un autre lot de sanctions douces la semaine prochaine comme l’a annoncé Merkel, mais c’est tout.
Les Européens comme le font les caniches, imitent la « Voix de son Maitre » quand le Président des Etats-Unis Barak Obama impose solennellement par ordre exécutif davantage de sanctions contre « de hauts fonctionnaires du gouvernement russe ». Les autres cibles des Etats-Unis sont des hommes d’affaires proches du Président russe Vladimir Poutine. Seule une logique d’exception permet de sanctionner des individus considérés responsables des actions politiques adoptées par le pays dans lequel ils vivent. Des avocats du droit international auraient dû penser à sanctionner toute la population des Etats-Unis pour le désastre de la junte Bush-Cheney.
Plus de 60% des américains et des européen s’opposent à une nouvelle guerre froide contre la Russie. Le taux de popularité de Poutine en Russie et de près 75 % et il en est probablement de même dans tout le monde en développement.
Pour autant, personne ne voudra perdre de l’argent en pariant sur l’amateurisme juvénile du gouvernement Obama, comme s’il pouvait avec des acolytes européens sélectionnés, intimider Moscou par quelque message cosmétique. La religion américaine des sanctions, imposée par la furie d’un conquistador propriétaire d’esclaves, détruisit l’Irak pendant des années, et prévoyait aussi de détruire l’Iran. Mais la Russie n’est ni l’Irak, ni l’Iran.
Un homme en uniforme de sanctions, ça me plait.
On ne peut pas dire que les Russes sanctionnés tremblent dans leurs chaussures fabriquées à Londres. En fait l’impact matériel de ces sanctions est nul, et la majorité des personnes visées par elles ont très peu de liens directs avec les Etats-Unis. La première liste américaine incluait le Premier Ministre adjoint, Dimitri Rogozin, et l’assistant présidentiel Vladislav Sourkov. Ils ont éclaté d’un rire sonore et ont dit qu’ils en étaient honorés. La liste élargie inclue des conseillers clefs du Gouvernement de Poutine et même certains de ses amis.
Obama, comme il le fit en Iran, sanctionna la Banque de Russie, un protagoniste mineur (moins de 10 000 millions de dollars en actifs, en comparaison avec le géant Sberbank qui en a 528 millions). Mais la Banque de Russie est utilisée de façon subsidiaire par Gazprom pour des négociations discrètes, alors même que Gazprom a sa propre banque, Gazprombank. Dans ce cas-ci, le « message » est que Washington surveille Gazprom.
Le Chef de l’Administration Présidentielle Serguei Ivanov est un conseiller clef pour ce qui concerne l’Ukraine et un négociateur de haut niveau avec les Etats-Unis, l’Europe et l’OTAN. Le « message » (contreproductif) signifiait là que Moscou et Washington ne parleront plus de rien de substantiel dans le futur immédiat. Les « efforts diplomatiques » de l’Occident, ça suffit !
Ensuite, il y a Yuri Kolvachuk, membre du conseil de la banque de Russie, conseiller d’affaires clef et, (supposément, sans aucune preuve concluante), banquier personnel de Poutine. Le « message » cette fois est : « tu vas voir ce qui va t’arriver ! ».
Et pour finir, il y a parmi les notables Gennady Timchenko, qui n’a absolument rien à voir avec la Russie. Il contrôle la firme Gunvor, en tant qu’opérateur dans le commerce du pétrole et du gaz naturel. Là, le « message » est que les Etats-Unis viseront les affaires énergétiques de la Russie. Message vain puisque l’Europe (qui a un besoin vital de Gazprom) n’est pas disposée à sanctionner Timchenko.
Parmi les autres sanctionnés il y a le chef du Service Fédéral du Contrôle de la Drogue, Viktor Ivanov, le chef d’Intelligence Militaire Igor Sergun et le Président des Chemins de fer Russes, Vladimir Yakunin. Tous font partie de l’équipe Russo-américaine impliquée dans le Réseau de Distribution du Nord (NDN), la route à travers l’Asie centrale qui permettra à l’OTAN de fuir l’Afghanistan. Une rapide contre-attaque de Moscou laisserait les Américains et les Européens sur le carreau, ou même fermerait complètement la NDN.
Je veux être libre de sanctions
Comme c’était prévisible, Moscou a rendu le coup. Le Ministère de Relations Extérieures Russe à indiqué de façon répétée que l’utilisation de sanctions est une « arme à double tranchant » et que cela aura un effet boomerang sur les Etats-Unis.
La Russie a déjà interdit l’entrée du pays à un groupe désagréable de personnes, dont le sénile John Mc Cain ainsi que Robert Menendez, Daniel Coats, Mary Landrieu, Harry Reid, John Bounher et des conseillers d’Obama tel la médiocrité cosmique Ben Rose. Vicky « Que l’Europe aille se faire voir » Nuland n’apparait pas encore dans la liste.
Moscou garde la tête froide parce qu’il peut choisir dans une gamme impressionnante de contrecoups. Il bénéficie de l’appui du groupe BRICS des puissances émergentes, du mouvement des non alignés (NAM) et de l’Organisation de Coopération de Shanghai (SCO). Pour s’ajuster aux Etats-Unis, Moscou avait accepté d’imposer des sanctions à l’Iran, et est toujours un protagoniste clef dans la négociation nucléaire P5+1. Si la comédie de sanctions continue, Moscou à déjà annoncé qu’il agira durement au P5+1, qu’il cessera de sanctionner l’Iran, et pourrait même finalement armer Téhéran avec des bijoux de type S-400.
Moscou, exportateur numéro un de pétrole et de gaz de la planète, peut aussi agir sans condescendance face à la dépendance qu’a l’Europe de Gazprom ; il peut viser cliniquement les compagnies Etasuniennes qui travaillent en Russie, accélérer la sortie, coordonnée par les BRICS, du dollar américain, par un nouveau système international de paiement en un panier de devises pour les BRICS et d’autres marchés émergeants ; et il pourrait même activer l’ultime bombe nucléaire économique qui serait d’accepter d’être payé pour le pétrole et le gaz russe en roubles, en yuans, en euros ou en or, donnant ainsi un coup fatal au pétrodollar.
Et ça, Mesdames et Messieurs, serait la fin de la comédie.
Pepe Escobar
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/CEN-01-210314.html
Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the globalized world Is dissolving into liquid war (Nimble Books 2007) et de Red Zone Blues :a snapshot of bagdad during the surge.Son livre le plus récent est :Obama does Globalistan.( Nimble books 2009).
Traduit de l’espagnol par Irisinda
http://www.rebelion.org/noticia.php?id=182363&amp ;titular=sanciones-a-rusia-guerra-y-farsa-es
 
 
140329-syrie Moyen-Orient

Syrie : assiste-on à un virage à 180 degrés ?


Nous ne sommes pas encore au printemps, mais il semble que le grand nettoyage soit déjà commencé. Quelle en est la raison ; là est la question. Nous avons vu récemment un reportage sur BFM TV nous montrant des djihadistes dans leurs œuvres en Syrie. Ce reportage a une intention plus que transparente (ils ne savent plus faire…) : noircir au maximum les takfiristes et blanchir d’une blancheur OMO, l’armée syrienne libre, après que le Quai d’Orsay ait donné le ton. Parallèlement à cette volte-face officielle de ( est aussi officiel pour que l’est New York Time pour la Maison Blanche), c’est le sauve-qui-peut général dans les pays du Golfe.
Ce fut d’abord l’ qui décida de considérer les takfiristes, ses propres employés, comme . La nouvelle fut très peu relayée. Ensuite ce fut, hier, au tour du (province Saoudienne) de donner un ultimatum (carrément !) à ses ressortissants qui se battent en Syrie, leur promettant bien des déboires s’ils ne rentraient pas à la maison sous deux semaines. Avec un peu plus de finesse et de filouterie aussi, il semble qu’Erdogan aussi est en train de manœuvrer dans ce sens. On a constaté qu’il fermait la frontière turque aux djihadistes qui voulaient refluer vers la Turquie avec les soldats syriens à leurs trousses. Et maintenant c’est la France qui annonce clairement qu’elle lâchait les  takfiristes, se servant pour cela de ses propres takfiristes (à moins que ce ne soit des acteurs ?).
Il y a anguille sous roche, c’est le moins que l’on puisse dire. Deux voies seraient alors à suivre. Mais avant cela, signalons que Moscou a introduit une résolution à l’ONU au sujet de « l’Intégrité du système judiciaire » et qui a été adoptée par la plupart des voix (dont ne fait évidemment pas partie celle des Etats-Unis). Cette résolution appelle les pays à assurer que les tribunaux et les cours nationales adoptent les principes de procédures judiciaires basés sur le droit international.
Pour en revenir à nos anguilles, la première serait que le bloc atlantiste veut armer massivement ceux qu’ils veulent présenter comme modérés, c’est-à-dire la soi-disant armée syrienne libre, et partir dans une offensive un peu plus clean. Mais qui peut croire, une seule seconde, que le bloc atlantiste soit gêné, de quelque manière que ce soit, de fricoter avec les takfiristes ? Ils l’ont toujours fait et le font encore et pour cause, ce sont leur soldats, qu’ils ont recrutés, formés et entrainés avant de les envoyer au charbon, bien encadrés par de faux djihadistes encagoulés.
La deuxième anguille, vers laquelle je penche volontiers, c’est que dans cette guerre visible, il y en a une autre sous-terraine, dans laquelle la joue un grand rôle. Quoi que nous fassions, nous ne verrons que la partie émergée de l’iceberg et n’en observerons que les conséquences. et (non pas Moscou et Washington) ont-ils décidé d’accélérer les évènements syriens, à la lumière des derniers développements ukrainiens ?  Ou bien Moscou dispose-t-il d’éléments qui peuvent faire pression sur les uns ou les autres, à la manière des Etats-Unis au temps de leur splendeurs ? Notons que pendant les trois années de guerre où la fut un allié indéfectible de la Syrie, elle en a avalé des couleuvres. Et cependant, jamais un mot plus haut que l’autre, jamais aucune menace, ni même de propos hostiles même devant l’insulte. Elle n’a agi qu’une, et une seule fois, dans un moment où il fallait absolument agir, et cette seule action, effectuée en silence et dans le calme, fut décisive.  Qui peut donc croire que ce pays, qui a su s’éviter deux catastrophes, une en Syrie et l’autre en , sans avoir l’air d’avoir levé le petit doigt, ait pu rester passif pendant trois ans de guerre dont, au bout du compte, il était la cible finale ?
Dans un cas comme dans l’autre, cela ne peut être que positif pour la Syrie et les syriens. Sans takfiristes BFM ou saoudo-bahreïni, les militaires syriens y verront un peu plus clair. Et si la deuxième hypothèse est vraie, cela veut dire que chacun est tenu de se désengager pour sauver la face avant l’arrêt des hostilités, et la vie reprendrait alors son cours.
Les prochains évènements en Syrie et dans les capitales atlantistes nous donneront des indications.
Avic
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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