ELWATAN-ALHABIB
mardi 18 mars 2014
 
LA FABRIQUE DU DESESPOIR 
 
 
 
 
 
par M. Saadoune
Mahmoud Abbas devait être reçu, hier, par le président américain Barack Obama pour évoquer officiellement les «pourparlers de paix» avec Israël. Ces discussions doivent théoriquement s'achever fin avril mais personne ne s'attend à la moindre avancée. Le président de l'Autorité palestinienne ne peut s'attendre, même si le secrétaire d'Etat américain fait mine de jouer à la fermeté, à une évolution dans la position israélienne. Ce que Tel-Aviv attend de lui est simple : une complète capitulation.

En échange de quelques bantoustans encerclés par l'armée israélienne, les Palestiniens sont sommés de reconnaître Israël en tant qu'«Etat juif» et donc d'abandonner leur droit au retour reconnu par les résolutions de l'Onu. C'est en quelque sorte l'aboutissement implacable du processus d'Oslo où Mahmoud Abbas et son équipe participaient à des négociations sans but pendant que la colonisation des terres palestiniennes s'étendait. Le chef de l'Autorité palestinienne ne rompt pas avec ce jeu pervers d'une négociation viciée dès l'origine. Et il poursuit mécaniquement dans cette voie sans issue alors même qu'il est encore plus affaibli qu'auparavant. La capacité de négociation des Palestiniens est au plus bas, sans aucune marge de manœuvre. La bande de Ghaza est désormais, par décision des putschistes du Caire, soumise à un blocus aggravé par la destruction des tunnels qui servaient de voie d'approvisionnement. La réconciliation entre le Hamas et le Fatah n'avance pas même si elle sert de slogan pour les deux parties.

Abbas n'a aucun moyen d'influer sur le cours de la «négociation». Il est mis sous pression pour entériner l'ultime concession. Ce n'est pas un hasard que le ministre de la Défense israélien décrète qu'il n'est plus un partenaire pour un accord au moment où l'on assiste à un retour tonitruant de Mohammed Dahlane, l'homme de main des Américains. L'allié d'hier de Mahmoud Abbas contre un Yasser Arafat encerclé mais refusant de céder sur ce qu'il considérait comme les «fondamentaux» de la cause palestinienne. Ce retour est mis en scène aussi avec le soutien ostentatoire de l'Egypte. Dahlane a été en effet reçu le 21 janvier par le maréchal Abdelfatah Al-Sissi, président annoncé de l'Egypte. Ce retour du très trouble Dahlane, chargé des sales besognes, appuyé par des fonds du Golfe semble parfaitement orchestré, non pas pour mettre Abbas sur la touche, mais pour le rendre encore plus malléable. Car Mahmoud Abbas et Mohammed Dahlane se tirent dessus à coup d'accusations de corruption, de malversation et surtout d'empoisonnement de Yasser Arafat.

Le niveau des échanges entre les deux hommes est descendu si bas que le grand chroniqueur palestinien Abdelbari Atwan exprimait hier, dans les colonnes de son journal, un mélange de honte, de tristesse et de rage. Dahlane et Abbas ont été alliés contre Yasser Arafat et ils ont œuvré, de concert avec les Américains et les Israéliens, à l'isoler et à essayer de le disqualifier. L'œuvre n'a pas été facile et il a fallu recourir au polonium. Aujourd'hui, Dahlane réapparaît à point nommé dans le circuit, grâce aux capitaux du Golfe et l'Egypte, pour disqualifier celui qui est en charge du simulacre de négociations. On peut deviner la suite… Ces négociations vont échouer, officiellement, et Abbas qui s'y est accroché au-delà de toute naïveté, en sortira encore plus démuni. Les Occidentaux relayés par les monarchies du Golfe et l'Egypte œuvrent de manière organisée à démoraliser les Palestiniens, à accentuer leur désespoir pour les mettre en position d'accepter la «solution Dahlane», l'homme de service de Washington, chargé de mettre la touche finale au processus d'éviction et de dépossession du peuple palestinien.
 
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