ELWATAN-ALHABIB
lundi 5 mai 2014
 
LES MOTS INTERDITS 
 
 
 
 
par M. Saadoune
John Kerry, chef de la diplomatie américaine, s'est platement excusé, il n'a pas accusé Israël d'être «un Etat d'apartheid ou qu'il avait l'intention de le devenir». Et c'est vrai, il ne viendrait jamais à l'idée d'un dirigeant américain de critiquer Israël ou de décrire les choses telles qu'elles sont.

Dans les propos de Kerry qui ont suscité des réactions hostiles des lobbies israéliens aux Etats-Unis, ce qui prime c'est l'intérêt d'Israël de se débarrasser du « problème démographique» palestinien ; son souci est sa capacité à devenir un Etat «juif» et donc de ne pas «s'encombrer» des Palestiniens. L'AIPAC a immédiatement réagi en qualifiant d'offensant et d'inapproprié toute suggestion qu'Israël était ou risque de devenir un Etat d'apartheid, le tout assorti du vieux couplet qu'Israël est la «seule démocratie» au Moyen-Orient. Un rappel à «ligne» ou au tabou qui a été immédiatement entendu par M. Kerry. Mais Israël est bien un Etat d'apartheid, un régime raciste qui pratique l'épuration ethno-religieuse. L'embarras de John Kerry d'avoir vaguement évoqué pour le «futur» ce qui existe déjà renseigne, une fois de plus, du poids du lobby israélien à Washington.

Les responsables américains peuvent critiquer, sans problème, leurs alliés ou vassaux du monde entier, mais ils ont l'assurance d'être remis à leur place s'ils parlent d'Israël. Du coup, Kerry fait acte de contrition, ce qu'il avait dit lors d'une réunion à huis clos de la vieille Trilatérale, il le regrette. «Si je pouvais rembobiner la bande, j'aurais choisi un autre mot » que celui d'apartheid. «Je ne permettrai pas que mon engagement pour Israël soit discuté par quiconque», a ajouté le chef de la diplomatie de la plus grande puissance mondiale. La messe est redite. Mais l'Internet servant d'archives immédiatement accessibles, tout le monde a pu vérifier que des responsables israéliens ont déjà évoqué «sans complexe» la possibilité d'un Etat d'apartheid en cas d'échec du projet de deux Etats. En définitive, ce qu'Ehud Olmert ou Tzipi Livni peuvent dire sans susciter des réactions outragées, John Kerry ne le peut pas. Lui-même admet cette exception. Un homme politique américain, à défaut de montrer une «loyauté» à Israël égale ou supérieure à celle des Etats-Unis, doit s'abstenir d'émettre le moindre soupçon de critique.

En 2006, deux politologues américains, John Mearsheimer et Stephen Walt, ont été littéralement incendiés pour avoir publié, sur le site de l'université d'Harvard, une étude sur «le lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis». Ils apportaient une démonstration probante sur le fait que le lobby israélien exerçait une influence exorbitante à Washington au point de contraindre les Etats-Unis à mener une politique étrangère contraire à leurs intérêts. Le «mea-culpa» de John Kerry le confirme amplement. L'archevêque Desmond Tutu a déjà constaté qu'aux Etats-Unis les gens avaient peur de dire que «le mal est mal parce que le lobby juif est puissant, très puissant ». Ce grand combattant anti-apartheid ne joue pas avec les mots, ce que vivent les Palestiniens il le connaît parfaitement. Il n'a pas fermé les yeux en se rendant en Palestine. « J'ai été témoin des routes et des maisons réservées aux Juifs et de l'humiliation infligée de manière systématique par l'armée israélienne aux femmes, aux hommes et aux enfants palestiniens. Leur humiliation nous est familière à nous, Noirs sud-africains, qui avons été réprimés, harcelés et insultés par les forces de sécurité du gouvernement d'apartheid.» Tutu parlait de ce qui existe et non d'une hypothèse future. Desmond Tutu est plus libre que M. Kerry.
 
Commentaires:

Enregistrer un commentaire

Abonnement Publier les commentaires [Atom]





<< Accueil
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

Archives
février 2007 / mars 2007 / avril 2007 / mai 2007 / juin 2007 / juillet 2007 / août 2007 / septembre 2007 / octobre 2007 / novembre 2007 / décembre 2007 / janvier 2008 / février 2008 / mars 2008 / avril 2008 / mai 2008 / juin 2008 / septembre 2008 / octobre 2008 / novembre 2008 / décembre 2008 / janvier 2009 / février 2009 / mars 2009 / avril 2009 / mai 2009 / juin 2009 / juillet 2009 / août 2009 / septembre 2009 / octobre 2009 / novembre 2009 / décembre 2009 / janvier 2010 / février 2010 / mars 2010 / avril 2010 / mai 2010 / juin 2010 / juillet 2010 / août 2010 / septembre 2010 / octobre 2010 / novembre 2010 / décembre 2010 / janvier 2011 / février 2011 / mars 2011 / avril 2011 / mai 2011 / juin 2011 / juillet 2011 / août 2011 / septembre 2011 / octobre 2011 / novembre 2011 / décembre 2011 / janvier 2012 / février 2012 / mars 2012 / avril 2012 / mai 2012 / juin 2012 / juillet 2012 / août 2012 / septembre 2012 / octobre 2012 / novembre 2012 / décembre 2012 / janvier 2013 / février 2013 / mars 2013 / avril 2013 / mai 2013 / juin 2013 / juillet 2013 / août 2013 / septembre 2013 / octobre 2013 / novembre 2013 / décembre 2013 / janvier 2014 / février 2014 / mars 2014 / avril 2014 / mai 2014 / juin 2014 / juillet 2014 / août 2014 / septembre 2014 / octobre 2014 / novembre 2014 / décembre 2014 / janvier 2015 / février 2015 / mars 2015 / avril 2015 / mai 2015 / juin 2015 / juillet 2015 / août 2015 / septembre 2015 / octobre 2015 / novembre 2015 / décembre 2015 / janvier 2016 / février 2016 / mars 2016 / avril 2016 / mai 2016 / juin 2016 / juillet 2016 / août 2016 / septembre 2016 / octobre 2016 / novembre 2016 / décembre 2016 / janvier 2017 / février 2017 / mars 2017 / avril 2017 / mai 2017 / juin 2017 / juillet 2017 / août 2017 / septembre 2017 / octobre 2017 /


Powered by Blogger

Abonnement
Articles [Atom]