L'arrivée de ce dernier au pouvoir avait coïncidé avec l'augmentation
de la demande chinoise qui avait fait s'envoler les prix du pétrole en
quelques années. Aujourd'hui, nous vivons le scénario inverse.
L'exploitation du pétrole non conventionnel en Amérique du Nord va créer
dans les cinq prochaines années une augmentation de l'offre qui va
faire effondrer le prix du baril. Autrement dit, avec ou sans
Bouteflika, le prochain régime se débrouillerait avec un pétrole à
moitié prix, moins abondant, et des besoins en hausse ! La tragédie nous
arrive en effet, droit sur la gueule ! Le pétrole, les réserves
financières en milliards de dollars, c’est fini ! Oui, fini. Les
projections les plus optimistes donnent l’Algérie pour importatrice
nette de pétrole dès 2020.
Au cours des trois mandats du «
pouvoir civil » de Bouteflika, il a été gaspillé l’argent du présent et
celui du futur. Les hydrocarbures ont été si outrageusement pompés qu’il
ne devrait plus rien rester dans le sous-sol d’ici quelques années,
date à laquelle nous serions 40 millions d’Algériens, tous,
théoriquement, voués à la précarité puisque Bouteflika aura épuisé les
réserves pétrolières sans doter la maison Algérie d’une économie
diversifiée pouvant prendre la relève du pétrole et du gaz naturel. En
l’espace de cinq ans seulement, la production algérienne de pétrole est
passée de 1,6 à 2 millions de barils par jour, soit un bond de 25% ou le
double de la moyenne d’augmentation de la production Opep durant la
même période.
Les recettes ? Sans s'étaler sur la partie
supposée avoir été dérobée par la kleptocratie au pouvoir, elle a
surtout engraissé la mafia de l’import via les importations qui ont
explosé entre le premier et le troisième mandat de Bouteflika, passant
de 9 milliards de dollars en 1999 à 49 milliards en 2012. Aucun
investissement sérieux n'a été engagé dans la production pour doter le
pays d'une économie viable qui prenne le relais des hydrocarbures.
Oui,
l’Algérie de Bouteflika rappelle la Russie de Boris Eltsine, toutes
proportions gardées, une nation chancelante, otage de prédateurs de
toutes sortes qui se sont engouffrés au sein de cette faille
providentielle pour vider l’Algérie de son sang. Ce fut à leur seul
profit qu’on a surproduit le pétrole. Aujourd'hui, il est bien tard...
L’Algérie redevient pauvre ! Pauvre et sans solution de rechange :
quatorze ans après Bouteflika, le pays n’est plus en mesure de répondre à
la demande d’emplois, ni peut-être même à la demande alimentaire.
Les
observateurs les plus conscients pensent même que le pire est à
envisager. Après 14 années de règne, Bouteflika a mis l'État à la merci
de sa population. La fronde des chômeurs peut aller dans n'importe
quelle direction, y compris la plus pessimiste, Bouteflika ayant
abandonné l'investissement productif, comment lutter contre le chômage
?
Mais cela, cette vérité primordiale, celle-là qu’il faut dire
non pour abattre, non pour accabler ni pour décourager, mais pour
mobiliser, pour réfléchir, cette vérité qui réveille, personne ne veut
la communiquer, je veux dire personne parmi ceux qui ont la
responsabilité de la dire. Ou alors, quand une bouche plus courageuse
que d’autres la formule, elle est immédiatement contredite par les
virtuoses du poker menteur. Quand le PDG de Sonatrach, Abdelhamid
Zerguine, qui sait de quoi il parle, reconnaît que les gisements de
pétrole sont en "déclin" et les réserves sont "modestes", il est
immédiatement contredit pas son ministre de tutelle, Youcef Yousfi, pour
qui l’Algérie continuera à produire du pétrole et des hydrocarbures en
général pendant « de longues années encore ». Et lorsque le ministre des
Finances, Karim Djoudi, laisse entendre qu'il n'y a plus d'argent en
caisse, que les salaires comme les pensions ne seront plus augmentés, il
est aussitôt recadré par le chef du gouvernement, Abdelmalek Sellal,
qui jure ses grands dieux que tout va à merveille dans ce territoire
coupé du monde qui s'appelle l'Algérie.
Nos dirigeants
fabulateurs, pour qui l’art de gouverner se réduit à clamer les fausses
bonnes nouvelles et à taire les vraies mauvaises nouvelles, entendent
démentir la formule d’Abraham Lincoln : « Aucun homme n'a assez de
mémoire pour réussir dans le mensonge ». En foi de quoi, ils
entreprennent hardiment de duper l’opinion sur l’état de santé d’un
président dont ils nous apprennent aujourd’hui qu’il est en
convalescence prolongée après nous avoir annoncé, il y a trois semaines,
qu’il était entré à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce pour de simples
examens complémentaires. Le léger accident vasculaire se termine ainsi
par une lourde vacance du pouvoir mais c’est tout cela, n’est-ce-pas,
le charme du poker menteur auquel se livrent, avec tant de zèle et si
peu de classe, nos dirigeants depuis cinquante ans.
Le jeu
consiste à faire passer les vessies du bunker pour d'heureuses
lanternes, c'est-à-dire produire un bobard, sinon crédible, du moins
vraisemblable, quelque chose qui ait l'allure du « mensonge le plus
détestable » qu'André Gide définit comme étant « celui qui se rapproche
le plus de la vérité », quitte à susciter chez l'opinion une réplique
par un autre mensonge, le « mensonge fructueux» dont Sacha Guitry dit
qu'il « consiste à faire croire à quelqu'un qui vous ment qu'on le croit
».
L'équation est alors très simple : reconduire Bouteflika,
comme le souhaite la mafia, en supposant qu'il garde ses facultés
naturelles, revient à reconduire le pouvoir le plus irresponsable qu'ait
connu l'Algérie en 50 ans afin qu'il parachève sa besogne de
destruction. Ce serait alors un choix suicidaire, consciemment fait pour
en finir avec notre pays.
Le général Lebed disait de Boris
Eltsine qu’il était, par nature, un destructeur. « Il ne comprend la
politique qu'en brisant et en déstabilisant l'environnement. Cela est
une qualité en période de transition, mais il est temps aujourd'hui de
construire. Boris Eltsine, lui, n'est pas un bâtisseur. »
Alors oui, reconduire Bouteflika, comme le souhaite la mafia, c'est
en terminer avec l'Algérie. Quelle alternative reste-t-il ? Une seule,
confirmée par l'histoire récente, dans tous les pays qui ont vécu une
situation similaire : un gouvernement de salut national. Pour cela, il
faut le vouloir.

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