ELWATAN-ALHABIB
samedi 3 décembre 2016
 

Il est temps de voir les États-Unis tels qu’ils sont (Daily Beast)







La vérité a balayé le pays, la vérité Trumpienne de ce que sont les États-Unis, ce pays que nous refusons de voir. Cette élection est comme le portrait de Dorian Gray dévoilé : une figure hideuse et dérangée, trop longtemps rangée dans un placard mais désormais à l’air libre.
Il faut lui souhaiter la bienvenue.
Parce que Trump est le représentant honnête du peuple étasunien. Narcissique, gourmand, grossier, arrogant, ambitieux, menaçant, baignant dans son ignorance, bouillonnant de ressentiment : Voici le pays, comme il a toujours été, la terre des millionnaires en devenir qui ont du mal à boucler leurs fins de mois qui votent pour les millionnaires qu’ils aimeraient devenir. Une culture d’arnaque, de triche, de mensonge, de fraude, d’exploitation, d’affaires et d’argent. Le Rêve américain, qui dit que nous allons tous devenir riches, est une pathologie.
Qu’on le veuille ou non, Trump, c’est nous. Il est l’illustration du Pentagone du Pouvoir que Lewis Mumford a décrit dans The Myth of the Machine, le complexe qui dirige les États-Unis : la politique, le profit, la publicité, la productivité (plus de consommation pour plus de profit) et la puissance physique (l’exploitation des combustibles fossiles pour plus de productivité). Mumford l’appelait la « mega-machine », dont le seul et unique but est sa propre survie et croissance.
Clinton, comme Trump, est au service de la mega-machine, mais elle se camoufle derrière la ruse anti-intellectuelle de la politique d’identité. C’est une femme prête et disposée à servir les instruments du patriarcat de la mega-machine, mais à qui la classe libérale – bourgeoise, aisée, complaisante et écrasée par le souci d’identité – s’est ralliée comme ils se sont ralliés à Obama.
Dans le bourbier de la politique d’identité, tout ce qu’il faut c’est une personne avec le bonne couleur de peau ou le sexe approprié pour diriger l’empire de la megamachine. Rappelons que le mouvement libéral anti-guerre est mort au moment où un libéral noir est arrivé au pouvoir et a perpétué, institutionnalisé et réifié les politiques de l’ère Bush. Obama a abattu avec des drones des gens de couleur en nombre sans précédent.
Les libéraux ne méritent que le mépris. Les gens dotés d’un cerveau travaillant pour la campagne Trump remercient les dieux pour la stupidité d’une gauche obsédée par l’identité.
J’ai échangé des courriers avec de vrais libéraux dans ma bonne vieille ville de Brooklyn, dont un bon gars, un chanteur populaire que je considère comme un ami et dont je ne peux pas révéler le nom car nos échanges furent privés. Pendant huit ans, il a écrit de nombreuses chansons engagées, dures et belles, contre le président Bush. Puis il s’est calmé avec l’élection d’Obama. Comme il m’a expliqué : « Puisque qu’il n’y a que les chansons politiques qui m’intéressent, si j’ai le moindre espoir d’être entendu, ce qui signifie avoir un impact [sic], c’est en faisant en sorte que ma musique soit spéciale. » Il a ajouté que pendant les années d’Obama, « je n’étais pas motivé pour écrire. »
Une belle rationalisation, et tant pis pour les vertus de la protestation. Lui et sa femme m’ont écrit cette année pour me rappeler de ne pas oublier de voter pour Hillary.
Je lui ai dit, et je le dis tous les bons libéraux de Brooklyn : avec votre soutien à Hillary et les machinations et les fraudes de l’élite démocrate, vous vous êtes rendus complices de la destruction du seul candidat, Bernie Sanders, qui aurait pu, selon tous les sondages, battre Trump à plate couture. Maintenant, vous en payez le prix.
Au cours de l’année écoulée, Trump a craché ses mots authentiques, putrides au visage de l’Amérique. Et les Étasuniens en redemandaient. L’authenticité de Trump est celle du bonimenteur qui dit à tous ceux qui veulent bien l’entendre qu’il ment. Les Clintoniens ont toujours prétendu être autre chose que des représentants de l’oligarchie. Trump ne s’en cache pas. Il aime l’argent et le pouvoir. Il aime la violence. Il exprime le charisme de l’homme fort. C’est pourquoi nous, à gauche, devons le remercier.
Le mardi soir, après l’annonce des résultats, j’ai appelé mon vieil ami Brian Ertz à Boise. Ertz fut élu délégué de Sanders de l’Idaho, et s’est rendu à Philadelphie en juillet dernier pour la Convention Nationale Démocrate, et il a vu comment la cabale Clintonienne a manoeuvré et triché pour déconsidérer et finalement écarter les partisans de Sanders. Il en est sorti malade.
Mais à l’annonce de la victoire de Trump, Ertz a éclaté de rire. « C’est trop beau pour être vrai. C’est merveilleux. J’ai le sentiment de baigner dans le bonheur. De l’honnêteté, enfin. C’est comme révéler un grand secret et se sentir soulagé. C’est une énorme fuck you à l’élite libérale. C’est un premier pas vers la vérité.
« La première étape consiste à abandonner le déni. Trump est indéniable. Sans le faux espoir d’un exécutif complaisant, l’ambition intellectuelle et créative de la gauche ne pourra plus être cooptée. Elle sera obligée de montrer ses talents dans la rue. »
Avec Obama, ce fut le déni. Mais c’est fini maintenant. Comme tout toxicomane peut l’attester, la première étape vers une guérison significative est l’abandon du déni.
J’ai écrit en juin que je voterai pour Trump précisément parce c’est un enfoiré de capitaliste et un être humain monstrueux et que sa monstruosité serait une chose merveilleuse à la Maison Blanche, un facteur de galvanisation pour l’opposition :
... il est hors de question que je me prononce en faveur de Clinton, parce que je sais ce qu’une présidence de Clinton présage. Encore plus du pillage néolibéral, mais avec un gentil sourire démocrate pour calmer la gauche.
C’est ce qui arrivé sous Obama : la machine de guerre et Wall Street ont régné sans partage tandis que nous chantions tous « kumbaya » sous prétexte qu’un homme noir avait accordé son imprimatur à l’intolérable statut quo. C’est ce qui se reproduira sous Hillary.
Ce qu’il faut maintenant, c’est de la consternation, de la confusion, de la dissension, du désordre, du chaos – et une crise avec une sortie, si possible – et une présidence Trump est la meilleure chance pour y arriver. C’est une politique de terre brûlée. Je préfère voir l’empire brûler sous Trump, ce qui ouvrirait au moins la possibilité d’un changement radical, qu’une croisière sur pilote automatique sous Clinton.
Oui, j’ai voté pour Trump et je persiste et signe. Allez Trump ! Il est l’horrible visage de l’Amérique. Les lignes sont maintenant clairement dessinées, comme elles ne l’ont jamais été sous Obama, comme elles ne l’ont jamais été dans l’histoire récente. Fourbissons nos meilleures armes de gauche pour la révolte.
Christopher Ketcham
 
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