Un silence obstiné a été imposé à la presse israélienne qui s’est abstenue près d’un mois de commenter l’attaque aérienne sur la Syrie le six septembre au cours de laquelle quatre avions au moins l’ont survolé jusqu’à sa frontière Nord avec la Turquie. Aucun détail militaire de l’opération n’a cependant filtré, ni la cible précise, ni les forces qui ont participé, depuis que des officiels, dont Netanyahu, ont confirmé l’opération, de sorte que les spéculations peuvent aller bon train.
Des rumeurs ont été fabriquées qui veulent laisser entendre qu’il s’agit d’une mesure de rétorsion contre un site nucléaire secret résultant d’une coopération avec la Corée du Nord ou contre une livraison d’armes depuis l’Iran vers le Hezbollah. Bachar Al Assad a déclaré que la Syrie se réservait le droit de répondre à sa manière, ce qui n’implique pas obligatoirement une option militaire suggérant que l’abstention par la voie politique en est une.
L’industrie aérospatiale étasunienne aurait testé là un système de brouillage « Suter » des nouveaux radars russes Tor-M1 que l’Iran vient d’acquérir en janvier 2007 pour 750 millions de dollars afin de protéger ses sites nucléaires puisque les avions de combats F15 et F16 qui auraient été employés ne sont pas de la catégorie des furtifs. Cette version avancée par le magazine Aviation Week & Space Technology's sur son site électronique est très douteuse car rien ne confirme que des TOR-M1 protègent le site syrien visé. Par ailleurs, la protestation vigoureuse du nouveau pouvoir à Ankara contre la violation de l’espace aérien turc lors de cette mystérieuse manœuvre israélienne pourrait indiquer la coopération d’une faction de l’armée turque séditieuse avec les forces armées israéliennes.
Comment ne pas mettre en regard ce qui voudrait passer comme une opération publicitaire pour l’industrie aéronautique étasunienne et donc contre-publicitaire pour la Russie avec l’extraordinaire voyage de 3000 km du B52 le 30 août dernier porteur de six Advanced Cruise Missile (ACM) chacun d’eux chargé avec une tête nucléaires de 150 kilotonnes. Le Washington Post a tôt fait d’expliquer qu’il s’agit là d’une faillite des systèmes de commande de la sécurité nucléaire à des niveaux multiples. Ce lien vient d’être fait par un analyste militaire Eric Margolis dans le Times of London (appartenant à Rupert Murdoch).
Le projet Checkmate développé par un programme de l’US Air Force depuis juin 2007 envisage de combiner selon divers scénario une attaque israélo-étasunienne sur l’Iran. Plus d’une douzaine d’officiers de l’aviation militaire US y travaillent, dirigés par le Général de Brigade Lawrence Stutzriem avec comme conseiller civil un certain Dr Lani Kass, lui-même ancien officier du renseignement militaire israélien, donné comme un spécialiste de la cyber-guerre. Les six têtes nucléaires auraient dû être transportées au Moyen-Orient. L’attaque israélienne contre la Syrie devait préfigurer la montée de tension entre d’une part les USA et d’autre part la Syrie, l’Iran et la Corée du Nord. Elle doit permettre après une vaste opération de manipulation mentale par les Medias une attaque nucléaire massive sur trois cents à quatre sites iraniens aboutissant à une sidération de toute réplique iranienne. Dick Cheney et Stephen Hadley, conseiller à la sécurité nationale sont impliqués dans l’orchestration de cette anéantissement « préventif » de l’Iran. De même, une équipe du Pentagone et quelques think tank pro-israéliens comme le Hudson Institute, David Miliband ancien conseiller de Tony Blair , Olmert, Netanyahu et enfin l’inénarrable Kouchner qui a eu le tort de lancer la menace de guerre imminente contre l’Iran prématurément, avant de se rétracter lamentablement quelques jours après, puisque la planification a échoué.
Le plan a en effet échoué parce que des éléments de l’US Air Force avec la complicité de quelques personnes du renseignement militaire qui ont divulgué ce 5 septembre, soit la veille de l’opération Orchade israélienne contre Dayr az-Zwar, près du village de Tal Abyad, le périple de plusieurs heures opéré par le B52 abritant sous ses pylônes externes 60 fois la charge qui a endeuillé Hiroshima et Nagasaki le 6 mai 1945. La publication par Military Times ce jour-là d’information sur le mouvement et la position d’armes nucléaires étasuniennes, hautement classifiées est sans précédent dans l’histoire militaire. Le député syrien Hasbah dans un entretien accordé au journal Koul Al Arab a parlé d’échec pour qualifier le raid sur Dayr az-Zwar, répétant que la Syrie n’allait pas se laisser imposer le choix du moment et du lieu de la confrontation militaire avec l’occupant du Golan, et que ses obligations internationales, alliance régionale avec l’Iran et coopération militaire avec la Russie lui faisaient choisir une option stratégique de « paix ». Autrement dit, les bellicistes n’auront pas la réplique qui sera le prétexte de leur sale guerre.
Outre l’opposition ouvertement annoncée à une attaque contre l’Iran par l’amiral Fallon et une grande part des officiers de la Marine, objectivée par leur réticence à maintenir plus d’un porte-avion dans le Golfe arabo-persique, il apparaît donc qu’au sein même de l’establishment de l’Air Force, une sédition anti-sédition se fait jour contre les opérations d’escalade dans cette région du monde.
La raison en est la mesure objective des forces étasuniennes fort mises à mal par les deux guerres contre l’Afghanistan et l’Irak, qui sont incapables de faire face à un nouveau foyer de résistance ouverte. La livraison par la Chine de munitions pour des centaines de millions de dollars aux forces collaborationnistes militaires irakiennes atteste si besoin était de l’effroyable consommation en argent et matériel par l’US Army et de l’incapacité de livrer seulement assez de cartouches à ses propres soldats.
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