Qui sont ces néoconservateurs qui gouvernent l'Amérique?
par Nathanael Genet
"On dit souvent que le programme de G.W. Bush [...] est élaboré par un groupe de néoconservateurs. Mais le terme de néoconservateurs ne convient pas du tout ici, comme l'a du resté remarqué l'un d'eux : "les néoconservateurs ne veulent en rien défendre l'ordre des choses tel qu'il est, fondé sur la hiérarchie, la tradition et une vue pessimiste de la nature humaine" (Francis Fukuyama dans le Wall Street Journal du 24 décembre 2002). Ces penseurs [néoconservateurs] croient à la possibilité d'améliorer radicalement l'homme et la société, et ils s'engagent activement dans ce processus. Mais dans ce cas, ils ne méritent pas le terme de conservateurs - ni de paléo -
ni de - néo -. Un mot plus juste pour les désigner serait néofondamentalistes : fondamentalistes car ils se réclament d'un Bien absolu qu'ils veulent imposer à tous ; néo parce que ce Bien est constitué, non plus par Dieu, mais par les valeurs de la démocratie libérale."
Tzvetan Todorov,
Le nouveau désordre mondial (Ed. Robert Laffont)
(Petit ouvrage d'une centaine de pages dont nous vous recommandons la lecture)
Brève introduction
Cette page est destinée à éclairer le lecteur quant au fait que les chimères de révolution permanente, de chamboulement de l'ordre ancien, de société idéale qui ont jadis fait partie de la panoplie dialectique du parfait révolutionnaire bolchévique et marxiste ne sont pas mortes à la "Chute du mur", mais ont simplement changé de véhicule. Lorsque la Lada soviétique est tombée en panne en 1989, ces idéaux se sont engouffrés dans le rutilant Hummer américain, passant d'un Empire à l'autre avec le même but final, soit un monde idéal de paix des hommes et de bonheur pour tous. Les néoconservateurs qui gouvernent aujourd'hui à Washington (et depuis mai 2007, à Paris) ne sont ni plus ni moins que les héritiers de Marx et Hegel. Les chrétiens doivent en être conscients.
Néo... conservateurs?
Il y a déjà maintenant plus de quinze ans, dans un intéressant pensum s’inscrivant dans la foulée de l’effondrement du bloc soviétique, l’intellectuel néoconservateur – et athée - américain Francis Fukuyama, décretait ni plus ni moins que la « fin de l’histoire ». Dans sa thèse, qui reprenait une lecture hegelienne –voire marxiste- (donc pas très nouvelle) de l’histoire, Fukuyama défendait l’idée selon laquelle tous les événements qui la constituait tendaient tant bien que mal vers un seul but, à savoir l’avènement d’une démocratie libérale globale, véritable pendant capitaliste de la « société idéale socialiste » jadis annoncée par Karl Marx, une utopie qui avait été théoriquement enterrée quelques mois plus tôt. Au fil des pages, Fukuyama avait tenté de démontrer que les guerres, les révolutions, les catastrophes et autres pandémies n’avaient, au plus, marquées que de simples ralentissments ou reculs momentanés dans l’inexorable marche en avant des nations de tous les continents vers l’idéal de la démocratie libérale mondiale et universaliste. Le lot de chaque peuple avait été, selon Fukuyama, de connaître successivement une série d’ordres primitifs durant les siècles, tribalité, féodalité, monarchie, totalitarisme, le tout débouchant finalement, selon lui, vers un consensus mondial en faveur de la démocratie libérale. Cette césure historique, cette « fin de l’histoire » marquait en quelque sorte, et pour résumer sa pensée, l’avènement d’une ère nouvelle, d’une sorte de « siècle éternel » de prospérité et de paix terrestres, qui succèderait définitivement à tous les ordres anciens qui l’avaient précédés.Ces propos faisaient échos avec ceux du président américain de l’époque, George Herbert Walker Bush qui, un certain 11 septembre 1990 - l’autre 11 septembre -, avait annoncé devant le Congrès américain la naissance d’un nouvel ordre mondial, où, je cite, "tous les pays du monde, qu’ils fussent à l’Est ou à l’Ouest, au Nord ou au Sud, pourraient prospérer et vivre en harmonie, une voie insaisissable menant à la paix et qu’une centaine de générations avaient jusqu’alors recherchées". Pour Bush, comme pour Fukuyama et ses pairs néconservateurs, cette nouvelle ère qui s’ouvrait après la chute du mur de Berlin devait être "moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix". Quinze ans après toutes ces affirmations optimistes, et six ans après les événements tragiques du 11 septembre 2001 (qui furent peut-être une "réponse islamique" à l'autre 11 septembre, celui de 1990 précité), nous ne pouvons que simplement constater qu’elles étaient erronées, ce qui consacre définitivement - et sans même parler des résultats catastrophiques dans tous les domaines de l’administration néoconservatrice de George W. Bush - l’échec total de cette lecture prétentieuse de l’histoire. Certes, le train de la mondialisation n’est pas près de s’arrêter, mais l’enthousiasme planétaire qu’avaient engendré la "chute du mur" et l’effondrement soviétique, a cédé la place à la méfiance, voire à l’hostilité d’une part importante des populations. Quinze après l’avènement de la domination exclusive du monde par des Etats-Unis que le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine avait qualifiés, en 1999, d'hyperpuissance, le constat est clair : nous ne vivons pas, et de loin, dans un monde plus sûr, plus juste et plus prospère. Fukuyama et ses correligionnaires du matérialisme historique se sont donc trompés, l’histoire ne s’est pas arrêté avec l'effondrement de l'Empire soviétique, comme elle ne s’était pas plus arrêtée au soir de la victoire de Bonaparte à Iéna, en 1806, succès militaire et géostratégique qui devait consacrer, selon Hegel, la fin du monde féodal primitif et l’avènement d’un Etat universel et homogène, triomphe ultime des "lumières" sur un ordre ancien. On sait ce qu’il advint, moins de dix ans après Iéna, de l’Empire "universel" napoléonien. Si il n’est pas contestable que les peuples, ou plutôt les individus qui les composent, aspirent depuis la nuit des temps à la liberté, et si nous ne pouvons que nous réjouir de la chute de tel ou tel système dictatorial et liberticide, il ne faut pas que nous tombions pour autant dans l’illusion que tout cela procède d’un mouvement qui trouverait sa finalité dans une utopique démocratie libérale mondiale. Nous vivons encore, en Europe et en Amérique du nord, dans des pays plus ou moins prospères et démocratiques mais, contrairement à ce que Fukuyama et ceux qui partagent ses vues mondialistes pensent, il n’y a rien de définitivement acquis. L’histoire est vivante. Nos sociétés, qui ne peuvent se figer à un niveau de développement donné, ne peuvent donc qu’évoluer, dans un sens ou dans l’autre. Nous n’avons pas franchis la ligne d’arrivée au moment de la chute du mur de Berlin. Aussi, il serait dangereux pour notre survie, de céder à la douce et confortable illusion que nous pouvons faire du « surplace » en attendant que les autres peuples moins avancés, du tiers-monde notamment, nous rejoignent pour ne plus former qu’une grande communauté universelle égalitaire, prospère et pacifique.
De plus, l'actuel processus de mondialisation qui tend vers l'abolition de l'ordre ancien - les nations - est, comme la Bible nous l'apprend, le véhicule de l'ambition de Satan qui, par tout une série de miracles (comme l'illusion d'une fausse paix mondiale) et autres prodiges mensongers, s'apprête à tromper les hommes pour capter leur adoration, allant jusqu'à s'asseoir dans le Temple de Dieu (à Jérusalem), et se faire passer pour dieu même (2 Th 2:2-4, Ap 13). Les promoteurs de l'universalisme et du chamboulement de l'ordre ancien judéo-chrétien ne sont de fait que les agents - conscients ou inconscients - de ce projet satanique.
Mais, pour revenir à la question posée, qui sont ces néoconservateurs qui gouvernent l'Amérique et, depuis mai 2007, la France?
En 2000, George W. Bush se présenta comme chrétien "né de nouveau". Cela séduit les électeurs évangéliques qui votèrent en masse en sa faveur lors de l'élection présidentielle qui eut lieu cette année-là. Dans son entourage, on trouvait nombre de néoconservateurs, qui intègrèrent son gouvernement en janvier 2001, ce qui ne dérangea pas les chrétiens outre-mesure. Le problème est que les néoconservateurs sont des "disciples" non pas de Jésus-Christ, comme le sont les paléoconservateurs, mais plus modestement de Léo Strauss, un universitaire trotskyste (marxiste) des années 60, adèpte entre autres lubies, de la révolution permanente.
Les néoconservateurs, notamment ceux du Project for a New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain), rêvaient de Nouvel Ordre Mondial, de "Pax Americana" planétaire, soit la consolidation de l'Empire Américain, le tout imposé si nécessaire - la fin, selon eux, justifiant les moyens - par des guerres "préventives" aussi aggressives qu'illégales et menées au nom de la promotion de la liberté et de la démocratie (comme ce sera le cas en Irak en 2003). Beaucoup de chrétiens furent séduit par le terme "néoconservateur", aidés en cela par leurs leaders, notamment les pharisiens de la Christian Coalition, qui soutinrent aveuglement la candidature de Bush en 2000. Pour 2008, la Christian Coalition, emmenée par le "pasteur" Pat Robertson, est en train de se ranger derrière la bannière (forcément étoilée!) du pro-avortement et pro-mariage gay Rudy Giuliani!
Nombre de chrétiens américains sincèrent pensaient en 2000 que ces intellectuels néoconservateurs - pour la plupart pourtant athées déclarés - permettraient, surtout après huit ans d'administration Clinton, un retour en grâce dans le gouvernement des valeurs conservatrices classiques, telles que les valeurs morales (avortement etc.), l'éthique, un gouvernement minimum, des baisses d'impôt etc. Cela relevait hélas en fait d'une sérieuse erreur de casting, les néoconservateurs - comme cela se vérifie depuis 2001 qu'ils sont au pouvoir - sont à contrario adeptes du chamboulement de l'ordre moral classique promottant, pour la plupart, le mariage gay, ainsi que l'étatisme et le "Welfarisme", c'est-à-dire le transfert d'un maximum de pouvoirs des Etats de l'Union vers le gouvernement fédéral de Washington, ainsi que des déficits budgétaires massifs, financés par l'endettement du pays et la planche à billet qu'il fallut sérieusement "faire chauffer" pour produire assez de monnaie pour couvrir toutes les dépenses que la seule fiscalité des contribuables ne pourraient pas parvenir à soutenir. Cela résultat en une dévaluation chronique du billet vert depuis 2001 (confirmée par la montée vertigineuse du cours de l'or depuis cette date), et par une dette publique atteignant désormais des sommets totalement gigantesques. Une dette totalement hors de contrôle.
En France, la révolution permanente trotskiste remise au goût du jour par les intellos athées de Chicago est également en vogue. Pas un jour ne se passe sans que le néoconservateur Sakorzy n'annonce tel chamboullement protocolaire, telle création de telle énième commission chargée de telle grande réforme gadget, ou qu'on apprenne que tel leader du parti socialiste (l'opposition) a été récemment approché pour intégrer le gouvernement "d'ouverture". Sarkozy, comme ses correligionnaires d'outre-Altantique, n'est pas un conservateur, c'est un adepte des recettes qui ont échouées en URSS - tel que le chamboulement de l'ordre ancien dans le but d'instaurer une société idéale - et que l'on nous présente comme "novatrices".
Comme le dit si justement Tzvetan Todorov dans son livre que nous vous recommandons vivement "Le nouveau désordre mondial" (aux éditions Robert Laffont) :
En fait de néoconservateurs on devrait plus logiquement parler de "néofondamentalistes" :
fondamentalistes : car ils se réclament d'un Bien absolu qu'ils veulent imposer à tous
néo : parce que ce Bien est constitué, non plus par Dieu, mais par les valeurs de la démocratie libérale."
Ne nous laissons pas piéger par ces imposteurs.
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