« L'une des caractéristiques du système algérien quand
viennent les turbulences est de gagner du temps. A tout prix. Il faut donc
multiplier les diversions, lancer des rumeurs, convoquer les excellents
relayeurs de rumeurs, distiller les fausses-vraies informations en attendant de
trouver une solution qui arrange tout le monde». Le constat fait par notre
confrère Akram Belkaïd a déjà été vérifié dans le passé. Il se vérifie
aujourd'hui autour de l'étrange incommunication officielle de l'Etat algérien
autour de l'état de santé du président.
L'autre caractéristique d'un «système» très faiblement
institutionnalisé est que le pouvoir de communiquer n'est pas entre les mains
des ministres ou même du Premier ministre. Tous les Algériens ne sont pas
intéressés par la politique - celle qui prévaut jusqu'à ce jour n'y incite pas
vraiment - mais l'absence d'information élémentaire a fini par devenir un
souci. On pressent bien que le personnel «officiel» sent que les choses ne vont
pas bien, qu'il faut faire un effort d'informer mais on pressent aussi qu'il
n'est pas plus informé que le simple quidam. Dans l'autisme général qui s'est
manifesté au cours de ces dernières semaines, c'est moins la maladie d'un homme
qui cause le trouble que celle de l'Etat. Dans un fonctionnement institutionnel
réel - et non factice -, les accidents de santé d'un chef de l'Etat se gèrent
dans une relative aisance. Mais on sait que dans la réalité ces institutions
restent formelles et que tout le pouvoir est centralisé dans la présidence et
l'arrière-cour de la présidence.
Le pouvoir présidentiel est l'apparence institutionnelle
d'un pouvoir qui ne se trouve pas dans les institutions. Dans ce cas de figure,
tout le système se grippe. Les ministres et le Premier ministre ont fait des
efforts méritoires «d'animation» ces dernières semaines. Ils ont évoqué des
sujets graves qui méritent des débats publics sérieux. Entre notre incapacité à
réaliser des investissements malgré la disponibilité des moyens financiers et
les inquiétudes lourdes sur l'avenir énergétique du pays, il y avait du pain
sur la planche. Tout comme d'ailleurs le calvaire des usagers de la santé pris
en tenailles dans un bras de fer entre ceux qui «vivent» du système de santé.
Les sujets ne manquent pas mais dans un pays où le système
s'organise totalement autour de la présidence, la paralysie est automatique
quand le chef de l'Etat accuse une baisse de régime. Et on est dans cette
situation depuis des années déjà. L'Algérie est déjà gérée à minima de manière
à assurer un statuquo mais non pas à aller de l'avant. Et si ce statuquo a pu
être préservé sans trop de dégâts, cela tient surtout à la manne pétrolière.
Dans l'état d'incommunication vécu par le pays, c'est une défaillance institutionnelle
générale qui se manifeste. Et qui est source d'inquiétudes car la «manne» ne
sera pas toujours là pour masquer le vide.
Enregistrer un commentaire