ELWATAN-ALHABIB
lundi 11 novembre 2019
 
Le grand loser







par Kamal Guerroua



«Nul n'a complètement tort, personne n'a tout à fait raison ! » En sport, cela s'appelle décidément « match nul ». Dire qu'élire un président de la République n'est pas nécessaire pour résoudre la crise actuelle est pour certains « peu raisonnable » et affirmer qu'élire un président de la République par le biais du même système, les mêmes têtes et, peut-être les mêmes méthodes qu'autrefois, avec en toile de fond, la question des détenus d'opinion, relève pour d'autres de la pure aberration. Voilà l'équation algérienne, à un mois d'une élection présidentielle controversée, sorte de dilemme qui ne semble n'intéresser que le pouvoir et les médias officiels. Face au branle-bas dans les chaumières, le peuple préfère battre le pavé et crier, haut et fort, ses colères. Dans l'autre côté du spectre, le monde regarde avec étonnement comment un pouvoir aussi fragile qu'illégitime peut s'en sortir dans pareille situation, sans qu'il ne laisse de plumes, trop de plumes. Celui-ci, d'apparence désemparée, met la charrue avant les bœufs, tentant de faire diversion par une contre-révolution en sourdine, actée par la télévision officielle.

Une impasse politique de dix mois, quel désastre! C'est un peu trop pour la société, l'économie, la diplomatie! Le régime est pris à la gorge : soit il accepte un changement de gouvernance en profondeur, de façon à ce qu'il permette à la société d'accéder rapidement à la démocratie dans des conditions favorables et avec les meilleures garanties possibles, soit il disparaît de façon radicale, forcé par le verdict solennel de la rue. La deuxième hypothèse, au demeurant la plus plausible, ne sera pas sans conséquences sur la stabilité générale du pays. En tout état de cause, dans les deux scénarios, le régime est le grand loser dans l'affaire. Car, rien ne ressemble dans l'Algérie, née après le 22 février, à celle des décennies de la dictature. Le peuple a bien compris qu'il a gagné la grande bataille de la mobilisation, d'abord contre le cinquième mandat, puis contre le recyclage du système dans son ensemble. En ce sens, la perspective d'un retour en arrière n'est plus envisageable. Ainsi, toute manipulation qui vient d'en haut paraît comme un coup d'épée dans l'eau. Refaire les mêmes erreurs d'hier et passer sous silence l'arbitraire de l'administration n'est autre qu'une soumission devant le fait accompli. Une chose étant sûre : les semaines qui viennent vont être très chaudes pour la nomenklatura qui, dans sa démarche vaine de «relooker» le navire national avec du bois vieilli, va sans doute se confronter à une situation nouvelle, encore plus inextricable que celle qu'elle connaît aujourd'hui, surtout si elle ose faire fi de la volonté de la plèbe. A vrai dire, la société est devenue une onde de chocs à double incidence pour une élite nombriliste qui ne sait que reporter avec mépris l'échéance d'un aggioranamento de son modèle de gouvernance.







 
mercredi 6 novembre 2019
 

Comment Facebook fait la guerre aux Palestiniens

















par Ramzy Baroud & Romana Rubeo.


Guerre contre la vérité : comment les provocateurs et manipulateurs des médias sociaux israéliens ont fait la conquête de Facebook.
Le 9 octobre, la plate-forme de médias sociaux Facebook a supprimé la page du populaire site d’informations palestinien, le Palestinian Information Centre (PIC).
Cette décision, qui a été appliquée sans même contacter les administrateurs de la page, confirme que la guerre de Facebook contre les voix pro-palestiniennes se poursuit sans relâche.
Le PIC comptait près de cinq millions de suiveurs sur Facebook, témoignant de sa popularité et de sa crédibilité auprès d’un large échantillon de Palestiniens et de leurs partisans à l’échelle internationale. Pour les trolls [provocateurs et manipulateurs] d’Israël sur les médias sociaux, le PIC était tout simplement trop efficace pour qu’il soit autorisé à diffuser son message. Comme d’habitude, Facebook s’est incliné.
Ce scénario répétitif – où les trolls pro-israéliens des médias sociaux se focalisent sur une plateforme médiatique palestinienne tout en travaillant en étroite collaboration avec la direction de Facebook pour en censurer le contenu, bloquer les responsables ou supprimer des pages entières – est désormais la norme. Les opinions palestiniennes sur Facebook sont tout simplement indésirables et la marge de ce qui est autorisé se rétrécit rapidement.
Sue, une utilisatrice de Facebook, m’a dit qu’elle avait été prévenue par la plate-forme à propos de prétendus « discours de haine/intimidation » pour avoir dit que « les Israéliens sont militarisés dans leur psychologie », et que « la menace perçue et une haine réelle pour les Palestiniens (sont alimentées par le gouvernement (israélien) ».
« Sue » a bien sûr raison dans son évaluation, une affirmation qui a été faite à de nombreuses reprises, par le président israélien lui-même. Le 14 octobre 2014, le président Reuven Rivlin a déclaré que « le moment est venu d’admettre qu’Israël est une société malade et que sa maladie nécessite des traitements ». De plus, le fait que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, attise les feux de la peur, de la haine et du racisme pour gagner quelques votes aux élections israéliennes, a fait les gros titres dans le monde entier.
On ne sait pas exactement où « Sue » aurait mal agi et quelle partie de son commentaire constituait un « discours de haine » et un « intimidation ».
J’ai demandé à d’autres personnes de partager leurs expériences avec Facebook à la suite de leurs propos pro-palestinien. Les réponses que j’ai reçues indiquaient le modèle indiscutable que Facebook vise en réalité : non pas un discours de haine, mais des critiques de la guerre, du siège, du racisme et de l’apartheid israéliens.
Par exemple, « José » a été censuré pour avoir écrit, en espagnol, qu’ « il n’y a rien de plus lâche que d’attaquer ou de tuer un enfant ». « Armée lâche et maudite, assassins d’enfants palestiniens, ce n’est pas une guerre, c’est un génocide », avait-il écrit.
Autre exemple, « Derek » a été suspendu de l’utilisation de Facebook pendant 30 jours, « plusieurs fois » dans le passé sur « divers chefs d’accusation ». Il m’a dit que « tout ce qu’il faut, c’est un certain nombre de rapports de trolls qui ont des listes tenues secrètes de qui il faut cibler ».
Le même schéma s’est répété avec « Anissa », « Debbie », « Erika », « Layla », « Olivia », « Rich », « Eddy » et d’innombrables autres.
Mais qui sont ces « trolls » et quelles sont les racines du ciblage implacable de Facebook sur les Palestiniens et leurs partisans?
Les trolls
Selon un document obtenu par The Electronic Intifada, le gouvernement israélien a financé une « campagne d’influence mondiale » dotée d’un budget considérable dans le seul but de manipuler les publics étrangers et de lutter contre le mouvement palestinien pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS).
Écrivant dans EI, Asa Winstanley parle d’une « armée de milliers de trolls » qui est « partiellement financée par le ministère israélien des Affaires stratégiques ».
« Pour dissimuler son implication, le ministère a admis travailler avec des groupes servant d’écran qui ne veulent pas exposer leurs liens avec l’État », a écrit Winstanley.
Act.IL. est un des groupes de trolls de ce type, estimé à 15 000 membres actifs.
Écrivant sur le site Web Jacobin Magazine, Michael Bueckert décrit la fonction principale des utilisateurs de l’application Act.IL :
« Avec l’application mobile et la plate-forme en ligne Act.IL, Israël vise à recruter une foule de slacktivistes [« militants paresseux »] et de trolls pour rejoindre leur guerre contre les formes de violence les plus insidieuses : les tweets pro-palestiniens et les publications sur Facebook ».
Act.IL n’est que la partie visible de l’iceberg d’un effort massif et centralisé conduit par le gouvernement israélien et impliquant plusieurs légions de partisans du monde entier. Cependant, Israël n’aurait jamais atteint ses objectifs si Facebook n’avait pas officiellement rejoint le gouvernement israélien dans sa « guerre » des médias sociaux contre les Palestiniens.
En 2014, Sohaib Zahda aura été le premier Palestinien à avoir été arrêté par l’armée israélienne pour son message sur les médias sociaux, dans le cadre d’une nouvelle stratégie visant à réprimer ce que Israël considère comme une « incitation« . Depuis lors, la campagne d’arrestations s’est étendue à des centaines de Palestiniens – principalement de jeunes artistes, des poètes et des militants étudiants.
Mais Israël n’a commencé à surveiller Facebook sérieusement qu’en 2015, selon The Intercept.
« Les arrestations de Palestiniens pour des publications sur Facebook ont ​​ouvert une fenêtre sur les pratiques de l’État de surveillance israélien et révélé le côté plus sombre des médias sociaux », a écrit Alex Kane. « Ce qui était autrefois considéré comme une arme des faibles est devenu le lieu idéal pour dénicher une résistance potentielle ».
Israël a rapidement fabriqué une base légale pour les arrestations (155 affaires ont été ouvertes rien qu’en 2015), fournissant ainsi une couverture légale qui a été exploitée dans dans le cadre de son accord ultérieur avec Facebook. Le code pénal israélien de 1977, art. 144 D.2 a été utilisé à plusieurs reprises pour contrer un phénomène de médias sociaux bien plus récent, au nom de la répression de « l’incitation à la violence et à la terreur ».
La stratégie israélienne a débuté par une campagne massive de hasbara (propagande) visant à créer une pression publique et médiatique sur Facebook. Le gouvernement israélien a activé son armée de trolls qu’il venait de mettre en place pour imposer l’idée selon laquelle Facebook serait devenu une plate-forme pour des idées violentes que les Palestiniens exploitent sur le terrain.
L’équipe Facebook-Israël
Lorsque, en septembre 2016, le gouvernement israélien a annoncé sa volonté de collaborer avec Facebook pour « lutter contre l’incitation », le mastodonte des médias sociaux était prêt à n’importe quel accord, même s’il s’agissait d’une violation de la liberté d’expression qu’il a pourtant maintes fois promis de respecter.
A ce moment-là, le gouvernement israélien et Facebook ont ​​convenu de « déterminer comment lutter contre l’incitation dans les réseaux sociaux », selon l’agence Associated Press qui citait les plus hauts responsables israéliens.
L’accord a été l’aboutissement de deux jours de discussions impliquant, entre autres, le ministre de l’Intérieur israélien, Gilad Erdan, et le ministre de la Justice, Ayelet Shaked.
Le bureau d’Erdan a déclaré dans un communiqué: « [Les participants] ont convenu avec les représentants de Facebook de créer des équipes chargées de déterminer le meilleur moyen de surveiller et de supprimer le contenu incendiaire ».
En substance, cela signifiait que tout contenu relatif à la Palestine et à Israël était désormais filtré, non seulement par les rédacteurs en chef de Facebook, mais également par des responsables israéliens.
Le résultat a été dévastateur pour les Palestiniens, de nombreuses pages, comme celle de PIC, ayant été supprimées et d’innombrables utilisateurs interdits, de manière temporaire ou définitive.
Très souvent, le processus de ciblage des Palestiniens et de ceux qui les soutiennent obéit à la même logique:
  • Des trolls pro-israéliens se manifestent, surveillent et commentent les publications palestiniennes.
  • Les trolls signalent des individus et du contenu prétendument offensants à « l’équipe » de Facebook/Israël.
  • Facebook envoie des recommandations concernant les comptes marqués pour être censurés.
  • Les comptes de Palestiniens et pro-palestiniens ou certaines de leurs pages sont supprimés ou interdits.
Même si PIC n’a reçu aucun avertissement avant que son compte si populaire ne soit supprimé, il est probable que la décision a suivi le même schéma que ci-dessus.
Lorsque les médias sociaux ont été introduits pour la première fois, beaucoup y ont vu une occasion de présenter des idées et de défendre des causes qui ont été, pour une raison ou une autre, rejetées par les médias dominants.
La Palestine avait soudainement trouvé une nouvelle plate-forme de média aux multiples ressources; un modèle qui n’est pas influencé par de riches propriétaires et des annonceurs sur-rémunérés, mais par des individus ordinaires identiques à des millions d’autres.
Israël pourrait donc avoir trouvé un moyen de contourner l’influence de Facebook sur les discussions relatives aux droits des Palestiniens et à l’occupation israélienne.
Lorsque dénoncer l’apartheid, condamner les assassins d’enfants et débattre de la peur qui règne en Israël se transforment en « discours de haine » et en « intimidation », il convient de s’interroger sur le devenir de l’engagement des médias sociaux pour la liberté et la démocratie populaire.
Alors que Facebook a énormément fait pour se discréditer ces dernières années, aucun autre acte n’est aussi sinistre que de censurer la voix de ceux qui osent défier la violence, le racisme et l’apartheid étatiques, où que ce soit, la Palestine en restant le meilleur exemple.
Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah
 
 

COMBIEN DE MILLIONS D’ALGÉRIENS


 FAUT-IL MOBILISER POUR 

CONVAINCRE LE RÉGIME DE PARTIR ?



Ait Benali Boubekeur
Après la grandiose mobilisation du 1er novembre 2019, le peuple algérien a tranché : c’est à lui de fixer le cap de la République et non pas aux fonctionnaires. Comme tous les peuples débarrassés de la tutelle, il veut bâtir ses institutions. D’ailleurs, depuis le 22 février 2019, il ne cesse de réclamer les articles 7 et 8 de la constitution, puisque le pouvoir de fait ne veut pas soi-disant s’éloigner de « la légalité constitutionnelle ».
Et pourtant, dans le fond, tout au long de la période postindépendance, aucune équipe dirigeante ne peut se prévaloir de la légitimité populaire.
À en croire Mohamed Harbi, dans sa contribution à la veille du 1er novembre 2019, le putsch du 19 juin 1965, perpétré par Houari Boumediene, a enterré le rêve démocratique. « Le pouvoir du commandement sera dès lors dictatorial. Nous assistons aujourd’hui à sa mise en place. C’est à ce pouvoir de prouver que nous nous trompons », écrit l’éminent historien.
De toute évidence, si le peuple avait affaire à un régime démocratique, il n’y aurait pas besoin de telles grandioses mobilisations pour avoir le droit de participer effectivement à la vie politique du pays. En tout cas, un peu partout dans le monde, des régimes cèdent pour des pressions moins importantes de la rue.
Pour certains, ils ne sont pas des modèles en démocratie. Le dernier en date est l’exemple libanais. Après 13 jours de mobilisation, le gouvernement Hariri remet son mandat au peuple libanais.
En Algérie, le régime ne veut rien céder. En dépit des manifestations par millions, le régime maintient la mascarade électorale, prévue le 12 décembre prochain. La commission « indépendante »des élections, présidée par un cacique du FLN, donne le quitus à cinq candidats. Quatre d’entre eux sont issus du FLN et du RND, les deux partis les plus corrompus de la planète. Le cinquième est un islamiste, fervent défenseur de Bouteflika.
Donc, tout porte à croire que le régime ira jusqu’au bout. Ceux qui parlent d’un plan B ne mesurent pas la détermination des dictateurs à conserver le pouvoir et les privilèges qui vont avec cet exercice.
Même si ce scrutin ne suscite aucune adhésion populaire, le régime n’éprouve aucune gêne. Ils sont prêts à exercer le pouvoir même avec moins de 1% du corps électoral. Pour celui qui a participé à façonner les institutions actuelles, en l’occurrence Gaid Salah, cela ne choque guère. C’est plutôt le changement qui le choquerait où le dirigeant devrait se soumettre à la volonté populaire.
De son côté, la majorité du peuple algérien –on parle de 23 millions de manifestants le 1er novembre 2019 dans les quatre coins du pays –ne veut plus être un acteur passif de la vie politique.
D’autant plus que cette démission a failli provoquer la faillite du pays. Bien que le nouveau pouvoir de fait parle d’une nouvelle étape, sur le terrain, les pratiques du régime ne changent pas. De 1962 jusqu’à la feuille de route de Gaid Salah, le régime ne veut associer personne à la gestion des affaires du pays. Les dirigeants décident d’abord du plan d’action et ensuite ils convoquent le peuple en vue d’entériner leur choix.
Cette fois-ci, la majorité du peuple algérien dit non. Pour bâtir de nouvelles institutions, elle exige le départ de ce pouvoir défaillant et vicié. Car, il ne respecte ni le peuple ni la démocratie.
Désormais, la balle est dans le camp du pouvoir effectif. Pour sauver des intérêts privés, ira-t-il jusqu’à réprimer à grande échelle en vue de se maintenir ? Quant aux candidats de la honte, peuvent-ils se présenter devant le peuple en sachant qu’ils n’ont aucune marge de manœuvre devant le pouvoir réel ? Ce sont ces questions qui nous tiendront en haleine jusqu’au 12 décembre 2019.
 
vendredi 1 novembre 2019
 

L’histoire inédite de la prise du


 pouvoir par le sionisme chrétien


 aux États-Unis



















par Whitney Webb.
Bien avant que Theodore Herzl ait fondé le sionisme politique et publié The Jewish State, les sionistes chrétiens aux États-Unis et en Angleterre cherchaient déjà à diriger et à influencer la politique étrangère des deux nations au service d’une prophétie obsessionnelle. 
La plus grande organisation pro-israélienne aux États-Unis n’est pas composée de Juifs, mais d’évangélistes chrétiens, avec un total de 7 millions de membres, soit plus de 2 millions de plus que l’ensemble de la communauté juive américaine.
Les membres de cette organisation, Christians United for Israel (CUFI), se sont rencontrés lundi à Washington. Ils ont attiré des milliers de participants et ont présenté des discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, du secrétaire d’État et ancien directeur de la CIA, Mike Pompeo, du vice-président Mike Pence, et du conseiller pour la sécurité nationale John Bolton. Le dirigeant du CUFI, le prédicateur évangélique controversé John Hagee, a rencontré le président Donald Trump à plusieurs reprises et a récemment pris part à une réunion exclusive à la Maison Blanche en mars sur le «plan de paix», concocté par l’administration US, pour régler le différend entre Israël et la Palestine.
Le CUFI n’est que l’une des nombreuses organisations de l’histoire américaine qui ont promu l’État d’Israël et le sionisme au motif qu’un État ethnique juif en Palestine est une nécessité pour la réalisation de la prophétie de la fin des temps et le retour de Jésus-Christ sur Terre. Les chrétiens se réfèrent souvent à «la Seconde venue».
Des organisations comme le CUFI et ses prédécesseurs ont longtemps vu la création de l’État d’Israël en 1948, puis la victoire et la conquête israéliennes de Jérusalem en 1967, comme une réalisation de la prophétie biblique – que cette secte de chrétiens évangéliques voit comme le seul obstacle à «la Seconde venue». Aux États-Unis, on estime à plus de 20 millions le nombre de chrétiens de ce type, souvent qualifiés de sionistes chrétiens, qui constituent un bloc électoral essentiel et une source de dons politiques pour le Parti républicain.
Comme cela a été exploré dans les versions précédentes de cette série, ces sionistes chrétiens, à l’instar des extrémistes religieux sionistes en Israël, estiment que la mosquée Al Aqsa et le Dôme du Rocher doivent être remplacés par un troisième temple juif pour inaugurer la fin des temps.
Depuis le XIXe siècle, ces deux groupes de confessions différentes ont formé à plusieurs reprises une alliance opportuniste afin de garantir la réalisation de leurs prophéties respectives, alors même que les membres de chaque confession sont rarement, voire jamais, du même avis que l’autre dans leur interprétation de ce qui se produira après la construction du temple.
Cette alliance, basée sur l’obsession mutuelle de hâter la venue de l’Apocalypse, se poursuit encore et à ce jour, plus que jamais dans l’histoire, ces groupes ont atteint le sommet du pouvoir, tant en Israël qu’aux États-Unis. Les parties I et II de cette série exclusive explorent la manière dont cette branche du sionisme religieux a fini par dominer l’actuel gouvernement de droite en Israël et a conduit le gouvernement israélien présent à prendre des mesures définitives en vue de la destruction de la mosquée Al Aqsa et de la construction imminente d’un troisième temple.
Cette partie (partie III) montrera à présent comment ce mouvement chrétien aux États-Unis, le sionisme chrétien, est également devenu une force dominante de la politique américaine, en particulier après l’élection de Donald Trump à la présidence ; cette vision apocalyptique est apparue comme le fil conducteur majeur derrière la politique de son administration au Moyen-Orient.
Pourtant, cette vision dantesque de la fin des temps est depuis longtemps un guide pour des personnalités proéminentes de l’histoire américaine et de l’élite américaine, même avant la fondation du sionisme en tant que mouvement politique. Ainsi, l’influence du sionisme chrétien sur la politique de l’administration Trump n’est que le dernier avatar d’une longue liste d’exemples où prophétie et politique se sont mélangés dans l’histoire américaine, souvent avec des résultats qui ont changé le monde.
Puritains, Prophétie et Palestine
Les récits sur le rôle des chrétiens d’Europe et d’Amérique du Nord dans la création de l’État d’Israël commencent souvent par la déclaration Balfour de 1917, mais les efforts de certains groupes chrétiens d’Angleterre et des États-Unis pour créer un État juif en Palestine remontent en réalité des siècles plus tôt, et bien avant la fondation officielle du sionisme par Théodore Herzl.
Parmi les premiers partisans de l’immigration physique de juifs européens en Palestine, il y avait les puritains, une branche du protestantisme chrétien qui a émergé à la fin du XVIe siècle et qui est devenue influente en Angleterre et, plus tard, dans les colonies américaines. Des puritains influents s’intéressaient énormément au rôle des juifs dans l’eschatologie ou la théologie de la fin des temps. Plusieurs, tels que John Owen, théologien du XVIIe siècle, membre du Parlement et administrateur à Oxford, croyaient que le retour légal des Juifs en Palestine était nécessaire pour l’accomplissement de la prophétie de la fin des temps.
Alors que les racines puritaines de ce qui deviendra plus tard le sionisme chrétien sont souvent négligées dans les récits modernes concernant le lieu d’origine et les raisons du soutien évangélique américain à Israël, ses adhérents reconnaissent toujours clairement leur héritage. Par exemple, lundi, lors de la conférence du CUFI, Pompeo, un sioniste chrétien, connu pour son obsession de la fin des temps, a déclaré au groupe ce qui suit :
« En Amérique, le soutien chrétien à Sion – pour une patrie juive – remonte aux premiers colons puritains et dure depuis des siècles. En effet, notre deuxième président [John Adams], il y a deux siècles, a déclaré… «Je souhaite vraiment pour les Juifs de nouveau une nation indépendante en Judée ».
Ces croyances puritaines, qui persistent aujourd’hui, et dont la popularité ne fait qu’augmenter, sont devenues de plus en plus enracinées en Angleterre et dans l’Amérique coloniale avec le temps, en particulier parmi la classe politique riche, et ont conduit à diverses interprétations concernant ce que la Bible dit exactement à propos de la fin des temps. Parmi les plus influents, on compte le développement du «dispensationalisme» chrétien, cadre interprétatif qui utilise la Bible pour diviser l’histoire en différentes périodes de «dispensations» et considère les références prophétiques de la Bible à «Israël» comme désignant une nation ethniquement juive établie en Palestine.

Interprétation visuelle par Charles Russell des « dispensations » de Darby vers 1886

Le dispensationalisme a été en grande partie développé par le prédicateur anglo-irlandais John Nelson Darby, qui croyait que les destins ordonnés par Dieu à Israël et à l’église chrétienne étaient complètement séparés, cette dernière devant être physiquement retirée de la Terre par Dieu avant une période prédite de souffrance terrestre connue sous le nom de Tribulation.
Selon Darby, la Tribulation commencerait après la construction d’un troisième temple juif sur le mont du Temple à Jérusalem. Cette croyance en l’éloignement physique des chrétiens de la Terre avant la Tribulation, connue sous le nom de «l’enlèvement» [The rapture], a été inventée par Darby dans les années 1820, et son manque de preuve scripturale a été largement noté par les théologiens de diverses dénominations et les savants bibliques. Cependant, il est important de souligner qu’il existe des différences entre les chrétiens dispensationalistes quant à savoir si l’enlèvement aura lieu avant, pendant ou après la période de tribulation.
Pourtant, malgré son existence relativement brève en tant qu’idée et son manque de soutien dans la Bible, l’enlèvement a été adopté avec enthousiasme par certaines églises d’Angleterre et des États-Unis, en particulier ces dernières. Cela est dû en grande partie au travail du théologien très controversé Cyrus Scofield.
Notamment, la conception de l’eschatologie chrétienne de Darby coïncide avec des développements similaires dans l’eschatologie juive, à savoir les idées du rabbin Tzvi Hirsh Kalisher et la création d’une nouvelle branche du messianisme juif qui croyait que les juifs devaient travailler de manière proactive pour hâter la venue de leur messie en immigrant en Israël et en construisant le troisième temple sur le Mont du temple à Jérusalem. Les croyances de Darby, et celles qu’il a inspirées, ont promu quelque chose de similaire en ce sens que les chrétiens pourraient accélérer l’enlèvement et la tribulation en promouvant l’immigration de juifs en Israël ainsi que la construction d’un troisième temple juif.
Les sionistes chrétiens préparent le terrain pour Théodore Herzl
Darby se rendit en Amérique du Nord et dans plusieurs autres pays pour vulgariser ses idées, rencontrant plusieurs pasteurs influents du monde anglophone, dont James Brookes, le futur mentor de Cyrus Scofield. Ses voyages et la diffusion de ses écrits ont popularisé ses vues eschatologiques parmi certains cercles de chrétiens américains et anglais au cours de la renaissance religieuse du XIXe siècle. Les croyances de Darby intéressent particulièrement l’élite des deux pays, certains nobles anglais publiant des annonces dans les journaux exhortant les Juifs à immigrer en Palestine dès les années 1840.
Le prédicateur américain Charles Taze Russell, dont l’église a par la suite donné naissance à plusieurs rejetons, dont les Témoins de Jéhovah, a également influencé la doctrine de la fin des temps de Darby. Des décennies avant la fondation du sionisme politique moderne, Russell commença à prêcher – non seulement aux chrétiens, mais aux juifs des États-Unis et ailleurs – la nécessité d’une immigration juive massive en Palestine.
Comme le rabbin Kalisher l’avait fait quelques décennies auparavant, Russell écrivit une lettre en 1891 à Edmond de Rothschild, riche membre de la famille bancaire Rothschild, ainsi qu’à Maurice von Hirsch, un riche financier allemand, sur son projet d’implantation juive en Palestine. Russell a décrit son plan comme suit :
« Je suggère que les riches Hébreux achètent à la Turquie, à leur juste valeur, tous ses intérêts immobiliers sur ces terres : c’est-à-dire toutes les terres du gouvernement – terres qui ne sont pas détenues par des propriétaires privés – et sous la provision que la Syrie et la Palestine soient constitués en un État libre« .
Le même plan devait refaire surface quelques années plus tard dans le livre sioniste le plus influent de tous les temps, The Jewish State de Theodore Herzl, publié en 1896.

Russell s’adresse à un auditoire de Juifs américains à New York en 1910. Photo | Domaine public

On ne sait pas si Rothschild ou Hirsch ont été influencés par la lettre de Russell, bien que les idées de Russell aient eu un impact durable sur certains juifs et chrétiens américains éminents en ce qui concerne sa promotion de l’immigration juive en Palestine.
La même année, lorsque Russell écrivit sa lettre à Rothschild et von Hirsch, un autre prédicateur influent du dispensationalisme écrivit un autre document qui est souvent négligé dans l’exploration du rôle des chrétiens américains dans le développement et la vulgarisation du sionisme. William E. Blackstone, prédicateur américain très influencé par Darby et d’autres dispensationalistes de l’époque, avait consacré des décennies à la promotion, avec une ferveur sans faille, de l’immigration des Juifs en Palestine comme moyen d’accomplir la prophétie biblique.
Le point culminant des efforts de Blackstone est apparu sous la forme du Blackstone Memorialune pétition qui plaidait pour que le président des États-Unis de l’époque [Autour de 1890, NdSF]Benjamin Harrison, et son secrétaire d’État, James Blaine, agissent « en faveur de la restitution de la Palestine aux Juifs. » La pétition, en grande partie oubliée, demandait à Harrison et à Blaine d’exercer leur influence pour « obtenir rapidement la tenue d’une conférence internationale chargée d’examiner la situation des Israélites et leurs revendications de la Palestine comme ancienne patrie, ainsi que de promouvoir tous les autres moyens justes et appropriés, pour le soulagement de leur souffrance. »
Comme dans la lettre de Russell à de Rothschild et von Hirsch, on ignore exactement quelle influence la pétition du Mémorial de Blackstone a eu sur les opinions ou la politique de Harrison ou de Blaine. Cependant, la pétition revêt une grande importance en raison de ses signataires, parmi lesquels figurent les Américains les plus influents et les plus riches de l’époque, dont la majorité étaient chrétiens.
Parmi les signataires du Mémorial de Blackstone figurent J.D. Rockefeller, le premier milliardaire du pays ; J.P. Morgan, le riche banquier ; William McKinley, futur président des États-Unis ; Thomas Brackett Reed, alors président de la Chambre ; Melville Fuller, juge en chef de la Cour suprême ; les maires de New York, Philadelphie, Baltimore, Boston et Chicago ; les éditeurs du Boston Globe, du New York Times, du Washington Post et du Chicago Tribune, entre autres ; et de nombreux autres membres du Congrès, ainsi que des hommes d’affaires et des ecclésiastiques influents. Bien que certains rabbins aient été signataires, la plupart des communautés juives américaines se sont opposées au contenu de la pétition. En d’autres termes, l’objectif premier du sionisme, avant même qu’il ne devienne un mouvement, était largement soutenu par l’élite chrétienne américaine, mais refusé par les juifs américains.
Le Mémorial de Blackstone attirerait plus tard l’attention de Louis Brandeis, l’un des sionistes juifs américains les plus en vue, qui qualifierait plus tard Blackstone de «véritable père fondateur du sionisme», selon l’ami proche de Brandeis, Nathan Straus. Brandeis réussira finalement à convaincre un Blackstone âgé de présenter une pétition au président Woodrow Wilson avec un deuxième Mémorial de Blackstone en 1916, qui sera présenté en privé à Wilson près d’un an plus tard.
Au lieu de rassembler les signatures d’éminents membres de l’élite américaine, Blackstone s’efforça cette fois d’obtenir le soutien d’organisations protestantes, notamment l’Église presbytérienne, conformément à la foi presbytérienne de Wilson. Selon l’historien Jerry Klinger, président de la Société juive américaine pour la préservation historique, ce changement de cap était une idée de Brandeis, et non de Blackstone.
Alison Weir, auteur de Against Our Better Judgment : l’histoire cachée de la manière dont les États-Unis ont été utilisés pour créer Israël, a décrit Brandeis comme «l’un des sionistes américains les plus influents» et une figure clé des efforts pour pousser Wilson à soutenir la formation d’un État juif en Palestine, dont la seconde demande de Blackstone faisait partie. Cependant, Weir a affirmé que la seconde requête de Blackstone était secondaire par rapport à un prétendu “gentleman’s agreement” aux termes duquel les autorités anglaises avaient promis de soutenir un État juif en Palestine si les sionistes américains, dirigés par Brandeis, étaient en mesure de garantir l’entrée des États-Unis dans la première guerre mondiale.
Wilson a finalement soutenu le nouveau document de Blackstone, qui n’a jamais été présenté publiquement au président, mais en privé par le rabbin Stephen Wise. Ce deuxième Mémorial de Blackstone était un élément clé de la campagne menée par Brandeis qui garantissait finalement le soutien américain – c’est-à-dire privé – à la Déclaration Balfour, qui formulait les intentions britanniques de soutenir un État ethnique juif en Palestine. Notamment, la Déclaration Balfour a emprunté son nom au secrétaire anglais du Foreign Office Arthur Balfour, lui-même un dispensationaliste chrétien, bien que Weir ait  déclaré à MintPress que Balfour était plus probablement animé par des impératifs politiques que par des motivations religieuses. Le seul membre du cabinet britannique à s’opposer à la Déclaration Balfour était son seul membre juif, Edwin Montagu.
La Déclaration Balfour a été adressée à un membre de la famille du banquier Rothschild, Lionel Walter Rothschild, la dernière d’une série de lettres adressées à des membres de cette famille les exhortant à utiliser leur richesse et leur influence politique pour favoriser la création d’un État juif en Palestine. Il s’agit d’une lettre du rabbin Kalisher, qui écrivit au baron Amschel Rothschild en 1836 ; d’une autre de Charles Taze Russell, qui écrivit à Edmond de Rothschild en 1891 ; et enfin de la Déclaration Balfour, écrite à Lionel Walter Rothschild en 1917.
Weir a déclaré à MintPress que les Rothschild occupaient une place si prépondérante dans ces efforts précoces visant à établir un État juif en Palestine en raison de «leur richesse et du pouvoir qui l’accompagne», ce qui les rend très recherchés par ceux qui estiment qu’un État juif pourrait être formé en Palestine par l’achat de territoires par de riches juifs européens, comme l’avaient proposé Kalisher et Russell. Cependant, la Déclaration Balfour était adressée aux Rothschild car, à cette époque, des membres de la famille Rothschild, notamment Edmond de Rothschild, étaient devenus les plus fervents partisans de la cause sioniste.
Bien que la déclaration porte son nom, il est difficile de savoir si Balfour a lui-même rédigé le document. Certains historiens – tels que Michael Rubinstein, ancien président de la Société d’histoire juive d’Angleterre – ont affirmé que la déclaration elle-même avait été écrite par Léopold Amery, secrétaire politique du Cabinet de guerre d’Angleterre et sioniste qui, malgré son attachement à la cause sioniste, a occulté ses racines juives pendant une grande partie de sa carrière, pour des raisons qui font encore débat.
Comme le démontre la Déclaration Balfour, les efforts de lobbying qui ont conduit à sa création, efforts qui allaient bientôt s’appeler le sionisme pour les notables d’Angleterre et des États-Unis, étaient déjà formidables avant même que Herzl ne commence à travailler sur son fameux livre The Jewish State. Il est intéressant de noter que le pouvoir et l’influence de cette élite chrétienne à motivation religieuse ont influencé Herzl et ses idées, d’autant plus que les dispensationalistes chrétiens promouvaient un État ethnique juif en Palestine à un moment où l’idée était impopulaire parmi de nombreux juifs en Europe et aux États-Unis.
En outre, le rôle des sionistes chrétiens, comme il sera connu par la suite, s’est poursuivi bien après que Herzl a débuté ses activités sionistes et a abouti à bon nombre des actes les plus influents ayant conduit à la création de l’État d’Israël, y compris la Déclaration Balfour.
Il faut noter que le succès de Herzl dans la promotion de son point de vue après la publication de The Jewish State est dû en grande partie au pasteur dispensationaliste anglais William Hechler. Hechler, alors qu’il était aumônier à l’ambassade britannique à Vienne, a forgé une alliance, et par la suite une amitié étroite, avec Herzl. Il a joué un rôle crucial dans les négociations entre Herzl et des membres éminents du gouvernement allemand, notamment le Kaiser Wilhelm II, qui a donné la légitimité politique nécessaire au Mouvement sioniste de Herzl.
Figure largement sous-estimée dans la montée du sionisme, Hechler est mentionné dans le journal de Herzl plus que toute autre personne, et ressentait avec passion que la création d’un État juif en Palestine marquerait la fin des temps. On sait également que Hechler était extrêmement intéressé par la construction d’un troisième temple juif sur le mont du Temple, après avoir consacré beaucoup de temps à la création de maquettes de ce temple, dont il a exposé certaines de manière bien visible dans son bureau, et présenté avec enthousiasme à Herzl lors de leur première rencontre.

Herzl propose au Kaiser Wilhelm II de visiter une ancienne colonie juive située près de Jaffa, en Palestine, en 1898. Photo | GPO d’Israël

L’alliance Hechler-Herzl est l’un des premiers exemples de la façon dont sionistes chrétiens et juifs ont utilisé les motivations de l’autre à des fins politiques, en dépit du fait que les sionistes chrétiens ont souvent des vues antisémites, de même que les sionistes laïques et religieux ne tiennent pas le christianisme en grande estime. Cet opportunisme de la part des sionistes chrétiens et juifs a été un élément clé de la montée du sionisme, en particulier aux États-Unis, et le cas de Cyrus Scofield, l’homme le plus responsable de la vulgarisation du sionisme chrétien parmi les évangéliques américains, offre un autre exemple important.
La surprenante histoire de Cyrus Scofield
Il n’y a peut-être aucun autre livre qui ait eu plus d’influence sur la diffusion du sionisme chrétien aux États-Unis que la Scofield Reference Bible, une version de la Bible de King James dont les annotations étaient écrites par Cyrus Scofield. Celui-ci, qui n’avait aucune formation théologique formelle, bien qu’il ait ensuite prétendu avoir un doctorat en théologie, a d’abord travaillé comme avocat et agent politique dans l’État du Kansas et est finalement devenu procureur de cet État.
Peu de temps après sa nomination à ce poste, il a été contraint de démissionner à la suite de nombreuses allégations de corruption, notamment vénale, de falsification de signatures sur des billets de banque et de vol de dons politiques de la part du sénateur du Kansas, James Ingalls. Pendant ce temps, Scofield a abandonné sa femme et ses deux filles, ce qui l’a rendu responsable des scandales naissants auxquels il était confronté, ainsi que de ses habitudes de consommation abusive d’alcool.
Dans ce contexte, Scofield serait devenu un évangéliste vers 1879 et serait bientôt associé à d’éminents prédicateurs dispensationalistes de cette époque, notamment Dwight Moody et James Brookes. Les journaux locaux de l’époque, tels que le patriote Atchison, considéraient avec beaucoup de scepticisme la conversion et le changement de carrière de Scofield, qualifiant celui-ci de «défunt avocat, et homme politique médiocre» qui s’était déshonoré en commettant «de nombreux actes de malveillance».
Scofield a ensuite été pasteur de petites églises, passant de Kansas à Dallas, au Texas, puis au Massachusetts. Pourtant, malgré son manque de notoriété et son histoire troublée, en 1901, Scofield avait réussi à pénétrer dans un club exclusif pour hommes à New York, le Lotos Club, qui comprenait à l’époque le magnat de l’acier et multimillionnaire Andrew Carnegie, des membres de la famille Vanderbilt, et le célèbre écrivain américain Samuel Clemens, mieux connu sous son nom de plume, Mark Twain.

Le pasteur Scofield, au centre, avec les diacres de la première église congrégationaliste de Dallas, vers 1880

L’affiliation de Scofield à ce club exclusif – ainsi que le patronage de ses activités par le club, qui lui ont permis d’héberger et de financer la production de ce qui allait devenir la Scofield Reference Bible – ont fait l’objet de nombreuses spéculations. En effet, beaucoup ont noté que la présence d’un prédicateur fondamentaliste et dispensationaliste dans une petite ville, au passé politique douteux, dans un club bourré des plus illustres universitaires, d’écrivains et de barons voleurs parmi les plus prestigieux du pays, ne colle pas.
Joseph M. Canfield, dans son livre L’Incroyable Scofield, affirmait que « l’admission de Scofield au Lotos Club, que Scofield n’aurait pas pu rechercher seul, renforce la suspicion qui s’était déjà manifestée, selon laquelle quelqu’un dirigeait la carrière de C.I. Scofield. »
Dans son livre, Canfield avance la théorie selon laquelle la personne « pilotant » la carrière de Scofield était liée à l’avocat new-yorkais et activiste sioniste Samuel Untermeyer, membre du comité exécutif du club et proche collaborateur de Louis Brandeis, et influent dans l’administration de Woodrow Wilson. Il note ensuite que la bible annotée de Scofield a été, par la suite, «très utile pour amener les chrétiens fondamentalistes à soutenir l’intérêt international pour l’un des projets de prédilection d’Untermeyer – le Mouvement Sioniste».
D’autres spécialistes, tels que David Lutz, ont été plus explicites que Canfield en faisant le lien entre l’activisme sioniste d’Untermeyer et son rôle dans le soutien financier de Scofield et ses travaux sur sa Bible annotée. Finalement, comme pour le Memorial Blackstone avant lui, le patronage du travail de Scofield par le Lotos club révèle à nouveau l’intérêt de l’élite américaine de cette époque, tant chrétienne que juive, pour la promotion du sionisme chrétien.
Untermeyer et le Lotos Club ont notamment financé les nombreux voyages de Scofield en Europe, dont un voyage fatidique en Angleterre où Scofield a rencontré Henry Frowde, éditeur chez Oxford University Press. Frowde a été séduit par le travail de Scofield, principalement en raison du fait qu’il était membre du groupe «Exclusive Brethren», un groupe religieux fondé par John Nelson Darby, le père du dispensationalisme. Oxford University Press publia ensuite la Scofield Reference Bible en 1909. Vingt ans après sa publication, cette publication devint la première publication d’Oxford à générer plus d’un million de dollars de ventes.
La Bible de Scofield devint spectaculairement populaire parmi les fondamentalistes américains peu après sa publication, en partie parce que c’était la première bible annotée qui cherchait à interpréter le texte pour le lecteur, mais aussi parce qu’elle devenait le thème central de plusieurs séminaires influents qui avaient été créés après sa publication en 1909. Parmi les nombreuses annotations de Scofield figurent des affirmations qui sont depuis devenues centrales dans le sionisme chrétien, telles que l’annotation de Scofield dans Genèse 12 : 3 selon laquelle ceux qui maudissent Israël – interprétés par les sionistes chrétiens comme désignant l’État d’Israël, depuis sa fondation en 1948 – seront maudits par Dieu. De même, ceux qui bénissent Israël seront bénis.
Les sionistes chrétiens modernes, comme le pasteur John Hagee de Christians United for Israel (CUFI), ont fréquemment cité cette interprétation. Scofield a pris sa défense en défendant des positions extrêmement pro-israéliennes. Par exemple, Hagee a fait la déclaration suivante en 2014 :
« Il faut revenir à l’essentiel, avec le fait que dans Genèse (chapitre 1), Dieu créa le monde et fit une promesse très solennelle (apportée dans Genèse 12 : 3) : «Je bénirai ceux qui vous bénissent et je maudirai ceux qui vous maudissent.» À partir de ce moment, chaque nation qui a toujours béni Israël a été bénie par Dieu, et chaque nation qui a persécuté le peuple juif, Dieu l’a écrasée. Et il continuera ainsi« .
Falwell et le Likoud : une amitié ou autre chose ?
En dépit de la large diffusion de la Bible de référence Scofield et de sa popularisation parmi les églises évangéliques américaines et les séminaires, l’influence publique de l’eschatologie dispensationaliste et du sionisme chrétien sur la politique américaine a été relativement limitée pendant la majeure partie du XXe siècle. Cependant, l’influence privée des dispensationalistes chrétiens était néanmoins présente, comme en témoignent le rôle du prédicateur des dispensationalistes et avocat du Troisième Temple, Billy Graham, et ses relations étroites avec plusieurs présidents, dont Dwight Eisenhower, Lyndon Johnson et Richard Nixon.
Ensuite, le pouvoir politique de la théologie dispensationaliste est passé dramatiquement des conversations privées dans les allées du pouvoir américain au discours politique ordinaire avec la fondation de la «Moral Majority» par le prédicateur télé-évangéliste Jerry Falwell en 1979.
Au début des années 1970, le ministère croissant de Falwell rapportait des millions de dollars par an, en particulier son émission diffusée à l’échelle nationale «The Old Time Gospel Hour», diffusée à l’époque sur plusieurs grands réseaux câblés. Malgré – ou peut-être à cause – de la flambée des dons, Falwell a rapidement été pris pour cible par le gouvernement fédéral, en particulier la Securities and Exchange Commission (SEC), pour «fraude et tromperie» et «insolvabilité grave» dans la gestion financière de son ministère, en particulier la vente par le ministère, pour 6,6 millions de dollars, d’obligations paroissiales. Le procès de la SEC a finalement été réglé lorsqu’un groupe d’hommes d’affaires de Lynchburg, en Virginie – où le ministère de Falwell était basé – a repris les finances du ministère pour plusieurs années, jusqu’en 1977. Falwell a imputé les problèmes financiers de son ministère à son « ignorance financière ».

Jerry Falwell voyage avec son fils Jonathan, à droite, à bord de son jet privé en 2004. Todd Hunley | Église baptiste de Thomas Road

Un an après que son ministère ait semblé être sur une meilleure base financière, Falwell reçut une invitation à se rendre en Israël et fut personnellement invité au voyage, tous frais payés, par Menachem Begin, alors premier ministre d’Israël et chef du parti Likoud. Ce voyage marquera le début d’une longue amitié et de relations étroites entre Falwell et Begin et, plus largement, d’une relation entre les dirigeants évangéliques américains et le Parti du Likoud d’Israël. Comme le souligne l’historien israélien Gershom Gorenberg dans son livre La fin des temps : le fondamentalisme et la lutte pour le mont du Temple, l’administration Begin «a été la première à exploiter l’enthousiasme évangélique pour Israël et à le transformer en soutien politique et économique».
Peu après son retour d’Israël, les finances de Falwell ont de nouveau été scrutées par le gouvernement fédéral après qu’une enquête fédérale a révélé que Falwell avait transféré les polices d’assurance maladie de ses employés à une société écran non agréée disposant seulement de 128 dollars d’actifs et de centaines de milliers de dollars en sinistres non payés. Juste au moment où les problèmes financiers de Falwell commençaient à s’aggraver, il reçut un cadeau généreux de la part de Begin, sous la forme d’un Learjet, avion privé d’une valeur de 4 millions de dollars. Peu de temps après, Falwell fonda l’organisation «Moral Majority»«après consultations avec des théologiens et des stratèges politiques».
Il est largement admis que Moral Majority a transformé la droite évangélique chrétienne en une force politique majeure aux États-Unis, en promouvant des politiques extrêmement pro-israéliennes, des dépenses de défense accrues, une approche reaganiste des défis de la guerre froide, ainsi que des politiques intérieures conservatrices. Falwell utilisa fréquemment le cadeau de Begin pour voyager et promouvoir la nouvelle organisation, ainsi que pour lui-même en tant que personnage public majeur.
Moral Majority marque un tournant décisif dans les relations évangéliques entre Israël et les États-Unis, car elle a fait du soutien fervent à Israël un thème d’une grande importance pour les électeurs évangéliques, et a également amené beaucoup d’entre eux à accorder une attention accrue aux événements se déroulant au Moyen-Orient. Cependant, compte tenu de la forte promotion du sionisme chrétien par Falwell, de nombreux évangéliques qui sont devenus de plus en plus politiquement actifs après la fondation de l’organisation ont non seulement soutenu la politique israélienne de l’époque, mais également les nombreuses ambitions futures de Begin et du parti Likoud. Ce soutien a été consolidé par le début de la pratique du ministère israélien du Tourisme d’offrir, aux chefs évangéliques américains, des visites gratuites de «familiarisation» en Israël, au début des années 80.
La vision par Begin du «Grand Israël» – l’annexion complète de la Palestine ainsi que de vastes régions du Liban, de la Syrie, de l’Irak et de l’Égypte par Israël – a également été partagée et promue par Falwell. En 1983, Falwell déclara «Begin vous dira bientôt : ‘Nous n’avons pas encore toutes les terres, mais nous les aurons’» et prédit en outre qu’Israël n’abandonnera jamais le contrôle de la Cisjordanie occupée, car Begin était déterminé à garder le pays «qui leur a été livré (aux Israéliens)».
Falwell a présenté les ambitions expansionnistes de Begin comme une croyance religieuse en «l’inhérence de l’Ancien Testament», un sentiment partagé par Falwell. Falwell a également insisté pour que les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël et a estimé que la construction d’un troisième temple sur le mont du Temple était nécessaire pour inaugurer la fin des temps et la seconde venue du Christ.
Alors que Falwell contribuait à faire du sionisme chrétien une force politique majeure aux États-Unis, il fit également de lui-même une figure politique clé de l’ère Reagan et un intermédiaire important pour les relations américano-israéliennes. En 1981, Begin informa Falwell de son intention de bombarder une installation nucléaire irakienne avant d’informer le gouvernement Reagan dans l’espoir qu’il «expliquerait au public chrétien les raisons de ce bombardement». Selon un universitaire canadien, David S. New, Begin a dit à Falwell pendant cet appel téléphonique : « Mets-toi au travail. »
De plus, Falwell rencontra fréquemment Begin, qu’il qualifia plus tard d’ami personnel. Ces réunions chevauchaient souvent les réunions officielles de Begin avec Reagan. Un an plus tard, Begin a décerné le prix Jabotinsky à Falwell, faisant ainsi de celui-ci le premier non-juif à recevoir l’honneur pour son plaidoyer en faveur d’Israël et, plus précisément, pour la politique et les ambitions du Likoud.
Bien que Moral Majority ait officiellement fermé ses portes en 1989, son héritage politique a persisté longtemps après, tout comme l’influence politique de Falwell. En effet, suivant son modèle, Benjamin Netanyahu, lors de son premier mandat de Premier ministre, avait également pris l’habitude de rendre visite à Falwell, rencontrant le pasteur controversé avant même de rencontrer des responsables politiques lors de ses visites à Washington.

Netanyahu, à gauche, rencontre Falwell dans un hôtel de Washington, le 19 janvier 1998. Greg Gibson | AP

Au cours d’un voyage à Washington DC en 1998, la première visite de Netanyahu a été à un événement co-organisé par Falwell, où le pasteur avait loué Netanyahu comme étant «le Ronald Reagan d’Israël»Le New York Times a décrit l’objectif de la visite de Netanyahu aux États-Unis non comme une visite  destinée à rencontrer des représentants du gouvernement, mais plutôt à «consolider sa base de soutien traditionnel aux États-Unis. Les groupes chrétiens conservateurs sont depuis longtemps des partisans ardents d’Israël en raison de son importance religieuse pour le christianisme».
Cependant, cette relation entre des sionistes chrétiens comme Falwell et des personnalités politiques israéliennes de droite n’a pas été sans controverse, d’autant plus que les évangéliques pro-israéliens comme Falwell ont toujours fait des déclarations antisémites.
Par exemple, au cours d’un sermon de 1999, Falwell discuta de son interprétation de la prophétie de la fin des temps, largement partagée par les évangélistes sionistes chrétiens, selon laquelle la Seconde Venue suivrait non seulement la création de l’État d’Israël, mais également la construction d’un Troisième Temple sur le mont du Temple, moment à partir duquel une figure connue par les chrétiens comme «l’Antéchrist» régnerait sur la Terre. En répondant à sa propre question rhétorique de savoir si l’Antéchrist est «bien vivant aujourd’hui», Falwell a déclaré : « Probablement parce que lorsqu’il apparaîtra pendant la période de tribulation, il sera une contrefaçon absolue du Christ. Bien sûr, il sera juif. »
Les commentaires de Falwell ont été immédiatement condamnés par divers groupes juifs, y compris la Ligue anti-diffamation (ADL) pro-israélienne. Le rabbin Leon Klenicki, alors directeur des affaires interconfessionnelles pour l’ADL, a noté que le point de vue de Falwell est une « position théologique commune » chez les évangéliques américains et qu’il était « une voix influente parmi les chrétiens évangéliques et charismatiques » qui « ne soutient Israël que pour son propre intérêt, les fins christologiques. Il ne nous voit que comme ceux qui préparent la venue de Jésus», a déclaré Klenicki à l’époque. « C’est une grande déception après plus de 30 ans de dialogue. Il est toujours au Moyen Âge. « 
Hal Lindsey, auteur et co-auteur de plusieurs livres, dont The Late Great Planet Earth, est un autre dispensationaliste avec une grande influence politique et littéraire. Le travail de Lindsey a beaucoup influencé de nombreux politiciens américains de premier plan, tels que Ronald Reagan, qui était tellement ému par les livres de Lindsey qu’il l’a invité à prendre la parole devant le Conseil national de sécurité sur les projets de guerre nucléaire et a contribué à faire de Lindsey un consultant influent auprès de plusieurs membres du Congrès et du Pentagone.
Comme le souligne l’historien israélien Gershom Gorenberg, Lindsey voit les Juifs comme jouant «deux rôles centraux» dans l’eschatologie dispensationaliste chrétienne :
« Le premier – malgré son insistance sur l’amour qu’il a pour les Juifs – est un classique de la polémique chrétienne anti-juive : c’est le «peuple juif qui a crucifié Jésus» et l’archétype de ceux qui ignorent la vérité des prophéties. Le deuxième rôle est d’accomplir la prophétie malgré eux« .
Gorenberg note en outre que Lindsey croit que les Juifs ont accompli deux des trois prophéties cruciales qui ouvriront la voie à la fin des temps, la première étant la création de l’État d’Israël en 1948 et la seconde la conquête et l’occupation de Jérusalem après la guerre des Six jours en 1967. Selon Lindsey : « Il ne reste plus qu’un événement dans le rôle joué par Israël pour l’avènement du dernier grand acte de son drame historique,  la reconstruction de l’ancien Temple…”
Comme le révèlent les commentaires de Falwell et de Lindsey, les conceptions eschatologiques du dispensationalisme ne perçoivent souvent le peuple juif que comme des pions devant remplir certaines conditions – par exemple, établir l’État d’Israël, conquérir Jérusalem, construire un troisième Temple – afin d’accélérer le salut et «l’enlèvement» des chrétiens évangéliques. Pendant ce temps, les Juifs d’Israël qui ne se convertissent pas au christianisme devront mourir d’horribles souffrances, bien que certains sionistes chrétiens de ces dernières années, comme on le verra bientôt, aient cherché à ajuster cette position théologique encore courante.
En dépit des motivations antisémites sous-jacentes au soutien évangélique à l’État d’Israël et à la vision du «Grand Israël», soutenue par le Likoud, le mouvement chrétien sioniste politiquement actif, que Falwell a contribué à créer, s’est traduit par une solide base de soutien pour Israël et la politique de droite du Likoud, qui est devenue cruciale pour les politiciens israéliens éminents.
Par exemple, beaucoup plus de chrétiens américains (55%) que de juifs américains (40%) croient que Dieu a donné Israël aux juifs alors que ce sentiment est partagé par seulement 19% des chrétiens israéliens. En outre, en ce qui concerne les politiques pro-israéliennes du gouvernement Trump, seuls 15% des chrétiens évangéliques pensent que le président Trump favorise trop Israël, tandis que 42% des Juifs américains estiment que Trump est partial en leur faveur.
Dans une vidéo enregistrée au début des années 2000 – ultérieurement diffusée à la télévision israélienne – Netanyahu, s’adressant à une famille de colons juifs, a décrit le soutien massif apporté par les Américains, en particulier les évangéliques, à Israël comme « absurde », disant :
« L’Amérique est quelque chose qui peut être facilement guidé. Guidé dans la bonne direction. Ils ne se mettront pas sur notre chemin ; 80% des Américains nous soutiennent. C’est absurde« .
Dans un discours prononcé en 2017 devant le groupe sioniste chrétien CUFI, Netanyahu a clairement indiqué qu’une grande partie de ce soutien « absurde » provenait d’évangéliques américains, affirmant que « l’Amérique n’a pas de meilleur ami qu’Israël, et Israël n’a pas de meilleur ami que l’Amérique, et Israël n’a pas de meilleur ami en Amérique que vous. »
Richard Silverstein – un universitaire et journaliste dont les travaux ont été publiés dans Haaretz et MintPress, entre autres – a affirmé que les politiciens israéliens, en particulier Netanyahu, avaient recherché le soutien de groupes évangéliques en dépit de leur caractère antisémite, du fait qu’ils agissaient en dehors de tout intérêt personnel dans la poursuite de leurs objectifs politiques.
Dans un article de 2017, Silverstein a déclaré que, pour la droite nationaliste israélienne :
« Le judaïsme n’est pas une valeur spirituelle, c’est une manifestation physique du pouvoir dans le monde. Ces Israéliens comprennent que tous les Juifs ne sont pas leurs «frères». Certains Juifs sont trop effacés, trop libéraux, trop humains, trop universalistes. Ces Juifs sont les détritus qui seront emportés par le flot de l’histoire. Les nationalistes israéliens doivent remplacer ces alliés juifs traditionnels et l’ont fait, en trouvant de nouveaux : évangéliques chrétiens, dictateurs africains, néo-nazis européens. Le sionisme tel qu’ils le définissent est moins un mouvement voué à l’éthique qu’un mouvement dédié à l’intérêt personnel« .
Un « élément vital de la sécurité nationale d’Israël »
Au début des années 2000, lorsque Falwell commença se retirer de la scène publique, son héritage était en grande partie dévolu à une poignée de prédicateurs désormais au premier plan du sionisme chrétien et de l’activisme politique sioniste chrétien. Son fils, Jerry Falwell Jr., occupait une place prépondérante parmi eux. Cependant, parmi les prédicateurs qui ont suivi les traces de Falwell, l’un se distingue : John Hagee.
Hagee est le pasteur de la Cornerstone Church de San Antonio, au Texas, qui compte plus de 22 000 membres actifs. Chrétien charismatique qui croit en l’eschatologie dispensationaliste et pense que les chrétiens sont bibliquement nécessaires pour soutenir Israël, Hagee est depuis longtemps un ardent défenseur d’Israël dans les cercles du christianisme évangélique et charismatique et a collecté plus de 80 millions de dollars pour Israël depuis qu’il a créé l’événement « Une nuit pour honorer Israël » au début des années 1980.
En 2006, Hagee a cherché à créer «l’AIPAC chrétien» en redonnant vie à une organisation alors défunte, fondée en 1975, et connue sous le nom de Christians United for Israel, ou CUFI, mentionnée au début de cet article. Depuis sa refonte, CUFI a connu une croissance exponentielle, comptant maintenant 7 millions de membres, un chiffre qui dépasse la population juive des États-Unis, qui avoisine les 5,7 millions. Hagee préside son conseil d’administration, qui comprenait Jerry Falwell jusqu’à la mort de celui-ci en 2007.

Le vice-président Pence, à gauche, accueille Hagee lors du sommet annuel de CUFI, le 8 juillet 2019, à Washington. Patrick Semansky | AP

Le CUFI est exempté du paiement des taxes américaines et de la divulgation publique de ses finances car il est officiellement enregistré en tant qu’église, bien qu’il soit souvent comparé à un bras du lobby pro-israélien aux États-Unis, qui encourage et finance activement les colonies de peuplement illégales en Cisjordanie. Le CUFI plaide également pour la souveraineté israélienne sur tout Jérusalem, le mont du Temple et la construction d’un troisième temple.
On a beaucoup écrit sur l’influence de CUFI au sein du parti républicain, qui a commencé sous l’administration de George W. Bush peu de temps après sa fondation. Comme l’a souligné le journaliste Max Blumenthal dans un article de 2006 dans The Nation « Au cours des derniers mois, la Maison Blanche a organisé une série de réunions confidentielles sur sa politique au Moyen-Orient avec les dirigeants de Christians United for Israel (CUFI). »
À la suite de ces réunions, le CUFI s’est aligné étroitement sur les néoconservateurs qui étaient bien représentés dans l’administration Bush, nommant même le néoconservateur et sioniste chrétien Gary Bauer à son conseil d’administration et également comme premier directeur de son lobby, le CUFI. Bauer est membre fondateur du groupe néo-conservateur très controversé et aujourd’hui disparu, Project for a New American Century (PNAC), et a également siégé au conseil exécutif du groupe néoconservateur Foundation for the Defence of Democracies (FDD).
Depuis, le CUFI a gagné de puissants alliés et compte le néoconservateur Elliott Abrams ; l’ancien directeur de la CIA, James Woosley ; Bill Kristol, archi néoconservateur ; l’ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee ; les sénateurs Lindsey Graham (R-SC), Tom Cotton (R-AR) et Ted Cruz (R-TX) ; le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ; et le vice-président américain Mike Pence parmi ses plus fervents partisans. Lors du sommet du CUFI l’an dernier, M. Netanyahu a décrit le CUFI comme «un élément vital de la sécurité nationale d’Israël».
En outre, le CUFI a des liens étroits avec le magnat des casinos Sheldon Adelson, principal donateur du président Trump et du parti républicain dans son ensemble. Adelson a même reçu un prix spécial de Hagee lors d’un événement organisé par le CUFI en 2014. «Je n’ai jamais ressenti autant de chaleur que d’être honoré par le pasteur Hagee», a déclaré un Sheldon Adelson radieux à l’époque.
Lors du dernier sommet du CUFI, tenu lundi, l’administration Trump a envoyé Pence, Pompeo, l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, l’adjoint du président et représentant spécial pour les négociations internationales, Jason Greenblatt, et le conseiller en sécurité nationale, John Bolton ; tous sont intervenus lors du sommet.


En plus de son influence en tant qu’organisation, le groupe a fait de Hagee lui-même un acteur politique majeur. En 2007, le sénateur Joseph Lieberman (D-CT) de l’époque a comparé Hagee à Moïse, déclarant :
« Je veux profiter de l’occasion pour décrire le pasteur Hagee dans les termes utilisés par la Torah pour décrire Moïse. C’est un Ish Elohim, un homme de dieu, et ces mots lui vont vraiment bien. Et j’ai autre chose. Comme Moïse, il est devenu le chef d’une puissante multitude. Encore plus grande que la multitude que Moïse a menée d’Égypte à la Terre Promise« .
Les efforts des personnalités politiques pour courtiser Hagee étaient jadis nombreux, jusqu’à ce que des témoignages de celui-ci au sujet de l’Holocauste, largement considérés comme antisémites, soient apparus au cours de la campagne présidentielle de 2008. Dans ces remarques, Hagee affirmait qu’Adolf Hitler avait été envoyé par Dieu pour agir en tant que «chasseur» et forcer les Juifs, par le biais de l’Holocauste, à se réinstaller en Palestine afin d’accomplir la prophétie biblique. Le candidat à la présidence républicaine John McCain, qui avait très activement courtisé Hagee pour obtenir son soutien, a été contraint de prendre ses distances avec lui après que ces propos ont refait surface.
Depuis lors, les stigmates entourant Hagee ont disparu et son influence a encore augmenté après l’élection de M. Trump à la présidence, comme en témoigne la participation de nombreux hauts fonctionnaires de M. Trump au Sommet du CUFI en 2019 à Washington, en début de semaine.
Bien qu’il n’ait pas fait partie du groupe officiel des conseillers évangéliques de Trump au début de sa présidence, plusieurs alliés et associés de Hagee un peu moins controversés, notamment Tom Mullins, Jerry Falwell Jr. et Kenneth Copeland y étaient. Puis, quelques mois après l’inauguration de Trump, Hagee «passa inopinément à la Maison-Blanche» et rencontra Trump au bureau ovale pour discuter du soutien américain à Israël. Il a également rencontré Trump quelques semaines avant que Trump n’annonce son intention de déménager l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem, une réunion au cours de laquelle Trump aurait promis à Hagee que l’ambassade serait bientôt déplacée et avait dit au pasteur «Je ne vous décevrai pas». Hagee a décrit l’annonce de Trump sur Jérusalem comme étant un «timing biblique d’une précision absolue».
Plus récemment, Hagee faisait partie d’un groupe exclusif de dirigeants évangéliques qui ont rencontré des responsables de la Maison Blanche en mars dernier avant la publication partielle du prétendu «Deal du Siècle», destiné à apporter «la paix» au conflit Israël-Palestine, qui est largement considéré comme favorisant grandement Israël et devrait être rejeté catégoriquement par les dirigeants palestiniens.
Après la réunion, Hagee a émis une demande urgente de prières. «Notre sujet de discussion était le plan de paix à venir concernant Israël. Israël et le peuple juif ont besoin de nos prières et de notre plaidoyer comme jamais auparavant», a déclaré Hagee dans une vidéo postée sur la page Twitter du CUFI peu après la réunion. « La Bible donne l’ordre suivant : ‘Dans l’intérêt de Sion, je ne garderai pas le silence et dans l’intérêt de Jérusalem, je ne garderai pas ma paix.’ Je vous exhorte ce soir à prier pour la paix à Jérusalem. »
Comme le montre le dernier volet de cette série, les visions apocalyptiques communes des sionistes extrémistes et des sionistes chrétiens concernant un troisième temple juif sur le mont du Temple sont un facteur important derrière le Deal du Siècle et ont également été un facteur majeur dans la décision de l’administration Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, malgré les espoirs palestiniens que Jérusalem-Est serve de capitale à leur futur État. Les sionistes chrétiens estiment notamment que les Palestiniens doivent être expulsés de l’État d’Israël. De plus, ces croyances de la fin des temps sont également un facteur dans la volonté de l’administration de faire la guerre à l’Iran, ce que des sionistes chrétiens comme Hagee et Pompeo considèrent également comme une condition préalable à la réalisation des prophéties bibliques.
Alors que l’influence de Hagee et de son organisation CUFI est plus forte que jamais avec Trump à la Maison Blanche, son influence politique auprès de l’administration Trump est, du moins en partie, due à la présence de fervents sionistes chrétiens dans deux des plus hauts postes du pouvoir exécutif : vice-présidence et secrétariat d’État.
Pence et Pompeo poussent à la « guerre sainte »
Bien que plusieurs responsables de Trump aient pris la parole lors du récent sommet du CUFI, deux d’entre eux se distinguent – non seulement par leurs postes de haut niveau, mais également par leur aveu assumé que leurs convictions sionistes chrétiennes orientent leurs politiques. Ces responsables sont le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’État et ancien directeur de la CIA, Mike Pompeo.
Après que Trump a choisi son candidat à la vice-présidence, la ferveur religieuse de Pence a fait l’objet d’un examen approfondi de la part des médias, plusieurs médias notant qu’il était connu pour être un sioniste chrétien ardent. La foi de Pence a particulièrement retenu l’attention en raison de ses déclarations antérieures sur Israël, qu’il a souvent décrit en termes prophétiques.
Bien que catholique, Pence a peu à peu évolué vers le «catholicisme évangélique» puis le protestantisme évangélique. Il est depuis devenu une figure politique majeure représentant le mouvement fondamentaliste chrétien qui prône le «dominionisme», une idéologie aux interprétations diverses, mais cherchant finalement à ce que la nature laïque du gouvernement américain évolue vers un gouvernement régi par une «loi biblique». L’association de Pence à ce mouvement a conduit des personnalités importantes des médias à l’accuser de soutenir une forme de gouvernement théocratique.

Pence visite le Mur des Lamentations, le lieu le plus sacré du judaïsme dans la vieille ville de Jérusalem, le 23 janvier 2018. Oded Balilty | AP

Bien que nombre des préoccupations initiales concernant Pence tournaient autour de ses effets probables sur la politique intérieure, une grande partie de son influence s’est plutôt manifestée dans la politique étrangère, y compris la politique de l’administration au Moyen-Orient. Son identification publique en tant que sioniste chrétien et son discours au sommet du CUFI en 2017, le premier vice-président à avoir jamais pris la parole lors de l’événement annuel, ont amené certains à s’inquiéter du fait que la vision sioniste chrétienne de la prophétie guidait les actions politiques de Pence.
Après le premier discours de Pence au CUFI, Daniel Hummel, universitaire et chercheur à la Kennedy School de Harvard, a déclaré au Washington Post :
« Le sionisme chrétien a une longue histoire dans la politique américaine, mais il n’avait jamais occupé le lieu d’intimidation de la Maison Blanche. Les administrations passées ont souvent utilisé un langage biblique général en référence à Israël, mais la théologie évangélique du sionisme chrétien n’a jamais été aussi proche de l’appareil décisionnel du pouvoir exécutif« .
En s’identifiant comme sioniste chrétien alors qu’il est au pouvoir, Pence court le risque que l’administration Trump cherche un «accord ultime» pour résoudre le conflit israélo-palestinien et affaiblisse l’affirmation des États-Unis selon laquelle ils peuvent être un «honnête courtier» au Moyen-Orient ».
Sans surprise, les préoccupations selon lesquelles les États-Unis sont sous l’influence du sionisme religieux extrémiste et du sionisme chrétien qui empêcheraient le pays d’agir en tant que «médiateur honnête» dans le conflit israélo-palestinien se sont révélées exactes. En fait, les croyances religieuses de Pence auraient été un facteur important dans la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et de transférer l’ambassade américaine dans la ville contestée.
Bien que Mike Pence soit le membre le plus haut placé de l’administration Trump qui soit ouvertement un sioniste chrétien, c’est Pompeo qui est le plus sincère et le plus ouvert sur le fait que ses croyances religieuses concernant la fin des temps guident sa prise de décision en tant que chef du Département d’État américain.
Pendant toute sa carrière politique, Pompeo a présenté la politique américaine de lutte contre le terrorisme comme une «guerre sainte» entre le christianisme et l’islam, qu’il considère comme l’équivalent terrestre d’une bataille cosmique entre le bien et le mal. En 2017, Pompeo, en tant que directeur de la CIA, affirmait :
« La terreur islamique radicale [continuera] à exercer des pressions sur nous jusqu’à ce que nous soyons assurés dans nos prières que nous tenons debout, combattons, et veillons à prouver que Jésus-Christ est notre sauveur [et] véritablement la seule solution pour notre monde« .
La même année, Pompeo a créé un nouveau « centre de mission » de la CIA destiné à l’Iran, dirigé par Michael D’Andrea, surnommé « Le prince des ténèbres ». Pompeo, comme de nombreux sionistes chrétiens, estime que la guerre entre les États-Unis et l’Iran fait partie de la fin des temps, une conviction tout à fait alarmante compte tenu de son contrôle précédent dans les opérations secrètes de la CIA et de son intérêt pour l’Iran, ainsi que de son rôle actuel en tant que diplomate en chef des États-Unis, dans lequel il s’est également concentré au laser sur la promotion d’une politique agressive envers l’Iran.
En plus de son opinion sur la «guerre sainte», Pompeo a également fréquemment discuté de ses vues sur l’enlèvement des chrétiens alors qu’il était directeur de la CIA. La chaîne de télévision TYT a rapporté l’année dernière que Pompeo avait parlé de l’enlèvement si souvent qu’il aurait effrayé de hauts responsables de la CIA.
Selon Michael Weinstein – fondateur de Military Religious Freedom Foundation, un groupe de surveillance des questions de liberté religieuse dans la communauté militaire et du renseignement – cité dans le rapport de TYT :
« Il [Pompeo] est intolérant envers quiconque n’est pas un chrétien fondamentaliste. Les personnes qui travaillaient sous ses ordres à la CIA n’ont jamais été désorientées – elles n’en ont jamais eu le temps. Elles étaient choquées et ensuite mortes de trouille« .
Une vidéo de 2015 de Pompeo, apparue alors qu’il était directeur de la CIA, montre également l’ancien membre du Congrès qui décrit la politique comme «une lutte sans fin… jusqu’à l’enlèvement».
Plus récemment, un article du New York Times publié en mars a de nouveau rappelé l’obsession de Pompeo pour la fin des temps. Intitulé «L’enlèvement et le monde réel : les convictions de Mike Pompeo et sa politique», l’article décrit en détail comment Pompeo en a fait une procédure standard pour associer ses vues chrétiennes sionistes à son approche de la politique étrangère. Cet article faisait également référence à la déclaration faite par Pompeo au début de l’année, dans laquelle il était d’avis qu’il était « certainement possible » que le président Trump ait été envoyé par Dieu pour « sauver le peuple juif de la menace iranienne ».
Pompeo a fait ces déclarations lors d’un voyage officiel à Jérusalem qui a également suscité la controverse pour d’autres raisons. En effet, dans une vidéo du département d’État partagée sur les médias sociaux et destinée à faire connaître le voyage de Pompeo, des images d’une maquette du troisième temple juif ont été incluses, tandis que les images de la mosquée Al Aqsa ont été exclues, bien qu’il s’agisse du bâtiment le plus emblématique de Jérusalem.
Étant donné que Pompeo avait également visité les tunnels qui ont fait disparaître les fondations de la mosquée historique, de nombreux Palestiniens ont interprété cette vidéo comme un signe de collusion entre l’administration Trump et le mouvement activiste du Temple en Israël, dont il est question en détail dans la deuxième partie de cette série.
S’unir pour cibler Jérusalem
Bien avant que Theodore Herzl ait fondé le sionisme politique et publié The Jewish State, les sionistes chrétiens aux États-Unis et en Angleterre cherchaient déjà à diriger et à influencer la politique étrangère des deux pays au service d’une obsession religieuse de la fin des temps. Les archives historiques montrent clairement comment les sionistes chrétiens ont influencé les événements au cours de l’histoire, notamment en ce qui concerne la création de l’État d’Israël et les développements ultérieurs du conflit israélo-palestinien.
Dans la poursuite de ces prophéties dispensationalistes de la fin des temps, les sionistes chrétiens ont noué des alliances avec des sionistes juifs et se sont servis de manière opportuniste les uns des autres pour ouvrir la voie à des événements communs censés faciliter la venue de leurs apocalypses respectives, ou pour aider à atteindre des objectifs politiques plus séculaires. De Hechler et Herzl, à  Scofield et Untermeyer, et à Begin et Falwell, les alliances ont façonné la politique des gouvernements occidentaux, en particulier des États-Unis et de l’Angleterre, pendant plus d’un siècle.
Aujourd’hui, une seule prophétie de ce type n’a pas encore été accomplie, à savoir la construction d’un troisième temple juif sur le mont du Temple, actuellement occupé par le complexe de la mosquée Al Aqsa. Comme indiqué dans la partie II de la série, le gouvernement israélien est plus que jamais rempli de hauts responsables qui appellent ouvertement à la destruction d’Al Aqsa et cherchent à construire à la hâte un troisième temple. De même, comme le montre ce rapport, l’administration Trump est fortement influencée par les sionistes chrétiens, qui cherchent également à détruire la mosquée, dans l’espoir que le troisième temple sera bientôt construit.
Pourtant, les liens de l’administration Trump avec cette idéologie apocalyptique vont encore plus loin que ce qui a été discuté dans cet article, car de nombreux autres membres influents de l’administration Trump – en particulier les principaux conseillers de Trump, Jared Kushner et Jason Greenblatt, et l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman – partagent et promeuvent aussi activement cette idéologie religieuse extrémiste sioniste qui cherche à reconstruire un troisième temple. Comme on le verra dans le prochain épisode de cette série, cette idéologie est également un facteur déterminant pour les principaux donateurs du parti républicain, tels que Sheldon Adelson.
Le résultat final est que l’emprise de cette idéologie apocalyptique sur les gouvernements d’Israël et des États-Unis semble être plus forte que jamais, ce qui signifie que le danger auquel la mosquée Al Aqsa est actuellement confrontée est de plus en plus menaçant.
Traduit par jj, relu par San pour le Saker Francophone
 
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