ELWATAN-ALHABIB
vendredi 26 février 2016
 

L’armement atomique israélien: un secret de polichinelle et une menace à l’échelle mondiale






Par Hilary Wise
israel militarisation atomique
La connivence avec le programme nucléaire d’Israël, plus que toute autre question, révèle l’ambivalence et l’hypocrisie de l’Occident.
Pendant que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou continue de tempêter et de prendre ses grands airs au sujet de la menace existentielle posée par un Iran détenteur – peut-être, un jour – de l’arme nucléaire, Israël a pris livraison du dernier de ses sous-marins de pointe allemands capables de transporter des ogives nucléaires.
Le coût de ces sous-marins est lourdement subventionné par le contribuable allemand dans le cadre de l’aide militaire constante de l’Allemagne à Israël. Selon les révélations du journal Der Spiegel, Angela Merkel aurait tenté de conditionner la livraison des sous-marins à diverses contraintes, « incluant l’exigence qu’Israël cesse sa politique de colonisation expansionniste et permette l’achèvement d’une station d’épuration située dans la bande de Gaza et partiellement financée par l’Allemagne ». Aucune de ces conditions n’a été remplie, mais la livraison s’est poursuivie.
Le secret le moins bien gardé du monde
Depuis des décennies, l’existence de l’arsenal nucléaire israélien est de notoriété publique, en partie grâce aux informations fournies par Mordechai Vanunu, toujours privé de sa liberté bien qu’il ait déjà purgé une peine de dix-huit ans.
Le Centre d’études pour la non-prolifération a rapporté qu’Israël dispose vraisemblablement de quelque 300 ogives – presqu’autant que le Royaume-Uni. Cela comprend une gamme d’armes thermonucléaires à portée intercontinentale et des armes tactiques d’artillerie à rayonnement renforcé (« bombes à neutrons »).
Les installations nucléaires israéliennes incluent le réacteur nucléaire de Dimona, situé dans le Néguev et où travaillait Vanunu, les bases de stockage nucléaires situées à Eilabun, près du lac de Tibériade, et le laboratoire national de test d’armes de Soreq, au sud de Tel Aviv.
Israël a toujours refusé de confirmer ou d’infirmer leur existence : c’est ce qu’Avner Cohen, auteur d’Israël et la bombe, appelle une politique du « ne demandez pas, ne dites pas ». Evidemment, aucune inspection de ces installations par l’Autorité internationale de l’énergie atomique n’a été autorisée.
Tant les Etats-Unis qu’Israël ont intérêt à maintenir la fiction qu’Israël n’est pas une puissance nucléaire (ou que, s’il l’est, les Etats-Unis n’ont en pas connaissance) : la loi américaine interdit expressément l’aide économique et militaire aux nations qui acquièrent la technologie de l’enrichissement nucléaire à des fins militaires. Il existe cependant une clause dérogatoire stipulant que le président peut autoriser une telle aide dans « l’intérêt vital » des Etats-Unis.
L’arsenal impressionnant d’Israël comprend des missiles Jericho III, lesquels peuvent transporter des ogives nucléaires et sont également capables d’atteindre quasiment toute l’Europe et une grande partie de l’Asie. Le véhicule de lancement spatial Shavit a une portée d’au moins 4 500 km, et Israël a développé un certain nombre de missiles de croisière, tels le Gabriel 4, un missile de croisière antinavire, et le Popeye Turbo, qui peut être déployé sur des sous-marins.
Les avions de chasse d’Israël, du F-15 au F-16I, sont capables d’opérations de longue portée avec des ogives nucléaires et chimiques. L’apport des sous-marins allemands Dolphin complète la capacité maritime, terrestre et aérienne de ces ogives nucléaires israéliennes.
Le soutien occidental
La réticence d’Israël à informer de ses réelles capacités nucléaires n’a pas été remise en question dans les milieux politiques et les médias occidentaux.
Non seulement peu de questions ont été posées, mais pendant des décennies, les pays occidentaux ont coopéré de façon active au programme nucléaire d’Israël. C’est la France qui a construit le réacteur nucléaire de Dimona dans les années 1950, utilisant l’eau lourde fournie par la Grande-Bretagne, la Norvège et plus tard les Etats-Unis. Pendant des années, Israël a collaboré étroitement avec le régime sud-africain au développement d’armes nucléaires, et cela jusqu’à la chute de l’apartheid.
L’aide militaire américaine à Israël, d’un montant de 100 milliards de dollars depuis 1962, s’élève désormais à une moyenne de 3 milliards de dollars par an, outre les milliards provenant des ventes d’armes. Cette aide prend en grande partie la forme d’armes conventionnelles telles que des avions de combat et des missiles sol-air ; mais une grande partie de cet armement peut constituer un système de lancement de missiles nucléaires. Par exemple, les récents programmes d’aide ont inclus des missiles à capacité nucléaire Harpoon, lesquels équiperont les sous-marins allemands.
L’acquisition clandestine par Israël de la technologie nucléaire des Etats-Unis et d’autres pays a fait l’objet de diverses révélations journalistiques. Mais l’étendue de la collusion de ces gouvernements et de leur consentement à ces transferts de technologie ne sera probablement jamais connue.
Ce soutien massif contraste avec l’attitude occidentale vis-à-vis de l’Irak. La simple – et complètement fallacieuse – suggestion que l’Irak possédait des armes de destruction massive a signifié pour ce pays vingt ans de sanctions paralysantes et de bombardements intensifs, aboutissant à une sanglante désintégration politique à laquelle nous assistons encore aujourd’hui.
Israël possède des armes nucléaires et chimiques en abondance, mais n’est absolument pas tenu pour responsable.
Le rêve d’un Moyen-Orient dénucléarisé
Dans un effort visant à enrayer la propagation des armes nucléaires et encourager les Etats nucléaires à y renoncer, une conférence internationale a lieu tous les cinq ans dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Le TNP a été signé par tous les Etats du Moyen-Orient (y compris l’Iran), à l’exception d’Israël. La conférence du TNP de 2010 a conclu qu’une conférence régionale devrait avoir lieu en 2012 afin de discuter de la possibilité de faire du Moyen-Orient une région exempte d’armes de destruction massive. Ban Ki Moon a exhorté Israël à y participer.
Ce dernier a sans cesse tergiversé et cette idée de conférence a finalement été mise de côté – même si elle peut être relancée lors des discussions du TNP se tenant cette année, du 27 avril au 22 mai, au siège de l’ONU à New York. Peut-être par exaspération, l’Assemblée générale des Nations unies avait massivement adopté en 2012 une résolution appelant Israël à permettre l’inspection de son programme nucléaire. Ceux qui ont voté contre étaient les suspects habituels : Israël, les Etats-Unis, le Canada, les Iles Marshall, la Micronésie et Palau.
Qui participe à cette course aux armements ?
L’accord de principe négocié entre les Etats-Unis et l’Iran sur le programme nucléaire iranien a été chaleureusement accueilli par la communauté internationale, à l’exception des jusqu’au-boutistes sionistes aux Etats-Unis. Netanyahou, avec ses prédictions de Cassandre, s’est une fois de plus trouvé isolé. Avec une indubitable et inconsciente ironie, il a soulevé le spectre d’un Iran déclenchant une « course aux armements nucléaires » au Moyen-Orient.
Le seul cheval de cette course est, jusqu’à présent, Israël. Il est également l’Etat le plus belliqueux de la région, ayant à plusieurs reprises attaqué, envahi et occupé ses voisins les plus proches, annexant les territoires de certains et bombardant les territoires d’autres, y compris vraisemblablement l’Iran lui-même. Alors qu’Israël persiste dans cette politique, il est en effet compréhensible que ses voisins puissent souhaiter obtenir leur propre force de dissuasion.
Hilary Wise

Article original en anglais : Israel, the bomb and Western double-think, Middle Eat Eye, 28 avril 2015
Traduction : MEE - Hassina Mechaï
Hilary Wise est écrivain, universitaire et activiste. Elle a également été pendant huit ans journaliste au Palestine News.
 
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