ELWATAN-ALHABIB
mardi 11 mars 2014
 

Elections sans président, sans candidats, sans compagne, sans rien

 

 

Tribune Libre -   Hammoudi Moussaab 
Un discours maigre
Comme attendu, la scène politique ne nous a offert que la représentation abjecte routinière. Le suspense maintenu et prolongé, sur la candidature du président donné pour sortant, n’était qu’une partie de suspense et finalement, même sous forme déraisonnée, le président se représentera à sa propre succession.
Posture qui renforce un certain « complexe du roi » (celui de mourir roi, sur le trône), mais plus encore qui nous offre un aperçu sur l’ « humeur idéologique » du régime algérien qui persiste, coute que coute, à imposer une figure « providentielle », afin de faire perdurer un système soufrant.
On évoque souvent que cette re-candidature sera pour « faire avancer le pays ».  Il est nécessaire alors, face à cet argument, de comprendre, une bonne fois pour toute, qu’on ne pourrait jamais faire du nouveau avec de l’ancien, et a fortiori quand cet ancien a été acteur des grands échecs et catastrophes.
Excepté cet argument, les discours de légitimation que formulent les fervents du prolongement du régime sont maigres voir dérisoires. On s’étonne même de la pauvreté argumentative, au point où un seul motif est souvent avancé : le président, malgré tout, reste l’homme du moment, idéal, parce que sans lui il n y a qu’instabilité et désolation. Autant dire un populisme de bas de gamme.
Un « sourire kabyle »
Bien sûr il y aura (contrairement aux campagnes électorales précédentes) des moyens de communication plus modernes qui permettront la médiatisation. On aurait cru qu’il y aura grâce à cela une mise en scène où sera exposée une armada de candidats (qui appelleront à lutter contre la corruption, le régionalisme, réformer la justice, cesser les atteintes aux droits fondamentaux des citoyens et valoriser leur citoyenneté, etc.), et pourquoi pas, une commission de transparence, etc. Mais finalement à la modernisation des apparences, continue la sclérose abjecte des pratiques dictatoriales les plus étanches. Et rien ne semble empêcher Bouteflika de mener une campagne sans précédent : une campagne sans image, ni voix, ni programme, ni public. Ceci n’empêchera pas non plus le triomphe final (!).
Il est ainsi simple de déduire que l’échéance présidentielle prochaine ne sera pas une grande date qui marquera une ère de changement. Elle ne sera que le prolongement et le maintien d’un régime qui a tout de totalitaire, et dans des élections où il n y a ni joutes ni pugilat ni concurrence, rien ne peut être sérieux. Plus encore, tout devient condamnable.
Aussi, puisque l’échéance présidentielle obéira à un scénario préétabli, la candidature de Bouteflika elle-même est à lire comme une crise au même titre que les autres crises qui ont ponctué la période de son règne (corruption, fragilité stratégique, décomposition sociale, etc.). Mais quoi qu’il en soit, il ne faut pas se tromper de responsable. La crise – réelle et profonde – dépasse la présidentielle et dépasse la personne du président : le problème n’est pas tant Bouteflika que le système qu’il l’a mis en place pour maintenir sa longévité.
Bien sûr la question existentielle qui attend une réponse depuis longtemps reste suspendue : qui est réellement le responsable de ce déclin : un système qui n’a de souci que le maintien et la protection de ses biens ? Ou est-ce une population infantilisée qui ne sait devenir citoyenne et est donc démissionnaire de son droit à l’existence ? Ou est-ce un ogre étranger ? Peut-être les trois hypothèses combinées (à différents degrés d’intensité). Mais loin des hypothèses, la situation est telle que c’est un pays qui est confisqué et mortifié, et un assassinat symbolique peut être plus violent qu’un assassinat effectif.
A une même mentalité, une seule posture
Au niveau de la société civile, il y a d’ors et déjà rassemblement des pro- (souvent les mêmes laudateurs obséquieux) et mobilisation des anti- (aussi bien sur le terrain que sur l’espace virtuel).
Mais plus complexe est la position des politiciens. Il est vrai, plusieurs candidats se sont retirés de la course. Mais il est étrange que certains pensent encore que ce sera aux « enfants du système » d’enterrer le système (!). Le fait même que les prochaines élections (comme celles précédentes) se dérouleront en un huit-clos, ne montre-t-il pas que cette échéance sera réglementée, une fois de plus, selon les pratiques internes aux logiques du régime en place ? Ce qui montre aussi que ce régime à une logique immuable qui refuse de concevoir le changement ne serait-ce que par tactique ?
 
Les élections de 2014 lancent une grande promesse, celle qu’il n y aura aucune norme ni standard, qu’il n y aura pas un candidat élu, représentant une volonté populaire. Il sera un candidat désigné selon l’entendement de zones d’influence. Il aura pour tache de perpétuer l’existence d’une caste, la pérenniser et la prospérer. Pour que le régime providentiel représenté par l’homme providentiel continu à avoir de beaux jours devant lui.

Quelle est donc la posture à adopter ? Sans détours phrastiques ni verbosités abondantes, le seul choix qui s’impose est le boycotte. Surtout que c’est la seule attitude qui peut traduire une rupture totale avec un régime qui ne montre aucun souhait de modification de ses pratiques, ni souhaite changer les mécanismes de sa gouvernance.
A la fragilité du discours, il faut répondre par la puissance du symbole. Le boycotte en tant qu’expression symbolique, s’impose comme seule posture qui manifeste le rejet de ce système et de ses pratiques. Ceci, jusqu’à nouvel ordre.
Moussaab Hammoudi
11 mars 2014
 
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