ELWATAN-ALHABIB
vendredi 31 octobre 2014
 

État islamique versus forces de défense israéliennes : le « deux poids, deux mesures » canadien






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Photo : Mohamoud, le premier mort canadien au sein du groupe État islamique
Pourquoi est-ce qu’en Occident on accepte et même on loue les soldats des Forces de défense israéliennes (FDI), tandis qu’on méprise et tue les combattants de l’État islamique (EI) ? En quoi le scénario des FDI est-il moins répréhensible que celui de l’EI ?
Dans les dernières semaines, on a vu passer toute une série d’articles sur les jeunes occidentaux qui se rendaient en Syrie, ainsi qu’en Irak, pour se joindre au califat de l’État islamique. Environ 11.000 jeunes ont fait le saut. Au moins 130 Canadiens se sont joints à eux, dont un étudiant de l’Université Hamiltonian York, Mohamoud Mohamed Mohamoud, un Canadien d’origine somalienne, considéré par sa famille et ses amis comme quelqu’un de sociable et de bien adapté, vêtu à la dernière mode, amateur de musique pop et de cinéma, comme toutes les heureuses familles multiculturelles canadiennes.
En septembre, Mohamoud a été le premier Canadien à mourir en Syrie sous les balles des forces kurdes soutenues par les États-Unis.
Du fait que le Premier ministre canadien, Stephen Harper, y envoie avec enthousiasme des bombardiers et des fantassins canadiens (70 des 600 membres du contingent prévus y sont déjà partis), les soldats canadiens ne vont pas tarder à tuer des djihadistes canadiens comme Mohamoud, à mille lieues de chez eux. Peu de Canadiens ont le sentiment que la mission canadienne en Afghanistan, qui a déjà fait 158 morts et quelques 2000 blessés ou traumatisés dans les rangs de l’armée, ait apporté quoi que ce soit aux Afghans. Personne ne croit non plus que cela ait amélioré la sécurité du Canada, ce qui devrait être l’objectif d’une armée nationale. Et voilà le Premier ministre pressé de répéter ce désastre, alors même que la jeunesse canadienne insatisfaite réagit en rejoignant le dernier Djihad contre l’occupation occidentale du Moyen-Orient.
L’engagement de Mohamoud et de Harper en faveur du multiculturalisme est dans les deux cas très profond. Mohamoud croit que l’Islam est spécial, que l’Occident veut le détruire, et il en est arrivé à rejeter la culture pop occidentale. Pour Harper, le multiculturalisme est ce qui lie les Canadiens aux États-Unis. Ce sont des économies de marché mondialisées, où des pays comme le Canada occupent une place économique privilégiée. Il ne peut pas vraiment croire que les avions de guerre canadiens, qui tuent des Irakiens (et des Canadiens), vont améliorer en quoi que ce soit la situation en Irak.
Par contre, le chauvinisme généré par le fait de mener une guerre loin de chez soi apporte des votes : Harper prépare les prochaines élections de 2015. Comme en Afghanistan, une fois que les troupes y sont et y meurent, des Canadiens patriotes les soutiennent, eux et ceux qui reviennent dans des sacs mortuaires, même si, comme Harper, ils savent au fond d’eux-mêmes que leur sacrifice n’a servi à rien. Le leader libéral, Justin Trudeau, a d’ailleurs interpellé Harper sur son dernier fiasco-en-cours-d’exécution : « Une fois de plus [Harper] fait de la rhétorique au lieu de s’appuyer sur des faits et des informations. Il n’a pas de plan, il n’a pas justifié sa décision de partir en guerre en Irak ».
Les jeunes comme Mohamoud sont traités de naïfs sous influence. Pourtant ils ne font que répondre à l’appel cynique de l’Occident de renverser le gouvernement syrien, un objectif qui remonte à des dizaines d’années, et que les États-Unis continuent de poursuivre, bien que Bachar al-Assad soit la principale force d’opposition à l’EI.
Il est difficile de croire que sous l’apparence angélique de Mohamoud se cache un coupeur de tête assoiffé de sang, avide d’en finir avec tous les Shiites, les Chrétiens et les laïcs. Et pourtant il est officiellement déclaré terroriste, et les soldats canadiens déjà arrivés en Irak, officiellement dans le camp des bons, traquent les semblables de Mohamoud, et les tuent sans état d’âme, sous les applaudissements des médias occidentaux.
Oui, Mohamoud s’est rendu illégalement dans un pays étranger pour participer à une guerre, illégale selon les critères occidentaux. Pourquoi voulait-il y aller, en laissant derrière lui la prospérité économique et la sécurité que sa famille lui avait procurées au Canada ? Où étaient ces djihadistes il y a 50 ans ? Pourquoi maintenant ?
La réponse, bien sûr, est Israël. La violente occupation de terres arabes en 1948 était déjà une catastrophe, mais l’annexion de facto, avec la colonisation rapide, de toute la Palestine depuis 1967, a radicalisé le Moyen-Orient et est devenu le cri de ralliement du Djihad des Musulmans partout dans le monde. L’indignation grandit et continuera de grandir, tant qu’Israël se comportera de la sorte.
Bien que l’EI soit actuellement occupé à créer un califat, là où la résistance est la plus faible (en Syrie et en Irak sunnite), son projet est de chasser, non seulement les Shiites et les Chrétiens, mais aussi tous les Juifs de Palestine. Depuis le début, ce que fait Israël est illégal au regard du droit international et, tant qu’il continuera à le faire, cela continuera à enflammer ces djihadistes, ce qui laisse prévoir un avenir apocalyptique.
Et que dire du flot ininterrompu de jeunes Juifs qui font leur Aliyah (l’immigration des Juifs de la diaspora en Terre d’Israël), en faisant à peu près le même voyage que les Mohamoud, et qui, comme eux, à leur arrivée, attrapent des fusils pour se battre contre l’ennemi ? Pourquoi ne se conduisent-ils pas comme des bons petits Canadiens multiculturels, qui observent leurs rites dans les tranquilles faubourgs canadiens, à l’exemple de la plus grande partie des musulmans canadiens pratiquant leur religion sans tuer personne ?
Parce que les Juifs du monde entier ont la possibilité, considérée partout comme légale, de soutenir le djihad israélien contre ses voisins musulmans. Oui, c’est un djihad, parce qu’Eretz Israel (le Grand Israël) continue à s’étendre par la force 70 ans après sa création. Israël n’a pas de frontières officielles et se qualifie lui-même d’État juif, la notion de juif reposant sur des critères raciaux et non sur des critères religieux (Ben Gourion, le fondateur d’Israël, se disait athée).
Les Canadiens qui ont des ancêtres juifs peuvent sauter dans un avion pour Tel Aviv et, à la frontière, recevoir automatiquement la citoyenneté ainsi qu’un passeport israélien : un privilège dont aucune autre ethnie canadienne ne jouit. Si vous avez entre 18 et 49 ans, vous devrez aussi servir dans l’armée. Pour certains jeunes juifs épris d’aventure, cela fait partie de ce qui les attire en Israël : allez là-bas, prenez un fusil et tuez des Arabes en toute légalité pour défendre Israël. Et si la vie devient trop inconfortable en Israël, reprenez l’avion pour Toronto et relaxez-vous dans votre pavillon de banlieue, au calme, loin de la guerre. Personne ne vous posera la moindre question.
Cela viole le droit international, selon lequel les citoyens doivent avoir des droits égaux, quelle que soit leur race, et selon lequel un gouvernement doit négocier des frontières acceptables avec ses voisins. Pourtant, à la différence de l’EI, aucune sanction internationale ne menace Israël et ses supporters canadiens en armes.
Pourquoi ces jeunes sont-ils tolérés et même loués en Occident, tandis que les Mohamoud sont méprisés et tués ? En quoi le scénario des FDI (Forces de défense israéliennes) est-il moins répréhensible que celui de l’EI (Etat islamique) ? Avram [1] se comporte, à peu de choses près, comme son homologue djihadiste Mohamoud [1] : tous deux sont épris d’aventure, l’un cherche à étendre les territoires du Grand Israël et l’autre ceux du califat.
Qui est le vrai terroriste ? Bien sûr, la réponse est les deux. Les deux participent à une guerre dans le but d’étendre par la force leurs territoires en violation du droit international. Mais la culture occidentale encense Israël et laisse Avram assassiner impunément des Arabes, tout en diabolisant Mohamoud. Avram va désormais recevoir l’aide des soldats canadiens pour assassiner des concitoyens canadiens comme Mohamoud.
Si l’on voulait vraiment combattre le terrorisme, il faudrait décourager tout aussi bien Avram que Mohamoud. En fait, si Israël était obligé de respecter le droit international, personne ne pourrait convaincre les Mohamoud de rejoindre une guerre douteuse très éloignée du Djihad, tel qu’il est décrit dans le Coran. Cette sorte de terrorisme disparaîtrait immédiatement.
Mais, hélas, le flot continu de faiseurs d’Aliyah et de djihadistes ne s’arrêtera pas et, dans les deux cas, le contrecoup de leur violence se fera sentir jusqu’au Canada, quand des tueurs (musulmans et juifs), endurcis par la guerre, y reviendront, souffrant pour certains de stress post-traumatique, et capables de perpétrer des attentats terroristes sur le paisible sol canadien. Et ils seront rejoints par les soldats canadiens, qui, en toute légalité, ont été envoyés en terre musulmane pour combattre des djihadistes, avant de rentrer avec leurs propres traumatismes affronter un avenir incertain au Canada.
Eric Walberg

Article original : IS and the IDF: Canada’s Double Standard, palestinechronicle.com, anglais, 14 octobre 2014
Traduit par Dominique Muselet pour vineyardsaker.fr
Note de traduction
[1] Avram (= Abram) est le nom initial d’Abraham ; Mohamoud est une forme du nom du prophète de l’islam.
 
 

Comment l'Iran a doté Gaza de missiles?!!








Comment l'Iran a doté Gaza de missiles?!!
IRIB-Al Sissi se montre intraitable, il va droit vers le blocus total de Gaza,
que faire alors pour maintenir la puissance balistique de la Résistance palestinienne? les prévisions donnaient raison aux alliés du Hamas, le blocus de Gaza bloque toute voie d'approvisionnement d'armes et de munition ce qui a poussé les commandants iraniens, déterminés à assurer à Gaza de quoi se défendre,  de lui transmettre la technologie de fabrication de missiles ainsi que la possibilité de se procurer les matières premières nécessaires à la fabrication des missiles. Des s attentats terroristes commis dans le désert du Sinaï ont fourni au président  Al Sissi le prétexte à une intensification du blocus de Gaza en dressant une zone tampon sur les frontières gazaouites mercredi , quatre jours après l'annonce de la création de cette zone tampon , l'armée égyptienne a commencé l'évacuation des régions frontalières Gaza-Sinaï en prélude à la formation de cette zone tampon. Ce plan se combine à la mise en application d'un plan d'entrainement sécuritaire. Au moins 880 maisons sont concernées par ce plan d"évacuation. Pour le journal Al Akhbar la décision de Sissi ne peut qu'être destiné à mettre sous pression la Résistance palestinienne à Gaza . ceci étant aussi bien  cette Résistance  que le Hezbollah et l'Iran avaient prédit depuis longtemps ces jours de blocus total. " l'Iran et le hezbollah sont loin d'être pris de court. Car ils savent bien que" le besoin, est la mère de la créativité". C'est pour avoir cru à cet adage et l'avoir appliqué, que la Résistance a su cumuler de nombreux succès face à l'ennemi sioniste. avant la crise en Syrie, les "résistants palestiniens" étaient entrainés en Syrie par les techniciens iraniens. La guerre contre la Syrie qui selon les ennemis de la résistance avait mis un terme aux liens Iran/Hamas n'a pas changé cette habitude. Puisque les Résistants palestiniens ont continué à recevoir des stages de formation en Iran. C'est en Iran que les techniciens palestiniens ont appris et apprennent comment fabriquer des missiles, comment optimiser les missiles " et Al Akhbar d'ajouter : " jusqu'en 2005 , les experts en fabrication de missiles se trouvaient très rarement parmi les palestiniens mais après le retrait d'Israël de rafah , le transit d'armes et de matières premières a été rendu possible vers Gaza    
Ce fut à l'époque de Moubarak que le missile Fajr est arrivé pour la première fois à Gaza, missile qui a été utilisé contre Israël pendant les deux dernières guerres . en 2012 , l'Iran et le hezbollah ont essayé d'optimiser les missiles de la Résistance palestinienne en termes de puissance et de portée. De plus en plus les alliés de la Résistance palestinienne pensaient à faire fabriquer les pièces des missiles à Gaza et à leur montage . " en plein guerre contre la Syrie et alors que le monde occidental, Israël et les monarchies arabes se félicitaient d'avoir provoqué la rupture Hamas /Iran, les iraniens continuaient à former les ingénieurs de notre mouvement, dit l'un des commandants du Hamas. " les Iraniens pensaient aussi au jour où toutes les voies de transite vers Gaza seraient bloquées et à ce qu'il faudrait faire ce jour là pour que Gaza ne manque pas de pièces et d'armements . ce fut à cette époque que les iraniens ont commencé à collecter des informations sur le genre de matière première qui pourrait se trouver à Gaza et qui pourrait être utilisé dans la fabrication des missiles . ces matières ont été retrouvées à Gaza et depuis on fabrique des missiles à Gaza"! selon les responsables du Jihad islamique , la majeur partie des armes transitées vers Gaza l'a été aux premiers mois de la révolution anti Moubarak. Et les soldats égyptiens y contribuaient . sous Morsi et alors que venait d'éclater la guerre de huit jours contre Gaza, le missile Fajir a été tiré pour la première fois contre Israël . par rapport à l'époque de Moubarak, le transit d'armes et de munitions vers Gaza devenait plus difficile . le raid sioniste contre un convoi d'arme à destination de Gaza a persuadé les commandants militaires iraniens de mettre un terme à ce transit pour laisser la Résistance palestinienne fabriquer elle-même les armes qu'elle utilise . le Hezbollah et l'Iran s'y est mis sérieusement la main à la pâte et à partir de cette époque, les résistants palestiniens ont de plus en plus utilisé le terme " armes locales" . les responsables iraniens n'ont d'ailleurs jamais nier ce concept : le vice ministre iranien des AE a même reconnu que les Pasdarans avaient transféré la technologie de fabrication de missiles à Gaza. La fabrication des missiles à Gaza ne coûte que 5000 dollars par engin soit un tiers de son prix quand il est fabriqué par l'Iran . l'Iran n' a pour autant renoncé à appuyer directement Gaza dans les moments particuliers" mais l'essentiel, comme le dit l'un des dirigeants du Jihad islamique, est qu'on fabrique des missiles à l'intérieur de Gaza …. La question est dès lors la suivante: " ce processus ne peut-il pas s'appliquer à la Cisjordanie alors que celle-ci se trouve au  seuil de son troisième Intifada,
 
 
Théoriser la non-Présidence




par Kamel Daoud
La grande singularité algérienne : un pays qui n'a pas besoin d'un Président et un Président qui n'a pas besoin de ce pays. C'est le résumé à fournir pour l'interrogateur étranger qui vous croise entre deux avions. Que lui dire ? Le pays est une étrange invention : après le chef de clan, le chef de tribu, le roi, le roi des rois, le monarque, l'empereur, le Régent puis le Président, on a abouti à l'étrange configuration du non-Président, de l'A-Présidence. Singularité dans le schéma universel de l'Etat et son concept. Qu'est-ce que le A-Président ? C'est à la fois un régime collégial en plein et un régime présidentiel en creux. La figure titulaire est à la fois nécessaire et accessoire. Elle est vide et pleine. Présente par son absence permanente. Définitions valables pour un Dieu de soufi ou un café froid algérien. Le A-Président est une affirmation et une soustraction. Un démenti de la mort mais sans preuve de vie.

Vu d'ailleurs, la singularité est celle du trou noir cosmique : le pays annule le temps, étend l'espace. Il provoque le paradoxe brut et rend plausible le voyage dans le temps : 2014 ou 1978 ou 65 ou 62. Bouteflika est né à Oujda, en Algérie, à Val-de-Grâce, au Mali. L'espace devient un abîme qui joue avec les dimensions. Bouteflika n'est nulle part et est dans tout ces endroit à la fois. Du coup, cosmos accompagnateur du trou noir, l'Algérie est à la fois un pays de dictature mais aussi une dictature sans dictateur. Une a-démocratie : on y tue le temps que mange le peuple qui démultiplie les jours par oisiveté. L'histoire est une monstruosité mathématique. La preuve est donc apportée, aux débuts du 21ème siècle, que certains Etats n'ont plus besoin d'avoir un Président. Juste une adresse postale. Dans un avion, quand l'Etranger vous demande l'explication-poche de votre pays, vous avez tendance à montrer le nuage gigantesque et boursouflé, un roman sans fin dont le second titre est toujours le prénom du lecteur qui le possède, une vieille pièce de monnaie qui a survécu à un empire décédé, un soupir frigorifié, un drapeau dessiné en mouton et à lui dire «c'est tout cela à la fois ! », mais en vieux japonais ou en mandarin murmuré. Inexplicable ou par la métaphore. Le résultat est une terre étrangère avec un nom familier.

Tout cela pour dire que c'est fascinant : voilà la preuve que nous sommes étrangers. Auteurs inventeurs d'un régime unique au monde : le régime A-Présidentiel. L'Etat qui n'a pas besoin d'Etat. Question fétiche des chancelleries : qui gouverne chez vous ? Réponse : la gravité, la pente, la tradition, la peur de soi par les siens ou cinq hommes et un couffin. Ni l'armée, ni la police, ni le Frère, ni l'appareil, ni le danseur Kabuki au nom du maquis, ni le téléphone, mais un étrange montage de tout cela à la fois. Un homme pluriel : avec le corps d'un Général, l'amplificateur de voix d'un Président, le sang d'un Frère fidèle, la veste d'un homme d'affaires dans son avion, le képi d'un colonel devenu policier et les doigts de plusieurs ministres. Parti unique mais régime pluri-présidentiel. Ou pas. Ou plus. Ou à demain.
 
 
jeudi 30 octobre 2014
 

Les manœuvres maléfiques des rentiers du Golfe

L'Algérie prise au piège










petrole-algerie
«Les Français ne le savent pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats Unis, une guerre féroce, une guerre invisible, une guerre sans morts »
 Propos attribués à François Mitterrand

Un royaume du mal qui répand la terreur, l’Arabie Saoudite puisqu’il faut l’appeler par son nom est en train de déstabiliser plusieurs pays rien que par la seule force maléfique de la manne pétrolière. Cette paraphrase de la fable des animaux malades de la peste est là pour donner une idée de la capacité de nuisance des potentats installés dans les temps morts mais qui par leur sacerdoce du mal risquent d’emporter les destins de pays vulnérables. On ne sait toujours pas si elle le fait sur instruction ou si c’est sa volonté délibérée. A l’instar de la diplomatie, la chute programmée  des prix du pétrole, s’apparente à « une guerre par d’autres moyens»
Le scénario saoudien
Comme l’écrit Catherine Gouëset: «Le prix du pétrole a baissé de 25% en quatre mois. Certains pays exportateurs accusent l’Arabie Saoudite, premier exportateur mondial, de manipuler les cours du brut. Avec l’assentiment des Etats-Unis, ou pas. Le baril de Brent est tombé à 82,60 dollars le baril, la semaine dernière, avant de remonter légèrement. Son niveau le plus faible depuis fin novembre 2010.La brusque baisse des cours du brut ces derniers mois après trois années de stabilité est-elle due aux seuls équilibres du marché? Peut-être pas. Certes, le ralentissement de l’économie mondiale, en particulier en Chine, «l’atelier du monde», contribue à freiner la demande. Certes, avec l’essor de leur production de pétrole de schiste, les Etats-Unis n’ont plus besoin d’importer l’or noir. Certes, le pétrole libyen et irakien a recommencé à couler abondamment, malgré le désordre au Moyen-Orient. Mais, le prix du pétrole qui s’est stabilisé autour de 110 dollars le baril au début de l’été a perdu 25% en l’espace de quatre mois. Il a atteint son plus bas niveau depuis 2010.
Les pays touchés
A des degrés divers, plusieurs pays vont souffrir du manque à gagner. Comme l’Opep est paralysée par les pays du Golfe qui détiennent plus de la moitié de la production (plus de 15 millions de barils/jour) elle ne se réunira pas. Ali al Naima a été clair, il va laisser filer les prix à la baisse. L’Iran, la Russie et le Venezuela premiers affectés. La monarchie saoudienne, dont la production représente un tiers de celle de l’Opep, dispose de suffisamment de réserves pour se permettre de supporter une baisse des prix pendant plusieurs mois, voire de nombreuses années. Plusieurs des pays rivaux du Royaume – ou ceux en conflit plus ou moins larvé avec les Etats-Unis – seraient en revanche durement affectés par une chute durable des cours en dessous de 90 dollars le baril. Les budgets de l’Iran, de la Russie, ou du Venezuela ont en effet été calculés sur la base d’un baril à plus de 100 dollars. Au point que plusieurs observateurs voient dans la position saoudienne une action concertée avec la Maison-Blanche pour les affaiblir. «Cette baisse des prix sert les intérêts stratégiques des États-Unis et de l’Arabie Saoudite», assure Thomas Friedman dans le New York Times L’éditorialiste subodore dans cette politique une «guerre par d’autres moyens» à l’encontre de Moscou et de Téhéran. Les recettes d’exportation de pétrole représentent environ 60% des recettes publiques de l’Iran et plus de la moitié de celles de la Russie. (1)
Les accusations de Moscou…
La Pravda avait d’ailleurs anticipé cette baisse, en pleine crise ukrainienne au printemps dernier: «Obama veut que l’Arabie Saoudite détruise l’économie russe», titrait le journal au mois d’avril, s’appuyant sur le passé pour justifier sa lecture des événements. L’action conjointe de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis dans les années 1980 serait même à l’origine de la fin de l’Urss: «En 1985, le Royaume a quintuplé sa production, de 2 à 10 millions de barils par jour, et provoqué une chute du prix du baril de 32 à 10 dollars. Acculé, Moscou a augmenté ses exportations, accélérant la dégringolade du baril jusqu’à 6 dollars. L’Arabie Saoudite a compensé la perte en multipliant sa production par cinq. Mais l’économie russe n’y a pas résisté et s’est effondrée.»
Pénalisé par les sanctions occidentales liées à son programme nucléaire, l’Iran dénonce également la politique de Riyadh, qui «tout en prétendant diriger l’Opep, agit pour les intérêts du G20», selon les termes de l’ancien ministre du Pétrole Masoud Mirkazemi. Même suspicion au Venezuela, dont l’économie est en difficulté: «La baisse des cours n’est pas liée aux fondamentaux du marché mais à une manipulation destinée à nuire aux économies des principaux pays producteurs de pétrole», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Rafael Ramirez. L’Arabie Saoudite profite aussi de l’occasion pour faire pression sur les Etats-Unis, où la rentabilité de l’exploitation du pétrole de schiste sera mise à mal en dessous du seuil de 90 dollars le baril, selon plusieurs observateurs. Une façon de faire payer l’inquiétude qu’inspirent au royaume les négociations sur le nucléaire entre la Maison-Blanche et la République islamique. et sa hantise d’un rabibochage entre les deux ennemis de 35 ans. (1)
La Russie tente-t-elle de faire plonger les marchés financiers américains?
Dans cette guerre par d’autres moyens que la confrontation, on accuse la Russie probablement de concert avec la Chine, de riposter aux sanctions et à la manipulation du prix du pétrole en essayant de perturber les marchés monétaires anglo-sionistes et de faire plonger les marchés boursiers américains. Si la stratégie fonctionne, le déclin économique aux USA et en Europe sera semblable à celui qui a suivi l’effondrement du marché immobilier américain en 2008. (…) Si la volatilité persiste, en particulier sur les marchés boursiers américains, elle risque fort d’entraîner un krach majeur lorsque les investisseurs institutionnels se débarrasseront de leurs actions, ce qui entraînera un exode de la population en général quand la peur et la panique s’installeront.(2)
La chute anormale des prix du pétrole ne peut s’expliquer uniquement par le marasme économique mondial et la faible demande. Une publication parue le 15 octobre a attiré mon attention. Il est question là aussi d’une manoeuvre de l’Arabie Saoudite pour faire plier les Etats-Unis en rendant le pétrole de schiste non rentable si le prix du baril chute.
Nous lisons: «Les Saoudiens font chuter le prix du pétrole pour augmenter leur influence sur la politique des États-Unis au Moyen-Orient (..) Le Royaume saoudien, est prêt à accepter des prix du pétrole en dessous de 90 $ le baril, et peut-être de descendre jusqu’à 80 $, pendant un ou deux ans, selon les personnes qui ont été mises au courant de conversations récentes. De facto, le chef de file de l’Opep a la «puissance de feu financière «pour supporter des prix aussi bas que 70 $ pendant deux ans sans éprouver de difficultés économiques, selon Energy Aspects Ltd, un consultant à Londres. Cette stratégie permettra aux dictateurs du Golfe non seulement de conserver leur part de marché, mais les Saoudiens et d’autres vont utiliser cette stratégie pour ralentir, voire arrêter, les ouvertures américaines vers l’Iran et faire pression sur les États-Unis pour permettre un changement de régime en Syrie «(3).
Jusqu’où le pétrole peut-il baisser?
Selon la presse chinoise, l’administration américaine et les Saoudiens comptent réduire les cours pétroliers jusqu’à 50-60 dollars le baril pour faire pression sur la Russie et l’Iran, écrit lundi 20 octobre le quotidien Nezavissimaïa gazeta. Le président russe Vladimir Poutine pense que le baril ne sera pas inférieur à 80 dollars. Alors que les experts indépendants s’abstiennent de prédire la profondeur de la chute des tarifs pétroliers.(4)
Un ancien haut fonctionnaire de la Maison-Blanche a noté que même une baisse de cours jusqu’à 80 dollars le baril ne provoquerait que des pertes mineures pour l’Arabie Saoudite. Et si le tarif du pétrole brut aux USA tombait jusqu’à 85 dollars, les compagnies américaines qui produisent également de l’huile de schiste pourront quand même faire du bénéfice. Le quotidien chinois Renmin Ribao rappelle que la moitié des revenus de la Russie proviennent des ventes d’hydrocarbures, et si le prix du baril chutait réellement jusqu’à 60 dollars le baril, l’économie russe se retrouverait dans une position difficile.(4)
Les conséquences de la baisse du pétrole sont majoritairement positives pour l’Europe. Le prix de l’énergie baissant, les coûts de production en Europe vont baisser. En théorie, la chute des cours devraient bénéficier au consommateur européen. 80$ représentent le seuil en deçà duquel le pétrole de schiste n’est plus rentable. Les USA n’y ont pas intérêt. 80$ sont déjà en dessous du seuil a minima des business plans des compagnies pétrolières (88$ pour Total).
Tirer les prix du pétrole vers le bas pourrait se retourner contre l’Arabie Saoudite Selon une interview de Pepe Escobar, réalisée par Russia today,: «Bien des gens sont affectés. Il y a plus ou moins vingt pays qui ont besoin du pétrole pour boucler au moins 50% de leur budget. L’Opep n’est pas une organisation moraliste. La façon d’agir de l’Arabie Saoudite soulève bien des interrogations. En fait, sa stratégie est malhabile. Elle veut aussi plus ou moins contraindre le gaz de schiste produit aux USA à sortir du marché et aussi forcer la main de l’Iran vis-à-vis de ce qui se passe au Moyen-Orient, le fameux antagonisme irano-saoudien. Mais cela ne fonctionnera pas à long terme, car même l’Arabie Saoudite aura des problèmes, si le prix du baril de pétrole, oscille entre 70 $ et 80 $ au premier trimestre de 2015, comme prévu. Elle sera donc en difficulté aussi, et sa stratégie va finir par se retourner contre elle à long terme. (…) Lorsqu’on consulte le plus récent tableau, dressé à partir d’indices provenant de sources comme The Economist, le Wall Street Journal, Bloomberg et Reuters, ce prix est de 120 $ le baril pour le Venezuela et l’Équateur, qui vont se retrouver dans un sale pétrin. Dans le cas de l’Irak, ce prix oscille entre 106 $ et 116 $, ce qui met aussi ce pays dans le pétrin. D’après les indices publiés, le seuil de rentabilité de l’Iran varierait de 130 $ à 140 $ le baril. C’est trop, car le pétrole ne compte que pour 20% des revenus de l’Iran et n’est donc pas un élément essentiel.»(5)
«Quant à la Russie, nous savons qu’elle pourrait être affectée, car son budget de l’année 2015 prévoit un prix autour de 100 $ le baril. Ainsi, selon les meilleures projections dont nous disposons, si le prix du baril de pétrole oscille entre 70 $ et 80 $ et même entre 65 $ et 70 $ au cours des prochaines années, tous ces pays vont souffrir. Il faut donc s’attendre à des contre-mesures par de nombreux membres de l’OPEP.» (5)
Cependant, parmi les pays touchés il faut savoir que la Russie souffrira moins du fait qu’elle a d’immenses réserves, de plus, elle est tournée vers le marché asiatique et le deal avec la Chine: un accord intergouvernemental, indispensable pour que la Russie puisse livrer pour la première fois du gaz à la Chine par gazoduc. Ce mégacontrat est estimé à 400 milliards de dollars sur 30 ans et prévoit des livraisons de 38 milliards de mètres cubes par an à partir de 2018, via le gazoduc «Force de Sibérie» Il s’agit également d’accords sur le renforcement de la coopération entre le géant gazier russe Gazprom, le numéro un du pétrole russe Rosneft et le groupe chinois Cnpc.(5)
Le cas de l’Algérie
Parmi les plus touchés ce sera l’Algérie qui souffrira le plus parce que le pétrole couvre 98% de nos importations. On ne retient pas assez les leçons de l’Histoire. Souvenons-nous les manoeuvres maléfiques de l’Arabie Saoudite qui n’ont pas seulement détruit l’empire soviétique mais elles nous ont emmené en 1988; la stratégie actuelle de ce pays aura aussi comme répercussion de ruiner des petits pays producteurs comme l’Algérie. On se souvient qu’en 1986 la même Arabie Saoudite a voulu rivaliser en inondant le marché avec Margareth Teatcher et les gisements de la mer du Nord. Résultat des courses: le prix du pétrole a chuté à 9 dollars, l’Algérie a commencé à s’endetter pour nourrir sa population puis ce fut octobre 1988.. Souvenons-nous aussi que le roi Fayçal informé par Boumediene des répercussions négatives d’une décision de l’Opep eut cette réponse digne: «Si cette mesure peut nuire à l’Algérie je ne la prendrai pas». Le monde a changé depuis 1978.
L’Algérie est donc un cas unique! Depuis trente ans on parle de la nécessité de sortir de la dépendance du pétrole! et depuis trente ans on accélère notre dépendance à l’éphémère stérilisant toute création de richesse endogène au profit du container et de la paix sociale qui nous permet de vivre de sursis en sursis, alors que la maison brûle et nous continuons de regarder ailleurs. Une comparaison du prix de l’essence dans le monde nous montre l’étendue du bradage des carburants en Algérie. En Irak pays pétrolier l’essence est vendue à 0,59 euro/litre En France – 1,50 euro/litre, en Norvège pays pétrolier mais qui a le souci des générations futures au point de créer un Fonds de réserve de 200.milliards de dollars, l’essence est à 1,61 euro/litre sept fois plus cher qu’en Algérie (0,24 euro/l. Pour Les pays frontaliers on trouve la Tunisie – 0,71 euro/litre, le Niger – 0,81 euro/litre; la Mauritanie – 0,88 euro/litre; le Maroc – 0,93 euro/litre, et le Mali-1,08 euro/litre. Il vient que l’essence algérienne est l’une des moins chères au monde, exception faite du Venezuela et de l’Arabie Saoudite deux producteurs qui disposent de réserves 10 et 20 fois plus importantes que celles de l’Algérie.
Comparativement avec les pays frontaliers, l’essence algérienne est vendue de trois fois (Tunisie) à cinq fois plus importante (Mali) en passant par le Maroc où elle est plus de quatre fois plus chère. Ce qui explique les hémorragies aux frontières. Le différentiel est encore plus important s’agissant du gasoil et les ratios sont de 1 à 7.
Devons-nous continuer à brader cette ressource? Pour parer à cette baisse de plus en plus imprévisible des prix du pétrole, nous ne pouvons pas continuer à nous tenir le ventre chaque fois que les Saoudiens font de la «boulitique » sur le dos des faibles. Réduisons immédiatement le train de vie de l’Etat en faisant une réduction qui est à notre portée de 10% du budget. Chaque département ministériel devra se mettre au travail pour proposer dans les meilleurs délais un plan d’urgence pour faire mieux avec moins de ressources. Mettons en place le plus tôt possible une stratégie et expliquons aux jeunes les vrais enjeux au lieu de les bercer avec des maisons de jeunes pur produit de l’idéologie du parti unique que l’on continue à ressasser sans imagination en traversant le siècle. Il nous faut plus que jamais un cap et une stratégie multidimensionnelle où chacun sera jugé à l’aune de sa valeur ajoutée et non comme c’est le cas actuellement, il faut le regretter; de sa capacité de nuisance.
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Nationale Polytechnique
Notes
1.Catherine Gouëset, http://www.lexpress. fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/la-chute-du-prix-du-petrole-la-guerre-par-d-autres-moyens_1613597.html#SAD8voYxSTBoDi2C.99
2. Is Russia Trying To Crash The American Stock Market? (vineyardsaker, anglais, 18-10-2014)
3.http://reseauinternational.net/les-saoudiens-font-chuter-prix-du-petrole-augmenter-influence-politique-etats-unis-au-moyen-orient/
4. Pétrole: Riyad et Washington suspectés de complot contre la Russie RIA Novosti 20/10/14

 
mercredi 29 octobre 2014
 
Un fair-play de bon augure pour la démocratie en Tunisie




par Kharroubi Habib
Les urnes ont rendu leur verdict en Tunisie. Preuve que le scrutin a été parfaitement transparent et régulier comme l'ont présenté les observateurs ayant supervisé son déroulement, le parti islamiste Ennahda, grand perdant de la joute électorale, a félicité son vainqueur le rassemblement Nidaa Tounes avant même que l'ISIE, l'instance élue et indépendante en charge des opérations électorales, ne proclame officiellement ses résultats. Ennahda à qu'il a été prêté les plus sombres desseins a fait preuve d'un fair-play que tout le monde s'est empressé de souligner.

Au lendemain du scrutin, il flotte dans le ciel tunisien un climat d'apaisement, de sérénité et d'espoir. Il est à espérer que la sagesse politique qui a permis que la Tunisie voisine négocie de la façon la plus responsable l'étape des élections législatives décisive dans le processus de consolidation de ses institutions démocratiques et de l'Etat de droit, sera encore au rendez-vous le 23 novembre prochain à l'occasion de l'élection présidentielle qui en sera le parachèvement.

L'euphorie suscitée par un scrutin réussi et de la victoire pour ses gagnants est pourtant appelée à se dissiper car ce qui attend ces derniers va mettre à rude épreuve le lien de confiance qu'ils ont tissé avec la majorité des électeurs ayant accordé ses voix. Deux défis sont à relever par l'équipe qui va avoir la charge de gouverner le pays : ramener la paix dans le pays mise à mal par les agissements d'activistes du terrorisme de la mouvance islamiste, et parallèlement engager le pays sur la voie de son redressement économique et partant sur l'amélioration des conditions sociales de la population tunisienne. Il est clair qu'en accédant au pouvoir, le Nidaa Tounes sera comptable aux yeux de ses compatriotes de ce qui va être entrepris sur les deux fronts.

Le mouvement fondé et dirigé par le vétéran de la politique en Tunisie, Beji Caïd Essebsi, a magistralement atteint l'objectif pour lequel celui-ci l'a créé : bouter hors du pouvoir le parti islamiste Ennahda dont le projet pour la Tunisie a divisé la société en étant porteur de risques conduisant à la régression des valeurs civilisationnelles qui sont les siennes. Né pour cet objectif, le Nidaa Tounes a ratissé large pour ce qui est de la composante en son sein. Ce qui en fait une formation hétéroclite dans laquelle ont cohabité pour la phase électorale des acteurs venus d'horizons différents, voire divergents en dehors de leur commune volonté de mettre fin à la prédominance politique dans le pays d'Ennahda et du courant islamiste.

Ce but atteint, Nidaa Tounes a-t-il un programme de gouvernement dont tous les volets agréeront ses composantes d'origines diverses ? Ce défi interne est celui que Beji Caïd Essebsi doit relever avant tout autre. Faire accepter par tous les segments de sa majorité électorale un programme de gouvernement a minima qui soit en même temps la réponse aux problèmes qui se posent au pays et au peuple tunisien, voilà à quoi va être immédiatement confronté le vieux leader politique.

Depuis qu'il s'est relancé dans l'arène politique, Essebsi a fait positivement la démonstration de sa compréhension des enjeux dont la Tunisie est le théâtre, et du pragmatisme dont il est doté pour faire avancer les solutions qui collent aux réalités tunisiennes. Espérons que parvenu à propulser sa formation au pouvoir, il saura en maintenir l'unité au moins le temps de remettre le pays sur les rails.
 
 
27 octobre 2014

Les amis du Nigéria ne sont pas ceux qui, par une communication surfaite, proposent leur « aide » pour lutter contre la secte islamiste. Il s’agit plutôt d’embrasser l’ennemi nigérian pour mieux l’étouffer ! Premier pays producteur de pétrole en Afrique et sixième mondial avec 2,5 millions de barils par jour, le Nigéria a commis le « crime » de céder des puits de pétrole à la Chine. Une concurrence jugée insupportable pour les USA, la France et l’Angleterre qui pompent le pétrole nigérian sans inquiétudes depuis 50 ans. De leur côté, les pétromonarchies arabes s’inquiètent d’un Nigéria trop puissant qui pourra ne plus se soumettre au diktat de l’Arabie Saoudite et du Qatar sur le marché du pétrole et du gaz. A l’image de l’Iran (2ème) et du Venezuela (5ème producteur de pétrole mondial) qui gèrent leur pétrole en toute souveraineté. Boko Haram est le cheval de Troie qu’utilisent les puissances impérialistes pour contrer la Chine et détruire la première puissance économique africaine qu’est devenu le Nigéria en le divisant en deux états comme au Soudan.

Quelques questions pour briser le tabou

Première puissance économique africaine depuis le premier trimestre 2014, premier pays producteur de pétrole en Afrique, le Nigéria qui conserve par ailleurs sa confortable position de première puissance démographique (180 millions d’habitants) du continent retient de plus en plus l’attention des médias. Seulement, dans les chaînes de télévision ou les colonnes des journaux, cette triple puissance qu’est le Nigeria est désormais réduite à un nom devenu son synonyme : Boko Haram. Présenté par les« grands »medias « presstitués » comme un groupe de « fous de Dieu », Boko Haram n’aurait pas d’autres visées que de créer un Califat dans une partie du Nigéria, à défaut de soumettre tout le pays à la loi islamiste, la Charia. Aucun lien avec les puissances impérialo-capitalistes engagées dans une lutte à mort pour conserver l’hégémonie mondiale face à la Chine. Et grâce à la grande communication faite autour de l’ « enlèvement » le 14 avril 2014 de plus de 200 jeunes filles (le nombre varie en fonction des sources) dans la localité de Chibok, la secte islamiste a acquis une renommée planétaire. Ses actions sont relayées autant que celles des autorités nigérianes sont censurées. Comme pour prouver aux yeux du monde que le président nigérian, Jonathan Goodluck n’a paradoxalement aucune chance !
Mais est-ce une surprise si ces médias « oublient » systématiquement de vous dire à qui profitent en dernier ressort les crimes commis par la secte Boko Haram ? Pourquoi notre grande presse garde-t-elle un silence complice sur les origines des fonds et des armes lourdes qui permettent aux adeptes de Boko Haram de semer la mort au Nigeria, et bientôt au Cameroun ? Pourquoi les médias qui arrosent le monde ne diffusent-ils pas ce câble de Wikileaks qui citait nommément l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique à Abuja, Terence P. MacCulley comme le coordinateur des actions de déstabilisation du Nigéria ? Face à la redéfinition des équilibres géostratégiques imposée par la pénétration de la Chine en Afrique, Boko Haram comme la Séléka en République centrafricaine est devenue une arme redoutable pour préserver la mainmise des multinationales occidentales sur les matières premières et accélérer la mise en place d’Africom, le Commandement militaire US pour Afrique.

BokoHaram : à qui profitent les crimes de la secte islamiste ?

Pour envahir l’Irak et tuer son président au nom du pétrole, les Etats Unis d’Amérique de Georges Bush ont trompé la planète entière en affirmant que Saddam Hussein, devenu l’ennemi à abattre détenait des Armes de destruction massive. Colin Powell est allé plus loin en sortant des tubes à essai qu’il a présentés en mondovision comme les échantillons de ces armes à la disposition de Saddam Hussein. 10 ans après, tout le monde a constaté qu’il s’agissait d’un gros mensonge made in Washington.
En 2011, une vidéo sur le chef de guerre congolais Joseph Kony postée sur You Tube et largement commentée dans les médias a été regardée dit-on par plusieurs millions d’internautes. Stupéfaits par les crimes de Joseph Kony, les internautes du monde entier ont juré la perte de Kony. En retour, les USA ont proposé leur aide pour officiellement traquer les troupes de l’Armée de Résistance du Seigneur que commande l’ « invisible » Kony. Trois ans après, le résultat est le suivant : Joseph Kony est toujours en fuite. Mais au nom de sa traque, les USA ont installé des bases militaires en République démocratique du Congo, en Ouganda, en République centrafricaine, etc.
Autrement dit, à travers cette campagne, Washington a solidement installé les bases militaires dans cette partie de l’Afrique particulièrement riche en minerais précieux et très sollicités par la Chine qui en a grand besoin pour son industrialisation. (Voir carte ci-dessous)
Bases militaires étasuniennes en Afrique

Le Nigéria fait son entrée dans la gueule du loup

Membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) depuis 1971, le Nigeria garde le record de putschs en Afrique. Le pays a connu plusieurs groupes irrédentistes parmi lesquels le Mouvement pour la Survie du peuple Ogoni (Mosop) que dirigeait l’écrivain Ken Saro-Wiwa (pendu en 1995), le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (Mend). Le Mosop et le Mend avaient des revendications clairement formulées : gestion inclusive des ressources pétrolières. Les membres des deux organisations faisaient recours aux moyens légaux descendant dans la rue pour manifester mais n’hésitaient pas à prendre les armes pour s’attaquer au pouvoir central ou aux compagnies pétrolières, sources de leurs malheurs.

BokoHaram : un fantôme à plusieurs facettes

Crée à Maiduguri par Mohamed Yusuf en 2002, au lendemain des attentats du 11 septembre, Boko Haram évolue au gré des événements politiques nigérians et des orientations géostratégiques dessinées par les grandes puissances occidentales.
De 2002 à 2006, la secte s’inscrit dans la logique de recrutement-endoctrinement. Néanmoins, elle effectue quelques actions de violence comme pour prouver sa capacité d’action et se faire connaître. De 2006 à 2009, au fur et à mesure que le sudiste Olusugun Obasanjo s’obstinait à modifier la constitution (2006) pour briguer un troisième mandant à la tête du Nigeria, Boko Haram franchit un pallier dans la violence.
Les Etats de Bauchi, Wudil, Potiskum ,Maiduguri, Borno, Yobe, Kano deviennent le théâtre des violences incessantes. Celles-ci ont fait des morts aussi bien dans les rangs des forces de sécurité que dans la population civile et les adeptes de la secte. Son fondateur a d’ailleurs été exécuté en juillet 2009. Mais, comme cette hydre mythologique dont une tête coupée en faisait renaître 1000, Mohamed Yusuf n’est pas mort avec Boko Haram.

Quand Boko Haram s’invite dans la lutte pour le pouvoir entre le Nord et le Sud

Il est un élément qui permet de comprendre le versant nigéro-nigérian du phénomène Boko Haram. Entre 2006 et 2007, le président nigérian d’alors, Olusegun Obasanjo use de tous les stratagèmes pour écarter le candidat favori du Nord à la présidentielle.
Atiku Aboubacar qui a pourtant été son vice-président de 1999 à 2007 est tantôt accusé de corruption, tantôt exclu du parti au pouvoir, le Parti Démocratique Populaire (PDP). Déçu, il quitte le PDP et se présente sans succès à l’élection présidentielle de 2007 sous la bannière du Parti populaire de Tout le Nigéria (ANPP).
Finalement, c’est le malade Umaru Yar’Adoua qui succède à Obassanjo. Yar’Adoua est certes du Nord, mais il n’a pas le poids politique, encore moins le soutien populaire dont jouit le richissime Atiku Aboubakar que l’entourage d’Obassanjo trouve trop proche de Washington. Ce qui est sûr c’est que depuis cette brouille de plus et peut être de trop entre le Nord et le Sud, Boko Haram est devenu plus violent que jamais. S’attaquant aux écoles, églises chrétiennes et autres lieux publics. Avec ce nouveau redéploiement, l’on constate que la secte devenue le cheval de Troie de l’élite du Nord Nigéria dispose désormais d’armes lourdes. Ses troupes aujourd’hui estimées à 30 000 hommes, sont plus disciplinées, semblent plus entraînées. Bref elles sont devenues plus « professionnelles » ! Ceci fait immédiatement penser au deash en Irak c’est-à-dire une arme de chantage manipulée par des intérêts occultes…
Finalement, le 5 mai 2010, à la mort du président nordiste OumarouYar’Adoua qui n’a pas fini son mandat, le pouvoir revient au Sud avec l’élection de Jonathan Goodluck, originaire de la région pétrolifère du Delta du Niger. Les musulmans du Nord se sentent une fois de plus floués. Ils estiment que la bande à Jonathan Goodluck et Obassanjo a violé l’accord tacite qui veut que non seulement le Nord et le Sud dirigent le pays à tour de rôle, mais aussi qu’il revient à chaque partie de choisir son candidat-président.
Une disposition que le parti au pouvoir aurait violé aussi bien en 2007 qu’en 2011. On comprend par là pourquoi à l’approche de l’élection présidentielle de 2015, Boko Haram multiplie les actes de terreur qui visent sur le plan interne à fragiliser le président sudiste Jonathan Goodluck.
Pour cette mission, les grands médias jouent un rôle déterminent. Ils font une communication sélective qui consiste à communiquer sur les actions de Boko Haram et à passer sous silence les actions des forces de sécurité nigérianes qui ont fait leurs preuves à plusieurs reprises. En 2009 par exemple, l’armée nationale a infligé une cinglante déculottée aux membres de la secte, tuant son fondateur Mohamed Yusuf et un millier de ses combattants. Dans une lettre datant du 9 août 2009, Sanni Umaru qui s’est présenté comme le successeur de Mohamed Yusuf a reconnu la perte de plus de 1 000 hommes par Boko Haram. Certes gangrené par la corruption, le gouvernement fédéral n’est pas (pour l’instant) l’éléphant mort que vous présente votre téléviseur !
Le Nigéria est confronté à la guerre de quatrième génération et dans celle-ci, la guerre de l’information est un pilier central. Les mediamensonges des journaux et télévisions « presstitués » deviennent des obus de mortier qu’on tire du matin au soir. Notre poste de télévision devient un fantassin de l’ennemi installé dans notre propre salon, tirant jour et nuit en direction de notre cerveau !
Avec les financements de l’élite du Nord et ceux des acteurs extérieurs, la secte islamiste s’est suréquipée et dispose désormais d’armes lourdes ainsi que des chars. Outre les soutiens financiers et logistiques, ces islamistes terroristes bénéficient d’importantes complicités dans l’administration et dans les forces de sécurité. Ce sans quoi il n’aurait jamais été possible d’enlever plus de 200 filles dans un établissement scolaire et disparaitre sans être appréhendé. Parmi les financiers de Boko Haram, le Qatar et l’Arabie saoudite sont en tête de peloton bien sûr pour le compte de l’empire certes mais avec l’avantage de déstabiliser un acteur majeur et futur rival sur le marché du pétrole et du gaz. En 2050, le Nigéria seule aura environ 400 millions d’habitants, soit la troisième puissance démographique du monde. Cela n’arrange pas les affaires de beaucoup de gens...

La dimension occidentalo-impérialiste : fragiliser le Nigeria et écarter la Chine

Les puissances sont jalouses de leur position et des privilèges y afférents. Elles s’emploient à freiner toute concurrence, aussi petite soit-elle. En tant que triple puissance (démographique, économique et pétrolière) africaine, le Nigéria s’est involontairement attiré des ennemis hors du continent. Pour ne pas arranger les choses, l’ancien président Olesugun Obasanjo a commis le « crime » de briser le monopole des entreprises occidentales dans l’exploitation des vastes gisements de pétrole du Nigéria en ouvrant les puits au Chinois.
En effet, pendant plus d’un demi-siècle les compagnies pétrolières françaises, anglaises et étasuniennes ont régné en maîtres imperturbables dans la production pétrolière au Nigéria. Et puis, coup de théâtre ! En avril 2006, le président Obasanjo qui n’a pas reçu l’appui des Occidentaux dans sa tentative de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir se fâche et se tourne vers la Chine. Au grand dam de Shell, Texaco, Chevron…, les autorités nigérianes annoncent en grandes pompes avoir signé un contrat d’exploitation avec la compagnie pétrolière China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) pour plus de deux milliards de dollars avec une prévision de production de 225 000 barils jour. Dans la même logique, le président Obasanjo a négocié un prêt d’un milliard de dollars auprès du gouvernement chinois afin de financer la réhabilitation des voies ferrées du Nigéria et acheter du matériel roulant. La partie chinoise se donne deux ans pour produire son premier baril de pétrole au pays de ken Sarowiwa et de Wole Soyinka.
Ce rapprochement Abuja-Pékin crée des insomnies dans les capitales occidentales. Perdre le contrôle du Nigéria qui produit 2,5 millions de barils par jour est un coup dur pour Paris, Londres et Washington. D’autant plus que le Nigéria et son voisin le Cameroun constituent une sorte de glacis stratégique incontournable pour le contrôle du Golfe de Guinée.
De leur côté, l’Arabie Saoudite et le Qatar s’inquiètent de voir le premier producteur africain de pétrole s’affranchir de leur tutelle. L’Iran, deuxième producteur de l’or noir au monde se moque des directives éditées par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Le Venezuela, cinquième producteur mondial de pétrole s’est affranchi des directives des monarchies arabes et de l’impérialisme occidental depuis plus d’une décennie. Il gère son pétrole en toute souveraineté. Or, Ad vitam Aeternam, ces pétromonarchies entendent être le centre de régulation du marché du pétrole mondial. Ce qui est le seul lot de consolation que leur laisse l’impérialisme occidental.
Face aux velléités souverainistes du Nigéria, les réactions ne se font pas attendre. Chez l’Oncle Sam, on le sait, la meilleure défense c’est l’attaque ! L’administration US lance précipitamment son Commandement militaire pour l’Afrique en 2008, année où la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) démarrait ses activités pétrolières dans le premier pays producteur de pétrole en Afrique. Dans la précipitation, les USA n’attendent pas l’obtention d’un accord de siège pour lancer l’Africom. Il faut faire quelque chose. Point besoin d’attendre qu’un pays africain accepte d’abriter Africom pour le lancer. Six ans après son lancement, ce Commandement militaire étasunien pour l’Afrique est toujours basé à… Stuttgart en Allemagne.
Certains peuvent toujours y voir une simple coïncidence. Mais, cela n’enlève rien sur le fait que le Commandement militaire étasunien pour l’Afrique ne vise pas à lutter contre le terrorisme comme l’indique le discours officiel. Africom est le bras militaire de la diplomatie US pour contrer l’émergence d’une puissance endogène et surtout écarter la Chine de Afrique. Pour éviter que l’Empire du milieu ne s’empare de leur place de première puissance économique mondiale, les USA, incapables de fermer les industries chinoises, empêchent que celles-ci puissent accéder aux matières premières qui leur sont indispensables.

La CIA à l’œuvre

S’appuyant sur les câbles de Wikileaks, l’organisation Greenwhite Coalition affirme que pendant plusieurs années, les USA ont déployé les gros moyens pour déstabiliser le géant d’Afrique. En fouillant dans sa mémoire, le pays de Georges Bush a constaté que les troupes de l’Ecomog (EconomicCommunity of West African States Monitoring Group), la force militaire de la CDEAO (Communauté de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest), majoritairement constituée de militaires nigérians avait joué un rôle important (institution de cessez-le-feu) dans les guerres civiles au Libéria et en Siéra-Léone dans les années passées.
Craignant que le Nigéria utilise l’Ecomog pour supplanter l’influence des grandes puissances dans la sous-région, le président Georges Bush, fonde l’Acri (Africa Crisis Response Initiative ) en 2004. Avec l’aide de la CIA, l’Acri recrute des jeunes islamistes qu’elle forme à la collecte du Renseignement, au maniement des armes, aux techniques de survie. Les jeunes formés sont mis à la disposition de la secte BokoHaram qui s’en sert pour semer la mort !
Greenwhite Coalition constate également que la CIA a installé les camps d’endoctrinement et de formation le long des frontières poreuses du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger. Bien plus, un autre câble diplomatique US révèle que pour conduire la déstabilisation du Nigéria, l’ambassade US au Nigéria est devenue un véritable laboratoire. Pour mieux mener le sinistre projet, Washington n’a pas trouvé mieux que Terence P. MacCulley pour occuper le poste d’ambassadeur dans ce pays. Terence P. MacCulley n’est pas un diplomate comme les autres. En plus d’être le coordinateur de la politique étrangère d’Africom, il est l’un des architectes de l’Africa Crisis Response Initiative. Son expérience est mise à contribution pour fragiliser le pouvoir fédéral afin de justifier l’intervention des pays de l’OTAN.
Il n’aura échappé à personne que les attaques de la secte islamiste se font désormais avec une précision digne d’une armée professionnelle bien entrainée ! Elle dispose d’un effectif que la rançon issue du marchandage des otages ne peut payer. Car pour enrôler, nourrir, équiper et soigner des milliers de combattants comme c’est le cas de Boko Haram, il faut avoir des financements importants et réguliers. Or le business des otages n’obéit pas à cet impératif.

Quand Michelle Obama fait le marketing des drones US au Nigéria

Pour mieux comprendre l’implication des USA dans la déstabilisation du Nigéria, il faut revisiter les derniers évènements qui se rapportent à ce pays. Le dernier en date est incontestablement la campagne « Bring Back our girls », lancée personnellement par la première dame des Etats Unis d’Amérique. Restée en retrait pendant les six premières années de présidence de son mari, Michelle Obama s’est muée en mascotte du complexe militaro-industriel US. En lançant la campagne Bringbackourgirls sur facebook, elle a légitimement attiré l’attention du monde sur le sort des 200 filles enlevées par la secte islamiste.
Mais, ce qu’on ne dit pas c’est que Michelle Obama a trouvé un nouveau ciel pour les drones US et un nouveau terrain d’actions pour les Marines et autres forces spéciales étasuniennes. Au nom de la recherche des 200 lycéennes, le président étasunien a décidé l’envoi de 70 militaires au Tchad.
Obama en a profité pour renforcer les effectifs militaires US au Nigeria. Jusqu’en mai 2014, 50 soldats étasuniens étaient régulièrement affectés à l’ambassade des USA au Nigéria. 20 Marines y assuraient la formation des militaires locaux. La campagne lancée par Michelle Obama a permis d’accroitre ce nombre.
Rappelez-vous la campagne lancée pour nous avait-on dit, traquer Joseph Kony. Elle a permis aux USA de quadriller le Congo, l’Ouganda, la RCA… Brink back our girls permet de quadriller l’Afrique de l’Ouest. Etablissant l’axe Mogadiscio-Ouagadougou, avec 12 pays sous la botte de Washington. A ce jour, 29 pays africains ont accordé le droit aux USA d’utiliser leurs aéroports. Et n’oubliez jamais que les forces spéciales sont toujours précédées des hommes de Renseignements qui collectent certes des données utiles pour les militaires, mais font de l’espionnage économique et industriel au service de l’Empire. On voit à qui profite les crimes de Boko Haram en dernier ressort. La guerre c’est le plan !

Boko Haram : un poker menteur très rentable

En français, BokoHaram veut dire : « l’école interdite ». Boko renvoie au livre Book et Haram veut dire interdit. Son contraire est Halal. Plusieurs « spécialistes » et « experts » de Boko Haram préfèrent la traduction suivante : « L’éducation occidentale est un péché ».
Cependant, il est étonnant de constater que Boko Haram ne s’attaque pas aux intérêts des Occidentaux qui sont pourtant ses ennemis objectifs si l’on en croit la traduction des « experts ». Au Nigéria, les grandes marques occidentales ne manquent pourtant pas. Les plus visibles dictent la loi dans le pétrole qui est la principale source en devises du pays.
Au lieu de s’attaquer à elles pour confirmer le caractère Haram de l’Occident, la secte préfère s’en prendre aux Nigérian(e)s dont le crime inexpiable serait d’être chrétien(e)s ou de fréquenter une école laïque. Aboubakar Shekau n’a-t-il pas revendiqué l’enlèvement des 200 filles dans une vidéo ? Quelle incohérence ! Boko Haram est donc ce que son nom n’indique pas. Autrement dit Boko Haram n’est pas ce que vous en savez.
Contrairement à Boko Haram, le Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni et le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger s’opposaient ouvertement aux intérêts de l’Occident. Les deux organisations s’en prenaient directement aux multinationales pétrolières et à leurs relais nigérians. En 1992, trois ans avant sa pendaison à Port Harcourt le 10 novembre 1995 par le régime de Sani Abacha, l’écrivain Saro-Wiwa (assassiné avec 8 autres militants du Mosop) indexait les compagnies pétrolières en termes : « L’exploration pétrolière a transformé le pays ogoni en immense terrain vague. Les terres, les rivières et les ruisseaux sont en permanence entièrement pollués ; l’atmosphère est empoisonnée, chargée de vapeurs d’hydrocarbures, de méthane, d’oxydes de carbone et de suies rejetés par les torchères qui, depuis trente-trois ans, brûlent des gaz vingt-quatre heures sur vingt-quatre tout près des zones d’habitation. Le territoire ogoni a été dévasté par des pluies acides et des épanchements ou des jaillissements d’hydrocarbures. Le réseau d’oléoducs à haute pression qui quadrille les terres cultivées et les villages ogoni constitue une dangereuse menace ». Poursuivi par les familles des victimes pour complicité dans l’élimination de Saro-Wiwa et ses compagnons, le pétrolier Shell a accepté de payer 15,5 millions de dollars en juin 2009.

La rançon de la mauvaise gestion

Si BokoHaram recrute avec tant de facilité au Nigéria, c’est aussi parce que les dirigeants successifs de ce pays se sont illustrés par une redistribution inéquitable des ressources pétrolières. Exemple : l’écart entre le taux de scolarisation au Sud et au Nord du pays est abyssal. Pareil pour la couverture sanitaire. Tenez ! Sur 100 000 femmes qui enfantent au Nigéria, 1 800 meurent au Nord contre 80 dans le Sud du même pays. Face à cette misère entretenue par les hommes politiques généralement empêtrés dans les affaires de corruption et de détournement de deniers publics, les populations des zones lésées sont réceptives aux manipulations.
Pour attirer le maximum de personnes qu’il a finalement converties au djihad, Mohamed Yusuf, le fondateur de Boko Haram insistait dans ses prêches sur ces inégalités. Il pointait le pouvoir fédéral comme étant la cause du chômage des jeunes. Et ces derniers étaient nombreux qui attendaient leur premier emploi après plusieurs années d’études universitaires. En usant de tous les subterfuges pour écarter le nordistes, Atiku Aboubakar et placer le malade Omaru Yarad’oua, Olesugun Obasanjo à renforcé le clivage Nord-Sud et Boko Haram prospère au Nord parce qu’il a le soutien de l’élite nordiste. Les Nordistes sont prêts à tout pour qu’un sudiste ne remporte pas l’élection de 2015.
L’issue de cette consultation électorale déterminera probablement le cours de l’histoire du Nigéria. Si un ressortissant du Sud gagne, les actes terroristes de Boko Haram vont vraisemblablement se multiplier. Un rapport circonstancié du National Intelligence Council des USA évoque d’ailleurs une probable partition du Nigéria en 2015. Par contre si un nordiste l’emporte, les données pourront changer. Les musulmans verront l’arrivée d’un des leurs à la tête de l’Etat fédéral comme la correction d’une injustice. Comme un instrument au service de l’élite nordiste du Nigéria, BokoHaram aura atteint l’une de ses missions historiques. Mais, puisqu’elle est aussi et surtout au service des puissances étrangères, Boko Haram pourra migrer vers un autre pays exactement comme l’ont fait les djihadistes takfiri abandonnant la Lybie conquise pour la Syrie de Bachar Al-Assad. En clair, ses combattants pourront être envoyés sur un nouveau front pour une mission similaire : contrer la Chine et obtenir des contrats léonins pour les multinationales occidentales.

Après le Nigéria, le Cameroun ?

Le Cameroun est la cible idéale pour les puissances impérialistes occidentales. Pourquoi le Cameroun de Paul Biya ? Comme le président centrafricain François Bozizé renversé par une coalition rebelle en mars 2013, le malheur de Paul Biya c’est d’avoir décidé de diversifier les partenaires économiques du Cameroun. Ainsi, ce pays considéré depuis près d’un siècle comme bastion imprenable de la France a largement ouvert ses portes à la Chine. En 10 ans, l’Empire du milieu a supplanté la France dans l’économie camerounaise. Gagnant progressivement tous les grands marchés : construction des barrages de Mekin et M’mvelle, construction de l’autoroute Douala-Yaoundé, construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi, etc.
Le Cameroun c’est aussi le verrou du golfe de Guinée et la gâchette de toute l’Afrique. On l’appelle « l’Afrique en miniature ». Déstabiliser ce pays c’est la garantie de mettre le feu à tout le Golfe de Guinée. Déjà, depuis plus de deux ans, les incursions de la secte nigériane ont presque totalement détruit le commerce de bétail dans le nord du Cameroun alors que la misère sociale est justement la raison essentielle pour laquelle la secte recrute si facilement ses djihadistes. La stratégie du chaos est donc bien en marche. Jusqu’ici, les seuls otages occidentaux attribués ou revendiqués par la secte nigériane Boko Haram ont été enlevés au…Cameroun.
Le 19 février 2013, une famille française constituée de Tanguy Moulin-Fournier et son épouse, leurs quatre fils et Cyril le frère de Tanguy sont enlevés à l’extrême-Nord du Cameroun. En visite en Grèce, François Hollande réagira tout de suite en indiquant que cette famille est entre les mains de Boko Haram. Boko Haram n’avait encore fait aucune revendication de ce rapt. Il a fallu attendre le 21 pour qu’Aboubakar Shekau revendique l’enlèvement. En novembre de la même année 2013, un autre Français, Georges Vandenbeusch, 42 ans est enlevé à Nguetchewé, localité du Nord-Cameroun. Le Conseil épiscopal du Cameroun n’a signé aucun communiqué rendant public cet enlèvement. L’instance est restée tout aussi muette après la libération de Vandenbeush le 31 décembre. Ce qui est inhabituel. Lorsqu’un prêtre catholique est en difficulté, le Conseil épiscopal prend officiellement position en condamnant l’acte. Ce qui n’a jamais été le cas pour Georges Vandenbeusch qui était pourtant présenté comme prêtre catholique. Le 5 avril 2014, les prêtres italiens Giampaolo Marta et Gianantonio Allegri, ainsi qu’une religieuse canadienne sont enlevés à Tchère, à environ 20 kilomètres de Maroua, capitale de la Région de l’Extrême-Nord Cameroun. L’enlèvement est attribué à la secte islamiste. On dirait que BokoHaram ne voit les Occidentaux qu’au Cameroun !
En fait, à travers ces enlèvements, la secte islamiste et ses financiers impérialistes veulent faire passer dans l’opinion internationale que le régime de Yaoundé est incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens et des étrangers et ainsi préparer les esprits à une future occupation militaire du pays comme en Centrafrique. 
Une nouvelle carte de l’Afrique se dessine. Les frontières issues de la colonisation n’arrangent plus ceux qui les ont tracées à l’époque. Des informations sérieuses parlent de la constitution d’un nouvel état regroupant le nord du Nigéria, du Cameroun, de la Centrafrique et le sud du Tchad et qui sera un émirat islamique comme celui qui se prépare en Irak.
Finalement, la guerre contre Mouammar Kadhafi en Libye n’est pas différente de celle qui a plongé le Mali dans le chaos. La différence entre le renversement de Laurent Gbagbo en Côte-D’ivoire et de celui de François Bozizé en Centrafrique c’est l’identité des présidents renversés. Au Nigéria, les actions de Boko Haram servent les mêmes intérêts que ceux de la Séléka en République Centrafrique. Par ces temps de faillite économique en occident, les pays de l’Otan, conduits par le nouveau couple anthropophage : USA-France veulent endiguer la pénétration chinoise et reprendre les énormes ressources naturelles disponibles dans cette partie du monde.
Il est également question de déstructurer le continent africain qui sera tout de même la première puissance démographique mondiale en 2050 avec deux milliards d’habitants. Dans cette troisième guerre mondiale qui est la lutte pour l’hégémonie planétaire, tout Etat souverain est un danger pour l’Occident et tout Etat très grand doit être divisé en entités plus facilement manipulables comme au Soudan, et comme prévu pour l’Irak.
La guerre risque d’être longue et large. La campagne d’occultation des vraies causes aussi. Et la grande force de l’impérialisme est de toujours faire porter la responsabilité de ses guerres par d’autres. Ce qui complique évidemment la compréhension des causes profondes et des objectifs finaux des conflits contemporains. Face à cela, le choix devient simple pour les africains : soit combattre pour leur libération définitive et travailler pour devenir la puissance émergente du 21ème siècle, ou alors accepter une recolonisation directe qui cette fois est bien partie pour durer 1000 ans !
Source : "Le Journal de l’Afrique n° 003", 24 octobre 2014, Investig’Action
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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