Notre pays qui a eu à se libérer de la barbarie coloniale,
soutenue par les forces de l'OTAN, au prix de centaines de milliers de
morts et de souffrances insoutenables, a droit à l'outrecuidance de la
dame qui se croit tout permis, quand il s'agit des ex indigènes. Ici, on
peut avoir une réaction qui peut aller du pincement au cœur aux cris
d'indignation, devant le silence des représentants de l'Etat algérien,
alors que la moindre des choses était de les entendre l'envoyer paître
et s'occuper des dizaines de millions de ses compatriotes livrés à la
misère. Au moins on aurait aimé les voir lui dire, poliment, de se mêler
de ce qui la regarde. Et comme si Mme Clinton savait à qui elle avait à
faire, elle délivre des bons points d'encouragement. "Peut mieux faire"
dit le maître d'école pour pousser son élève. C'est ce qu'elle a fait,
en partie, en suggérant son mécontentement: "l'Algérie a beaucoup de
travail devant elle pour atteindre et consacrer les droits universels et
créer un espace pour la société civile". Le pouvoir doit donc faire
attention. Les bons points ne sont pas suffisants, il faut qu'il fasse
plus pour que la dame ne se fâche pas pour de vrai et ne décide de faire
faire les choses à d'autres et autrement, tel qu'elle procède sous
d'autres latitudes, là où on n'aime pas qu'on s'ingère dans sa maison.
Pour le moment, elle dit qu'elle attend la suite, dans cette langue
sibylline, que seuls peuvent inspirer la perfidie et le cynisme. A
moitié contente, ce qu'elle montre. A moitié menaçante, ce qu'elle
montre aussi, sûre de faire peur, sûre de faire de l'effet. Donc pour le
moment, et pour le moment seulement, nous pouvons être tranquilles.
Comme elle a certainement un barème qui lui permet d'évaluer et de noter
les performances, Mme Clinton a constaté que nous avons faits "certains
progrès", sans avoir eu besoin d'une "révolution", elle le dit crûment:
"ils n'ont pas vécu ces révolutions, mais ces événements récents ont
testé leurs valeurs et leur détermination". A la bonne heure! On devrait
la remercier de sa sollicitude et ne pas voir qu'elle doit enrager de
ne pas avoir assisté à la précipitation du pays dans un chaos, dont il
ne se relèverait pas, ouvrant la voie des champs d'hydrocarbures aux
compagnies étatsuniennes, accompagnées des GI's. On devrait aussi faire
semblant de ne pas comprendre que ces propos n'ont pas été plus
insultants, qu'ils ne sont, ni plus agressifs, à cause du fait que le
moment n'est pas propice à une aventure de conquête. Faiblesse des
supplétifs locaux, d'une part, expérience syrienne très peu
encourageante et risque militaire certain de s'engager dans une Algérie
au peuple très au fait des intentions réelles des "démocraties". C'est
pourquoi les Etats-Unis se contentent du peu, faute d'avoir le tout, en
attendant des jours meilleurs, en faisant pression, avec beaucoup de
succès du reste. Ce qui n'est plus possible en Amérique du sud, l'est en
Afrique et chez ce qui reste comme Arabes et assimilés comme effet du
terrorisme impérialiste.
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