ELWATAN-ALHABIB
jeudi 13 avril 2017
 

Le gouvernement Trump s’oriente dangereusement vers une politique étrangère instable, une diplomatie de la canonnière, et des guerres illégales d’agression








« La guerre n’est pas faite pour être gagnée. – Elle doit être permanente. L’acte essentiel de la guerre est la destruction des produits du travail humain. » George Orwell (1903-1950), (dans ‘1984’, un livre décrivant une société totalitaire future).
« Trompez-moi une fois, honte à vous; mais trompez moi une deuxième fois, honte à moi. » Proverbe ancien, (parfois attribué à l’Italie, la Russie ou la Chine).
« Les apprentis sorciers au pouvoir comprennent bien que pour préparer mentalement les gens à la guerre, il leur est nécessaire de susciter dans la population un climat de haine, de peur ou de méfiance envers les autres, que ces derniers appartiennent à un groupe bien identifiable de personnes, à une religion ou à une nation. » James Morcan (1978- ), (dans ‘The Orphan Conspiracies: 29 Conspiracy Theories from The Orphan Trilogy’, 2014).
« Presque toutes les guerres commencent par des opérations sous fausse bannière. » Larry Chin, (dans ‘False Flagging the World towards War. The CIA Weaponizes Hollywood’, Global Research, le 27 déc., 2014)

L’homme d’affaires impétueux, Donald Trump, devenu président des États-Unis, s’est fait une réputation de quelqu’un qui parle avant de réfléchir, et qui agit avant de connaître tous les faits. En ordonnant un bombardement illégal de la base d’Al-Chaayrate, en Syrie, vendredi dernier, seulement quelques heures après le terrible crime à l’arme chimique qui a tué des dizaines de civils dans la ville de Khan Cheikhoun, et avant toute enquête impartiale sur le terrain pour établir les coupables, alors même que le gouvernement syrien a nié toute implication de sa part dans le massacre, le président américain a montré son côté dangereusement impulsif et improvisateur.
En effet, on a présenté deux scénarios contradictoires pour expliquer l’attentat de Khan Cheikhoun et ses responsables, dans la province rebelle d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, un pays dévasté par une guerre civile qui dure depuis plus de six ans, soit depuis 2011.
– Le premier scénario est celui que le président étasunien a précipitamment fait sien, et celui qu’une presse américaine complaisante a aussitôt aussi fait sien, à savoir que c’est le gouvernement syrien qui aurait ordonné de bombarder la ville de Khan Cheikhoun à l’arme chimique, même s’il est connu que le gouvernement syrien s’est départi de son armement chimique sous supervision internationale, en 2013, en plus de se joindre à la Convention sur les armes chimiques. Il semblerait assez illogique, par conséquent, que le gouvernement syrien, lequel est en train, avec l’aide de la Russie, de gagner sa guerre contre des rebelles islamistes, fasse usage d’armes interdites et provoque de cette façon la communauté internationale. Le gouvernement syrien n’aurait eu rien à gagner, bien au contraire, en faisant usage d’armes chimiques.
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– Le deuxième scénario, invoqué par le gouvernement syrien et le gouvernement russe, et par des observateurs avertisest à l’effet que l’aviation syrienne aurait attaqué, à Khan Cheikhoun, un entrepôt de munitions des terroristes islamistes, lequel entrepôt se serait révélé contenir des arsenaux d’armes chimiques, et que c’est un déversement imprévu d’armes chimiques qui aurait causé, par accident, de nombreuses victimes civiles. Il s’en serait suivi une mise en scène bien médiatisée de la part des rebelles djihadistes d’al-Qaïda, afin de faire porter tout le blâme du massacre au gouvernement syrien de Bachar el-Assad, dans le but d’inciter le gouvernement Trump inexpérimenté à hausser d’un cran les interventions militaires américaines en Syrie.
En l’absence d’une enquête crédible et de preuves physiques concluantes, c‘est l’argument du ‘Cui Bono‘ (‘à qui profite le crime’) qui pourrait avoir préséance ici, car ceux qui profitent le plus du crime ignoble perpétrés sur des enfants sont sans contredit les rebelles islamistes, lesquels ont réussi avec Trump ce qu’ils n’avaient pas réussi avec Obama, c’est-à-dire provoquer une intervention militaire américaine en leur faveur. En effet, un crime semblable et encore plus horrifique que celui de Khan Cheikhoun a été commis à Ghouta, dans la banlieue de Damas, le 21 août 2013, présumément, dans les deux cas, le résultat d’une opération ‘sous fausse bannière’.
Une « opération sous fausse bannière » se définit comme étant « un événement horrible, organisé de manière à accuser un ennemi politique, et utilisé comme prétexte pour lancer une guerre ou servir de mensonge d’état pour promulguer des lois draconiennes, au nom de la sécurité nationale ».
Le droit international est de plus en plus écarté en faveur d’une certaine anarchie internationale
Il est attristant de constater que dans les États totalitaires, mais aussi dans nos soi-disant démocraties, il semble que les guerres d’agression soient maintenant justifiées et promues en recourant à des mensonges d’état et à des montages frauduleux, le tout afin de mieux tromper les gens. Les planificateurs va-en-guerre dans les gouvernements savent bien que les gens n’aiment pas les guerres, tout particulièrement les guerres illégales d’agression contre des pays qui ne les ont pas attaqués. C’est pourquoi leur tactique préférée consiste à persuader le public du bien-fondé des guerres à l’aide de mensonges et de faux prétextes pour la guerre, et à recourir à la propagande pour diaboliser et déshumaniser tout ennemi potentiel.
Quiconque connaît le moindrement l’histoire sait bien que les gouvernements recourent très souvent à ce genre d’ « opérations sous fausse bannière » afin de justifier des interventions armées, souvent déguisées en interventions dites « humanitaires », contre un pays ou un gouvernement en place. (Rappelons qu’en vertu de la Charte des Nations Unies, laquelle est le fondement du droit international, aucun pays n’a le droit d’attaquer militairement un autre pays, quel que soit le prétexte employé, sauf en cas de légitime défense ou quand le Conseil de Sécurité de l’ONU l’autorise.)
En effet, il existe une multitude d’exemples historiques de mises en scène et de mensonges dont certains dirigeants peu scrupuleux se sont servis pour faire la guerre à d’autres pays, en dépit du droit international.
Cas No. 1
Image result for bush iraq warConsidérons le cas récent de la guerre américaine contre l’Irak, lancée sous de faux prétextes, le 20 mars 2003, par le gouvernement étasunien de George W. Bush. Le président américain prétendait alors qu’il fallait que les États-Unis lancent une attaque dite « préventive » contre l’Irak, prétextant qu’il y avait des « armes de destruction massive » chimiques dans ce pays et que ces armes de destruction massive constituaient une menace pour les pays voisins et les États-Unis. Il s’avéra que non seulement cet acte d’agression était injustifié et illégal, mais aussi qu’il s’agissait d’un mensonge et d’une pure fabrication, puisqu’aucune de ces armes n’a été découverte après l’invasion militaire américaine de l’Irak.
Cas No. 2
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La supercherie du Golfe de Tonkin : En 1964, en pleine campagne présidentielle, le gouvernement du démocrate L. B. Johnson (1908-1973 ) souhaitait élargir la Guerre du Vietnam et bombarder le Nord Vietnam. Les services armés des États-Unis organisèrent une opération sous fausse bannière et prétendirent que deux de leurs navires de guerre, le USS Maddox et le USS C. Joy Turner, avaient été l’objet d’une attaque de la part du Nord Vietnam, les 2 et 4 août 1964. Devant la levée de boucliers spontanée et automatique des médias américains, le Président Johnson n’eut aucune difficulté à faire voter par le Congrès américain une résolution l’autorisant à bombarder le Nord Vietnam. Le problème : tout cela avait simulé et était, en fait, un coup monté. Il n’y a jamais eu d’attaque nord-vietnamienne contre un navire de guerre américain. Encore une fois, le public étasunien avait été dupé.
Cas No. 3
La guerre lancée par les États-Unis contre l’Espagne en 1898 :
Le 15 février 1898, le navire de guerre USS Maine, lors d’une visite amicale à Cuba, prit feu et coula dans le port de La Havane, apparemment à cause d’une explosion d’une de ses torpilles dans sa cale. Une enquête exclusivement américaine conclu, cependant, que l’explosion n’était pas un terrible accident interne, mais avait été provoquée de l’extérieur par une mine navale posée dans le port.
Le président républicain William McKinley (1843-1901), poussé par les journaux influents de New York (les journaux Hearst et Pulitzer), accusa le gouvernement colonial d’Espagne, à Cuba, d’être responsable de l’explosion et utilisa ce prétexte pour émettre un ultimatum à Espagne. Le Congrès des États-Unis déclara finalement la guerre contre l’Espagne le 20 avril 1898. Ce fut le début de la guerre hispano-américaine, laquelle permit aux États-Unis d’occuper Cuba, Porto Rico, l’île de Guam et les Philippines.
Donald Trump profite politiquement de sa soudaine conversion à la guerre
Des politiciens en perte de faveur populaire peuvent parfois trouver dans la guerre un moyen de se renflouer politiquement. En effet, si les circonstances le permettent, qu’est-ce qu’un politicien ambitieux peut faire, lorsque sa popularité est basse ou est en chute ? Il est possible qu’il soit alors tenté de trouver un prétexte pour se lancer en guerre, n’importe laquelle guerre, au mépris du droit international. Il semble, en effet, fort bizarre que le Président Donald Trump, après avoir critiqué des douzaines de fois son principal adversaire présidentiel, Hillary Clinton, d’avoir été une va-en-guerre, décide soudainement de virer capot et de se lancer lui-même dans une guerre d’agression. Il y a matière à alimenter le scepticisme.
En effet, Donald Trump a subi des reculs importants en politique intérieure ces derniers temps, et son taux d’approbation populaire est au plus bas. Même le Congrès américain, pourtant contrôlé par les Républicains, prend ses distances à son endroit. Tout son programme de politique intérieure est menacé et on l’accuse, à tort ou à raison, de devoir en partie son élection grâce à des interventions extérieures, venant de la Russie. Dans les circonstances, une intervention militaire fortuite à l’étranger peut lui sembler être, on le comprendra, une sorte de bouée de sauvetage politique intéressante et difficile à repousser. Le but : faire bifurquer l’attention générale de la politique intérieure vers la politique extérieure, et, possiblement, éviter une destitution.
Quelles que soient les motivations réelles qui se cachent derrière le changement de fusil d’épaule de Donald Trump, sa décision précipitée de bombarder la Syrie, un acte de guerre, tôt vendredi matin, le 7 avril, a plu aux néo-conservateurs américains et à plusieurs membres interventionnistes du Congrès, dont les va-en-guerre permanents que sont les sénateurs John McCain et Lindsey Graham. Le peuple américain est sans doute davantage divisé sur la question, mais on peut raisonnablement s’attendre à ce que, dans les prochaines semaines, la popularité de Trump, laquelle languissait aux environs de 35 p. 100, augmente sous l’approbation générale qu’il recevra des principaux médias corporatifs américains, dont la propriété est fortement concentrée. Trump pourra également compter sur une meilleure collaboration de la part du Congrès pour son programme controversé de politiques intérieures.
Cela est peut-être triste à dire, mais aux États-Unis, la voie la plus rapide pour un politicien en quête de popularité, au moins initialement, est de provoquer une guerre à l’étranger. Par exemple, la popularité du président George W. Bush est soudainement passée d’environ 50 % à plus de 90 %, après les attentats du 11 septembre 2001 et après qu’il ait lancé sa guerre contre l’Irak, en 2002-2003. À la fin de son deuxième mandat, cependant, sa note d’approbation était tombée en dessous de 30 pour cent. [Pour une description du phénomène, voir mon livre Le Nouvel Empire américain, 2004.]
En conclusion, disons que ce qui se passe présentement au Moyen-Orient, sur fond de lutte de pouvoir pour contrôler le tracé de pipelines de gaz naturel vers l’Europe, semblerait renforcer mon évaluation de février dernier, à savoir qu’un président Trump imprévisible et improvisateur risquait de devenir une « menace pour la démocratie américaine et un agent de chaos pour le monde ». Et, cela est peut-être davantage vrai maintenant que plusieurs membres démocrates du Congrès étasunien semblent disposés à l’appuyer dans ses projets guerriers (comme ils l’avaient d’ailleurs fait avec George W. Bush, dans les mêmes circonstances, en 2002-2003).
Rodrigue Tremblay
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Le Prof. Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et un ancien ministre dans le gouvernement québécois.
On peut le contacter à l’adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com.
Il est l’auteur du livre du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale ».
Prière de visiter son blogue en plusieurs langues à l’adresse suivante : http://www.thenewamericanempire.com/blog.htm.
Site Internet de l’auteur : http://www.thenewamericanempire.com/

© 2017 Prof. Rodrigue Tremblay: The New American Empire Blog.
 
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