ELWATAN-ALHABIB
lundi 10 mars 2014
 

Zbigniew Brzezinski,le Méphisto de l’Amérique, 

 

 

 

 

par Komnen Becirovic


IRIB-Que n'a-t-on pu voir et entendre à la télévision, écouter sur les ondes
ou lire dans les journaux sur la soif de la liberté et de la justice du peuple ukrainien, sur son ardent désir de s'affranchir de la tutelle esclavagiste russe et de rejoindre l'Union européenne et l'Otan, sur le caractère spontané et démocrate des manifestations de Kiev, sur l'ingérence des Russes dans les affaires d'Ukraine et sur la complète innocence et la loyauté des Occidentaux, sur le scrutin frauduleux et la victoire volée à l'opposition lors des élections présidentielles dans ce pays en novembre-décembre 2004 ! On eût dit que le sort du monde était suspendu à l'arrivée à la tête de l'Ukraine de Victor Iouchtchenko à la figure mystérieusement ravagée par l'acné, promu soudain chevalier, sinon martyr de la démocratie.Or la gigantesque farce orange de Kiev, relayée par les médias du monde entier, avait été ourdie, mise en scène et financée par les Etats-Unis d'Amérique qui continuent sans relâche de tisser leur vaste conspiration contre la Russie, en lançant des campagnes médiatiques calomnieuses à son encontre, en l'encerclant de bases militaires par le biais de l'élargissement de l'Otan, en dressant les peuples de l'ex-espace soviétique contre elle, en se livrant au travail de sape et en organisant la subversion économique et autre à l'intérieur d'elle-même. Le but évident en est de déstabiliser et d'affaiblir la Russie, avant de pouvoir la soumettre, s'emparer de ses richesses, la démembrer et l'effacer de la carte du monde.Il suffit, qui en douterait encore, de rouvrir le livre, écrit il y a huit ans, par le géopolitologue, apôtre du Nouvel ordre mondial américain, Zbigniew Brzezinski, Le Grand échiquier où il développe les idées de la mise en faillite géostratégique de la Russie dans les ex-républiques soviétiques et dans l'ensemble de l'Eurasie. C'est ce ressortissant polonais, naturalisé américain, qui, en tant que conseiller du président Jimmy Carter de 1977 à 1981, conçut le piège islamiste afghan aux Russes, sans se douter que le mal islamiste ne tarderait pas à se retourner contre l'Amérique, mais qui devait hâter néanmoins l'écroulement de l'Union soviétique. Le jeu donc en valait la chandelle et Brzezinski ne manquera pas de s'en vanter notamment dans une célèbre interview au Nouvel Observateur du 15 janvier 1998.Il devint ainsi le principal inspirateur de la politique hégémonique des Etats-Unis avec des résultats aussi spectaculaires que la guerre contre les Serbes que fit sa fervente disciple Madeleine Korbel Albright et la contribution qu'elle apporta à l'expansion de l'OTAN à l'Est en vue de la conquête de l'Eurasie.Cependant l'emprise des talibans sur l'Afghanistan qu'il fallait tenter de renverser au prix d'une terrible guerre, l'émergence de l'hydre Al-Qaïda du sein du monde islamique avec l'apocalypse sur Manhattan, le 11 septembre 2001, ainsi que d'autres actions terroristes, l'enlisement de la puissance américaine en Irak, le spectre des nouvelles guerres qui se profile contre l'Iran, la Syrie, la Corée du Nord et même contre la Russie, enfin l'antiaméricanisme universel, constituent autant de fruits monstrueux de la doctrine coupable de Brzezinski, qu'il se peut bien que ce grand gourou de la domination de l'Amérique sur le monde, se révèle l'artisan de sa perdition, son mauvais esprit, son Méphisto.Sa haine à la fois atavique, rationnelle et froide de la Russie, qui n'a d'égal que celle dont furent animés les idéologues nazis envers ce pays, s'est manifestée en particulier au sujet de l'Ukraine dont il prône le détachement et l'éloignement de la sphère russe, afin d'en finir à jamais avec les ambitions impériales de Moscou : " L'indépendance de l'Ukraine modifie la nature même de l'État russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l'échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l'Ukraine, la Russie cesse d'être un empire en Eurasie. Et quand bien même elle s'efforcerait de recouvrer un tel statut, le centre de gravité en serait alors déplacé, et cet empire pour l'essentiel asiatique serait voué à la faiblesse, entraîné dans des conflits permanents avec ses vassaux agités d'Asie centrale. " Et plus loin : " Sans l'Ukraine et ses cinquante deux millions de " frères slaves ", toute tentative de la restauration impériale commandée par Moscou est vouée à rencontrer la résistance prolongée de populations devenues très sourcilleuses sur la question de leur identité nationale et religieuse." Pour revenir ainsi sur nombre de pages de façon quasi obsessionnelle, en dénonçant le droit divin de la Russie sur l'Ukraine, en allant jusqu'à contester le lien organique qui lie les deux pays, en cautionnant la création artificielle de l'Ukraine dans ses limites actuelles par les bolcheviks obsédés de combattre la fameuse hégémonie grand-russe, en plaidant pour la souveraineté de l'Ukraine sur la presqu'île de la Crimée donnée en cadeau à cette république par Khrouchtchev en 1954, en se félicitant du refus systématique des dirigeants ukrainiens d'une union naturelle avec la Russie et la Biélorussie. Par contre, il insiste sur la création de l'alliance, patronnée par Washington, entre la Georgie, l'Ukraine, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan et la Moldavie, en réponse aux accords entre la Russie et la Biélorussie. Il ne se lasse pas de répéter que l'Ukraine constitue l'enjeu essentiel dans le refoulement (roll-back) de la Russie, la nouvelle stratégie qui doit remplacer celle de l'endiguement (containment), développée par George Kennan en 1947 et pratiquée pendant près d'un demi-siècle de guerre froide. N'ayant pour but que d'affaiblir la Russie, de la couper de toute sa partie méridionale et de la mer Noire , de la refouler en définitive dans les limites d'avant Pierre le Grand et Catherine II, la doctrine de Brzezinski ne repose point sur des données géographiques, historiques et ethniques. Il ignore délibérément l'épopée de la Russie kiévienne durant le Xe et XIe siècles, avec les souverains Rurikides, tels que Vladimir le Grand qui fit baptiser la Russie en 988, Iaroslav le Sage qui, après Charlemagne, promulgua le premier code des lois en Europe, la fameuse Rousskaïa Pravda , Vladimir le Monomaque, guerrier infatigable qui mena victorieusement quatre-vingt-cinq expéditions défensives et qui porta l'empire de Kiev à son apogée, avant que celui-ci soit détruit par les Mongols. Pour le stratège de la perdition de la Russie au profit des Etats-Unis, la bataille de Koulikovo en 1380 où Dimitri Donskoï défit les Tatares et initia la libération de la Russie du joug mongol, n'aurait jamais eu lieu ! Pas plus que l'insurrection cosaque conduite par Bogdan Khmelnitski en 1646 afin de libérer l'Ukraine de la féroce oppression polonaise. Mouvement qui aboutit à la création de l'Assemblée (la Rada) de Pereslavl en 1654, qui demanda au tsar Alexis Mikhaïlovitch la protection de toute la partie du pays à l'est du fleuve Dniepr, et qui l'accepta. Nulle trace également dans l'argumentaire de Brzezinski de la bataille de Poltava en 1709 où Pierre le Grand écrasa au cœur même de l'Ukraine, l'armée de Charles XII et celle de son allié, le traître hetman Mazeppa, mettant ainsi fin, après trente ans, à la guerre du Nord et à l'impérialisme suédois ! Les guerres libératrices de Catherine II, celle de 1769-1774 et celle de 1787-1791, qui affranchirent de l'esclavage turc toute la Russie méridionale, ainsi que la Bessarabie et la Moldavie, et permirent la fondation d'Odessa et de Sébastopol en Crimée, ne se seraient, non plus, jamais déroulées ! Les Ukrainiens auraient été tellement oppressés par les Russes que les grands hommes d'État comme Grégory Potemkine et Alexandre Bezborodko, originaires d'Ukraine, n'auraient jamais administré l'empire de Russie. ! Enfin, Gogol, l'un des géants de la littérature russe et universelle, né à Poltava, ne serait qu'un auteur purement ukrainien ! En réalité, en l'amputant de l'Ukraine, on veut non seulement dépouiller la Russie de ses territoires et de ses biens, mais aussi de son histoire et de sa civilisation !
C'est que la seule donnée absolue concernant l'Ukraine qui compte dans l'esprit de Brzezinski, et qui l'emporte sur toutes les autres, sur la géographie, l'histoire, l'ethnographie et l'étymologie, est la chimère polonaise de la nation ukrainienne qui fut reprise et élaborée principalement par Pantéleïmon Koulich, homme des lettres, et Mikhaïl Grouchevski, historien, puis par les bolcheviks qui se servirent de ce dernier. Ils donnèrent à la fiction la réalité sous forme d'une république ukrainienne en usurpant de vastes territoires de la Vieille Russie centrale, alors que le mot oukraïna en russe, kraïna en serbe, ne signifie que les confins, en occurrence ceux de la Pologne face aux Tatares se partageant longuement avec celle-ci les terres russes méridionales.
Cependant pour ce féroce anticommuniste qu'est Brzezinski, les bolcheviks et leurs suiveurs ont, certes, misérablement échoué dans tous les domaines, hormis dans un seul : la création de nombreuses républiques, en particulier celle de l'Ukraine, sur les ruines de la Russie impériale, où ils auraient réussi à merveille. En fait, Brzezinski ne voit l'Ukraine qu'à travers ses fantasmes polonais anti-russes habillés en une logique apparemment solide et mise au service de la pénétration américaine au cœur de la Russie.
Depuis plus d'une décennie que ce programme a été élaboré, il n'a cessé d'être appliqué pour connaître sa pleine réalisation colorée en automne dernier à Kiev, grâce à l'engagement de tels promoteurs de la démocratie que sont le milliardaire George Soros avec son Open Society Institute, l'ancien patron de la CIA James Woolsey avec son Freedom House, l'ex-Secrétaire d'État la précitée Madeleine Albright avec son National Democratic Institute, ainsi que The National Endowment for Democracy qui est l'une des multiples ramifications de la CIA. Il faut, sans être complet, ajouter à ces organisations, qui ont toutes fait leurs preuves lors des révolutions dites de velours en Serbie en 2000 et en Géorgie en 2003, l'agence USAID directement liée au gouvernement américain.
Evidemment Brzezinski est loin de limiter sa stratégie à la seule Ukraine , puisqu'il va jusqu'à prôner la dislocation de la Fédération russe elle-même par le biais de la décentralisation pour laisser le champ libre aux Etats-Unis sur le grand échiquier, the grand chessboard, qu'est l'Eurasie. " Une Russie plus décentralisée aurait moins de visées impérialistes. Une confédération plus ouverte, qui comprendrait une Russie européenne, une république de Sibérie, et une république extrême-orientale, aurait plus de facilités ", écrit-il. En même temps il vante les mérites démocratiques de la Turquie, en dépit de la politique répressive de celle-ci envers les Kurdes et salue le retour de son influence dans le Caucase ; il continue de jouer au protecteur des fanatiques islamistes tchétchènes et de gesticuler homme de paix entre eux et les Russes ; il donne des clins d'œil à la Chine communiste au sujet de la Sibérie ; il invite l'Union européenne à se joindre aux Etats-Unis dans leur action visant le dépérissement de la Russie ; il reconnaît que le fameux partenariat stratégique responsable, proposé par Washington à Moscou afin de conduire ensemble les affaires du monde, n'était qu'un leurre destiné à duper les dirigeants russes, aussi bien les nationalistes que les occidentalistes Eltsine en tête. " Jamais il n'était entré dans les intentions des Etats-Unis de partager leur prééminence mondiale et, quand bien même ils l'auraient envisagé, leur alter ego n'était guère en mesure de l'assumer ", écrit-il en se délectant de multiples handicaps de la Russie dont l'incapacité des anciens dirigeants de mener une politique qu'exigeait la nouvelle situation. Et le redoutable stratège de la perdition de la Russie de poursuivre non sans cynisme : " Dès que sont apparus les premiers différends entre les " partenaires stratégiques responsables ", les disparités à tous les niveaux - puissance politique, poids financier, capacité d'innovation technologique, pouvoir d'attraction culturelle - ont montré l'inanité de ce concept. Il n'en fallait pas plus pour que de nombreux Russes tire la conclusion que ce slogan, forgé par les Américains, avait pour la seule fonction de les égarer ".
Si cette tactique fonctionnait à merveille du temps de Eltsine, les Etats-Unis avec leurs complices de l'Union européenne jouant sur deux atouts majeurs pour assurer la descente de la Russie aux enfers, la démocratie et la dipsomanie du personnage alliée à l'ignorance, les choses commencèrent à changer avec l'arrivée de Poutine. Ses tentatives d'arrêter le désastre, se traduisant par des mesures telles que le redressement de l'État, le frein à la puissance des oligarques et la récupération des biens nationaux usurpés par eux, la limitation de pouvoir des gouverneurs des régions au bénéfice du pouvoir central afin d'éviter la balkanisation de la Russie, firent qualifiées par l'establishment de l'Ouest comme autant des dérives autoritaires de Poutine.
La lettre ouverte aux chefs d'États et des gouvernements de l'Union européenne et de l'Otan, que se fendirent les 115 atlantistes inconditionnels au lendemain de la tragédie de Beslan en septembre 2004, exhortant les responsables occidentaux de cesser d'embrasser Poutine, n'est que trop révélatrice de la russophobie actuelle à l'Ouest. Plus précisément de la hantise de voir le géant russe, qui n'a passé que trop de temps à genoux, se redresser enfin sur ses jambes. On peut trouver la liste exhaustive des signataires, parmi lesquels de tels coryphées d'humanisme et de démocratie que sont Vaclav Havel, Richard Holbrooke, James Woolsey, José Maria Aznar, André Glucksman, Bernard Kouchner, sur le site du Réseau Voltaire qui, par son non-conformisme, par son intelligence et par l'esprit de vérité qui l'anime, justifie parfaitement le nom qu'il porte.
Cependant, le plus extraordinaire, c'est que, le monstre froid, l'oracle de la nouvelle emprise esclavagiste sur le monde, Brzezinski, perdit les nerfs, se fâcha jusqu'à traiter, dans Wall Street Journal du 20 septembre 2004, le président Poutine de Mussolini et comparer la Russie actuelle à l'Italie fasciste, en écrivant : " Le régime de M. Poutine ressemble à maints égards au fascisme de Mussolini. Le Duce a " fait rouler les trains à temps ". Il a centralisé le pouvoir politique au nom du chauvinisme. Il a imposé le contrôle politique sur l'économie sans la nationaliser... Le régime fasciste a évoqué la grandeur nationale, la discipline et a exalté le mythe d'un passé prétendument glorieux ". Et ainsi de suite, le tout relevant de la logique perverse d'après laquelle un Polonais américanisé au nom inarticulable pour la plupart de ses concitoyens qu'ils abrègent en Zbig, peut être un grand patriote états-unien et même s'en ériger en foudre, alors que le président de la Russie ne peut l'être dans son propre pays ! En même temps, il continue dans son dernier ouvrage, Le Vrai choix, de flatter, tel le tentateur de Faust, les démons impériaux de l'Amérique et de la monter dangereusement contre la Russie et le reste du monde.
Evidemment la Russie doit en être consciente et, passant outre les récriminations et les calomnies grotesques dont fait l'objet, continuer de prendre les mesures appropriées, politiques, économiques, militaires et autres, afin de pouvoir faire face, comme à l'époque de Nevsky et de Donskoï, aux nouveaux croisés et aux nouveaux Tatares, ceux de la démocratie qui l'assaillent et la menacent dans son existence même.
KOMNEN BECIROVIC
 
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