ELWATAN-ALHABIB
mercredi 1 octobre 2014
 
Un jeu de massacre sans fin 
 
 
 
 
par M. Saadoune
La guerre contre le Daech est sans victoire possible. L'écrasement de l'EI, s'il se réalise, donnera naissance à de nouveaux périls. C'est un message d'Occidental, Dominique de Villepin, adressé aux Occidentaux.

L'ancien Premier ministre français n'a rien d'un naïf, il n'ignore pas qu'il existe des enjeux politico-économiques en œuvre dans ces guerres à répétition où les Occidentaux interviennent, créent de graves problèmes et se piquent d'intervenir, à nouveau, pour les «corriger».

Cela ne date pas d'aujourd'hui et l'Irak, objet d'un traitement particulier depuis le début des années 90, continue à illustrer ce jeu malsain. Aujourd'hui, avec un Daech à la vision moyenâgeuse, les Occidentaux pensent que cela dispense d'avoir à trop expliquer.

Le Daech, c'est le méchant, et il ne sert à rien d'en chercher la généalogie, c'est déplacé, laisse-t-on entendre. Et, bien entendu, dans dix ans, quand on en aura fini avec le Daech, il y aura d'autres réalités, sinistres parce que nées de la violence, qui justifieront d'autres interventions.

Quand les dirigeants occidentaux hurlent que ce n'est pas la guerre des civilisations, c'est qu'ils la font ou la préparent. On est bien dans cette arrogance qu'ont les puissants de prendre plus faibles qu'eux comme des objets de laboratoire.

Après tout, si tous ces Etats se disloquent et se multiplient en des entités en guerre perpétuelle, il y a certainement de l'argent à ramasser. La guerre, même si elle est sans victoire, offre bien des opportunités aux affaires…

Le discours occidental, ce n'est pas une nouveauté, tient à mettre en avant la participation des Etats arabes à la coalition. Sauf qu'ils l'ont déjà fait dans les précédentes «coalitions». Ils ont joué ce rôle de comparse sans pour autant convaincre qu'il s'agit d'une opération arabe.

Les régimes qui sont aujourd'hui dans la coalition ont, de manière multiforme, par l'argent et la latitude laissée à leurs jeunes, pré-formatés, de rejoindre le terrain de la «guerre contre les Safavides chiites», contribué à la cristallisation de ce kyste nommé Daech.

C'est un jeu de massacre sans fin. En Libye, également, les appels à l'intervention militaire étrangère sont formulés avec une insouciance totale pour ses conséquences désastreuses qu'il n'est pas difficile de deviner. Et qu'ils n'acceptent d'ailleurs pas d'assumer.

En Irak et en Syrie, ils savent pertinemment que les frappes aériennes disloqueront le prétendu «Etat islamique» mais ne résoudront pas les problèmes par une guérilla qui ne peut que perdurer. On veut le résoudre par la «formation» des rebelles syriens qu'on croit pouvoir «encadrer» mais dont le comportement futur restera imprévisible.

Même si les responsables algériens s'abstiennent de le dire ouvertement pour des raisons de complaisance diplomatique, l'intérêt national commande de ne pas s'insérer dans ces démarches.

A plus forte raison pour la Libye voisine où la transformation d'une mission de protection de la population en opération de changement de régime a entraîné un effondrement du peu d'Etat et une militarisation des tribus.

La tentative de présenter les choses sous la dichotomie, facile et fausse, entre «libéraux» et «islamistes», n'a pas fonctionné. Des tentatives sont menées – et l'Algérie y est partie prenante – pour renouer le dialogue entre les Libyens et les amener à se donner des garanties mutuelles et à ouvrir l'avenir.

C'est une démarche politique nécessaire sur laquelle il faut persévérer contre les partisans de la guerre qui, il ne faut pas s'illusionner, reviendront à la charge pour fabriquer des Daech à combattre.


 
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