ELWATAN-ALHABIB
mercredi 20 septembre 2017
 

Du 11 septembre aux groupes de haine : la marginalisation économique des musulmans d’Occident





Les musulmans vivant en Occident ont été dépeints comme une menace pour les valeurs démocratiques occidentales et comme l’« autre » dangereux, faisant le jeu des groupes extrémistes qui véhiculent l’idée qu’ils sont indésirables en Occident.


CJ Werleman
Lundi 18 Septembre 2017


Depuis le 11 septembre 2001, l’objectif des militants islamistes violents et des bigots racistes et antimusulmans a été de rendre la vie des musulmans vivant en Occident aussi inconfortable que possible. 

Depuis plus de dix ans, une constellation d’événements a convergé non seulement pour représenter 1,6 milliard de musulmans comme une entité culturelle, sociale et politique monolithique, mais aussi synonyme de la violence nihiliste et psychopathe de groupes extrémistes tels que le groupe État islamique autoproclamé. 

Des journaux télévisés aux blogs de droite, des campagnes présidentielles à la propagande pro-israélienne nue, les musulmans vivant en Occident ont été dépeints comme une menace pour les valeurs démocratiques occidentales et comme l’« autre » dangereux. 

La normalisation de la peur et de l’altérisation des musulmans a entraîné une myriade d’impacts négatifs sur les communautés musulmanes : des politiques antiterroristes draconiennes qui ont instauré de nouveaux cadres juridiques autour de pratiques autrement illégales et anticonstitutionnelles de surveillance, de profilage, de détention, de torture et de harcèlement, au discours public qui encourage subtilement la violence dans les rues contre les musulmans et contre tous ceux qui pourraient être perçus comme étant musulmans. 

La hausse fulgurante des crimes de haine contre les musulmans en Europe, aux États-Unis et ailleurs a été bien documentée. Par exemple, le Royaume-Uni n’a pas seulement connu une augmentation annuelle des crimes de haine de 40 %, mais également une hausse de plus de 500 % des crimes de haine contre les musulmans dans la semaine qui a suivi l’attentat du London Bridge inspiré par l’État islamique. Dans le même temps, les crimes de haine antimusulmans ont doublé aux États-Unis au premier semestre 2017 par rapport au premier semestre de l’année précédente. 

Alors que les crimes de haine contre les musulmans tout comme les mesures antiterroristes controversées et contre-productives ont reçu une attention limitée de la part des médias, on connaît moins les effets en cascade que ces circonstances ont produits contre les communautés musulmanes d’Occident déjà opprimées. 

Un nouveau rapport publié par le gouvernement du Royaume-Uni met en lumière les impacts socio-économiques de l’islamophobie dans la société britannique. Les principales conclusions sont les suivantes : 

· Les musulmans forment le groupe de la société britannique qui éprouve les plus grands handicaps économiques. 

· Les musulmans sont plus susceptibles que les non-musulmans de vivre dans des quartiers défavorisés, de connaître des handicaps en matière de logement, d’éducation et de santé et d’être touchés par le chômage. 

· La « promesse de mobilité sociale [est] brisée » pour les jeunes musulmans, pour qui le succès scolaire ne se traduit pas par de bons débouchés sur le marché du travail. 

Les musulmans britanniques vivent dans les quartiers les plus pauvres, gagnent les revenus les plus faibles, ont un accès plus restreint à l’enseignement supérieur et connaissent des niveaux de discrimination disproportionnés. Les auteurs notent que, pris ensemble, « ces facteurs contributifs ont de profondes implications pour la mobilité sociale ». Ils concluent que « les musulmans sont exclus, victimes de discriminations ou en situation d’échec à toutes les étapes de leur passage de l’enseignement à l’emploi (ou au sous-emploi/chômage) ». 

De même, un rapport publié en 2016 par la Commission pour les femmes et l’égalité de la Chambre des communes a révélé que les handicaps qui perturbent la mobilité sociale des musulmans britanniques résultaient d’une combinaison de différents éléments, à savoir « la discrimination et l’islamophobie, les stéréotypes, la pression des familles traditionnelles, un manque de conseils personnalisés en matière d’orientation dans l’enseignement supérieur et un manque de modèles dans le monde de l’enseignement et de l’emploi ». 

Lorsque les jeunes musulmans britanniques sont invités à décrire leur réalité, ils affirment avoir l’impression de devoir travailler « dix fois plus dur » que leurs pairs non musulmans en raison d’une discrimination antimusulmane et que « l’islamophobie, la discrimination et/ou le racisme sont très présents et répandus, vécus sous des formes directes et indirectes et endurés de l’école au travail ». 

À l’école, les jeunes musulmans britanniques estiment que « les enseignants ont des attentes soit stéréotypées, soit excessivement faibles vis-à-vis des jeunes musulmans », tandis qu’au travail, ils estiment que les « idées fausses et les hypothèses stéréotypées sur l’islam ou les hypothèses faites au sujet d’attentes sexospécifiques peuvent rendre difficile l’intégration des musulmans sur le lieu de travail ». 

Fait important, ces idées fausses et ces hypothèses stéréotypées au sujet des musulmans n’existent pas par hasard, mais sont plutôt le résultat d’une « série d’événements politiques interconnectés, d’initiatives, de changements au sein de l’opinion publique et d’une rhétorique ciblée », selon un rapport publié récemment par le Haas Institute, intitulé « La légalisation de l’altérisation : les États-Unis d’Islamophobie ». 

En faisant remonter les origines de l’hystérie antimusulmane actuelle à un article de 1990 publié par The Atlantic Monthly et écrit par Bernard Lewis, qui a décrit erronément l’islam comme étant contraire aux valeurs occidentales, les auteurs observent que cette thèse du « choc des civilisations » a été reprise par des universitaires tels que Samuel Huntington, des experts des médias tels que Bill Maher et des personnalités politiques comme Donald Trump. Les attentats du 11 septembre ont essentiellement servi à étendre cette dichotomie de type « nous contre eux » dans le discours public, représentant à jamais les musulmans et les Arabes comme « les principaux démons de nos fantasmes les plus paranoïaques ». 

Selon ce rapport, l’islamophobie s’est infiltrée dans les marges de la société occidentale au cours de la première décennie qui a suivi le 11 septembre, mais a été injectée dans le courant dominant lorsque les extrémistes ultra-antimusulmans Pamela Geller et Robert Spencer ont orchestré des protestations contre la prétendue « mosquée à Ground Zero » en 2010. L’indignation montée de toutes pièces que ces protestations ont générée à travers les médias de droite a permis de promouvoir un cadre d’opportunistes islamophobes typiquement financés par des groupes pro-israéliens, normalisant ainsi une culture de suspicion et de haine antimusulmanes. 

Dans le même temps, des groupes et des organisations cultivant la haine antimusulmane sont apparus pour tirer profit de l’antipathie croissante du public à l’égard des musulmans, notamment ACT4America, dirigé par la célèbre islamophobe Brigitte Gabriel, et American Laws for American Courts (ALAC), dirigé par David Yerushalmi, un activiste du mouvement de colonisation israélien qui a été décrit comme « l’homme derrière le mouvement anti-charia ». 

Ces individus et ces groupes islamophobes se sont associés non seulement pour inspirer des récits qui représentent les musulmans comme des terroristes en devenir, mais aussi pour parrainer une législation qui marginalise les musulmans en les désignant comme l’« autre » dangereux et contribuer ainsi à introduire des centaines de lois anti-charia et anti-burqa à travers divers pays occidentaux. 

En fin de compte, ce sont ces forces qui ont convergé pour ouvrir la voie à une plus grande marginalisation socio-économico-politique des musulmans en Occident, ce qui porte non seulement atteinte à la cohésion sociale, mais fait également le jeu des groupes extrémistes qui véhiculent l’idée que les musulmans sont indésirables en Occident. 




- CJ Werleman est l’auteur de Crucifying America (2013), God Hates You. Hate Him Back (2009) et Koran Curious (2011). Il est également l’animateur du podcast « Foreign Object. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @cjwerleman. 



Photo : un musulman passe devant une église en France (AFP). 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation. 
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http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/du-11-septembre-aux-groupes-de-haine-la-marginalisation-conomique-des-musulmans-d-occident http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/du-11-septembre-aux-groupes-de-haine-la-marginalisation-conomique-des-musulmans-d-occident

 
mardi 19 septembre 2017
 

Un rapport accablant sur les falsifications du Pentagone de documents de transferts d’armes aux rebelles syriens.







Un nouveau rapport accablant publié en commun par deux groupes internationaux de surveillance des armes confirme mardi que le Pentagone continue d’expédier un nombre important d’armes en Syrie et que le ministère de la défense brouille les pistes qui mènent au dossier. Mardi le projet de rapport sur la criminalité organisée et la corruption (OCCRP) et le Réseau des rapports d’enquête des Balkans (BIRN) ont présenté une preuve probante attestant que non seulement le Pentagone est actuellement impliqué dans l’expédition d’armes pour une valeur de 2,2 milliards provenant d’un réseau de trafiquants privés à ses partenaires alliés en Syrie (il s’agit principalement d’armes de l’ancienne armée soviétique), mais aussi qu’il falsifie réellement des documents tels que les certificats d’utilisateur final vraisemblablement pour masquer l’implication des Etats-Unis.
Le projet de rapport sur la criminalité organisée et la corruption (OCCRP) et le Réseau des rapports d’enquête des Balkans (BIRN) ont publié des fichiers d’approvisionnement internes de défense des États-Unis après une recherche approfondie qui a révélé que le Pentagone organise un trafic d’armes à grande échelle qui provient des Balkans et du Caucase pour finir en Syrie et en Irak. Le programme est apparemment une partie de l’équipement et de la campagne d’assistance aux forces démocratiques syriennes (SDF, une coalition de groupes YPG/J et ASL opérant principalement dans l’est de la Syrie). Le trafic est colossal et le programme semble être là pour des années. Selon Foreign Policy’s (FP) qui rapporte le contenu du rapport :
Le ministère de la défense a prévu une somme de 584 millions de dollars spécifiquement pour cette opération syrienne pour les exercices financiers 2017-2018 et a affecté 900 millions de dollars de plus pour des dépenses dans les munitions de style soviétique d’ici 2022. Un total de 2,2 millions de dollars, une évaluation probablement minimaliste du flot d’armes à destination des rebelles syriens pour les années à venir.
Mais, ce qui est certainement le plus choquant, c’est l’aveu suivant selon lequel les fournisseurs du  Pentagone ont des liens  avec des réseaux criminels connus. De FP encore :
D’après le rapport un grand nombre de fournisseurs d’armes principalement en Europe de l’Est et également dans les anciennes républiques soviétiques y compris le Kazakhstan, la Géorgie et l’Ukraine ont tous des liens avec le crime organisé à travers l’Europe de l’est avec des documents commerciaux douteux.
La véritable quantité de matériel nécessaire au programme du pentagone (une usine de munitions a annoncé qu’elle planifiait d’embaucher 1000 nouveaux employés en 2016 afin de faire face à la demande) aurait poussé les fournisseurs à la limite de leurs productions, forçant le ministère de la défense à assouplir les normes sur le matériel qu’il était prêt à accepter.
Il est probable que l’association du crime organisé est la raison pour laquelle le Pentagone a cherché à modifier ses documents. De plus, la quantité d’armes expédiées dans les champs de bataille syriens et dans d’autres endroits du Proche-Orient implique une prolifération inévitable parmi les  groupes terroristes, un phénomène qui a déjà été documenté de manière exhaustive dans le cadre du programme CIA  soi-disant clos pour renverser le gouvernement syrien. Les alliances et les associations parmi l’ancien groupe de l’ASL que le ministère de la défense  continue de soutenir dans le nord et l’est restent fluides, ce qui signifie que les armes fournies par les EU continueront à passer parmi des groupes sans obligation de rendre compte de leurs destinations.
L’un des auteurs du rapport de l’OCCRP et du BIRN, Ivan Angelovskia a affirmé à Foreign Policy que le Pentagone était en train de supprimer tout ce qui, dans les dossiers d’approvisionnement, prouverait que les armes sont directement expédiées à l’opposition en Syrie. Le rapport repose sur des notes internes du gouvernement des États-Unis qui révèlent que les lieux des destinations des armes ont été supprimés des documents originaux.
Dossiers d’approvisionnement du pentagone falsifiés et modifiés.
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Un CUF(Certificat d’utilisateur final) est-il encore un CUF  s’il ne comporte pas un utilisateur final?
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Balkan Insight, qui détient le rapport d’enquête originale : sept documents d’approvisionnements américains ont été blanchis pour supprimer la référence à la Syrie après que des journalistes aient contacté le Pentagone pour se renseigner sur la question de savoir si les pays exportateurs -Bulgarie, Roumanie, Serbie, Ukraine et Géorgie ont été informés de la destination.
Le fait que Foreign Policy, qui est la première publication sur la sécurité nationale dans le monde, admette que le programme d’achat d’armes du Pentagone pour la Syrie est lié au crime organisé de l’Europe de l’Est est en soi-même largement significatif. À ce stade, la preuve est tout simplement si écrasante que même les sources de l’establishment comme FP (qui est généralement pro-interventionnistes en Syrie) ne peuvent pas le nier.
FP rapporte en outre que le programme du Pentagone «semble être en train de faire face au monde sombre des revendeurs d’armes de l’Europe de l’Est. Et ajoute que « le Pentagone aurait supprimé seulement des preuves mentionnant ceux qui utiliseront les armes en dernier lieu, pour éviter de se heurter à l’un des piliers des protocoles internationaux contre le trafic illicite d’armes.
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La carte a été établie dans le cadre du rapport du OCCRP et du BIRN, confirmé par le magasine Foreign Policy. Notez que la carte indique que les armes antérieures de la CIA sont allées directement dans la province de Idlib (NORD OUEST section en vert) et à la région frontalière du Golan (sud). Ces deux régions étaient et sont toujours occupées par Al Qaida (dans Idlib, Hay’at Tahrir al-Sham d’AQ). A Idlib en particulier, les analystes ont confirmé le nettoyage génocidaire concernant les religions minoritaires effectué par Al QAIDA à l’aide des armes de la CIA.
Le mois dernier nous avons présenté la journaliste bulgare Dilyana Gaytandzhieva qui a été licenciée de son emploi après avoir été interrogée par les responsables du renseignement national pour avoir révélé le même réseau d’armes du Pentagone qui est le sujet de l’enquête du OCCRP et du BIRN. A l’époque Al Jazeera avait été la seule et principale source internationale qui avait couvert l’histoire et avait confirmé qu’un agent bulgare avait interrogé Gaytandzhieva et la chaine avait tenté de retrouver ses sources. Une source anonyme avait divulgué un grand nombre de fichiers gouvernementaux internes liés au trafic d’armes à un journaliste de Trud Newspaper basé en Europe de l’Est et qui était à la base des rapports de la journaliste bulgare. La plus récente enquête publiée mardi semble inclure certains de ces mêmes documents, également confirmés par Gayandzhieva.
Tyler Durden
Article original en anglais : Bombshell Report Catches Pentagon Falsifying Paperwork For Weapons Transfers To Syrian Rebels, Zero Hedge, le 13 septembre 2017.
Traduit par Saadia Khallouki, relu par Martha pour Réseau International
 
lundi 18 septembre 2017
 

La déstabilisation de l’Égypte: le barrage éthiopien sur le Nil







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Le nouveau grand « Barrage de la Renaissance » en Éthiopie, qui doit être terminé l’année prochaine, drainera près de la moitié (40%) des eaux du Nil chaque année pendant les cinq années qui suivront tandis que son lac de retenue se remplit. L’assèchement des eaux du Nil portera un coup dévastateur à la capacité de l’Égypte à subvenir à ses propres besoins alimentaires…


Comment le Président égyptien al-Sissi va-t-il survivre aux cinq prochaines années avec à peine plus de la moitié de l’eau provenant du Nil et que le pays souffre déjà de sérieuses pénuries d’eau et de coupures de courant (hydro)électrique, sans parler d’une inflation accablante, de la faim qui s’accroît et d’une insurrection terroriste?
Jusqu’ici le monde a pensé que d’une façon ou d’une autre l’Égypte, populeuse de presque 100 millions et en croissance, qui d’ores et déjà danse sur des sables mouvants économiques, parviendrait sans peine survivre à un phénomène que le pays n’a pas connu en plus de deux mille ans, presque moitié moins d’eau venant du Nil pendant cinq années d’affilée.
Et si une sécheresse frappe les hauts plateaux éthiopiens où se trouvent les sources du Nil, ce qui va probablement arriver au moins une fois au cours des cinq prochaines années du fait des tendances de réchauffement climatique, et que l’Égypte en perde plus de la moitié de son eau?
Si l’opinion internationale s’avère avoir tort, et qu’il se révèle impossible de survivre à la division presque par deux de la quantité d’eau disponible en Égypte pendant cinq années de suite, alors une explosion gigantesque couve en Égypte, le plus grand pays du monde arabe, cette explosion étant donc éventuellement provoquée par la construction d’un énorme barrage par l’Éthiopie générant 6 000MW d’électricité, une puissance que de toute façon les infrastructures éthiopiennes sont à ce jour incapables de gérer.
Si l’Éthiopie ne peut même pas distribuer l’énergie issue de cette nouvelle source d’électricité pour que son peuple l’utilise, du fait d’une absence quasi-totale de réseau électrifié national sans parler d’infrastructures au niveau local, pourquoi le pays s’est-il endetté à ce point pour construire un barrage qui causera tant de torts à l’Égypte, son voisin du nord?
Ceux qui sont bien informés posent cette question, car une catastrophe potentielle est peut-être à craindre en Égypte à travers une explosion populaire de rage poussée par la faim contre le pouvoir du Président al-Sissi, menaçant dans ses fondements la capacité des militaires égyptiens à maintenir la cohésion du pays. Comme en Syrie et en Irak, Daech s’assurerait de profiter du chaos qui s’ensuivrait pour répandre son insurrection à travers le pays, tout ceci pouvant mener vers une situation d’état égyptien en échec.
Un tel scénario a attiré l’attention vers l’éventualité d’une attaque militaire égyptienne contre le nouveau barrage éthiopien, si jamais la situation domestique commençait à se détériorer sérieusement. L’assèchement des eaux du Nil portera un coup dévastateur à la capacité de l’Égypte à subvenir à ses propres besoins alimentaires, et la rupture de son aptitude à produire des biens alimentaires pour l’exportation provoquera la perte de devises étrangères dont l’Égypte a dramatiquement besoin.
Le peuple égyptien supportera-t-il une telle augmentation de sa disette et de ses difficultés pendant cinq ans, sans une inévitable explosion? Al-Sissi parviendra-t-il à maîtriser les militaires égyptiens et à prévenir l’effondrement du gouvernement, conséquence d’une telle pénurie d’eau et d’une inévitable disette?
Les origines de l’idée de l’Éthiopie endiguant le Nil se trouvent à la Banque Mondiale, qui est majoritairement la propriété des USA. La Banque Mondiale, dont la politique a consisté pendant des décennies désastreuses à favoriser la construction de barrages dans certains des lieux les plus vulnérables de la planète, fut la première à lancer l’idée du « grand barrage » pour maîtriser des flots aux proportions bibliques, au profit d’une « Grande Éthiopie ».
Encore une fois, le problème est que 70% des Éthiopiens n’ont pas accès à l’électricité distribuée par le gouvernement, c’est-à-dire presque 70 millions de personnes. Le gouvernement éthiopien s’est tellement endetté dans la construction de ce nouveau barrage capable de générer 6 000MW d’électricité, qu’il ne reste plus rien pour payer la construction du réseau de distribution dont le pays a désespérément besoin. Ainsi, toute la puissance électrique produite n’ira pas améliorer la vie des Éthiopiens en vue d’une « Grande Éthiopie », mais sera vendue sur le marché est-africain pour rembourser l’onéreuse dette encourue dans la construction de ce machin.
Les besoins éthiopiens en électricité auraient pu être satisfaits pour de nombreuses et longues années par la construction d’une série de barrages plus petits et beaucoup moins chers, qui n’auraient pas causé de telles disruptions dans le flot des eaux du Nil.
Pourtant, à cause de l’insistance de la Banque Mondiale, l’Éthiopie a signé pour le « Grand Barrage » dont la conséquence pourrait être une explosion de colère en Égypte à même de menacer une large part de l’économie mondiale, car l’Égypte contrôle le Canal de Suez à travers lequel les plus grands partenaires commerciaux du monde, l’Asie et l’Europe, font 90% de leurs affaires. Ce sont les troupes égyptiennes, dont les salaires sont payés par les USA, qui surveillent le Canal de Suez et si les militaires égyptiens perdent le contrôle du pays lors d’une révolte populaire similaire à celle qui fit chuter Moubarak, alors la fiabilité militaire égyptienne à conserver le contrôle du Canal de Suez est remise en question. Évidemment, il resterait encore l’armée israélienne en coulisses, toujours prête à s’interposer pour occuper le premier Grand Canal de Suez.
Se pourrait-il que voir s’entre-déchirer l’Égypte et l’Éthiopie, deux des trois plus grandes nations africaines, soit dans les intérêts nationaux des USA, qui désirent à tout prix empêcher l’unité africaine, qu’elle soit politique ou économique?
Une fois de plus nous décelons la politique US de « gestion de crises » en coulisses de ce conflit latent, comprenez la création d’une crise puis sa gestion pour diviser et conquérir, pour pouvoir mieux piller et voler les ressources africaines en y rencontrant le moins de résistance possible.

Source : Destabilizing Egypt; Ethiopia’s Nile River Dams, American Herald Tribune.
Traduction par Lawrence Desforges, Global Relay Network
 
dimanche 17 septembre 2017
 
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Confusion des concepts !




par Kamal Guerroua


Dans un essai très remarquable intitulé «Age of anger» ayant défrayé récemment la chronique, l'intellectuel indien, Pankaj Mishra, aurait remis en question l'idée de la modernité, en s'opposant à ceux qui disculpent «l'idéologie libérale» des maux dont souffre le monde actuel (terrorisme, xénophobie, racisme, etc.). Globalisé, celui-ci est pris, selon lui, dans les spasmes ainsi que les convulsions de la technologie et d'une organisation interétatique complexe où la violence s'est institutionnalisée, puis légitimée. Du coup, le nationalisme culturel, le culte des frontières, l'intégrisme religieux, le progressisme, le terrorisme, le fascisme, etc., ne sont, paraît-il, que les pâles symptômes de l'ère lointaine des lumières. D'ailleurs, ce furent, argumente l'auteur, les concepts modernistes forgés par une minorité d'aristocrates européens du XVIIIe siècle, devenus par le biais du capitalisme, l'urbanisation et l'industrialisation massive, universels au XIXe siècle, qui étaient à l'origine des deux guerres mondiales ! Bien plus, beaucoup d'écrivains de cette époque-là, se réclamant tous pourtant de la modernité, avaient soutenu des despotes accrochés au pouvoir et encouragé, parfois, la machine répressive que ceux-ci ont mise en branle. Quoique adepte de l'humanisme des lumières, Voltaire (1694-1778) fut, par exemple, fasciné par la tsarine Catherine II la Grande (1729-1796) qui avait industrialisé de force la Russie au détriment des couches pauvres de la société. Il l'a même conseillée d'envahir l'empire ottoman pour, soit disant, «donner une leçon» aux musulmans. Quant à l'anarchiste Mikhaïl Bakounine (1814-1876), bien que voulant défendre les déshérités du prolétariat, il fut influencé par l'idéologie du «matérialisme historique», génératrice de la violence et du chaos. Puis Theodor Körner (1791-1813), le poète allemand, n'a-t-il pas appelé, lui aussi, de tous ses vœux en 1813 à la guerre sainte contre les troupes militaires de Napoléon Bonaparte (1769-1821)? Ce qui fait que la notion du «djihad», trop galvaudée de nos jours par les médias en Occident ou ailleurs, n'est pas seulement propre, comme tendent à nous convaincre certains analystes, à l'islam mais aussi à cette modernité laïque des lumières ! Laquelle aurait, en effet, hérité du reliquat à la fois religieux et guerrier des Croisades du Moyen Age. Chose qui explique, peut-être, pourquoi «l'universalisme séculier» prôné par les Français ne fut pas du goût des Allemands ! Considérés comme «arriérés» dans tout le Vieux Continent, ces derniers ont construit une «nation tardive» du point de vue idéel, mais auraient réussi à force de travail et de réformes courageuses à se rattraper, puis à devancer en si peu de temps beaucoup de nations européennes. Toutefois, si l'Allemagne de cette ère-là ressemblait en bien des aspects à ce bloc oriental (le monde musulman de façon générale) dans son opposition à l'hégémonie occidentale, il n'en reste pas moins loin sur le plan d'innovation et des idées ! Diminué de l'effort de l'«ijtihad» au sens de l'exploitation de l'intelligence et du génie humain pour la compréhension du texte sacré, celui-là semble sacrifier aujourd'hui le pari civilisationnel sur l'autel d'un copier-coller aussi rudimentaire que sauvage des préceptes d'une modernité occidentale mal adaptée au contexte compliqué dont ses sociétés sont tributaires, hélas ! 
 
vendredi 15 septembre 2017
 

La malédiction de Sabra et Chatila







35ème anniversaire du massacre de Sabra et Chatila

A Jean  Genet, chantre absolu  des Palestiniens

L’auteur dédie ce texte au journaliste Amnon Kapeliouk et au Colonel de l’armée israélienne Elie Gueva.Commandant de l’assaut de Beyrouth, le Colonel Elie Gueva a démissionné de son poste sur le champ de bataille en guise de protestation contre des ordres qu’il jugeait contraires aux lois de la guerre et de la morale. Elie Gueva a été depuis lors ostracisé par la société militaire israélienne, frappé du syndrome de Sabra-Chatila, rejeté vers les profondeurs de l’anonymat le plus complet, alors que la mise en relief d’un tel comportement aurait eu valeur pédagogique et thérapeutique.

Samir Geagea : l’unique survivant des protagonistes de ce massacre……….face à ses fantômes

Avec une régularité de métronome, la malédiction de Sabra-Chatila frappe ses promoteurs, souvent de manière violente, n’épargnant pratiquement aucun de ses protagonistes, comme l’expression d’une sorte de justice immanente, vingt six ans après ce massacre de sang froid de près de trois mille civils des camps palestiniens de Sabra-Chatila, dans la banlieue sud-est de Beyrouth.
Hormis le rapport Kahanna de la commission d’enquête israélienne sur ce massacre et le bouleversant témoignage de l’écrivain français Jean Genêt « quatre heures à Chatila » consigné à l’automne 1983 dans la Revue d’Etudes Palestiniennes, aucune œuvre de l’esprit, pas plus un film, qu’un documentaire, qu’un récit historique, encore moins un « roman-enquête », -la technique de narration préférée du philosophe Bernard Henry Lévy pour torturer la vérité et titiller l’imagination et la curiosité de ses zélateurs-, n’est venu éclairer ne serait-ce que d’un simple faisceau lumineux cette effroyable boucherie commise, sans discernement, par les milices chrétiennes libanaises, téléguidée par la soldatesque israélienne, ivre de colère devant l’échec de leur plan de mainmise sur le Liban.
Depuis 26 ans, une chape de plomb s’est abattue sur cet épisode peu glorieux de l’armée israélienne au Liban, ternissant sa réputation au point de mettre à mal le mot d’ordre justificatif de ses excès, la « pureté des armes » israéliennes, au point de bouleverser la perception de l’opinion internationale à l’égard d’Israël. Près de trois mille civils palestiniens seront massacrés pendant deux jours, du 15 au 17 septembre 1982, dans une opération ordonnée pour venger l’assassinat de Bachir Gemayel, chef des Forces Libanaises, fraîchement élu à la présidence de la République Libanaise et assassiné à la veille de son entrée en fonction.
Par la gratuité de sa violence aveugle, cet acte fut comparé en son temps par le Président François Mitterrand à Ouradour sur Glane, du nom d’une opération analogue commise par l‘armée allemande à l’encontre des habitants de la bourgade française en guise de représailles à l’assassinat de soldats allemands en France.

Vingt six ans après que sont les protagonistes de ce drame devenus.

1- Le clan Gemayel, le grand perdant de l’affaire malgré deux présidents.

Bachir Gemayel, qui rêvait de raser les camps palestiniens en une lointaine anticipation des épurations ethniques des guerres post-communistes de la décennie 1990, pour faire de son pays un paradis sur terre aseptisé des petites misères des grandes fortunes, ce chef militaire d’une communauté chrétienne minoritaire d’un monde arabe majoritairement musulman, qui s’est allié au principal ennemi du Monde arabe pour parvenir à la magistrature suprême, l’homme qui soutenait pour ce faire qu’il existait un « peuple de trop au Moyen-Orient », ignorant que ce peuple de trop pouvait être un jour le peuple des chrétiens arabes, réalisa bien son rêve.
Il fut élu à l’ombre des blindés israéliens, président du Liban, sans toutefois jamais savourer la jouissance du pouvoir suprême, pas même un court instant : Il sera pulvérisé par une explosion dans son quartier général de Beyrouth-est, la veille de la prestation de son serment présidentiel.
Depuis lors, la famille Gemayel accumule malheur sur malheur. De son propre fait et de ses méfaits. Son histoire n’est pas une saga à la Kennedy comme se plaisent à la populariser des gazettes occidentales complaisantes, mais une longue complainte de larmes et de sang, dont ils en sont les principaux responsables.
Bachir a été assassiné à 35 ans, en 1982, son neveu, Pierre Amine Gemayel, le sera à 34 ans, en 2006, dans son fief électoral de Jdeiddeh, dans le Metn, alors qu’une violente offensive diplomatico-militaire israélo-américaine était à nouveau lancée en direction du Moyen orient en vue de mettre au pas les contestataires de la « Pax Americana ». Amine Gemayel, l’aîné du clan, qui succéda à la tête de l’Etat à son frère cadet à la suite de son assassinat, et qui ambitionnait de succéder au poste de député à son fils assassiné, a vécu une sorte d’assassinat politique lors de sa défaite électorale en 2007 dans son propre fief du Metn, battu par un inconnu, en dépit de la sympathie villageoise suscitée par la tragédie familiale.
Sa mise en cause du patriotisme des Libanais de souche arménienne qui lui ont fait défaut durant cette élection a démontré l’ampleur de son dépit face à cette cuisante défaite inattendue en même temps qu’elle a révélé une xénophobie primaire et rance dans les cercles dirigeants libanais dès lors que leurs intérêts claniques sont en cause.
Si la famille Gemayel a réussi à placer deux présidents à la tête de l’Etat libanais, des membres d’une même fratrie qui plus est, elle passe pour être le grand perdant de la vie politique libanaise, avec deux assassinats au sein de cette famille, sans aucune visibilité parlementaire ou ministérielle, son traité de paix avec Israël pulvérisé par ses contestataires, et, suprême humiliation pour ce seigneur du terroir, le chef du clan présidentiel, Amine, contraint à l’exil en France, pendant quinze ans dix (1985-2000), au terme d’une mandature peu glorieuse, le leadership chrétien âprement contesté désormais entre deux dirigeants, -le général Michel Aoun, chef du Courant Patriotique Libanais (CPL) et Samir Geagea, d’anciens subordonnés de la famille Gemayel du temps de la présidence familiale.

2-Menahem Begin et son « cheval fou » Ariel Sharon

Sur le plan israélien, l’opération « Paix en Galilée » a précipité la réclusion politique de Menahem Begin, chef historique de la droite messianique israélienne et premier ministre au moment de l’invasion du Liban, victime direct des embardées incontrôlées de son « cheval fou », le général Ariel Sharon, ministre de la défense, et des visions bibliques propres à la droite radicale israélienne qu’il a encouragées dans cette voie pendant le demi siècle qu’il a présidé ce mouvement.
Ariel Sharon : plus qu’un long discours, une simple séquence du film « Valse avec Bachir » résume mieux que tout le personnage, ses ambitions et ses contradictions. Par une fiction narrative, le cinéaste israélien, réalisateur du film, Ari Folman, projette une conversation téléphonique entre Menahem Begin et Ariel Sharon, au lendemain des massacres de Sabra-Chatila.
Nullement incommodé par cette effroyable boucherie, tenant d’une main son combiné, opinant régulièrement du chef en direction de son supérieur hiérarchique, l’homme à l’embonpoint légendaire, gardait les yeux rivés sur dix œufs aux plats qu’il s’était commandé pour son petit déjeuner, …….comme indifférent aux malheurs des autres, se préoccupant surtout durant cette conversation de satisfaire, au propre comme au figuré, son féroce appétit du pouvoir en même temps que sa boulimie alimentaire.
L’appétit du pouvoir, il la satisfera en devenant premier ministre 18 ans après Sabra Chatila, sa boulimie alimentaire, elle le terrassera ainsi que sa carrière politique, en le plongeant dans un coma cinq ans plus tard….en état de contiguïté passive avec ses anciennes victimes. Une séquence qui passera dans l’histoire comme un morceau d’anthologie politique et illustre plus que tout l’autisme de la classe politique israélienne à son environnement arabe, particulièrement palestinien.
Le rêve d’un Liban fort havre des Chrétiens d’Orient est tombé en lambeaux. L’équipée de Bachir, particulièrement son alliance avec l’ennemi officiel du monde arabe, a entraîné un déclassement des prérogatives constitutionnelles des Chrétiens libanais, principalement les Maronites, dans le nouvel arrangement interlibanais conclu à Taëf, sous l’égide de l’Arabie saoudite, pour mettre fin à la guerre en 1989. Les camps palestiniens sont demeurés à la périphérie de Beyrouth, avec une population plus nombreuse et rajeunie, comme un pied de nez à la famille Gemayel, désormais comme marginalisée dans l’échiquier politique par l’avènement de l’ancien lieutenant de Bachir, Samir Geagea, un ambitieux à la férocité redoutable, au premier plan de la scène chrétienne.
Beyrouth qui fut la respiration du monde arabe et sa conscience critique pendant un demi siècle, assume désormais de surcroît une fonction traumatique dans la conscience collective israélienne puisqu’elle revendique le privilège unique au Monde d’avoir symbolisé, à deux reprises dans l’histoire contemporaine, la résistance arabe à l’hégémonie israélo-américaine :
La première fois, en 1982, lors du siège de la capitale libanaise par le général Ariel Sharon, du temps où le sunnisme s’identifiait au combat nationaliste, depuis le fief du sunnisme libanais à Beyrouth-Ouest,
La deuxième fois, en 2006, depuis Beyrouth-sud, cette fois, (ad dahyah), littéralement la banlieue sud de la capitale, le fief chiite de la capitale, du temps du coma du général Ariel Sharon, où le chiisme libanais suppléant la vassalisation du sunnisme arabe à l’axe israélo-américain prenait sa relève en vue de pérenniser le combat nationaliste arabe.
Le soutien des commandants en chef successifs de l’armée libanaise –le Général Emile Lahoud, le général Michel Aoun et la sympathie manifestée par le nouveau Président de la République, le général Michel Sleimane, ancien commandant en chef de l’armée, à la Résistance nationale Libanaise agglomérée autour de son noyau dur, le Hezbollah chiite, témoigne, par contrecoup, du souci de la hiérarchie militaire chrétienne de brider les pulsions mortifères des « têtes brûlées » de l’ordre milicien, si préjudiciables au camp chrétien

3 – Elie Hobeika et Samir Geagea, les deux lieutenants de Bachir, des prédateurs insatiables.

En sa qualité de responsable du service de renseignement de la formation paramilitaire libanaise, Elie Hobeika, un des deux lieutenants de Bachir Gemayel, est considéré comme l’un des principaux responsables des massacres de Sabra-Chatila, au même titre que Samir Geagea, responsable opérationnel des « Forces Libanaises », qu’une impitoyable guerre de succession va épuiser au point de marginaliser la principale formation paramilitaire du camp chrétien du temps de la guerre.
Le premier qui va dégainer et déclencher les hostilités sera Elie Hobeika : Par dévotion à l’égard de Bachir, il fomentera 24 mois après son assassinat un coup de force contre le président Amine Gemayel pour s’emparer du parti et de son trésor de guerre. Allié d’Israël, il tournera casaque en 1985 pour rallier la Syrie avant d’être évincé à son tour par Samir Geagea. Piètre performance pour un homme en charge du renseignement. Exilé du Liban, il reviendra par la grande porte à la fin de la guerre interfactionnelle et l’instauration d’une « pax syriana ». Suprême consécration, il siègera même au sein des gouvernements libanais successifs y compris, en 1992, celui de Rafic Hariri, le milliardaire libano-saoudien et principal bailleur de fonds des milices libanaises, assassiné en 2005.
Peu avant sa mort violente, il s’était retourné contre Israël et se proposait de témoigner contre Ariel Sharon dans le procès intenté contre lui en Belgique pour « crime contre l’humanité ». Il aurait voulu mettre en cause des unités commando de l’armée israélienne (les Sayeret Matkal) qui auraient œuvré sans uniforme dans le déroulement du massacre. Comme auparavant Bachir et ultérieurement le neveu du chef phalangiste, Pierre Amine Gemayel, Elie Hobeika est mort par suite d’un attentat à la voiture piégée devant son domicile le 24 janvier 2002, à l’âge de 46 ans.
Son élimination n’a suscité aucune demande d’enquête de la communauté internationale. Les préparatifs de l’invasion américaine de l’Irak, il est vrai, allaient bon train, de même que la mise à l‘index de la Syrie, via la « Syria Accountability Act », adoptée en 2003. Il importait de ne pas se laisser dévier de cet objectif majeur de la stratégie israélo-américaine par la mort d’une personne, dont l’élimination arrangeait beaucoup de monde : le premier ministre israélien Ariel Sharon, directement visé par son possible témoignage à Bruxelles, Samir Geagea, son rival permanent, Amine Gemayel, son ancien chef à qui il a ravi le parti phalangiste, des époux contrariés et irascibles à en juger par les conquêtes féminines qui lui sont attribuées, enfin pour être complet, la Syrie, tant l’implication de ce pays dans toutes les affaires du Moyen orient est un exercice de style obligé pour tous les chroniqueurs occidentaux.
Samir Geagea
Son pseudonyme ne doit pas faire illusion : il emprunte à l’amphibologie, tout comme son personnage à l’ambivalence. « Al Hakim », son non de guerre, qui signifie le sage ou le médecin, n’a jamais été sage dans son comportement belliqueux, au delà de toute mesure et démesure, ni docte, ni médecin, dont il ne détient pas non plus le grade universitaire. C’est là sa première usurpation. Celui que sa formation universitaire aurait dû destiner à un comportement d’humanité, s’est révélé être l’un des plus inhumains chefs de guerre, l’implacable fossoyeur du camp chrétien, responsable de la décapitation de la famille Frangieh, en 1978, n’épargnant rien ni personne de cette grande famille du nord du Liban, pourtant ses voisins, pas plus une petite fillette de trois ans que le chien de garde devant la maison.
Récidiviste en 1980, il donnera l’assaut contre le fief de l’autre allié des phalangistes, les milices du PNL (Parti National libéral) du président Camille Chamoun, à Faqra, dans la région montagneuse du Liban, noyant dans le sang des forces chrétiennes pourtant alliées au sein d’une même coalition. En juillet 1983, il engagera le combat de la montagne du Chouf contre la milice druze conduite par Walid, le fils et successeur de Kamal Joumblatt, le chef du parti socialiste progressiste et chef de la communauté druze.
Son offensive s’était soldée par la destruction de 60 villages et de l’exode d’une population chrétienne de plus de 250.000 habitants du Chouf, mettant un terme à un siècle de convivialité druzo-chrétienne dans le Chouf. Il en sera de même avec des résultats identiques à Saida, chef lieu du sud-Liban et à Zahlé, dans le centre du Liban, en 1985, Piètre bilan pour le défenseur des minorités chrétiennes opprimées, que son bellicisme opprimera plus durablement que l’hostilité de leurs adversaires.
La liste n’est pas limitative. En 1988, à la fin du mandat du président Amine Gemayel, Samir Geagea se trouvait à la tête d’une entreprise prospère soutenue par une machine de guerre bien rodée. L’épreuve de force qu’il engagera contre le général Michel Aoun, commandant en chef et premier ministre intérimaire, achèvera d’épuiser le camp chrétien, le général Aoun prenant le chemin de l’exil vers Paris où il demeurera quinze ans et Samir Geagea, le chemin de la prison où il croupira pendant près de dix ans.
L’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, en février 2005, donnera lieu à un invraisemblable retournement d’alliance coalisant les anciens chefs de guerre antagonistes et leur bailleur de fonds : Walid Joumblatt, Samir Geagea, Amine Gemayel et Saad Hariri. Si elle débouche sur la libération de Samir Geagea à la faveur du vote d’une loi d’amnistie amnésiante, cette coalition hétéroclite et sans crédit constituera le point faible du dispositif occidental en vue de préserver le pouvoir libanais dans son giron.
Samir Geagea est l’unique rescapé de principaux protagonistes de l’affaire de Sabra-Chatila, dont le grand vainqueur moral pourrait être, a posteriori et paradoxalement, Soleimane Frangieh, le rescapé du massacre fondateur de son autorité.
Dans un pays transformé depuis longtemps en un gigantesque cimetière, Soleimane Frangieh, dont la famille a servi de banc d’essai à la boucherie de Sabra-Chatila, bridera ses instincts guerriers pour accorder le pardon des offenses, seul dirigeant libanais à avoir accompli ce geste de grandeur morale, renvoyant à sa vilénie le bourreau de sa propre famille.
Des analystes de la scène libanaise soutiennent qu’une percée politique de Nadim Gemayel, fils du Président assassiné Bachir et son véritable héritier politique, à tout le moins de son cousin germain Sami, fils d’Amine, tournerait au cauchemar pour Samir Geagea, en le privant de toute légitimité populaire et politique, le renvoyant du même coup à ses fantasmes. A moins qu’ « Al-Hakim », coutumier de telles manœuvres de contournement, n’anticipe cet événement en un mouvement de confinement en vue de museler les héritiers Gemayel, une mesure d’autant plus impérative que l’absence d’héritiers biologiques le fragilise en même temps qu’elle frappe de précarité la pérennisation de son projet politique, le mettant à la merci d‘un mauvais coup du sort.
Samir Geagea a ainsi donc provisoirement échappé à la justice des hommes. Personnage funeste sans progéniture, sans remords, seul face à ses méfaits, seul face à ses fantômes, entravé de ses forfaits, tâches indélébiles, il pourrait difficilement se soustraire au châtiment de l’Histoire…. . A n’en pas douter, l’œil sera dans la tombe et regardera Caïn.
Paix à l’âme des victimes des camps palestiniens de Sabra-Chatila et que la terre des hommes leur soit légère.
 
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

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