ELWATAN-ALHABIB
mardi 12 février 2019
 

La Chine sans œillères






,
par Bruno Guigue



La Chine sans œillères, par Bruno Guigue© REUTERS/David Gray
A rebours de ce que les médias avancent généralement sur les ambitions chinoises de domination de la planète, l'analyste politique Bruno Guigue dresse le portrait d'un pays éminemment pragmatique.

A entendre l’avalanche de mensonges déversée sur ce grand pays par les médias occidentaux, on finit par se poser la question : peut-on encore considérer la Chine sans œillères ni préjugés, sans concession ni malveillance, en la regardant telle qu’elle est et non telle qu’on voudrait qu’elle fût ?
Dès qu’ils daignent en parler, nos médias la décrivent en des termes qui oscillent toujours entre la crainte et le mépris. Assoiffée de richesses, jetant ses tentacules sur la planète, trompant son monde en affichant un pacifisme de façade, d’une brutalité sourde qu’on soupçonne, prête à exploser, derrière les faux-semblants d’un discours lénifiant, la Chine serait comme l’ogre de la fable qui finira, un beau matin, par manger les petits enfants. L’imagerie coloniale la représentait au XIXe siècle sous les traits d’une cruauté raffinée, mais ce raffinement n’est plus de mise. A croire nos éditorialistes et nos experts, la Chine nouvelle n’enrobe plus ses appétits voraces de ces raffinements surannés. Ce qu’elle veut, c’est «dominer le monde», tout simplement. Appelée à devenir la première puissance économique mondiale, elle réclame sa part d’hégémonie planétaire, elle revendique la première place sur le podium. Mais elle veut surtout, nous dit-on, imposer son modèle, promouvoir ses valeurs, s’ériger en exemple destiné à l’imitation des nations.
Réticente aux idées abstraites, la Chine admet volontiers qu’il n’y a pas de recette toute faite
Cette vision d’une Chine conquérante et prosélyte est d’autant plus surréaliste que les Chinois font exactement le contraire. Persuadés que leur système est unique, ils ne cherchent à convertir personne. Qu’ils exportent des marchandises, achètent des terrains ou construisent des ponts à l’étranger, ils défendent évidemment leurs intérêts. Mais leur ambition n’est pas de repeindre le monde aux couleurs de la Chine. A choisir, ils préféreraient sans doute qu’on ne les imite pas, car chaque peuple doit trouver sa voie par lui-même, quitte à commettre ces erreurs de parcours sans lesquelles aucune réussite n’est méritoire. Comme le disent si bien les spécialistes de la langue chinoise – qui, eux, connaissent bien leur sujet - la pensée chinoise est empirique et pragmatique. Elle affronte les faits, elle en subit les corrections successives et poursuit son avancée tant bien que mal. Réticente aux idées abstraites, elle admet volontiers qu’il n’y a pas de recette toute faite. C’est pourquoi il faut renoncer à l’idée que les Chinois cherchent à diffuser leur modèle et cesser de prêter à ce grand pays des rêves de conquête qui n’existent que dans l’imagination de ses détracteurs. Mais nos experts patentés ne l’entendent pas de cette oreille. Concluant une émission de C dans l’Air dont le titre est déjà tout un programme («Qui peut arrêter la Chine ?»), Valérie Niquet, chercheuse à la Fondation de la recherche stratégique, opposait en ces termes le modèle européen et le modèle chinois : «La Chine, c’est l’anti-Europe, par exemple. Nous, on tente de surmonter ce qui faisait les relations internationales du passé, le conflit, l’usage de la force pour régler les tensions. La Chine, elle, s’en tient aux comportements du XIXe siècle.»
Accuser l’autre de ses propres turpitudes relève d’une inversion maligne dont le discours occidental est coutumier
Faut-il en déduire que la Chine aurait un goût prononcé pour «l’usage de la force en vue de régler les conflits» ? Pourtant, rares sont les Afghans, les Libyens, les Irakiens, les Syriens et les Yéménites à avoir péri sous des bombes chinoises. Pays européens, la France et le Royaume-Uni, en revanche, ont causé avec leur grand allié américain – et en utilisant divers intermédiaires - des centaines de milliers de morts et des dévastations sans nom en violant les règles internationales les plus élémentaires. Mais ce n’est pas nouveau. Accuser l’autre de ses propres turpitudes relève d’une inversion maligne dont le discours occidental est coutumier. Dire que la Chine, contrairement à l’Europe, «s’en tient aux comportements du XIXe siècle», dans la même veine, traduit un consternant mélange d’arrogance et d’ignorance. Car à cette époque, ce n’est pas l’empire chinois, mais les puissances impérialistes européennes qui pratiquaient la conquête territoriale et le pillage colonial. Les Chinois en savent quelque chose. Avec les «guerres de l’opium», Britanniques et Français ont envahi le «pays du milieu» pour le contraindre à signer des traités infamants et accepter l’importation massive de cette drogue aux effets délétères. Pire encore, en 1860, un corps expéditionnaire réunissant les forces des deux nations fait irruption dans Pékin et met à sac le splendide Palais d’été des empereurs Qing. Indigné, Victor Hugo condamna ce forfait en écrivant ces lignes amères : «Nous Européens, nous sommes les civilisés, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.»
La centralité imaginaire de l’empire lui a forgé un destin, le vouant à s’occuper d’abord de ses sujets et de leur bien-être avant de s’intéresser au reste du monde
Cette spoliation, la France préfère l’oublier, et elle donne aujourd’hui des leçons de morale à un pays qu’elle a pillé il y a 150 ans, comme si ses ignominies passées lui conféraient un certificat de vertu pour le présent. La Chine, elle, n’a rien oublié, mais elle n’en éprouve aucune haine. Cette vieille humiliation, elle entend l’effacer en retrouvant la place légitime qui est la sienne dans le concert des nations. Ce qu’elle veut, c’est tourner définitivement la page de cette ère chaotique initiée par les guerres de l’opium et la décadence de l’empire des Qing. Nul besoin, pour y parvenir, d’imposer quoi que ce soit à qui ce soit. Modèle sans imitation possible, empire sans impérialisme, la Chine est par excellence une puissance pacifique. Mais elle ne l’est pas seulement par choix politique, ses dirigeants modernes ayant fait le choix du développement et proscrit l’aventure extérieure. Elle l’est aussi pour une raison plus profonde, et plus difficile à cerner pour un esprit occidental. C’est que la centralité imaginaire de l’empire lui a forgé un destin, le vouant à s’occuper d’abord de ses sujets et de leur bien-être avant de s’intéresser au reste du monde. Pays du milieu, la Chine reçoit en priorité l’influence bénéfique du ciel, qui est rond, tandis que la terre est carrée. Elle est située au centre du monde par un décret intemporel qui lui ôte l’envie d’en conquérir les marges. Cette périphérie du monde habité, en effet, ne sera jamais aussi intéressante que le cœur même d’un empire dont la gestion est déjà une lourde tâche.
Cette attitude pacifique d’un empire auto-centré n’intéresse guère nos démocraties guerrières, devenues expertes en bombardements humanitaires
Prêter des ambitions conquérantes à ce pays, par conséquent, est aussi absurde que lui reprocher de vouloir exporter son modèle, puisque ce dernier a pour vocation de rester unique. Si la Chine est pacifique, c’est donc en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse d’innocuité à l’égard de ses voisins. «Les armes sont des instruments néfastes et répugnent à tous. Celui qui comprend le Tao ne les adopte pas», disait Lao-Tseu. Clef de voûte du monde habité, l’empire du milieu se condamnerait à la décomposition s’il se dispersait aux marges, il se dissoudrait dans l’informe s’il renonçait par ambition aux dividendes d’une sereine centralité. Or cette pesanteur de l’imaginaire chinois ne concerne pas seulement le monde des idées. Transposée dans le monde réel, elle détermine un habitus que les donneurs de leçons occidentaux devraient méditer, quitte à s’en inspirer pour leur propre gouverne : un grand pays qui n’a fait aucune guerre depuis quarante ans, en effet, mérite tout de même quelque considération. Hormis le bref règlement de comptes avec le Vietnam (1979), il faut remonter jusqu’à l’affrontement frontalier avec l’Inde (1962) et à la guerre de Corée (1950-1953) pour trouver la trace d’une guerre dans laquelle la Chine se serait engagée. Encore faut-il préciser que ces conflits se déroulèrent à ses frontières immédiates, et non dans de lointaines contrées convoitées par on ne sait quel expansionnisme. Mais cette attitude pacifique d’un empire auto-centré n’intéresse guère nos démocraties guerrières, devenues expertes en bombardements humanitaires, en embargos qui affament les peuples pour la bonne cause et en révolutions téléguidées de l’étranger.
On aime dire que la Chine reste un pays pauvre [...] Mais la réalité chinoise se transforme plus vite que les représentations des experts occidentaux
Comme on l’a relevé, les Occidentaux, à propos de la Chine, oscillent toujours entre la crainte et le mépris. Ils ont exigé à grand cri qu’elle participe à la mondialisation des échanges, et ils se lamentent des parts de marché que ses entreprises enlèvent haut la main. Multipliant les injonctions contradictoires, ils lui reprochent à la fois d’en faire trop et pas assez, d’être désespérément pauvre et scandaleusement riche, excessivement rapide et exagérément lente, décidément trop libérale quand elle n’est pas trop dirigiste. Ils lui demandent de sauver la croissance mondiale – ce que Pékin a fait au lendemain de la crise financière de 2008, provoquée par la rapacité des banques américaines – mais sans se montrer trop gourmande en matières premières. Ils voudraient qu’elle continue à se développer, mais en renonçant aux outils de son développement, comme sa souveraineté monétaire, son puissant secteur public et sa prudente tutelle des marchés financiers. L’attitude occidentale frôle parfois le comique. Lorsque la Chine, après avoir connu des taux de croissance annuels à deux chiffres, redescend en douceur à 6,4 % (2018), on entend les experts d’un pays européen qui se traîne à 1,5 % faire la fine bouche et pronostiquer la catastrophe : c’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité ! En Occident, on aime dire que la Chine reste un pays pauvre, avec ses centaines de millions de travailleurs sous-payés. Mais la réalité chinoise se transforme plus vite que les représentations des experts occidentaux, car les luttes des salariés de l’industrie – dans un pays qui connaît des conflits sociaux réglés par la négociation, comme partout ailleurs – ont abouti à une hausse conséquente des salaires, au point d’inquiéter les investisseurs étrangers.
Le pacifisme de la Chine est l’envers de sa réussite économique, quand le bellicisme des USA est le reflet de leur déclin
En fait, la Chine est un grand pays souverain, fier de son identité culturelle, attaché à la loi internationale et décidé à se faire respecter sur la scène mondiale. Il n’agresse ni ne menace aucun Etat, ne finance aucune organisation terroriste ou subversive chez les autres, n’inflige aucun embargo ni aucune sanction économique à d’autres Etats souverains et refuse obstinément de se mêler de leurs affaires intérieures. Le contraste est saisissant avec l’attitude des Etats-Unis et de leurs alliés européens, qui passent leur temps à intervenir chez les autres de façon unilatérale, sous de faux prétextes et en violation flagrante de la loi internationale. Si toutes les grandes puissances se comportaient comme la Chine, le monde serait plus sûr et moins belliqueux. Il serait beaucoup moins assujetti – avec les risques énormes que génère cette dépendance - aux intérêts sordides des multinationales de l’armement. Car les Chinois n’ont qu’une base militaire à l’étranger quand les USA en ont 725. Ils dépensent 141 dollars par habitant et par an pour leur défense quand les Américains en dépensent 2 187. Ils n’ont qu’un porte-avions, tandis que les USA en ont douze. Et encore la Chine a-t-elle accompli un effort de réarmement significatif depuis dix ans face aux initiatives belliqueuses de l’Oncle Sam. Si elle avait pu, elle s’en serait passée. Tandis que les USA se cramponnent désespérément à leur hégémonie finissante, les Chinois savent qu’ils sont la puissance montante et qu’il ne sert à rien de précipiter les événements. Le pacifisme de la Chine est l’envers de sa réussite économique, quand le bellicisme des USA est le reflet de leur déclin. Au lieu de faire la guerre en vivant à crédit, la Chine a compté sur son savoir-faire pour développer son tissu économique, et le résultat est palpable.
Quand on voyage en Chine en 2019, on ne voit pas un pays en voie de développement, mais un pays développé. La modernité et la fiabilité des moyens de transport y sont impressionnantes. Les métros sont flambant neuf, d’une propreté, d’une fonctionnalité et d’une sécurité à toute épreuve. Dans celui de Canton, troisième ville chinoise avec 14 millions d’habitants, il n’y ni SDF, ni pick-pocket, ni tag, ni mégot, ni papier par terre. Les passagers attendent sagement leur tour si le train est bondé, et aux heures de pointe les rames se succèdent toutes les 30 secondes. En dépit de leur gigantisme, les gares et les aéroports fonctionnent comme du papier à musique. Les retards sont rares, les billetteries automatisées, la signalétique irréprochable (même pour les étrangers). Des toilettes gratuites sont disponibles partout. Les lignes aériennes intérieures desservent toutes les villes importantes, et les avions sont ponctuels, propres et confortables. Les gares et les lignes à grande vitesse offrent aux Chinois une gamme de déplacements dans l’ensemble du pays à des tarifs raisonnables. Un aller simple Canton-Nanning, par exemple, soit 550 kilomètres de LGV, coûte 169 yuans (23 euros) quand le salaire moyen est de l’ordre de 3000 yuans (410 euros). Depuis dix ans, les progrès sont fulgurants. La Chine avait 700 kilomètres de LGV en 2007, 11 000 kilomètres en 2013, 23 000 en 2016, et l’objectif est d’atteindre 40 000 kilomètres, soit l’équivalent de la circonférence de la terre.
La réussite de CRRC, mastodonte public, a de quoi faire réfléchir les tenants du libéralisme sur les véritables paramètres de la croissance économique
Il est frappant que ces infrastructures, pour la plupart, aient moins de dix ans. D’une modernité sidérante, elles sont le fruit d’une politique massive et délibérée d’investissements publics. Décidée au lendemain de la crise financière de 2008, cette politique a sauvé une croissance mondiale malmenée par l’irresponsabilité de Wall Street. Elle a aussi permis d’accélérer la marche du pays vers la «société de moyenne aisance» qui est l’objectif majeur des dirigeants du pays. Pour franchir cette nouvelle étape de leur développement, les Chinois comptent sur le dynamisme d’un vaste secteur privé, notamment dans les services. Mais ils utilisent aussi un puissant réseau d’entreprises d’État qui ont bénéficié de la taille critique du marché intérieur chinois pour s’imposer à l’échelle internationale. Le meilleur exemple est sans doute celui de l’entreprise de construction ferroviaire CRRC, devenue numéro un mondial pour la production de trains à grande vitesse. Active dans 102 pays, cette entreprise compte 180 000 employés et affiche un revenu qui dépasse les 30 milliards d’euros. Elle construit 200 trains par an, contre 35 pour le duo Siemens-Alstom. Cette réussite d’un mastodonte public a de quoi faire réfléchir les tenants du libéralisme sur les véritables paramètres de la croissance économique, mais il y a peu de chance qu’ils en tirent les conclusions qui s’imposent. Ils préfèrent croire que les recettes libérales vont sauver le monde des affres du sous-développement.
Contrairement à nous, les Chinois s’inscrivent dans le temps long. Tandis que nous subissons la dictature du court terme, ils regardent loin devant
En Occident, lorsqu’elle réussit, la Chine fait peur. Lorsqu’elle manifeste des signes d’essoufflement, elle fait peur aussi. On lui reproche d’utiliser son secteur public pour gagner des parts de marché, tout en brandissant comme les Saintes Ecritures une idéologie libérale qui prétend que le secteur public est inefficace. En attendant, les Chinois continuent de penser, avec Deng Xiaoping, que peu importe que le chat soit noir ou gris pourvu qu’il attrape les souris. En Chine, l’État contrôle les industries-clé : charbon, acier, pétrole, nucléaire, armement, transports. Ce ne sont pas les récriminations occidentales qui vont inciter ce pays souverain à modifier sa politique. Il a payé assez cher la construction de son modèle de développement et il n’a pas envie d’y renoncer pour faire plaisir aux puissances étrangères. La Chine est entrée toutes voiles dehors dans les grands vents de la mondialisation, mais elle n’a pas l’intention de lâcher le gouvernail parce que les Occidentaux ne savent plus le tenir. Contrairement à nous, les Chinois s’inscrivent dans le temps long. Tandis que nous subissons la dictature du court terme, ils regardent loin devant. Il y a deux siècles, la Chine était encore l’atelier du monde. Du tiers de la production mondiale en 1820, au moment de son apogée, elle est passée à moins de 5% en 1950. La décadence de la dynastie Qing et l’intrusion européenne – puis japonaise – ont précipité son déclin, ouvrant une ère calamiteuse dont les convulsions révolutionnaires du XXe siècle furent la conséquence. Il n’est pas étonnant que la Chine veuille désormais retrouver l’éclat de sa jeunesse en utilisant les ressources matérielles et spirituelles d’une culture plurimillénaire.
Les Chinois, quand ils louent la politique de leurs dirigeants, citent à la fois la lutte contre la corruption et la lutte contre la pauvreté
Dans la nouvelle phase de son développement – «la société de moyenne aisance» - la Chine moderne entend développer son marché intérieur en favorisant l’émergence des classes moyennes. Mais elle veut aussi extraire de la pauvreté les populations les plus démunies. Il est significatif que les Chinois, quand ils louent la politique de leurs dirigeants, citent à la fois la lutte contre la corruption – qui est extrêmement populaire – et la lutte contre la pauvreté. Dans les villages chinois, on peut voir des tableaux affichés publiquement où figurent les noms des pauvres qui bénéficient du programme d’éradication de la pauvreté et les noms des fonctionnaires chargés de les accompagner personnellement. En un lieu où tout le monde se connaît, cette absence d’anonymat ne semble gêner personne. Chacun sait à quoi s’en tenir, et l’évaluation des résultats au vu et au su de tous – une véritable obsession dans la culture administrative chinoise – en est facilitée. Ce tableau est d’ailleurs affiché en face du bâtiment du comité local du parti communiste, ce qui témoigne de l’intérêt qu’on lui porte. En tout cas, ce dispositif a porté ses fruits. Selon la Banque mondiale, le taux de pauvreté en Chine populaire qui s’élevait encore à 17% en 2010 est tombé à 3,1% en 2017. L’encadrement social nécessaire à la mobilisation de tous et la direction par un parti qui fixe les objectifs participent aux yeux des Chinois d’un cercle vertueux dont l’efficacité est patente.
C’est aussi la raison pour laquelle les cris d’orfraie de la presse occidentale à propos de la «note de crédit social» ne semblent pas rencontrer le même écho chez les Chinois. Qu’on soit sanctionné pour avoir commis des délits ou des incivilités ne les trouble guère. Au contraire, la mentalité régnante pencherait plutôt pour la sévérité dans un pays où l’application de la peine de mort va de soi. La présentation de ce dispositif expérimental – qui consisterait selon les médias occidentaux à attribuer une note globale de crédit social à chaque citoyen, susceptible de monter ou baisser en fonction de son attitude dans tous les domaines – ne correspond d’ailleurs jamais à ce que les Chinois en disent. Ils y voient un système permettant de neutraliser les délinquants ou de limiter le surendettement, mais son caractère global – façon « Big Brother » – ne fait pas partie du champ de l’analyse. On peut avancer l’hypothèse que la présentation du dispositif par les médias occidentaux est quelque peu biaisée, puisqu’elle décrit un projet encore embryonnaire comme s’il était quasiment finalisé et prêt à l’emploi. Lorsqu’on en parle avec des Chinois, ils jugent certains aspects du projet peu contestables, alors que l’Occidental formaté par ses médias y voit une entreprise totalitaire contraire à ses propres principes. Cet exemple illustre l’attitude coutumière des médias occidentaux à l’égard du système politique chinois, mais elle montre surtout à quel point nous ne parlons pas le même langage symbolique.
 La dictature du parti offusque nos médias, mais celle du capital leur convient
Nous ne voyons aucune contradiction, par exemple, entre l’affirmation selon laquelle la France est la patrie des droits de l’homme et notre participation à des guerres ignobles contre des peuples qui ne nous ont rien fait. Pour les Chinois, c’est absurde. La seule façon de prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est de développer son propre pays tout en laissant les autres conduire leurs affaires comme ils le veulent. Nos médias trouvent abominable l’absence de liberté d’expression en Chine populaire, mais dix milliardaires leur dictent une ligne éditoriale monolithique et éliminent impitoyablement toute pensée dissidente. La dictature du parti les offusque, mais celle du capital leur convient. Le système chinois est moins hypocrite. Il est admis depuis 1949 que le parti communiste est l’organe dirigeant de la société et qu’il en fixe les orientations politiques. Ce parti accepte le débat interne mais il ne veut pas de concurrent externe. On peut le déplorer, mais c’est aux Chinois d’en décider. Cette direction unifiée donne sa cohésion à l’ensemble du système, mais elle est jugée sur ses résultats, conformément à une éthique confucéenne où les dirigeants sont tenus de servir et non de se servir. Ancrée traditionnellement dans le culte des ancêtres, la société chinoise n’a jamais été une société individualiste. C’est une société holiste où l’individu s’efface devant le groupe plus vaste auquel il appartient. «Obéis au prince, obéis au maître, obéis aux parents», disait Confucius il y a 2 500 ans. Tous les lundis matin, dans les établissements scolaires, le proviseur procède à la levée des couleurs et tient un discours mobilisateur devant les élèves en rang et en uniforme. Des formules comme «Sois civilisé, sois studieux et appliqué» ornent en gros caractères la cour des écoles. La véritable question est de savoir si ce système symbolique résistera durablement aux assauts de la société de consommation et à l’épanchement individualiste qu’elle entraîne partout où elle passe, y compris dans les sociétés qu’on pensait les mieux armées pour l’endiguer.
 
mardi 5 février 2019
 

 RÉSIDENCE TRÈS POLITIQUE D’UN ÉCRIVAIN ALGÉRIEN










PAR AW · FÉVRIER 4, 2019
Omar Benderra, Algeria-Watch, 4 février 2019
Critiquer le rôle politique de Kamel Daoud, (au même titre que celui endossé par Boualem Sansal ou Yasmina Khadra) ne relève ni de près ni de loin de la critique littéraire. Il y a bien des années – depuis la mise sur orbite des « nouveaux philosophes » impulsée par l’éditrice Françoise Verny – que les observateurs constatent que les préconisations littéraires de la presse subventionnée parisienne relèvent pour beaucoup d’orientations politiques. Une presse, comme tout un chacun peut le constater aujourd’hui, dont les lignes éditoriales peuvent diverger formellement mais qui se rejoignent sur l’essentiel de l’agenda politico-idéologique des groupes d’intérêts qui dominent l’État français.
Il est utile de préciser d’emblée qu’il n’est ici nulle apologie d’une quelconque censure, tout peut et doit être publié, aussi déplaisant que cela puisse paraitre aux uns ou aux autres. La liberté d’expression, droit fondamental et indivisible, ne peut souffrir aucune limitation politique ou morale. Tous les auteurs, sans exclusive ni réserve, doivent être publiés et leurs œuvres débattues sans la moindre restriction. La critique littéraire est un champ de compétences qui appartient à des spécialistes. Ce qui est en cause chez ces personnalités médiatiques, en particulier chez Kamel Daoud dont il est question aujourd’hui, relève ici exclusivement de leur action politique publique.
Il est bien évident que quelles que soient les stratégies d’évitement, à moins de se couper radicalement des mondes réel et virtuel, il est quasiment impossible d’éluder un bombardement médiatique massif et permanent. La pluralité d’opinion en France est de plus en plus difficile à défendre dans un environnement éditorial oligopolistique contrôlé par une poignée de ploutocrates. Il est difficile aujourd’hui d’esquiver un flux d’informations continues, calibrées et contrôlées, relayé, bien souvent à des fins critiques, par les réseaux sociaux.
Le 31 janvier 2019, on a ainsi appris que le journaliste Daoud Kamel avait été retenu par l’Institut d’études politiques de Paris (« Sciences » Po) pour inaugurer une chaire d’« écrivain en résidence » (1). Cet écrivain est connu surtout pour ses interventions fulminantes mettant en cause, en substance, des arabo-musulmans coupables des pires exactions anti-féminines (on se souvient de ses déclarations grossièrement inexactes sur des viols censés avoir été perpétré par des « migrants arabes » à Cologne au cours du réveillon 2016) du fait de leur culture et de leur religion au premier chef. La version des faits qui se seraient déroulés dans la ville allemande défendue par ce polémiste a été rapidement démentie sans que cela affecte – bien au contraire – sa position dans le landerneau médiatique parisien.

« Monsieur d’Auligny, qui ne savait rien, l’enseignait » (Montherlant, La Rose des sables)

Cette nomination sans grande importance – Quelle propagande a besoin d’un tel porte-voix ? Quel enseignement a besoin d’un tel pédagogue ?– n’a d’intérêt qu’en ce qu’elle illustre précisément ce que ce qui a été esquissé dans une récente vidéo d’Algeria-Watch s’agissant des contre-élites francophones et de leur rôle politique en Algérie et dans l’ex-métropole. Ces élites artificielles, désignées et médiatisées par des centres d’influence extérieurs à leur société, instruisent en permanence le procès du peuple algérien, coupable selon elles de toutes les régressions et de tous les archaïsmes.
Ainsi, du haut d’un magistère hors-sol, ces auteurs décrètent que le peuple algérien serait « obscurantiste, islamiste, misogyne, arriéré, etc.. ». Peu audibles en Algérie, où leur rayon d’action ne dépasse pas quelques cercles « distingués », ces contre-élites assument néanmoins une fonction capitale de communication en assurant la jonction idéologique du régime militaro-policier algérien avec les cercles néocolonialistes français attachés aux pouvoirs successifs, qu’ils soient de droite, de gauche (ou des deux à la fois comme cela semble être le cas aujourd’hui). Ils sont là-bas partisans de l’éradication des courants se réclamant de l’islam politique, ici fourriers de l’islamophobie.
Ces auteurs n’écrivent pas pour leur société d’origine pour laquelle ils expriment peu de considération. Leur lectorat est ailleurs ; en France d’abord. Kamel Daoud comme Boualem Sansal et avant eux Yasmina Khadra (qui, ayant exaspéré son monde en exigeant un prix Goncourt à cor et à cri, semble avoir perdu son aura de favori) sont les stars maghrébines (avec Leila Slimani) au firmament de ce que l’on représente comme « littérature française ». Un marché culturel avant tout dont le segment le plus prestigieux est, signe de temps régressifs, occupé par Michel Houellebecq écrivain aux qualités évidemment discutables mais dont l’islamophobie maladive est la caractéristique première. On a les Céline du temps jadis qu’on peut…
Ces écrivains algériens qui, répétons-le, relèvent tous de l’éradication sont très manifestement cooptés par les appareils idéologiques de l’État français et présentés/désignés en tant qu’« élites maghrébines/musulmanes éclairées » par les médias. Ils sont sollicités par des journaux sur des questions sociétales et fréquemment invités dans des studios de radio ou des plateaux de télévision, où la littérature est un prétexte qui cède rapidement le pas à des considérations politiques très actuelles. Ils dessinent les contours d’un modèle offert aux « indigènes » et autres populations banlieusardes fondé sur un deal très sommaire : pour accéder à une hypothétique citoyenneté, il leur faut d’abord accepter de diluer leurs traditions et convictions dans le consensus politique dominant.

L’œuvre coloniale continuée

Ces intellectuels, qui actualisent les prestations de l’informateur indigène ( « native informant ») décrit par Edward Saïd, ont pour rôle politique de corroborer « de l’intérieur arabo-musulman » les thèses islamophobes, suprématistes et de guerre de civilisation. Il s’agit là d’un élément structurant de la ligne éditoriale, omniprésente et quasi-exclusive dans l’espace public, des principales maisons d’édition et de la presse mainstream néocoloniale, cœur politique du libéralisme néoconservateur Occidental.
Même s’ils sont les supplétifs « indigènes » des Finkielkraut, Bruckner et consorts, emblèmes de la culture de combat anti-arabe, il ne s’agit pas de simples figurants. Signe de l’importance de leur rôle dans le dispositif de propagande, ces figures transméditerranéennes de la société du spectacle sont promues quasiment sur le même pied que les éditocrates blancs qui font florès sur tous les plateaux télé et qui occupent les colonnes de la presse subventionnée.
Kamel Daoud semble occuper une place particulière dans cette mécanique de reproduction des préjugés et idées reçues. Il s’est d’emblée spécialisé dans la déploration, sur le mode vibrant et indigné, des mœurs sexuelles « barbares » de ses « coreligionnaires ». Or, la sexualité est bien le registre principal – et essentialisant – de la communication sociopolitique du système blanc pour fabriquer l’ennemi intérieur et extérieur par le conditionnement incessant du public.
Le propos de l’héritier autoproclamé de Camus est largement construit sur la description incisive et la déploration/condamnation de pulsions incontrôlables (massivement déviantes et criminelles) découlant d’archaïsmes machistes violents d’essence arabo-islamique. Les sombres masses masculines, primitives et brutales, d’ici ou du Sud, ne pourraient s’émanciper de leur condition retardataire et obscurantiste, pathologique et misogyne, qu’en imitant l’auteur, c’est-à-dire en acceptant de jeter définitivement aux orties leurs vieux habits psychoculturels.
Il apparaît ainsi que l’« écrivain en résidence » est bien le continuateur d’un message colonial ancré dans les représentations politiques françaises de l’homme arabe (de l’Algérien en particulier) « violent violeur et vorace », précisément analysées par Todd Shepard dans son nécessaire Mâle décolonisation, l’homme arabe et la France (2).

De la tournante de banlieue au viol en meute type Cologne

Ce mantra, décliné en France sous tous les registres possibles depuis la guerre d’Algérie, a atteint un apogée avec la notoire association « Ni pute ni soumise », créée en 2003, qui a reproduit sans altérations un programme parfaitement décrit par Frantz Fanon près d’un demi-siècle auparavant (3). Cette ONG, puissamment soutenue par la droite et la gauche (si tant est que ce distinguo ait conservé un sens), n’a guère impacté une opinion pourtant activement préparée et vis-à-vis de laquelle on n’avait pas lésiné sur les moyens. On se souvient de la série d’articles et de reportages des années 2000 sur les caves de cités de banlieue, théâtres d’atroces mais très communs – n’est-ce pas – viols collectifs perpétrés par des jeunes très identifiables.
Devant l’essoufflement de cette campagne, le système a renouvelé son agit-prop en mobilisant des transfuges masculins ayant spectaculairement révoqué leur amarrage culturel. Cette affirmation de « modernité » sur la place publique pourrait figurer un équivalent masculin du « dévoilement des Mauresques » tel que mis en scène par l’armée française sur l’esplanade du Forum à Alger en 1958 (et lucidement dénoncé par Fanon).
L’écrivain aujourd’hui promu est, de ce point de vue, parfaitement emblématique de ce contrepoint historique, strip-tease cathartique qui signerait le succès tant espéré de la « mission civilisatrice » dans sa conquête des cœurs et des esprits. C’est-à-dire l’effacement pur et simple des altérités et l’acceptation d’un statut accessoire de facto dans le giron de la République. Sous cet angle, la fonction pédagogique attribuée à Kamel Daoud, contempteur officiel des archaïsmes maghrébins, apparaît tout à fait cohérente. Il pourrait effectivement contribuer, sur le modèle du « professeur par l’exemple négatif » du communisme chinois, à la reproduction de l’encadrement du système. Ce qui est la reconnaissance d’une fonction traditionnelle des contre-élites indigènes.
Rien de neuf sous le soleil donc : ces milieux, pour subalternes qu’ils soient, sont des contributeurs habituels du sous-impérialisme français. Mais hélas, la régression se fait sentir même dans ce domaine, on ne parvient plus à retrouver des plumes inspirées et des talents incontestables : il n’y a plus de Léopold Senghor… Selon Emmanuel Todd, le niveau général de l’encadrement politique français est en chute verticale depuis des années. La « résidence » à Sciences Po de l’écrivain algérien moderne et laïque ne devrait pas ralentir le mouvement.

 

Notes
3 « L’administration dominante veut défendre solennellement la femme humiliée, mise à l’écart, cloîtrée… On décrit les possibilités immenses de la femme, malheureusement transformée par l’homme algérien en objet inerte, démonétisé, voire déshumanisé. Le comportement de l’Algérien est dénoncé très fermement et assimilé à des survivances moyenâgeuses et barbares, avec une science infinie. La mise en place d’un réquisitoire-type contre l’Algérien sadique et vampire dans son attitude avec les femmes est entreprise et menée à bien » (Frantz Fanon, L’An V de la Révolution algérienne, Maspero, Paris, 1959).
 
mercredi 30 janvier 2019
 

ANTISÉMITISME, ISLAM ET AMALGAMES










Depuis longtemps déjà, sur la scène intellectuelle française, l’accusation d’antisémitisme ne sert plus seulement à dénoncer les véritables judéophobes, mais de nombreux chercheurs ou intellectuels qui critiquent la politique occidentale dans le monde musulman ou dénoncent la stratégie israélienne d’écrasement des Palestiniens. Dernière cible en date, François Burgat, membre du comité de rédaction d’Orient XXI, à coup de citations tronquées par L’Obs et Le Monde. Le chercheur y répond dans cette tribune.
Orient XXI,
Médias > Droits humains > Sociétés > François Burgat > 30 janvier 2019
La « lutte contre l’antisémitisme », qui devrait demeurer un instrument parfaitement légitime et indispensable, est très régulièrement détournée de sa fonction au profit d’intérêts corporatistes ou sectaires. Fût-ce à tout petits pas, il est vrai qu’ici et là, la réflexion progresse parfois : ainsi, le chroniqueur de France Inter, Claude Askolovitch, après avoir été pendant de longues années l’un des plus complaisants adeptes et promoteurs de ce dévoiement (par exemple contre Tariq Ramadan lors du forum social européen de 2003, ou encore contre Siné dont il a contribué à obtenir le licenciement de Charlie, etc.) a pris conscience, en 2013, qu’il maniait une arme à double tranchant. Il a réalisé qu’à force d’associer cette lutte contre l’antisémitisme à la dénonciation de mouvements qui n’avaient aucune raison d’en être accusés, le risque était grand de… la discréditer. Et donc, de priver non point tant la communauté juive que la société tout entière d’une arme qui, lorsqu’elle est utilisée à bon escient, demeure absolument essentielle. La lucidité dont Askolovitch a commencé à faire preuve à partir de son ouvrage Nos mal-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas (Grasset, Paris, 2013) s’est manifestée plus récemment dans une mise au point. Dans « La défense des juifs, ultime morale des pouvoirs que leurs peuples désavouent », il raconte sa prise de conscience du danger à laisser cette accusation d’antisémitisme être mobilisée par le pouvoir macronien en déroute pour discréditer un mouvement social aussi puissant que celui des Gilets jaunes. Même si sa lucidité demeure à géométrie variable, d’utiles vérités y sont également reconnues enfin comme telles.
Mais cette sagesse retrouvée est hélas encore loin d’être générale, bien au contraire ! Ce qui est très franchement inquiétant c’est que, très récemment L’Obs, faute de trouver les preuves qui l’autoriseraient à brandir l’invective infamante et à mettre fin à un débat où il était cruellement à court d’arguments, n’a pas hésité, comme d’autres avant lui, à les fabriquer ! L’ » enquête » de Matthieu Aron — rarement le terme « enquête » aura été aussi clairement dévoyé — tente d’abord de m’amalgamer à ceux que l’on accuse, en tordant il est vrai le plus souvent les faits, de « racialiser » les différends politiques. Même si je respecte leur combat et que, plus encore, j’exècre la cohorte de leurs ennemis, je me suis, sur ce point très précis, explicitement et publiquement démarqué de certaines des catégorisations du Parti des indigènes de la République.
Mais l’essentiel est ailleurs : les « racialistes » ne peuvent bien évidemment être qu’ « antisémites ». La démonstration requérait donc une seconde série de mensonges ; qu’on en juge : les jours suivants le meurtre à Paris, le 23 mars 2018, d’une vieille dame juive du nom de Mireille Knoll, l’un de ses auteurs étant de culture musulmane, a donné lieu à une délirante flambée d’insinuations sectaires toutes plus virulentes les unes que les autres. Un sommet a été atteint par Robert Badinter, souvent mieux inspiré, qui a cru pouvoir qualifier ce crime de « Shoah dans un appartement ». L’enquête de police a pourtant très vite permis d’entrevoir la réalité d’un forfait plus banalement crapuleux.
Dans ce contexte, sur Twitter, j’ai ironisé, non point sur un meurtre parfaitement odieux et moins encore sur la Shoah, mais bien sur l’imprudente interprétation péremptoire du crime par un ténor de la scène publique. Je l’ai fait en des termes qui, sur le sens de mon commentaire, ne laissaient pas la plus infime place au doute :
Pour le détourner de sa signification parfaitement explicite et parvenir à insinuer que mon ironie ciblait le meurtre de Mireille Knoll, le « journaliste d’investigation » a d’abord amputé purement et simplement mon tweet — ce n’est pourtant pas si long que ça, un tweet… — de toute sa seconde partie. Mais cela ne suffisait pas ; Aron a donc supprimé la référence explicite à l’auteur (Badinter) de la formule incriminée. Il a ensuite retranché également la mention « Oh l’erreur » qui portait trace elle aussi d’un sens interdisant l’interprétation qu’il entendait dénoncer. Puis il a supprimé les guillemets montrant que je n’étais pas l’auteur de la formule « Shoah dans un appartement », avant, pour masquer sa grossière intervention, d’en remettre sur l’ensemble de la phrase. On est donc là bien loin de la faute d’inattention, sur le terrain de la fabrication d’une infox ( fake news). La fabrique des infox, ce dangereux sport du moment dont L’Obs va avoir l’impudeur de faire le thème de l’un de ses numéros suivants.
L’épisode ne s’arrête pas là. Quelques semaines plus tard, alors que des démentis avaient déjà circulé, Michel Guerrin, l’un des rédacteurs en chef du Monde, sans se donner la peine d’opérer la moindre vérification — telle que lire mon tweet par exemple — recopie paresseusement l’infox de son confrère « fabricant d’antisémites » et manipulateur de tweet et écrit que j’ai tweeté : « Oups, ce n’était pas vraiment la Shoah dans un appartement » ! En matière d’« antisémitisme » utile, on le voit, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

 
lundi 28 janvier 2019
 
Ainsi va et mal le monde !







par Kharroubi Habib


La crise vénézuélienne dont il faut se garder de pronostiquer l'issue offre une leçon éclairante de géopolitique contemporaine. Il apparaît clairement que cette crise n'a pas en effet pour protagonistes que les deux camps vénézuéliens qui se disputent le pouvoir : celui du président Nicolas Maduro réélu en 2018 qui entend le conserver et celui de ses opposants dont le chef de file Juan Guaido s'est autoproclamé « président par intérim » du pays.

Les démêlés de ces deux camps ont une dimension géopolitique incontestable dès lors qu'ils ont donné lieu à la cristallisation d'alliances visant à faire triompher l'un ou l'autre camp. Les Etats-Unis, le Canada et une série d'autres Etats latino-américains se sont rangés du côté de l'opposition anti-Maduro et réclament de celui-ci qu'il lui remette le pouvoir dans le pays en vertu qu'elle est investie de la « légitimité » que lui aurait perdue. Face à cet axe, Maduro et ses partisans ont le soutien de celui englobant la Russie, la Chine, mais aussi la Turquie, l'Iran et des pays latino-américains en désaccord avec les intentions états-uniennes pour le Venezuela.

Ces alignements internationaux que provoque la crise au Venezuela sont révélateurs que la présentation telle que faite de celle-ci par les médias occidentaux occulte la réalité qui est que la « communauté » internationale est profondément divisée sur le sujet et non monolithique dans le soutien à l'opposition vénézuélienne comme ils le soutiennent. Ce parti pris médiatique s'est manifesté sans nuance en ne faisant cas que des soutiens qui s'expriment en faveur de l'opposition vénézuélienne et en y voyant l'expression d'un peuple vénézuélien soudé autour d'elle et d'une « communauté » internationale unanime dans la défense de ses revendications.

Ce que donne à voir la réalité en cette crise vénézuélienne tant au plan intérieur qu'internationalement est pourtant bien éloigné de cette vision à l'unanimisme faussé. S'il est vrai que des milliers de Vénézuéliens sont descendus dans la rue à l'appel de l'opposition et revendiquent la déchéance de Maduro et de son gouvernement, ils sont tout autant sinon plus à faire de même mais pour manifester leur soutien à ces derniers. Ce n'est pas aussi parce que l'Amérique et les Etats qui lui ont emboîté le pas se sont rangés du côté de l'opposition qu'il faille en faire les porte-voix de la communauté internationale. L'on sait où cette conception restrictive de la notion de communauté internationale a conduit dans les crises qui ont eu pour théâtre l'Irak, la Libye et la Syrie pour ne citer que celles dont les conséquences n'en finissent pas de menacer la paix mondiale.

Les intérêts géopolitiques qui se confrontent au Venezuela priment pour ceux qui ont fait l'enjeu de leur engagement aux côtés de l'une ou l'autre partie vénézuélienne sur celui du peuple vénézuélien. Ainsi va le monde comme diraient d'aucuns. 
 
mercredi 23 janvier 2019
 

Israël, permis de tuer








Israël, permis de tuer
par Manlio Dinucci
“Avec une action vraiment insolite, Israël a officialisé l’attaque contre des objectifs militaires iraniens en Syrie et intimé aux autorités syriennes de ne pas se venger contre Israël” : ainsi les médias italiens rapportent-ils l’attaque effectuée hier par Israël en Syrie avec des missiles de croisière et des bombes guidées. “C’est un message aux Russes, qui avec l’Iran permettent la survie au pouvoir de Assad”, commente le Corriere della Sera.
Personne ne met en doute le “droit” d’Israël d’attaquer un État souverain pour imposer le gouvernement qu’il doit avoir, après que pendant huit années les USA, l’Otan et les monarchies du Golfe ont essayé avec Israël de le démolir, comme ils l’avaient fait en 2011 avec l’État libyen.
Personne ne se scandalise que les attaques aériennes israéliennes, samedi et lundi, aient provoqué des dizaines de morts, dont au moins quatre enfants, et de graves dommages à l’aéroport international de Damas. Par contre on donne un large écho à la nouvelle que par prudence est restée fermée pendant une journée, au grand déplaisir des excursionnistes, la station de ski israélienne sur le Mont Hermon (entièrement occupé par Israël avec les hauteurs du Golan).
Personne ne se préoccupe du fait que l’intensification des attaques israéliennes en Syrie, au prétexte que celle-ci sert de base de lancement de missiles iraniens, entre dans la préparation d’une guerre à vaste échelle contre l’Iran, planifiée avec le Pentagone, dont les effets seraient catastrophiques.
La décision des États-Unis de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien -accord défini par Israël comme “la reddition de l’Occident à l’axe du mal dirigé par l’Iran”- a provoqué une situation d’extrême dangerosité pas seulement pour le Moyen-Orient. Israël, la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient -non adhérent au Traité de non-prolifération, souscrit par contre par l’Iran- tient pointées contre l’Iran 200 armes nucléaires (comme l’a spécifié l’ex-secrétaire d’État étasunien Colin Powell en mars 2015). Parmi les divers vecteurs d’armes nucléaires Israël possède une première escadre de chasseurs F-35A, déclarée opérationnelle en décembre 2017.
Israël a non seulement été le premier pays à acheter le nouveau chasseur de cinquième génération de l’étasunien Lockheed Martin, mais avec ses propres industries militaires il joue un rôle important dans le développement de l’avion de chasse : les Israel Aerospace Industries ont commencé en décembre dernier la production de composants des ailes qui rendent les F-35 invisibles aux radars. Grâce à cette technologie, qui sera appliquée aussi aux F-35 italiens, Israël potentialise les capacités d’attaque de ses forces nucléaires, intégrées au système électronique Otan dans le cadre du “Programme de cooptation individuel avec Israël”.
Mais de tout cela on ne trouvera pas d’information sur nos médias, comme on n’en trouve pas non plus sur le fait que, en plus des victimes provoquées par l’attaque israélienne en Syrie, il y a celles encore plus nombreuses provoquées chez les Palestiniens par l’embargo israélien dans la Bande de Gaza. Où – à cause du blocus, décrété par le gouvernement israélien, de fonds internationaux destinés aux structures sanitaires de la Bande- six hôpitaux sur treize, dont les deux hôpitaux pédiatriques Nasser et Rantissi, ont dû fermer le 20 janvier par manque du carburant nécessaire pour produire de l’énergie électrique (dans la Bande la distribution par réseau est extrêmement sporadique).
On ne sait pas combien de victimes provoquera la fermeture délibérée des hôpitaux de Gaza. On ne trouvera de toutes façons pas d’information là-dessus sur nos médias, qui par contre ont largement diffusé ce qu’a déclaré le vice-premier ministre Matteo Salvini dans sa récente visite en Israël : “Tout mon engagement à soutenir le droit à la sécurité d’Israël, bastion de démocratie au Moyen-Orient”.
—————————-
Édition de il manifesto
https://ilmanifesto.it/israele-licenza-di-uccidere/
Traduit de l’italien par M-A P.
 
 

Il faut au Liban un système de défense antiaérienne : attaques multiples en Syrie pendant le sommet arabe à Beyrouth








Il faut au Liban un système de défense antiaérienne : attaques multiples en Syrie pendant le sommet arabe à Beyrouth
Par Elijah J. Magnier (à Beyrouth): ejmalrai
Traduction : Daniel G.
Pendant 45 minutes, des avions israéliens ont lancé en plusieurs vagues 45 missiles en plein jour et après minuit contre de nombreuses cibles syriennes, le jour même où s’ouvrait le sommet arabe pour le développement économique et social dimanche à Beyrouth. Israël, qui est reconnu pour ses doubles messages cachés, a laissé vraiment peu de place au hasard en violant l’espace aérien du Liban et en bombardant la Syrie pendant le sommet. La faiblesse du système politique libanais, otage des humeurs et des menaces arabes et internationales, empêche le pays d’avoir son propre système de défense antiaérienne qui protégerait et préserverait sa souveraineté, mais qui rendrait aussi les bombardements israéliens contre la Syrie plus difficiles.
Des sources sur le terrain affirment que “la Syrie a riposté en lançant cinq missiles de précision contre plusieurs cibles militaires israéliennes mais qu’un seul a été intercepté par le dôme de fer israélien. Cela pourrait expliquer la première attaque israélienne de ce type contre ce type d’attaques multiples”.
Au moment même où les envoyés arabes prenaient leur déjeuner à Beyrouth, des avions israéliens survolaient le Liban pour bombarder des cibles autour de l’aéroport de Damas et ailleurs au pays, sous le prétexte de « viser des cibles iraniennes en Syrie ». Le message d’Israël est clair. Pourtant, ni l’agression contre le Liban (la violation de son espace aérien), ni le bombardement de la Syrie, un pays arabe à qui l’on empêche de réintégrer la Ligue arabe et qui joue un rôle fondamental au Moyen-Orient, n’ont entraîné de condamnation ou la moindre réaction de la part des Arabes.
Un autre message qui ressort des attaques contre la Syrie pendant le Sommet arabe est celui-ci : Israël n’est pas l’ennemi d’une bonne partie des responsables arabes présents au Liban. En effet, Israël jouit d’une relation à la fois ouverte et secrète avec de nombreux pays du Moyen-Orient qui ne veulent pas s’en prendre à Tel-Aviv, qui voient toute résistance contre Israël comme désespérément inadaptée et qui considèrent « l’Armée de la résistance » comme le seul ennemi à abattre qui reste.
Le Liban assume sa part de responsabilités dans cette situation. Bon nombre de ses dirigeants politiques refusent de doter l’armée d’armes perfectionnées, notamment d’un système de défense antiaérienne qui pourrait riposter à la violation quasi-quotidienne par air, mer et terre de la souveraineté libanaise par Israël. La Russie et l’Iran ont chacun offert d’équiper l’armée libanaise de batteries de missiles plus qu’adéquates, mais en vain. C’est que les USA et le R.U. offrent généreusement divers programmes de formation aux officiers de la sécurité intérieure, de l’armée et de la sécurité extérieure du Liban, ainsi qu’à ses forces spéciales, du matériel « non meurtrier » et suffisamment d’armes pouvant être utilisées en cas de guerre urbaine dans le pays. Les USA et le R.U. exercent de la pression sur les dirigeants politiques libanais pour qu’ils refusent tous les cadeaux et tous les approvisionnements d’armes à bas prix de la part des Russes ou des Iraniens, bref tout ce qui pourrait constituer une menace à la suprématie et à la domination militaire israélienne.
Le Liban est divisé sur la question, mais ne peut pas faire grand-chose. L’élite politique libanaise a des connexions avec l’Occident qui sont loin d’être simples, tout comme avec les pays arabes. Du point de vue politique, ses dirigeants ne sont pas indépendants mentalement et préfèrent ne pas froisser leurs amis, en particulier l’administration américaine et l’Arabie saoudite, un proche allié des USA complaisant. Ceux-ci considèrent la résistance libanaise locale (le Hezbollah) comme une organisation terroriste, en raison du danger qu’elle représente pour les plans expansionnistes d’Israël en Palestine et au Liban, et de son rôle dans l’échec de l’objectif occidental qui était un « changement de régime » en Syrie, la partition de l’Irak et le contrôle du Yémen par les Saoudiens.
L’administration américaine justifie son incapacité à livrer des armes perfectionnées au Liban par « la crainte qu’elles ne tombent aux mains du Hezbollah ». Contrairement à l’armée libanaise, le Hezbollah constitue une armée irrégulière motivée et idéologiquement organisée, qui est particulièrement bien entraînée pour toutes les formes de combat. Elle possède aussi les armes les plus perfectionnés, y compris des missiles sol-sol à carburant solide et des missiles sol-air qui répondent à ses besoins de mobilité et de déploiement rapide en cas de guerre contre Israël. Elle a occupé Beyrouth en l’espace de quelques heures et repris un territoire beaucoup plus grand que le Liban pendant la guerre qu’elle a menée en Syrie. Il est inutile de comparer les deux armées, car il y a trop de différences en matière de compétences et d’idéologie. Par conséquent, l’affirmation des USA semble non fondée, mais elle vise à protéger Israël et à permettre à son armée de disposer du territoire de son voisin en toute tranquillité.
Il faut au Liban un système de défense antiaérienne 2 20190122
Le comportement condescendant des USA à l’égard des responsables libanais était manifeste lors de la visite ce mois-ci du sous-secrétaire d’État aux affaires politiques David Hale au Liban, à la place du secrétaire d’État Mike Pompeo, qui lui s’est rendu dans plusieurs pays arabes du Moyen-Orient. Hale a souligné le faux « exploit » des USA, à savoir le démantèlement de Daech, alors que c’est principalement le Hezbollah qui a défait le groupe terroriste et al-Qaeda au Liban et à sa frontière avec la Syrie (avec une présence et une contribution symboliques de l’armée libanaise). Hale n’a pas hésité à s’en prendre au Hezbollah en tant que « milice qui ne rend pas de compte au peuple libanais », en ignorant le fait que le groupe est formé en grande partie de ce même peuple, et qu’il reçoit l’appui de plus de la moitié de la population libanaise, qu’elle soit chiite, sunnite, chrétienne ou druze.
Hale n’a pas hésité à s’interférer dans « le choix du gouvernement libanais », en brandissant la menace du fardeau « économique » pour « éviter tout nouveau dommage » si le Hezbollah, qui compte des dizaines de députés soutenus par les deux tiers du parlement, est inclus dans le nouveau gouvernement. Le groupe a demandé au ministre de la Santé et n’a pas caché son intention de réduire le prix des médicaments pour diminuer une facture salée, et d’établir une production locale afin de réduire la corruption endémique dont souffre la société libanaise. Les USA ne veulent pas voir le Hezbollah obtenir un ministère en pensant que cela pourrait redorer son blason à l’échelle locale et accroître ses appuis sur la scène libanaise. Les USA semblent ignorer le fait que loin d’être une entité distincte des chiites libanais, le Hezbollah en est une composante intégrante.
Hale a établi un plafond inatteignable en prétendant que les USA sont en mesure « d’expulser jusqu’à la dernière botte iranienne ». L’Iran a été invité par le gouvernement de Damas pour empêcher le changement de régime et le contrôle absolu de la Syrie par les djihadistes. L’Iran a été invité également par le gouvernement de Bagdad, où il est toujours présent avec la Russie dans un centre opérationnel conjoint, afin de soutenir la lutte contre Daech. Les USA ne peuvent dicter d’aucune façon à l’Irak le retrait des conseillers iraniens du pays. Des responsables iraniens et américains travaillent au contraire à des centaines de mètres les uns des autres et les deux parties échangent des renseignements secrets liés au combat contre Daech.
En Syrie, la situation entre les USA et l’Iran est bien différente. The Levant a une frontière commune avec Israël, ce qui fait « atteindre des sommets » à la priorité des USA de soutenir l’ambition de Tel-Aviv sur les hauteurs du Golan occupé et de calmer sa crainte de « l’Axe de la résistance » si près de sa frontière, même si le président al-Assad (le père comme le fils) n’avait pas tiré une balle en sa direction en 30 ans (avant 2011). Les USA n’ont pas été invités en Syrie, contrairement à l’Iran, et n’ont pas l’intention de quitter le passage frontalier d’al-Tanf entre la Syrie et l’Irak, malgré l’absence de Daech. De plus, Trump a exprimé sa volonté de se retirer seulement après avoir fait entrer dans les provinces d’Hassaké et de Raqqa (où sont déployées les forces américaines) un autre occupant : la Turquie.
L’administration américaine exerce des pressions sur les pays de la Ligue arabe pour qu’ils freinent leur ambition de ramener la Syrie dans leur nid et de s’engager dans sa reconstruction. Elle organise une occupation turque du nord-est de la Syrie. Elle impose ses vues au Liban, en le menaçant de nouvelles sanctions pour contrer le Hezbollah, mais sans succès. Elle empêche le Liban d’acquérir un système de missiles défensifs qui stopperait Israël de bombarder la Syrie. Ses intentions sont clairement de laisser le Levant en ébullition et instable, ce qui est à l’avantage d’Israël, dont les responsables disent sans ambages : « Nous préférons voir Daech à notre frontière! »


source:https://ejmagnier.com/2019/01/22/il-faut-au-liban-un-systeme-de-defense-antiaerienne-attaques-multiples-en-syrie-pendant-le-sommet-arabe-a-beyrouth/
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

Archives
février 2007 / mars 2007 / avril 2007 / mai 2007 / juin 2007 / juillet 2007 / août 2007 / septembre 2007 / octobre 2007 / novembre 2007 / décembre 2007 / janvier 2008 / février 2008 / mars 2008 / avril 2008 / mai 2008 / juin 2008 / septembre 2008 / octobre 2008 / novembre 2008 / décembre 2008 / janvier 2009 / février 2009 / mars 2009 / avril 2009 / mai 2009 / juin 2009 / juillet 2009 / août 2009 / septembre 2009 / octobre 2009 / novembre 2009 / décembre 2009 / janvier 2010 / février 2010 / mars 2010 / avril 2010 / mai 2010 / juin 2010 / juillet 2010 / août 2010 / septembre 2010 / octobre 2010 / novembre 2010 / décembre 2010 / janvier 2011 / février 2011 / mars 2011 / avril 2011 / mai 2011 / juin 2011 / juillet 2011 / août 2011 / septembre 2011 / octobre 2011 / novembre 2011 / décembre 2011 / janvier 2012 / février 2012 / mars 2012 / avril 2012 / mai 2012 / juin 2012 / juillet 2012 / août 2012 / septembre 2012 / octobre 2012 / novembre 2012 / décembre 2012 / janvier 2013 / février 2013 / mars 2013 / avril 2013 / mai 2013 / juin 2013 / juillet 2013 / août 2013 / septembre 2013 / octobre 2013 / novembre 2013 / décembre 2013 / janvier 2014 / février 2014 / mars 2014 / avril 2014 / mai 2014 / juin 2014 / juillet 2014 / août 2014 / septembre 2014 / octobre 2014 / novembre 2014 / décembre 2014 / janvier 2015 / février 2015 / mars 2015 / avril 2015 / mai 2015 / juin 2015 / juillet 2015 / août 2015 / septembre 2015 / octobre 2015 / novembre 2015 / décembre 2015 / janvier 2016 / février 2016 / mars 2016 / avril 2016 / mai 2016 / juin 2016 / juillet 2016 / août 2016 / septembre 2016 / octobre 2016 / novembre 2016 / décembre 2016 / janvier 2017 / février 2017 / mars 2017 / avril 2017 / mai 2017 / juin 2017 / juillet 2017 / août 2017 / septembre 2017 / octobre 2017 / novembre 2017 / décembre 2017 / janvier 2018 / février 2018 / mars 2018 / avril 2018 / mai 2018 / juin 2018 / juillet 2018 / août 2018 / septembre 2018 / octobre 2018 / novembre 2018 / décembre 2018 / janvier 2019 / février 2019 /


Powered by Blogger

Abonnement
Articles [Atom]