ELWATAN-ALHABIB
dimanche 25 mai 2014
 
La mentalité de l'impasse 
 
 
 
 
 
 
par K. Selim
  « Je suis prisonnier de la Constitution de 1989». Même quand on affiche une disonibilité à discuter et à participer à trouver des solutions dans un pays où il y a des pouvoirs mais pas encore d'Etat au sens moderne du terme, on est engagé par ce qu'on a fait. Par ses propres valeurs. Mouloud Hamrouche est «prisonnier» de la Constitution de 1989 ? On en doute. Mais alors, dans le sens le plus positif du terme : celui de l'attachement à la construction d'un Etat moderne fondé sur l'exercice effectif des libertés. C'est d'ailleurs cet attachement -ou «auto-emprisonnement» dans des valeurs qui sont celles du mouvement national- qui rendait spécieuses les critiques de ceux qui le présentent en attente dans «son salon» d'une «offre» du système. La Constitution de 1989 incarnait bien une volonté de refonder l'Etat sur des bases modernes avec les libertés comme fondement et une réelle séparation des pouvoirs. C'est un attachement éthique : quand on défend les libertés, on ne peut être partie prenante à des démarches qui visent à les étouffer ou les restreindre. C'est aussi le fruit d'une analyse «réaliste» sur la dangereuse vanité d'un système qui croit arrêter l'histoire en «s'organisant» contre une société perçue non comme une force ou un potentiel mais comme une menace. On n'est d'ailleurs pas sorti de cette perception où le potentiel du pays, c'est-à-dire celui des Algériens dans leur diversité, est neutralisé au lieu d'être valorisé. Un système qui a entrepris depuis les années 90 de démanteler les réformes et de maintenir les Algériens orphelins d'un Etat moderne qu'ils auraient pu avoir, mais qu'ils n'ont pas, n'a pas d'offre politique à faire. Il peut offrir des «postes», il n'offre pas une politique ou une perspective. Le «dialogue» sur la révision de la Constitution ne constitue pas une offre politique. La seule disposition visée est de revenir, presque en catimini, à la limitation des mandats. Cela ne fait pas un débat politique et encore moins un projet de société. On peut aisément comprendre que Mouloud Hamrouche ne soit pas intéressé par des discussions que l'on sait hors sujet. Surtout dans un pays où la «seule grande réussite» du système est d'avoir entravé systématiquement l'organisation de la société alors qu'il a atteint lui-même un niveau avancé d'impotence. Le pays a besoin d'une vraie introspection, d'une mise à plat et non d'artifices et de ruses. La limitation des mandats n'est pas sans importance mais si elle avait du «sens» en 2008, elle n'en n'aura pas désormais avant dix ou quinze ans. Elle n'est pour l'heure ni un programme ni une urgence. Elle n'est pas une «réforme». Qu'on le veuille ou non, la vraie référence reste la Constitution de 1989 car elle était portée par une poussée de la société et une volonté de réforme. Les vieilles ruses politiques sont dérisoires devant la conjonction entre l'impasse du système et l'inexistence d'une alternative organisée dans la société. Et il est clair qu'un effondrement -qui n'a rien d'hypothétique- du système fait peser une grave menace sur l'Algérie. Le cadre de la discussion fixé par le pouvoir ne peut donner qu'un débat à vide. Comment en sortir ? Les gens du régime doivent se libérer de la peur d'une société qui a plus que jamais besoin d'un Etat solide, moderne et démocratique. Comment organiser la transition du non-Etat vers le début d'une vraie construction est le seul thème à la hauteur des enjeux. Ce n'est pas une affaire de texte, mais d'une volonté politique et d'une prise de conscience des périls. Hamrouche n'est pas prisonnier de la Constitution de 1989. C'est ceux qui ont mené la contre-réforme depuis plus de deux décennies qui le sont. Ils ont réussi à casser un élan mais ont installé le pays dans l'impasse. Et ils le sont, eux aussi, mentalement.

Même quand ils constatent que cela ne «marche pas» ils ne savent même plus comment réformer. Car, dans l'entreprise de démantèlement des réformes, ils ont aussi cassé les outils qui permettent de les penser et de les mettre en œuvre. Raison de plus pour ne pas ruser et se tromper de débat. Il n'y a pas de solution miracle. Mais il y a des constats, sans fard, à faire et un consensus à mettre en place pour retrouver un nouvel élan.
 
Commentaires:

Enregistrer un commentaire

Abonnement Publier les commentaires [Atom]





<< Accueil
"Si vous n’y prenez pas garde, les journaux finiront par vous faire haïr les opprimés et adorer les oppresseurs." Malcom X

Archives
février 2007 / mars 2007 / avril 2007 / mai 2007 / juin 2007 / juillet 2007 / août 2007 / septembre 2007 / octobre 2007 / novembre 2007 / décembre 2007 / janvier 2008 / février 2008 / mars 2008 / avril 2008 / mai 2008 / juin 2008 / septembre 2008 / octobre 2008 / novembre 2008 / décembre 2008 / janvier 2009 / février 2009 / mars 2009 / avril 2009 / mai 2009 / juin 2009 / juillet 2009 / août 2009 / septembre 2009 / octobre 2009 / novembre 2009 / décembre 2009 / janvier 2010 / février 2010 / mars 2010 / avril 2010 / mai 2010 / juin 2010 / juillet 2010 / août 2010 / septembre 2010 / octobre 2010 / novembre 2010 / décembre 2010 / janvier 2011 / février 2011 / mars 2011 / avril 2011 / mai 2011 / juin 2011 / juillet 2011 / août 2011 / septembre 2011 / octobre 2011 / novembre 2011 / décembre 2011 / janvier 2012 / février 2012 / mars 2012 / avril 2012 / mai 2012 / juin 2012 / juillet 2012 / août 2012 / septembre 2012 / octobre 2012 / novembre 2012 / décembre 2012 / janvier 2013 / février 2013 / mars 2013 / avril 2013 / mai 2013 / juin 2013 / juillet 2013 / août 2013 / septembre 2013 / octobre 2013 / novembre 2013 / décembre 2013 / janvier 2014 / février 2014 / mars 2014 / avril 2014 / mai 2014 / juin 2014 / juillet 2014 / août 2014 / septembre 2014 / octobre 2014 / novembre 2014 / décembre 2014 / janvier 2015 / février 2015 / mars 2015 / avril 2015 / mai 2015 / juin 2015 / juillet 2015 / août 2015 / septembre 2015 / octobre 2015 / novembre 2015 / décembre 2015 / janvier 2016 / février 2016 / mars 2016 / avril 2016 / mai 2016 / juin 2016 / juillet 2016 / août 2016 / septembre 2016 / octobre 2016 / novembre 2016 / décembre 2016 / janvier 2017 / février 2017 / mars 2017 / avril 2017 / mai 2017 / juin 2017 / juillet 2017 /


Powered by Blogger

Abonnement
Articles [Atom]