ELWATAN-ALHABIB
dimanche 19 août 2018
 

Mort d’une nation : Le nombre de décès par overdose de médicaments a atteint le chiffre record de 72 000 l’an dernier








Mort d’une nation : Le nombre de décès par overdose de médicaments a atteint le chiffre record de 72 000 l’an dernier
par Tyler Durden
Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) estiment que le nombre de décès par overdose de médicaments sur la base d’un flux actuel de données sur la mortalité provenant du National Vital Statistics System, vient d’atteindre un record de 71 568 Américains en 2017. Il s’agit d’une hausse de 6,6 % du nombre de décès par overdose par rapport à 2016, et représente une détérioration rapide du noyau dur de l’Amérique : La classe moyenne.
Plus de 40 000 Américains sont morts d’overdoses liées aux opioïdes l’année dernière, et environ 30 000 personnes sont mortes d’overdoses d’opioïdes synthétiques, comme le Fentanyl, a déclaré The Hill.
Les décès par overdose impliquant des opioïdes synthétiques ont fortement augmenté à partir de 2016, tandis que les décès dus à l’héroïne, aux opioïdes sur ordonnance et à la méthadone ont chuté.
dénombrements provisoires des décès par overdose de drogues
dénombrements provisoires des décès par overdose de drogues
Le mois dernier, dans un rapport hebdomadaire spécial des CDC sur la mortalité et la morbidité, nous avons expliqué : Nous entrons dans la troisième vague de l’épidémie d’opioïdes, la dernière augmentation du nombre de décès est imputable aux nouvelles substances synthétiques (analogues au Fentanyl) 10 000 fois plus puissantes que la morphine et utilisées pour calmer les éléphants.
Regardez : Les premiers intervenants réaniment une femme après une overdose d’opioïdes.
Pour le contexte, les overdoses de drogues ont tué plus d’Américains l’an dernier (71 568) que pendant la guerre du Vietnam (58 220 victimes de l’armée américaine).
Les overdoses ont dépassé les décès dus au suicide, à la grippe et à la pneumonie, qui ont fait environ 44 000 et 57 000 morts, respectivement, en 2016. Les overdoses de médicaments ont presque rivalisé avec les 79 500 personnes qui meurent du diabète chaque année aux États-Unis, 7e plus importante cause de décès.
Mais cela n’est rien à côté des 150 000 Américains qui meurent chaque année des suites d’accidents de la route.
La plus forte hausse d’overdoses de drogues s’est produite au Nebraska +33,3%, en Caroline du Nord +22,5%, au New Jersey +21,1%, en Indiana +15,1% et en Virginie-Occidentale +11,2%.
statista
Vous trouverez plus de détails sur Statista.
Sur une note plus légère, le rapport mentionne que des régions comme le Wyoming, l’Utah et l’Oklahoma ont connu moins de décès.
carte
Des régions comme le Mississippi et, notamment, le Massachusetts, ont connu une légère baisse des overdoses, selon le rapport. La Nouvelle-Angleterre, le Sud et la Rust Belt ont été particulièrement touchés par l’épidémie d’opioïdes, alors que leurs économies locales continuent de se détériorer.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux a récemment déclaré l’éclosion d’opioïdes comme une urgence de santé publique. Les États utilisent l’argent des subventions, qui a été promulgué en 2016, pour contrer le stress financier alors que la crise continue de s’étendre.
En Juin au début de l’été, la Chambre des représentants a adopté en juin un projet de loi bipartite visant à freiner les overdoses incontrôlables. Certains démocrates ont voté en faveur de la législation ; d’autres s’y sont opposés parce qu’elle n’allait pas assez loin et qu’elle ne contenait pas de financement garanti.
L’épidémie de drogue est si préoccupante que les décès liés aux opioïdes ont fait baisser le taux global d’espérance de vie aux États-Unis pour la deuxième année consécutive. La dernière fois que cela s’est produit, c’était au début des années 1960, lorsque le marché boursier a atteint de nouveaux sommets, mais peu de temps après, on a connu une importante rectification du marché.
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L’Amérique est en déclin. Les overdoses de drogues sont à des niveaux records. Alors…. et maintenant ?
article originel : Death Of A Nation: Drug Overdose Deaths Jump To Record 72,000 Last Year
traduit par Pascal, revu par Martha pour Réseau International
 
samedi 18 août 2018
 

Israël-Palestine, un miroir grossissant de l’avenir










Israël-Palestine, un miroir grossissant de l’avenir

Sur fond de croissance démographique

par Ezra Nahmad
Les prévisions démographiques israéliennes et palestiniennes annoncent une croissance de la population et une hausse vertigineuse des densités urbaines. Elles permettent d’esquisser un modèle social inquiétant, au croisement de la religion et de la high-tech, avec une ghettoïsation extrême de la société, confirmant que les sociétés et les nations avancées peuvent être aussi sous-développées.
Souvent réduites à une guerre de chiffres, les démographies israélienne et palestinienne sont viciées par les batailles politiques, idéologiques et religieuses. Dans un État où le régime d’apartheid est légitimé par les textes officiels, une fécondité forte est volontiers considérée comme un objectif patriotique, sacré ou simplement sécuritaire, conforté par des lois discriminatoires. Dans les territoires palestiniens occupés dotés d’une administration fragile, la culture familiale, les naissances et la procréation acquièrent également une résonance civique et nationale, mais témoignent aussi d’un attachement particulier aux valeurs traditionnelles, culturelles et sociales. Hypothéqués par le morcellement administratif, politique et militaire, les recensements israélien et palestinien sont pervertis par de multiples jeux de bonneteaux qui appellent à la prudence1.
La presse décrit périodiquement la question démographique israélienne et palestinienne comme une bombe à retardement, mais deux phénomènes pas tout à fait récents remettent en cause le scénario alarmiste de la concurrence nationale : la baisse de la natalité des Palestiniens, la montée en flèche de la densité des villes israéliennes (comme palestiniennes). Les taux de fécondité élevés, quasiment égaux en Israël et en Palestine, une croissance de la population exponentielle et non maîtrisée signifient que la question démographique des décennies à venir sera plus environnementale, sociale et culturelle que strictement nationale.
Le climat déprimé en Israël et en Palestine produit un repli massif sur une cellule familiale fragilisée, avec des effets inverses pour les deux nations : augmentation de la fécondité pour l’une, baisse pour l’autre. En Palestine, la stagnation économique et la précarité induisent un tassement général des naissances et du nombre de personnes par foyer. En Israël, la montée de la fécondité est nourrie par l’écart croissant des richesses et la paupérisation des classes moyennes d’une part, la montée des valeurs confessionnelles et la masse des allocations accordées aux citoyens orthodoxes et aux colonies d’autre part. Il n’est pas erroné de considérer que la colonisation, au même titre que la foi — voire leur conjonction — tire la fécondité israélienne vers le haut2.

Une parité numérique

La Palestine compte 5 millions d’habitants (3 millions en Cisjordanie, 2 millions à Gaza). Israël recense pour sa part près de 8,5 millions d’habitants, avec 20 % de citoyens israéliens palestiniens (hors les territoires occupés). Si l’on considère l’ensemble des territoires des deux pays, leurs populations sont quasiment équivalentes fin 2018 : elles devraient se composer de 6,7 millions de Palestiniens et de 6,8 millions de juifs israéliens. Extraits des recensements officiels, ces chiffres doivent être pris avec circonspection. Un consensus existe cependant sur l’actuelle parité numérique des populations comme de la fécondité. Une sorte de trêve dans la pernicieuse bataille démographique.
Comme dans la plupart des pays arabes (mais pas tous), le taux de fécondité palestinien connaît une baisse régulière depuis une vingtaine d’années, de 3 (enfants par femme en âge de procréer)3. Un document édité le 11 juillet 2017 par le Bureau central des statistiques palestinien (PCBS) confirme cette baisse, avec un taux de fécondité passé de 5,6 en 1997 à 3,7 en 2013. Selon ce document officiel, le taux brut des naissances est passé de 45 pour mille en 1990 à 32 pour mille en 2016, il devrait se situer autour de 29 pour mille en 2020. Des chiffres corroborés par une baisse régulière du nombre moyen de personnes par foyer, qui était de 6,4 en 1997 et de 5,2 en 2016, toujours selon le PCBS (Pour Gaza, les chiffres restent plus élevés que pour la Cisjordanie, mais leur écart se comble progressivement).
En Israël, la croissance se situe également autour de 3 (enfants par femme en âge de procréer)4. Mais ici les disparités sont énormes entre la population laïque et les orthodoxes, avec des moyennes de 2,1 pour la première et 6,7 pour la frange la plus conservatrice au plan religieux, celle des haredim, les « hommes en noir »5. Alon Tal, président du département des politiques publiques à l’université de Tel-Aviv est l’auteur d’un essai consacré à la densité croissante d’Israël, The Land Is Full : Addressing Overpopulation in Israel (Yale University Press, 2016). Il affirme clairement : « La croissance démographique israélienne est tirée vers le haut par la fécondité des ultra-orthodoxes (…) Les compensations financières à la naissance [contre-productives] perpétuent et augmentent les phénomènes de pauvreté (…) Pourquoi un enfant sur trois vit-il aujourd’hui sous le seuil de pauvreté en Israël ? Ceux qui pensent que ces choix politiques agissent en faveur des populations fragilisées ignorent leurs effets sur le terrain ainsi que les données qui en témoignent ».
Si à l’avenir les tendances actuelles perdurent (une courbe descendante en Palestine, montante en Israël), il est probable que la population de « l’État hébreu » augmentera plus vite que celle des territoires palestiniens. Il est également possible que la parité persiste pour un temps. Dans tous les cas, la croissance démographique et la hausse des densités urbaines s’emballeront.

Angles morts

La religion juive est au centre des recensements israéliens (les comptages distinguent les juifs, les Arabes et une troisième catégorie, les non-juifs). Outre qu’elle participe à la judaïsation du territoire et à la guerre démographique, l’indexation des taux de natalité sur l’échelle de l’orthodoxie religieuse permet aussi de masquer le basculement progressif des natalités extrêmes vers les territoires occupés et les colonies, pour accélérer leur croissance démographique. En orientant les ultra-orthodoxes paupérisés vers les territoires occupés, où ils peuvent bénéficier de loyers moins onéreux et de subventions diverses, l’État installe ses pauvres dans les périphéries ghettoïsées tout en judaïsant les terres palestiniennes à un rythme accéléré (les juifs issus des pays arabes envoyés en Galilée et au Néguev dans les années 1950 et 1960 avaient déjà fait l’objet de cette stratégie).
La montée en puissance démographique des ultra-orthodoxes dans les colonies – ils composent un bon tiers des 400 000 colons présents en Cisjordanie — favorise par ailleurs un rapprochement avec les ultranationalistes et les sionistes aux kippas tricotées, piliers traditionnels de la colonisation, dont les taux de natalité restent élevés, mais plus incertains. Cette mixité produit d’autres effets « positifs » pour la colonisation : elle place les ultra-religieux dans une sphère plus politique, à la fois sur les plans idéologique et électoral. Elle les inclut dans un espace militarisé qui les rapproche de l’armée, mais qui permet aussi de mieux les contrôler. Elle les intègre plus facilement dans les circuits de l’économie de marché, dans une modernité qui les rapproche du monde du travail, de la consommation et des modes de vie capitalistes. Marginalisation d’une part et intégration des ultra-orthodoxes d’autre part dans les logiques coloniales influencent assurément la répartition des populations et leur croissance. Mais la démographie israélienne les occulte, de même qu’elle ne rend pas compte du nettoyage ethnique et des guerres de déportation menées contre les Palestiniens, pour leur éviction et leur réclusion dans des bantoustans.

Densités urbaines en surchauffe

Bnei Brak est une commune ultra-orthodoxe à l’est de Tel-Aviv. Elle connaît une densité de 25 000 habitants par km2, proche des chiffres moyens des métropoles asiatiques comme Calcutta ou Hong Kong. La paupérisation, la vie communautaire et un taux de fécondité élevé sont à l’origine de ce phénomène (les grandes colonies en territoire palestinien, elles aussi des ghettos communautarisés, connaissent aussi des densités très élevées). En 70 ans, soit depuis sa création, Israël a multiplié sa population par dix et a fini par l’urbaniser à 90 %. Spectaculairement, la grande aire métropolitaine de Tel-Aviv qui va d’Herzlya à Rehovot et s’étend jusque Kfar Saba et Petah Tikva à l’est compte plus de 2 millions d’habitants, soit un quart de la population d’Israël. D’ici une ou deux générations, Israël pourrait devenir un des États les plus denses de la planète, confronté à de graves problèmes écologiques, urbains et sociaux. Alon Tal fait un constat cinglant : « Pour Israël, les projections raisonnables prédisent 23 millions d’habitants en 2050. Des projections plus audacieuses donnent un chiffre de 36 millions pour cette échéance ». Cette hausse accélérée dont seul le continent africain peut fournir des équivalents est confirmée par le Bureau central des statistiques israélien, qui annonce d’ores et déjà 15 millions d’habitants pour 2048.
Gaza, de son côté, passe pour être le territoire le plus dense de la planète. Inexact sur un plan purement statistique ou arithmétique, ce constat désigne néanmoins une situation unique, qui conjugue trois facteurs : démographie critique alliant densité et croissance élevées, pauvreté et chômage extrêmes, enfermement territorial et réclusion. De ces trois facteurs, l’enfermement est le plus redoutable : il exclut les ajustements, les marges de décision qui permettent à toutes les sociétés d’avancer bon gré mal gré en s’adaptant aux réalités nouvelles. La densité moyenne de Gaza est de 5 000 habitants au km2, elle dépasse les 10 000 dans les communes et les quartiers les plus urbanisés. Bien qu’en régression, la fécondité gazaouie reste élevée, ce qui équivaut à un croissance de population entre 3 % et 4 %, et devrait conduire son nombre aux alentours des 4 millions d’habitants dans une vingtaine d’années.
Ramallah, quant à elle, a pratiquement doublé sa population en l’espace de vingt ans, passant de 200 000 à près de 400 000 habitants, dans une croissance non maîtrisée. L’entrée de la ville du côté de Qalandia est un agrégat impressionnant d’immeubles de grande hauteur, un paysage urbain annonciateur d’une croissance en surchauffe pour les années à venir, impossible à maîtriser.

Pathologies sociales et environnementales

En Israël, les conséquences de la densité urbaine sont connues et ses maux, déjà perceptibles aujourd’hui, ne sont pas très originaux. Ils forment « une longue liste de pathologies sociales et environnementales qui touchent tous les citoyens israéliens : les écoles sont parmi les plus surchargées des pays occidentaux, les bouchons sont un cauchemar national, le taux de suroccupation hospitalière est parmi les plus hauts des pays de l’OCDE. Il en est de même (…) pour le système judiciaire israélien. » C’est toujours Alon Tal qui décrit cette dérive infernale dans un article paru dans le magazine Tikkun le 1er novembre 2016 : « Les effets de la croissance démographique effrénée sont aussi critiques sur le marché du logement (…) Le parc immobilier devrait augmenter de 2 % chaque année, avec la construction de 60 000 unités (…) De nombreuses espèces animales sont menacées, certaines en voie d’extinction. Une population plus importante produit davantage de déchets, plus de pollution et de gaz à effet de serre ».
Les tendances actuelles de la croissance démographique israélienne induiront un changement important dans la sociologie du pays : les ultra-orthodoxes vont représenter un tiers de la population vers 2060, contre 12 % en 2018, sans compter les tenants du messianisme colonial ou les juifs pratiquants. Israël deviendra dans les décennies à venir un État ultra-confessionnel, avec une frange de population laïque étriquée (sans douté vouée à l’émigration). D’ores et déjà, la nécessité d’intégrer les ultra-orthodoxes mâles plus franchement dans le monde du travail (le taux d’occupation des femmes est plus élevé) est considérée comme une priorité économique. La croissance exponentielle des familles nombreuses paupérisées menace l’employabilité et la productivité ; les aides financières mettent à mal l’économie israélienne, tout comme les équilibres sociaux et politiques. Alon Tal prévient : « Nous sommes prisonniers d’un système qui s’emballe et l’écart entre les équipements et la demande ne cesse de s’amplifier ».
À partir de ces constats, admis par la majorité des démographes, quelques pronostics peuvent être formulés. Le risque d’un épuisement intellectuel existe, avec la mainmise de la religion sur l’éducation et la recherche, la vie culturelle. La chape confessionnelle entraînera un abaissement général du niveau des connaissances, des productions de l’esprit, un tarissement des énergies créatrices. Deux secteurs seront probablement épargnés : les hautes technologies sécuritaires et militaires d’une part, les biosciences d’autre part. La population ultra-orthodoxe continuera à pénétrer progressivement le high-tech (et donc l’armée et les industries militaires), comme c’est déjà le cas6. Il est difficile d’imaginer comment une population fermée et repliée sur elle-même pourra continuer à entretenir deux secteurs de pointe aux avant-postes de l’économie mondialisée. Mais à l’échelle d’une nation, il est possible d’envisager une mutation du cerveau humain vers une spécialisation extrême. Israël pourrait être dans un futur proche un laboratoire ultra-spécialisé dans la sécurité et les biotechnologies.

Une société avancée, mais sous-développée ?

Le croisement d’une hyper-spécialisation technologique avec des pathologies démographiques et sociales aiguës esquisse en raccourci une projection de l’avenir de nos sociétés, un futur plus « avancé », mais plus sous-développé.
Toujours à propos des constats démographiques israéliens et palestiniens, plusieurs interrogations ou objections émergent. La première concerne les niveaux très modestes des allocations familiales israéliennes (environ 50 euros mensuels par enfant) : comment, avec des sommes aussi réduites, Israël peut-il tirer la natalité vers le haut ? Au cours des quatre dernières années (2014-2018), Israël a doublé la part de ces allocations au détriment des autres dépenses sociales, elles aussi modestes. Précisément, la faible protection sociale et l’augmentation de la pauvreté doivent être considérées comme des facteurs de forte croissance démographique et de fécondité élevée, d’autant qu’Israël dépense moins pour le social et plus pour le militaire7. Dès lors, l’hypertrophie des budgets militaires, la croissance des inégalités pèsent lourdement sur la démographie.
Une autre réfutation intéressante autour de la densité urbaine est apportée par Gilad Malach, membre de l’Institut israélien pour la démocratie (IDI), un organisme de recherche et think tank basé à Jérusalem, et auteur d’un rapport sur l’emploi et le travail des ultra-orthodoxes : « Ce n’est pas forcément un désastre, Singapour et Hongkong sont plus denses, et ça ne les empêche pas d’aller de l’avant, de réussir. Les grandes villes agissent comme des États. » Outre qu’il témoigne d’un virage : le basculement d’un paradigme américain ou occidental vers un modèle asiatique (la Chine n’est pas loin non plus, avec son prolétariat ghettoïsé), ce constat est exact quant à la densité de Singapour et Hongkong, deux territoires autrement plus ramassés qu’Israël. Mais les deux villes-États asiatiques évoluent dans un contexte géopolitique très différent. Israël est plus enclavé, engagé dans une guerre qui appelle des ponctions financières élevées, avec une option coloniale suicidaire et un avenir confessionnel difficile.
La comparaison asiatique demeure intéressante, mais une fois les similitudes énoncées, elle est sapée par les dissemblances. Pour ce qui relève de la protection de l’environnement, Israël prend aujourd’hui des mesures positives, mais qui restent à la traîne des « facteurs de croissance ». La paupérisation rampante et tous ses corollaires en témoignent, alors même que les indicateurs officiels dérivés du PIB et des moyennes de revenus masquent parfaitement les disparités en travestissant la réalité sociale. On pourrait aussi s’interroger légitimement sur le degré de gravité de ces désordres, d’autant qu’ils ne sont pas toujours flagrants. Mais leur relative évidence tient au fait que dans une nation communautarisée qui cultive la réclusion de mille et une façons, les problèmes échappent aux regards plus facilement. C’est même la vocation essentielle des ghettos : cacher les situations qui fâchent et la misère. Et cette opacité, qui peut aller jusqu’au déni, atteint d’abord et surtout les victimes de l’injustice sociale lorsque leurs frustrations sont instrumentalisées par leurs dirigeants à des fins politiques et patriotiques.
Au-delà des disparités flagrantes entre Israël et la Palestine, entre des oppresseurs et des opprimés, il est possible d’observer à partir des projections démographiques, des convergences sociales et environnementales. Tandis que les comportements palestiniens rejoignent discrètement ceux des Israéliens, la physionomie d’Israël est peu à peu corrompue, dirait-on, par un poison silencieux qui la rapproche, là aussi très lentement, mais assurément, du modèle de sous-développement auquel la société gazaouie a été contrainte de se soumettre. Israël est une société développée, avancée pourrait-on dire, mais ces adjectifs restent très relatifs, et pas uniquement lorsqu’on les rapporte à la démocratie ou aux modes de vie. À travers les pathologies produites par les retards et les ratés de la démographie israélienne, on voit combien une certaine modernité nourrit des faiblesses de plus en plus criantes, combien une certaine croissance génère le sous-développement. Et c’est d’abord au vu des millions de jeunes, riches en rêves et en ambitions, doués d’intelligence extraordinaire, dans des sociétés où la jeunesse forme les contingents les plus importants, au vu de leurs malheurs et de leur misère actuelles, de leur désarroi, que l’on peut constater combien une société « avancée » forge toutes sortes d’arriérations.
C’est pourquoi, sur toutes ces questions, comme sur les développements géopolitiques qui les sous-tendent, Israël, la Palestine et l’ensemble du Proche-Orient ne devraient pas être perçus comme des entités barbares, mais plutôt comme des modèles précurseurs de pathologies diffuses susceptibles de gangrener toutes les nations, y compris les plus avancées. Il faudrait considérer ces États proche-orientaux comme autant de miroirs grossissants, des espaces où l’avenir de la planète est mis en lumière avec une clarté et une urgence extrêmes, en dépit de toutes les exceptions et outrances de l’histoire contemporaine.

1Israël interdit aux représentants de l’Autorité palestinienne de comptabiliser les populations arabes résidentes à Jérusalem, estimées à 350 000/400 000. Ce genre de pratique affecte l’exactitude des chiffres fournis par les deux gouvernements.
2L’expertise reconnue d’Israël dans le traitement de la fertilité et la procréation médicalement assistée exerce une influence marginale sur les chiffres. Elle est surtout vouée à l’exportation de brevets.
3Wafa, l’agence de presse palestinienne donne un taux de 4,4, et le World Population Review, 2,68.
4Les taux de croissance israéliens et palestiniens dépassent amplement ceux des pays de l’OCDE, dont la moyenne se situe aujourd’hui à 1,6. En 2002, les Palestiniens d’Israël affichaient un taux de 4,2 et les juifs de 2,6.
5« Israel’s Demographic Miracle » , un article un peu trop jubilatoire d’Ofir Haivry qui fournit des distinctions plus fines pour les segments plus ou moins orthodoxes.
7Israël est un État riche, qui taxe peu et protège mal, ses revenus sont en baisse constante. Dans la plupart des pays de l’OCDE (Israël fait partie de cette organisation), les dépenses sociales, de santé et d’éducation sont équivalentes au tiers du PIB tandis que les dépenses militaires se situent autour de 2 %. En Israël ces ratios sont différents : le social, l’éducation et la santé sont équivalents à environ 23 % du PIB (10 points en moins !), tandis que le militaire frôle les 5 %.
Ezra Nahmad
Né près de Nazareth, auteur de plusieurs reportages en Israël où il se rend régulièrement, il a notamment publié la trilogie photographique Without/Sans (2013), Sounds Hell ( 2015) et Leave (2016) aux éditions Peperoni Books (Berlin). Il est par ailleurs critique d’art pour plusieurs revues publiées en France. Il vit et travaille à Paris.
Photo: Jérusalem-Est. Ronan Shenhav, 28 décembre 2016
 
 
Paranoïa








par Mahdi Boukhalfa

La paranoïa des Etats-Unis vis-à-vis des autres Etats nucléaires, autrement dit la Russie et la Chine, ou accessoirement l'Iran qui a nié en vain posséder cette redoutable arme de destruction massive, n'a plus de limites. Comme le locataire de la Maison Blanche, fantasque et absolument imprévisible dans ses positions politiques comme dans ses postures diplomatiques, pousse ses alliés traditionnels, dont l'Union européenne, à la défensive, les rapports de force dans le monde sont en train de s'inverser, sinon à produire de nouvelles zones de tensions, de conflits. Pas seulement militaires, stratégiques.

Après avoir usé et abusé de menaces de toutes sortes, autant militaires qu'économiques et financières, Washington a dépassé un nouveau seuil dans sa paranoïa guerrière et un palier dangereux dans sa façon de traiter les nations qu'elle a toujours considérées, en dépit du bon sens et de la bienséance diplomatique, avec ce rapport désastreux et belliqueux sur une incroyable volonté de Pékin d'attaquer des cibles américaines ou celles de ses alliés. Dans son ‘'Rapport annuel sur les développements militaires et sécuritaires impliquant la République populaire de Chine'', le Pentagone établit de fait que la Chine forme ses ‘'forces armées à attaquer les Etats-Unis et leurs alliés''. Une affirmation qui s'ajoute aux nombreuses attaques directes des Etats-Unis, avec l'arrivée de Trump, contre certains Etats dont la Russie, l'Iran, la Turquie et surtout des menaces de sanctions économiques, y compris l'UE, contre tous ceux qui ne respecteraient pas cette dangereuse politique diplomatique et militaire de Washington, qui est en train de rompre un fragile équilibre des forces construit et consolidé depuis Clinton et Gorbatchev entre l'Est et l'Ouest. Jusqu'à fédérer actuellement autant les pays de l'UE, dont la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, qui ne veulent pas céder à la politique du chantage économique et de la menace militaire, avec la Turquie, la Russie et l'Iran.

Un conglomérat de nations que rien ne rassemble, si ce n'est leur ras-le-bol et leur refus d'abdiquer à la politique d'extermination massive des Etats et nations, déclarés dangereux pour les intérêts américains, sous des prétextes fallacieux, inspirés, emballés et envoyés par les services spéciaux sionistes. Croire ou faire croire que la Chine, devenue première économie mondiale, en passe de devenir une vraie puissance militaire, disposant d'un arsenal moderne, est une menace pour la sécurité des Etats-Unis, n'est pas nouveau. Mais la désigner comme un danger pour la sécurité de ses alliés, qui sont réduits à la portion congrue par une incongrue diplomatie, est diabolique. Comme l'est cette nouvelle configuration de la vision US des rapports de force dans le monde, qui est en train de détruire, pierre par pierre, aussi efficacement qu'un bombardement ciblé aux neutrons, une si fragile paix mondiale.

Le prochain sommet quadripartite d'Istanbul sur la Syrie, prévu avec la participation de la France, l'Allemagne, la Turquie et la Russie, dont s'est exclue de fait Washington, est une sorte de réplique qui se décline plutôt comme une fraîche indépendance politique et diplomatique de ses alliés de l'OTAN que comme une tentative des Français et Allemands de faire cavalier seul dans le règlement de la crise syrienne. Car même si la participation de l'Allemagne à ce sommet n'est pas encore acquise, il n'en demeure pas moins que les sanctions économiques américaines contre l'Iran n'ont pas été digérées par la chancelière allemande ni par l'Elysée, encore moins par la Grande-Bretagne, à un moment où les affaires avaient repris avec Téhéran. En peu de temps, Trump a fait braquer le monde contre lui
 
mercredi 15 août 2018
 

Pourquoi il est important de s’opposer à Israël











Pourquoi il est important de s’opposer à Israël
par Philip Giraldi
On me demande souvent « qu’est-ce que j’ai » au sujet d’Israël, et des amis me suggèrent que je serais beaucoup plus respecté en tant qu’expert si je me concentrais plutôt sur la sécurité nationale et la corruption politique. Le problème c’est que notre soi-disant « relation spéciale » avec Israël est elle-même le résultat de choix catastrophiques en matière de sécurité nationale et de politique étrangère, choix soutenus par une médiatisation politique généralisée et corrompue, de sorte que toute tentative honnête d’examiner l’une mène inévitablement à l’autre. La plupart des leaders d’opinion qui s’expriment dans les médias échappent à ce dilemme en prenant le parti d’ignorer complètement le côté obscur d’Israël.
Israël – et non la Russie – est le seul pays étranger qui peut s’ingérer avec une totale impunité dans les processus politiques aux États-Unis, pourtant cela ne suscite aucune critique. C’est aussi Israël qui menace le plus notre réelle sécurité nationale, car, avec son puissant lobby il a été le principal promoteur de la poursuite des guerres interventionnistes américaines. La décision de faire la guerre à l’Irak sous de faux prétextes, largement encouragée par un groupe d’éminents Américains juifs au Pentagone et dans les médias, a tué 4 424 Américains ainsi que des centaines de milliers d’Irakiens et aura coûté 7000 milliards de dollars au contribuable américain lorsque toutes les factures seront payées. Ce même groupe, principalement composé de néoconservateurs juifs, pousse maintenant à déclarer une guerre à l’Iran, en utilisant un plan tactique d’escalade concocté par Israël, qui s’avérera, sans nul doute, encore plus catastrophique.
Et ce n’est pas tout. Selon le FBI, Israël, de toutes les nations soi-disant « amies », est celle qui mène les opérations d’espionnage les plus agressives contre les États-Unis, volant fréquemment notre technologie militaire pour que ses propres marchands d’armes puissent la revendre ensuite. Le recrutement de Jonathan Pollard, l’espion le plus dévastateur de l’histoire des États-Unis, est un de ses plus grands succès en matière d’espionnage. Israël s’est également introduit dans les systèmes de communication américains et s’est emparé illégalement des technologies pour le carburant et les détonateurs de son propre arsenal nucléaire secret.
Israël fait peu de cas de la souveraineté américaine. Les premiers ministres Ariel Sharon et Benjamin Netanyahu se sont vantés de contrôler les États-Unis. En 2001, Israël était en train de mener en secret une opération d’espionnage massive sur les Arabes aux États-Unis. De nombreux membres des services de renseignement et de la police pensent qu’Israël disposait d’énormément de renseignements sur le complot du 11 septembre, mais qu’il ne les a pas partagés avec Washington. Il y a eu « la danse des Shlomo », des « danseurs » israéliens d’une compagnie du New Jersey qui apparemment avait une connaissance anticipée de l’attaque terroriste et qui ont dansé et ri en regardant les Twin Towers exploser.
C’est la force du « lobby juif » (*), tant en termes de moyens financiers que d’accès aux personnes et aux mécanismes qui comptent vraiment, qui permet à Israël d’agir en toute impunité et de rendre, par là-même, les États-Unis à la fois plus pauvres et moins sûrs. Son lobbying massif et bien financé, impliquant des centaines de groupes et des milliers d’individus aux Etats-Unis, a nui aux réels intérêts américains, en partie en privant chaque année les Etats-Unis des milliards de dollars donnés à Israël simplement parce que c’est Israël et que ce pays peut obtenir tout ce qu’il veut d’un Congrès et d’une Maison Blanche serviles, sans que les média aux ordres y trouvent rien à redire.
Israël a également obtenu une protection politique inconditionnelle de la part des États-Unis dans des forums comme les Nations Unies, ce qui nuit à la réputation de l’Amérique et à ses intérêts réels. Cette protection s’étend maintenant à la mise à disposition, dans des bases en Israël, d’unités américaines qui, aussi sûrement que le fil caché qui déclenche une bombe, garantissent que Washington s’impliquera si jamais Israël est attaqué ou même si Israël déclare lui-même une guerre. L’actuel ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Nikki Haley, n’est rien d’autre que le porte-parole d’Israël, tandis que l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, soutient ouvertement les colonies illégales d’Israël, malgré l’opposition des États-Unis, et passe une grande partie de son temps à justifier les crimes de guerre israéliens.
Et ici, sur le front intérieur, Israël cause des dommages sans doute encore plus graves à travers la tentative du sénateur Ben Cardin de supprimer les droits garantis par le Premier Amendement en rendant illégale toute critique d’Israël. Le mouvement de boycott pacifique d’Israël (BDS) a déjà été sanctionné dans de nombreux États, grâce au lobbying intensif du gouvernement israélien et de ses puissants amis.
Donc, à l’aune des dommages réels infligés, le véritable ennemi des États-Unis, s’il en a un, parmi les puissances étrangères, c’est Israël. Les récentes enquêtes sur le Russiangate ont révélé que c’est Israël, et non la Russie, qui a demandé des faveurs à Michael Flynn et à la nouvelle administration Trump, mais le conseiller juridique spécial Robert Mueller n’a manifestement pas l’intention de creuser cette piste pour son enquête, ce qui ne devrait surprendre personne.
Noam Chomsky, une des icônes des intellectuels progressistes, a fini par comprendre ce qu’était Israël et ce que cela signifiait. Il avait toujours soutenu de manière quelque peu incohérente que le mauvais comportement d’Israël était dû au fait que ce dernier était l’outil de l’impérialisme et du capitalisme américains. A 89 ans, il a finalement compris qu’il s’agit en fait de ce qu’Israël veut, sans égard pour l’hôte américain dont il se nourrit à l’instar des parasites, et il écrit sur « Democracy Now » :
…prenons, par exemple, la grande question de l’ingérence dans nos élections. Les Russes se sont-ils immiscés dans nos élections ? C’est un sujet de préoccupation inouïe dans les médias. Pour la plupart des pays, c’est de la blague. Tout d’abord, si on s’intéresse à l’ingérence étrangère dans nos élections, tout ce que les Russes ont fait n’a quasiment aucune incidence par rapport à ce qu’un autre État fait, ouvertement, effrontément et avec un soutien incroyable. L’intervention israélienne dans les élections américaines dépasse largement tout ce que les Russes ont jamais pu faire… C’en est même au point où le premier ministre d’Israël, Netanyahu, va directement au Congrès, sans même en informer le président, et s’adresse au Congrès, qui lui fait des standing ovations, pour essayer de saper la politique du président – comme Netanyahu l’a fait contre Obama en 2015 (**)…
Les politiciens ont une peur panique de contrarier le « lobby juif » en disant quoi que ce soit de négatif sur Israël, et par conséquent le Premier ministre Benjamin Netanyahu obtient toujours un blanc-seing du gouvernement américain, même lorsqu’il affame les civils et bombarde les hôpitaux et les écoles. Netanyahu utilise des tireurs d’élite pour abattre des dizaines de manifestants non armés et les tireurs d’élite plaisantent et rient de leurs meurtres sans même que Washington, qui se définit lui-même comme le « leader du monde libre », ne fronce les sourcils.
Tout récemment, Israël s’est déclaré « État juif » avec tout ce que cela implique. Certes, les Israéliens chrétiens et les musulmans étaient déjà soumis à toute une batterie de lois et de règlements qui privilégiaient les juifs à leurs dépens, mais maintenant, le fait qu’Israël soit dirigé en fonction des juifs et seulement des juifs, est devenu officiellement sa ligne de conduite. Et ce pays continue de se vanter d’être une « démocratie » !
Une récente émission de télévision donne la mesure de l’assujettissement des dirigeants américains à Israël. Le comédien britannique Sacha Baron Cohen anime un nouveau show intitulé « qui est l’Amérique ?  » dans lequel il utilise des déguisements et des alias pour interviewer des politiciens et d’autres personnalités qui montrent leur degré d’ignorance ou de duplicité. Plusieurs épisodes récents font penser au sketch de février 2013 de l’émission Saturday Night Live sur la confirmation imminente de Chuck Hagel en tant que Secrétaire à la Défense. Un sénateur demande à Hagel : « S’il était vital pour la sécurité d’Israël que vous alliez à la télévision nationale et que vous fassiez une fellation à un âne…. feriez-vous CELA pour Israël ? » Hagel était bien sûr supposé répondre « oui ». Le sketch n’a jamais été diffusé suite aux protestations des habituels suspects.
Baron Cohen, qui a contacté plusieurs notables du GOP (Grand old party : les Républicains) en se faisant passer pour le colonel Erran Morad, un spécialiste de la sécurité israélienne, laissait filtrer pas mal d’indices montrant que son interview était bidon, mais aucune de ses victimes n’a été assez maligne pour s’en apercevoir. Cohen, qui se prétendait colonel, portait un uniforme militaire israélien avec des galons de sergent. Cohen laissait entendre qu’il pourrait être un agent du Mossad, tout en arborant un T-shirt sur lequel le texte hébreu était imprimé à l’envers, et il prétendait que la devise de l’agence d’espionnage israélienne était « si vous voulez gagner, montrez un peu de votre peau ».
Cohen a piégé Dick Cheney en le félicitant d’être le « roi des assassins terroristes » avant de raconter que « mon voisin à Tel Aviv est en prison pour meurtre, ou, comme nous préférons dire, pour « chatouillis améliorés ». Morad a poursuivi en disant à Cheney qu’il avait un jour soumis sa femme à la torture de la noyade (***) parce qu’il la soupçonnait de l’avoir trompé, puis il a convaincu l’ancien vice-président de signer un « kit de torture de la noyade » qui « avait déjà » la signature de Benjamin Netanyahu, Ariel Sharon et Demi Lovato.
Dans un autre sketch encore plus spectaculaire, il a persuadé le sénateur de l’État de Géorgie, Jason Spencer, de crier n…(****) pour une soi-disant vidéo contre le terrorisme. Après que Cohen a dit à Spencer qu’il fallait effrayer les djihadistes homophobes, Spencer a baissé son pantalon et son slip, puis il s’est retourné pour montrer son derrière en criant « USA !  » et « America ! » Spencer a également pris un accent asiatique ridicule en faisant semblant de se servir d’une perche à selfie pour insérer secrètement un portable avec caméra dans la burqa d’une femme musulmane.
Dans une autre série d’interviews, Cohen déguisé en Morad a réussi à convaincre des membres républicains actuels et anciens du Congrès – y compris l’ancien leader de la majorité au Sénat Trent Lott – de soutenir un programme israélien fictif dont l’objectif était d’armer les enfants des écoles primaires en autodéfense.
Dans la même séquence, on voyait un ancien membre du Congrès de l’Illinois et animateur de radio, Joe Walsh, qui disait :
« Le cours intensif de trois semaines ‘Kinderguardian’ fait découvrir aux enfants de 4 à 12 ans les pistolets, les fusils, les semi-automatiques et leur inculque quelques rudiments sur les mortiers. En moins d’un mois – moins d’un mois – un enfant de CP peut devenir grenadier. »
Cohen a piégé les deux juges controversés d’Alabama, Roy Moore et Walsh, en les invitant à une conférence pro-israélienne fantôme où ils devaient recevoir un prix pour « contributions importantes à l’État d’Israël ». Le député Dana Rohrabacher a également été interviewé et il a dit : « Peut-être qu’avoir des jeunes bien formés qui savent comment se défendre et défendre leur école pourrait aussi augmenter notre sécurité ici. » Et le membre du Congrès Joe Wilson a observé qu’ »un enfant de 3 ans ne peut pas se défendre contre un fusil d’assaut en lui lançant un étui à crayons Hello Kitty ».
Les prestations de Cohen sont instructives. Un homme se présente en uniforme israélien, prétend être un expert en terrorisme ou même un agent du Mossad, et il peut rencontrer des Américains influents qui sont prêts à faire tout ce qu’il dit. Ce que Cohen a fait en dit long sur le soutien automatique et totalement inconditionnel à Israël que de nombreux politiciens américains – en particulier les républicains – choisissent maintenant comme ligne de conduite. C’est cela le mal qu’Israël et son Lobby ont fait aux États-Unis. Israël a toujours raison aux yeux de nombreux décideurs politiques et même de juifs fantasmagoriques qui comme le colonel Morad sont instantanément perçus comme plus intelligents que nous, donc il vaut mieux faire ce qu’ils disent. Cette façon de voir nous a apporté l’Irak, la Libye, la Syrie et la possibilité d’encore bien pire (qui sait) avec l’Iran.
Israël s’immisce régulièrement dans la politique américaine et corrompt nos institutions et ça ne lui coûte rien. C’est pour ça que j’écris et que je m’exprime fréquemment sur le danger que ce pays représente pour notre République. Il est temps de changer notre vision des choses qui est complètement déraisonnable. Israël est un problème. Il a le droit de se défendre et de protéger ses intérêts, mais cela ne devrait pas impliquer les États-Unis. On ne peut qu’espérer qu’une majorité de mes concitoyens finiront par le comprendre. Cela peut prendre un certain temps, mais les méthodes sans foi ni loi qu’Israël utilise ouvertement pour conduire sa politique, sans se soucier de personne d’autre que de lui-même, nous permettent d’être optimiste et de penser que ce jour ne tardera plus.
Philip Giraldi
Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui promeut une politique étrangère américaine plus axée sur ses propres intérêts au Moyen-Orient. Son site Web est www.councilforthenationalinterest.org, l’adresse est P.O. Box 2157, Purcellville VA 20134 et son adresse électronique est inform@cnionline.org.
Traduction : Dominique Muselet
Notes du traducteur :
(*) L’usage de ce terme tout à fait courant aux USA est parfois considéré comme raciste et/ou discriminant et/ou diffamant en France, où on tend à ignorer l’existence des lobbys en général et du « lobby juif » en particulier. La récente loi votée en Israël, se définissant lui-même comme un « Etat juif », aura, espérons-le, réglé cette question.
(**) https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/03/03/la-charge-de-netanyahou-contre-la-politique-d-obama-envers-l-iran_4586828_3218.html
(***) Waterboarding en anglais
(****) en anglais n-word (pour nigger). Le mot péjoratif nigger, nigga ou negro (« nègre ») est tabou aux Etats-Unis.
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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