ELWATAN-ALHABIB
mercredi 18 mai 2016
 

Les forces spéciales US opèrent depuis des mois secrètement en Libye








 
forces spéciales us
Citant les déclarations anonymes d’officiers américains, le Washington Post a rapporté la semaine dernière que des commandos des forces spéciales américaines opéraient depuis l’an dernier en Libye.
Ils le font à partir de bases secrètes installées totalement à l’insu du public, l’an dernier, près de Benghazi et de Misrata, dans l’est et l’ouest de la Libye. Selon le Post, les troupes américaines font du travail d’éclaireurs pour définir des cibles et recruter des forces intermédiaires, faisant partie d’« équipes de contact ».
Des membres de l’armée américaine avaient « commencé à se rendre en Libye au printemps dernier et établi des avant-postes jumeaux six mois plus tard, » ont indiqué des sources militaires au Post. De plus, le personnel américain « a développé des relations au sein de forces se mobilisant pour un éventuel assaut du bastion de l’Etat islamique à Syrte. »
Le 9 mai, le ministère italien des Affaires étrangères a annoncé que Rome mènerait des pourparlers, censés débuter ce lundi à Vienne et visant à consolider l’engagement d’une coalition de gouvernements à une intervention bien plus vaste de l’OTAN en Libye, afin d’y inclure plusieurs milliers de soldats italiens comme troupes au sol.
Il n’y a pas de liste disponible des participants au sommet libyen mais le ministre tunisien des Affaires étrangères a assuré aux médias que « des ministres des Affaires étrangères de la région et d’autres figures importantes ser[aient] présents. »
Ces préparatifs de guerre sont justifiés par les slogans mensongers de « soutien au gouvernement d’union nationale » et de « guerre contre l’Etat islamique. »
En réalité, les puissances impérialistes cherchent une feuille de vigne légale pour des opérations prédatrices destinées à garantir diverses ambitions ou intérêts néocoloniaux dans ce pays ruiné qui a sombré dans le chaos et la violence fratricide depuis sa destruction totale par la guerre menée par l’OTAN en 2011 pour renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi.
L’affirmation des gouvernements américain et européens qu’ils interviennent pour combattre l’EI sont particulièrement cyniques. La destruction de la Libye en 2011 s’est faite avec le soutien précisément des milices islamistes extrémistes considérées à présent comme l’ennemi mortel. Ces éléments furent d’abord mobilisés au nom de la guerre contre Kadhafi, puis contre le régime d’Assad en Syrie, où des forces mandataires appuyées par les Etats-Unis furent massées et équipées dans le cadre d’opérations secrètes, supervisées par l’antenne de la CIA à Benghazi.
La révélation que des forces américaines opèrent depuis des mois en Libye survient quelques jours seulement après que des informations ont circulé que des troupes américaines au sol avaient été secrètement déployées, il y deux semaines, dans le sud du Yémen. Ces deux opérations, lancées sans même un semblant de débat public ou de processus démocratique ne furent reconnues qu’après coup dû aux divulgations anonymes faites aux médias.
Le gouvernement Obama et la direction du Pentagone sont en train de procéder, dans le plus grand secret, à un développement quantitatif du militarisme et des actes de guerre américains dans le monde, qui englobe des territoires de plus en plus vastes de l’Afrique et de l’Eurasie.
Le président Obama, après avoir mis en avant son héritage africain dans sa campagne présidentielle de 2008, a supervisé la croissance exponentielle de garnisons néocoloniales et d’avant-postes américains, de la Libye au Congo et de la Somalie au Sénégal, reliées par un « sentier d’hippopotame » composé de plate-formes logistiques, de bases et d’infrastructures, et serpentant à travers pas moins de 12 pays africains nominalement souverains.
Selon un ex-officier de haut rang du Département de la Défense chargé des opérations spéciales, William Wechsler, les opérations américaines en Libye, révélées jeudi pour la première fois au public, ne sont qu’un exemple du nombre croissant d’interventions américaines et de guerres non déclarées dans des pays qualifiés en jargon interne de « zones hors hostilités actives. »
En Libye, et dans un nombre croissant de régions d’Afrique occidentale, centrale et du nord, des unités militaires et de renseignement sont « en train de dresser la carte des réseaux locaux hostiles et non hostiles, » a dit Wechsler.
Les dirigeants de l’armée américaine parlent ouvertement dans les grands journaux d’une extension imminente de guerres menées par des commandos américains partout en Afrique occidentale et dans le bassin du lac Tchad.
Le général Bolduc a qualifié dernièrement les pays limitrophes du lac Tchad de « ground zero pour l’Etat islamique en Afrique. »
Des responsables militaires américains ont averti en avril que l’EI était en train de développer ses liens avec Boko Haram, le groupe islamiste du nord-est du Nigeria qui a servi de principal prétexte au Pentagone pour renforcer les forces américaines à l’intérieur et autour du Nigeria, actuellement premier producteur de pétrole et moteur économique du continent.
L’an dernier, Washington a orchestré au Nigeria une invasion par procuration menée par les armées tchadienne et camerounaise. Ces forces jouissent de l’appui de conseillers américains et sont de plus en plus souvent équipées d’armes de haute technologie. Cela fait partie d’un renforcement militaire constant de la part des Etats-Unis, qui inclut des centaines de leurs soldats et de ceux de l’OTAN, quelque 200 millions de dollars de fonds pour l’entraînement des forces de sécurité dans quelques Etat d’Afrique centrale et 50 millions de dollars pour la construction d’une base pour drones à Agadez, au Niger.
Soldats et personnel de renseignement américains sont actifs dans tous les pays d’Afrique et des contingents militaires ont été déployés dans de nombreux pays dont, entre autres, la Somalie, l’Ouganda, le Cameroun, le Nigeria, le Niger, la République démocratique du Congo, le Sud-Soudan, le Mali et le Burkina Faso.
La présence de l’armée américaine est complétée par une collaboration approfondie avec les dictatures les plus réactionnaires du continent. Le gouvernement Obama donne une direction politique à l’escalade et s’efforce de porter au pouvoir au Nigeria l’ancien dictateur pro-impérialiste Muhammad Buhuri; il resserre les liens avec le dictateur tchadien, le président Idriss Deby qui a reçu le mois dernier la visite personnelle de la fondé de pouvoir de la Maison Blanche Samantha Powers.
Le nouveau découpage de l’Afrique fait partie d’un processus généralisé de réaction mondiale grâce auquel les anciens pays coloniaux sont ramenés à des conditions de gouvernement direct par les armées impérialistes en association avec des dictatures militaires pro-impérialistes d’extrême droite et des satrapes locaux.
La guerre initiale des Etats-Unis et de l’OTAN contre la Libye avait été prévue comme le moyen « d’enfoncer la porte » pour un nouveau partage impérialiste de l’Afrique et pour ouvrir la voie à une énorme expansion des opérations militaires de l’Occident jusque dans le sud du continent. Au lendemain de la guerre en Libye, le Sahara et les régions subsahariennes furent inondés de mercenaires et d’armement, suivis peu de temps après, lors d’une intervention dirigée par la France, par les armées impérialistes qui envahirent le Mali moins de deux ans après le début de la guerre de 2011.
Des milliers de soldats français ont ensuite assuré une présence permanente dans la zone du Sahel.
Il ne fait guère de doute que les projets qui seront manigancés la semaine prochaine à Vienne entraineront davantage d’exactions sanglantes contre la Libye et l’ensemble du continent, perpétrées par les armées et les services de renseignement américains et européens.
Thomas Gaist
Article original, WSWS, paru le 14 mai 2016
 
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