proposé par Milton Dassier
Il y avait les ligues de vertu, celles qui décident que tel ou tel film, tel ou tel livre ne devrait pas être diffusé au public. Il y avait les lobbies essayant de promouvoir leurs produits, leurs idées, leurs idéologies quitte à diaboliser celles des concurrents et adversaires. Il y avait les procès en sorcellerie où les rumeurs assassines, le qu’en dira-t-on servaient d’acte d’accusation avant le passage à la question. Où tout était joué d’avance...
L’accusé n’avait pas à se défendre puisqu’on l’avait fait avouer, tout ce qui lui restait c’était de demander la clémence du tribunal. Ces pratiques ont eu cours au moyen âge puis sous les régimes totalitaires. Stalinien, par exemple, qualifie ces procès qui utilisaient des méthodes d’aveu par la contrainte ou la pression politique.
Certains au 21ème siècle n’ont visiblement pas tiré les leçons du passé. Ils ont fabriqué une nouvelle morale puritaine très bourgeoise car très hypocrite qui veut qu’on regarde la petite paille dans l’oeil d’un plus pauvre que soi pour vérifier s’il est digne du peuple au nom duquel on prétend parler. Une sorte d’examen de passage préalable, une cooptation informelle par ceux qui prétendent savoir mieux qu’autrui ce qui est bon ou mal pour le peuple,.comme si le peuple ne savait pas se préserver du mal tant il est dans une insouciance aveugle.
Brassens a fait une chanson magnifique de la tendance de certains à calomnier, à diffamer, à faire des procès d’intention : « la mauvaise réputation » qui poursuit inlassablement tout homme qui a dévié des codes de la bien-pensance.
La tendance à Paris, dans certains milieux intellectuels, c’est de pousser des cris d’orfraie et de faire des déclarations indignées dés lors qu’une prise de position rappelle qu’il existe des forces de propagande extrêmement actives en faveur d’une certaine vision du monde et de la société que le peuple n’a pas choisi en toute connaissance de cause surtout si elle arrange ceux qui les profèrent.
Comme nous ici, Djamel Bouras a bien compris que depuis le 11 septembre 2001, une très grande suspicion s’est abattue sur l’ensemble des musulmans de France passés au crible dans leur moindre déclaration, considérés comme des sous-citoyens à travers les discriminations de toute nature qu’ils subissent. On rappellera pour mémoire, la comédie autour du foulard dit « islamique », le livre de Philippe de Villiers « Les mosquées de Roissy », l’initiative du préfet de Bobigny interdisant les badges aux personnels de la plate-forme aéroportuaire de Roissy sur la seule foi de leur engagement religieux, l’étrange affaire des caricatures de Mahomet où un journal d’extrême-droite danois s’est vu défendre par la presse française bien pensante qui se vend sur les boulevards.
Cette pression « morale » est si forte qu’un enfant non musulman mais passionné de culture arabomusulmane juste pour son plaisir intellectuel, pourrait faire peur à sa mère. Celle-ci ressentant la crainte qu’un jour ou l’autre, il ne se convertisse à l’islam car ce ne serait pas convenable voire dangereux. A force de diabolisation, des gens raisonnent souvent avec l’islam comme s’il s’agissait d’une secte dangereuse.
Le problème de beaucoup de musulmans de France, c’est le refus de s’intégrer à travers une assimilation pure et dure. Comme d’autres, certains d’entre eux envisagent une "troisième" voie conciliant les valeurs fondamentales de la république et la préservation de leurs valeurs religieuses et culturelles constitutives de leur identité et de leur histoire. A mon avis Djamel Bouras est de ceux-là et c’est tout à son honneur de défendre la démocratie sans tomber dans le renoncement de ses idées au nom de ses nouvelles ambitions.
Djamel Bouras est un champion du monde de judo tout comme David Douillet. Il a porté au plus haut les couleurs de la France, il n’a donc aucune leçon d’identité nationale à recevoir de qui que ce soit puisque c’est bien de ça dont il s’agit. Il n’a trempé dans aucun scandale financier et n’a pas de loi d’amnistie à son nom. A ceux qui disent pour l’enfoncer, qu’il a été suspendu pendant un an pour dopage, on dira simplement qu’en la matière, il y a ceux qui suivent des programmes de dopage et ceux qui prennent accidentellement un médicament tout à fait classique mais figurant sur la liste de produits interdits. On ne saura jamais de toutes façons..
Tout comme on ne saura jamais comment l’ancien champion du monde d’escrime, ancien ministre de la jeunesse et des sports, Jean-François Lamour, s’est lui aussi dopé. Pourtant, cela ne l’a pas empêché d’être ministre. Par contre, ça lui interdirait de prétendre à de hautes fonctions dans l’olympisme. Au fait, quelqu’un sait-il si Guy Drut se représente à la députation malgré sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs du RPR de Chirac ?
Djamel Bouras est un grand sportif mais surtout un libre-penseur, il exerce pleinement sa liberté d’expression au risque d’effrayer le petit-bourgeois bobo gavé d’informations en continu sur LCI ou I-Télévision. En général, on aime les sportifs quand ils font du charity business pas quand ils prennent des positions politiques véritables. Lilian Thuram l’a appris à ses dépends.
Djamel Bouras a décidé de servir encore une fois son pays en se présentant aux élections législatives. Il n’a aucun autre mandat contrairement à ces professionnels cumulards de fonctions électives et des retraites qui vont avec. Il ne cherche pas à fréquenter les cercles du pouvoir pour obtenir un strapontin dans une institution avant de solliciter des gens plus puissants encore façon Rachida Dati. Moi, ça me suffit comme preuve qu’il est un type bien. Les électeurs décideront et tant pis pour Mme Corinne Le Page ancienne ministre de l’environnement du gouvernement Juppé, vous savez celui qui a été condamné pour abus de biens sociaux.
"Cohn-Bendit à Dachau !" Voilà ce que la droite française scandait quand elle manifestait sur les Champs-Elysées contre les émeutiers de mai 68 dont Daniel Cohn-Bendit était le leader emblématique. Dachau, c’est le nom d’un camp de concentration nazi ! Quelques-uns de ces politiciens émérites mais au verbe si élégant étaient encore au sénat il n’y pas si longtemps..
Djamel Bouras va sûrement se voir accusé d’avoir des penchants antisémites juste parce qu’il a défendu la liberté d’expression de Dieudonné et de la télévision Al Manar. Certains s’y sont essayés pour Dieudonné et à chaque fois, l’accusation a été portée : Daniel Prévôt, Djamel Debbouze, Clémentine Célarié, Raphaël Confiant. Pour d’autres encore, impliqués ou non en politique, une déclaration tronquée ou sortie de son contexte et c’est le procès en sorcellerie : Mel Gibson, Noam Chomsky, Desmond Tutu, Raymond Barre, Hugo Chavez.
Comme l’a souligné Aimé Césaire, les blancs européens ont du mal à digérer qu’ils aient pu laisser réaliser sans rien dire, en détournant les yeux, l’extermination d’autres européens parce qu’ils étaient juifs. On assiste donc à un phénomène étrange aujourd’hui avec une rhétorique implacable qui rappelle l’empire romain menacé par les barbares. L’occident serait sous la menace de certains pays barbares du tiers-monde dont pas mal de ressortissants ont émigré en France, important par là même cette barbarie au sein même de la république.
Israël est désormais un pays occidental, une colonie « occidentale » légitimée à travers un état. Ce qui fait qu’attaquer ou remettre en cause Israël signifie attaquer ou remettre en cause l’occident qui affiche fièrement ses racines judéo-chrétiennes. Par un glissement rhétorique subtil, remettre en cause l’occident sur ses valeurs morales, le critiquer dans ses fondements idéologiques est vécu par ses élites comme une hérésie contenant les prémisses d’un antisémitisme pouvant aboutir à la barbarie. La barbarie était à quelques dizines de kilomètres de la France il y a quinze ans ! Comme nos dirigeants ont flippé avec l’ex-Yougoslavie et ses nettoyages ethniques sanglants !
Pourtant, les victimes de cette barbarie raciste, de ces massacres effroyables de Bosnie étaient principalement musulmanes ; européennes mais musulmanes. De quoi décrédibiliser le fond de commerce idéologique de l’Europe à l’époque, non ?
L’antisémitisme, concerne Juifs et arabes, on vient de le voir encore avec l’affaire "Phinéas" dont les cibles ont été des musulmans et un cimetière juif. Par un tour de passe-passe sémantique, on a retiré de l’antisémitisme originel, la haine des arabes et autres gitans. L’antisémitisme n’étant plus que la haine des juifs. Dés lors, être traité d’antisémite devient le cauchemar de toute personne publique qui mesure ses propos au millimètre en cas de discussion autour d’Israël ou du sionisme quand elle ne s’abstient pas de toute parole.
Le Canard Enchaîné a rapporté que le président du CRIF a téléphoné à l’Elysée pour désapprouver la nomination éventuelle d’Huber Védrine au poste de ministre des affaires étrangères, pas assez pro-israélien. Le CRIF aurait parlé selon le « Canard Enchaîné » de casus belli s’il était nommé. Apparemment, l’Elysée s’est laissé convaincre et a nommé Bernard Kouchner. Les quelques journalistes comme Nicolas Domenach qui ont repris l’information se sont bien gardés de dire que c’était sur pression de Mr R. Cukierman en parlant évasivement de pressions diverses sur Sarkozy émanant de certaines personnalités sans plus de précision. Pour ma part, je me fous bien que le CRIF, qui n’a pas démenti, tente d’intervenir auprès des élus pour défendre ce qu’il estime être ses intérêts, ce qui me surprend c’est le silence autour de ce fait.
L’autocensure des esprits, le formatage des pensées, y compris celle des futurs députés, est bien à l’œuvre. Alors tenez-le vous pour dit, Mesdames Messieurs , être révolutionnaire c’est ringard ; défendre le peuple palestinien c’est antisémite, réfléchir au respect de sa religion c’est communautariste, être attaché aux libertés individuelles c’est irresponsable.
Le maintien de la candidature de Djamel Bouras constituera donc un test.
A suivre de très très près !
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