ELWATAN-ALHABIB
vendredi 18 mai 2012
 
Conseiller auprès de l’Institut français des relations internationales, Denis Bauchard, ancien haut-diplomate au Quai d’Orsay, s’est rendu en Algérie, peu avant les élections législatives. Voici son compte-rendu de voyage que nous nous sommes procuré. Il y évoque le malaise de la jeunesse, le rejet d’un Etat mafieux, l’obsession française, et nous explique pourquoi « le printemps arabe » y a fait long feu.
Il est très difficile de parler de l’Algérie de façon détachée. Cinquante ans après l’indépendance, la charge émotionnelle née d’une présence française de 132 ans qui s’est terminée par une « guerre de libération » de près de huit ans demeure, de part et d’autre, encore très forte. L’Algérie reste en France un problème de politique intérieure sensible comme l’a montré la récente campagne électorale ; il en est de même en Algérie où l’expression « le parti de la France » est toujours l’arme utilisée pour disqualifier l’adversaire politique.
A l’occasion d’une récente tournée de conférences en Algérie sur le thème « L’Europe et le monde arabe », j’ai rencontré de nombreux interlocuteurs. Ces impressions de voyage rédigées à la suite de ce déplacement et qui ont un caractère personnel, essaient de mieux faire comprendre ce pays avec lequel, par delà les polémiques et les ressentiments, des liens profonds subsistent.
Denis Bauchard, conseiller auprès de l'Institut français des relations internationales, ancien haut-diplomate au Quai d'Orsay.

I Une situation paradoxale
L’Algérie possède de nombreux atouts pour assurer une croissance économique qui permette à sa population d’avoir un emploi et des conditions de vie convenables. Or ce n’est pas le cas.
1-      Des atouts multiples.
° Des moyens financiers importants.
L’augmentation du prix des hydrocarbures permet à l’Algérie, pour la première fois depuis de nombreuses années, de disposer de ressources financières considérables. Il est probable que cette situation va perdurer compte tenu de la tendance à la hausse des cours du pétrole tant sur le court terme – effets combinés des printemps arabes et des bruits de botte dans le Golfe – que sur le long terme – forte demande d’énergie et raréfaction de l’offre. Les hydrocarbures représentent en 2011, avec 74 Mds/$,  la quasi-totalité (97 %)  des exportations  de l’Algérie. Les revenus des hydrocarbures s’élèvent à 70 % des recettes budgétaires. Au total, les réserves de change s’élèvent actuellement à près de 200 Mds/$. Un fonds de réserve – sorte de fonds souverain – a pu être créé et doté de 75 Mds/$.
Les autorités algériennes ont profité de cette aisance budgétaire tout d’abord pour se désendetter : l’endettement extérieur est devenu marginal (5 Mds/$) et l’Algérie refuse toute proposition de financement international. Après « l’humiliation » subie dans les années 1990 au cours desquelles l’Algérie avait du avoir recours au FMI, cette politique de désendettement marque bien la volonté du pouvoir d’affirmer la souveraineté nationale, y compris dans le domaine financier. Dans le même temps, un important programme d’infrastructures a été réalisé. Il porte en particulier sur la construction de l’autoroute qui relie d’est en ouest les principales villes algériennes, de la frontière marocaine à la frontière tunisienne.  En voie d’achèvement, elle a été partagée entre deux consortiums, l’un chinois, l’autre japonais. Cet effort a porté également sur certaines infrastructures portuaires, aéroportuaires (Alger), urbaines (métro d’Alger, tramway d’Oran) et sur l’hôtellerie d’affaires. Il a permis également au pouvoir de mieux faire face à la demande de logements neufs, même si la situation de pénurie n’est pas encore résorbée. Un programme d’un million de logements a ainsi été réalisé sur cinq ans, dont le résultat est spectaculaire : à la périphérie des grande villes, comme des villes moyennes, des quartiers entiers ont surgi de terre en l’espace de quelques années comme à Tlemcen, Constantine ou Oran.  Un effort particulier a été fait dans le domaine des universités avec la volonté de doter d’un campus chacune des 48 willayas. J’ai été aussi impressionné par l’importance et la qualité des équipements réalisés dans les trois universités où j’ai fait ma conférence, Belgaid (à la périphérie d’Oran), Oum el Bouaghi (non loin de Constantine) et Tlemcen qui bénéficient de locaux que pourraient  envier de nombreuses universités françaises.
La dépense budgétaire est également généreuse dans le domaine du fonctionnement. Les étudiants sont à cet égard très choyés : gratuité du logement en résidence, gratuité des études, prix des repas dérisoires (1 à 2 dinars soit un peu plus d’un centime d’euros). Un système d’aide aux jeunes pour la création d’entreprise a été mis en place : le prêt octroyé, dans des conditions très favorables (taux de 1 %) – de l’ordre de 80.000 € – n’est remboursé qu’en cas de succès. De même des programmes d’accès à la propriété permettent aux jeunes ménages d’avoir des niveaux de remboursements comparables à un loyer modéré. L’importance des subventions sur les produits de base rend dérisoire le prix de certaines denrées, comme le pain, (une baguette coûte 10 centimes d’euros), l’essence (13 centimes), les pommes de  terre, le sucre, le gaz, l’électricité, l’eau etc…. L’équipement des ménages en eau, gaz et électricité est très élevé, au-delà de 85 %.
Globalement le taux de croissance économique s’est maintenu au rythme de 5 % par an malgré la crise et le taux de chômage officiel ne serait que de 10 %.
° Stabilité et ouverture politique contrôlée.
Sur le plan politique, après la « décennie noire », l’Algérie bénéficie de la paix et d’un régime politique stable qui pratique une certaine ouverture. Certes le pouvoir est détenu par ce que les algériens appellent « le Conseil d’administration » qui regroupe le président, le DRS – Département de recherche et de sécurité, successeur de la Sécurité militaire – et l’état major des armées. Il contrôle étroitement la redistribution de la rente et l’économie algérienne, directement ou indirectement. Cependant il ne s’agit pas d’une dictature militaire à proprement parler, mais d’un régime collégial qui s’accorde des privilèges particuliers, voire de prébendes lucratives. Le président Bouteflika dispose d’une marge d’action significative, notamment dans le domaine économique et social. « L’Etat DRS »  a été affaibli et le jeu politique a été ouvert. Le gouvernement actuel réunit une « alliance présidentielle » qui associe plusieurs partis, le FLN, le RND et des partis islamistes. Cependant la classe politique ou militaire ne s’est guère renouvelée. Dans l’armée, une nouvelle génération piaffe d’impatience en attendant que les gérontes septuagénaires, notamment le patron du DRS, le fameux « Toufik », disparaissent. Il en est de même pour le président qui en est à son troisième mandat, et dont on évoque ouvertement la succession qui devrait intervenir au plus tard en 2014.
Une certaine liberté existe : liberté syndicale, liberté d’entreprendre, liberté d’expression, mais, comme le soulignent les grandes ONG, la situation des droits de l’homme demeure préoccupante. J’ai été cependant frappé de la liberté des propos tenus devant moi par mes interlocuteurs algériens, y compris ceux ayant des fonctions officielles. On est loin des propos convenus que j’ai pu entendre dans le passé même en privé, dans des pays comme la Tunisie, la Syrie ou même le Maroc ou certains sujets sont tabous, surtout devant un étranger. S’agissant  de la  presse écrite, il existe plus de 80 titres, le tiers environ étant francophone. Leur lecture est édifiante. Les propos sont souvent très critiques à l’égard des ministres, du premier ministre, du président, voire globalement du régime. Depuis l’incarcération en 2004 du directeur du Matin et la suspension du journal qui reparaît sur le net,  les lignes rouges se sont déplacées dans le sens de l’élargissement sans qu’elles soient précisément délimitées. Certes le pouvoir dispose de moyens de pression dans la mesure où, à quelques exceptions près, il contrôle l’impression des journaux comme les recettes de publicité, mais de façon suffisamment habile pour ne pas être accusé de censure. Le ton de certains articles comme des caricatures de Dilem ou de Le Hic est parfois violent, voire ravageur. La réécriture de l’histoire mythique de l’Algérie depuis 1962 se fait progressivement et fait apparaître que, loin de l’unité affichée, le pouvoir a été soumis à de fortes tensions, à des rivalités de personnes qui ont débouché sur des règlements de comptes, voire des assassinats politiques, à l’initiative notamment de la Sécurité Militaire, devenue DRS. Le recours à Internet permet de diffuser ces informations. La façon dont une partie de la presse a rendu compte de la carrière de Ben Bella témoigne de cette réécriture. Le héros de l’indépendance est tenu responsable des turbulences de l’après indépendance au cours de laquelle, selon El Watan du 14 avril dernier, « Alger s’est transformé en un véritable laboratoire où romantisme révolutionnaire côtoie l’absurde, l’horreur. » Cette oraison funèbre témoigne d’une remise en cause de l’histoire politiquement correcte, reprise encore maintenant par le très officiel Moujahid. Dans un autre article du même journal, une journaliste concluait le bilan de cinquante ans d’indépendance par ces mots : « L’Algérie mérite un meilleur avenir que de continuer de perpétuer 50 années de dictature ». Certes, il y a parfois quelques rappels à l’ordre, des sanctions et une certaine auto censure chez les plus timides. Mais, si la télévision publique reste la voix de son maître, elle est peu regardée au profit des chaînes étrangères, arabes ou françaises. Quant à la presse écrite algérienne, elle est certainement une des plus libres du monde arabe.
Depuis la politique de réconciliation nationale poursuivie par le président Bouteflika, la sécurité est progressivement revenue. Certes des actions terroristes spectaculaires surviennent  encore, comme l’attentat contre le siège de l’ONU à Alger en 2009. Mais ces actions d’envergure se raréfient. Des maquis subsistent dans certaines zones peu accessibles ; des opérations de ratissages continuent. Des contrôles fréquents et des barrages sont mis en place sur les axes routiers. Des précautions particulières sont prises en faveur de certaines personnalités et des diplomates, qui en dehors de villes ne peuvent se déplacer qu’avec escorte. Cependant la situation sécuritaire est normalisée même s’il subsiste un terrorisme résiduel et si la situation dans certaines zones – la petite Kabylie, le grand sud – demeure préoccupante.
Malgré ces éléments, le climat politique reste lourd, les conditions de vie demeurent difficiles et il existe un profond malaise, notamment chez les jeunes.
2 – Un profond malaise.
° Le rejet d’un Etat mafieux.
Même  si l’Etat DRS est affaibli, il reste omniprésent et contrôle la vie du pays dans tous ses aspects. Le dispositif sécuritaire reste très important : près d’un million de personnes participent au maintien de l’ordre au sens large, si l’on ajoute à l’armée, la police et la gendarmerie, les gardes communaux et la protection civile. Au niveau local, les walis, l’équivalent des préfets, qui exercent des fonctions administratives mais également politiques, détiennent tous les leviers du pouvoir, y compris dans le domaine financier. Les collectivités locales, notamment les maires, ne sont que des exécutants. Or cette administration, malgré des cadres formés par l’ENA algérienne, fonctionne mal. La première impression à l’arrivée en Algérie est celle d’un délabrement généralisé : délabrement des immeubles non entretenus, maisons écroulées ou abandonnées en pleine ville, comme dans la casbah d’Alger. L’accumulation d’ordures et de gravats frappe également le visiteur, y compris dans le centre des villes et dans les quartiers résidentiels. Les rues, les routes, les trottoirs sont en mauvais état, parsemés de nids de poule quand ils ne sont pas effondrés. L’éclairage public est aléatoire. Un effort a été fait pour améliorer l’aspect extérieur des bâtiments publics, mais il s’agit d’un décor Potemkine : derrière la façade, la négligence et le mauvais entretien réapparaissent. Cet état touche souvent les immeubles et les logements neufs où les malfaçons sont fréquentes et provoquent des retards dans leur occupation.
Le fonctionnement de l’administration est mis en cause. Paperassière, lente, incompétente, corrompue, tels sont les nombreux qualificatifs adressés à la bureaucratie d’Etat comme à celle des collectivités locales, notamment des municipalités, les « Assemblées populaires communales », dépourvues d’un réel pouvoir. Le Wali est tout puissant en matière d’ordre public comme de réalisation des projets. La corruption existe à tous les niveaux, la grande corruption comme la petite au niveau des guichetiers dans les administrations ou des tribunaux. Les formalités douanières font l’objet d’un trafic fructueux. Les pratiques illégales sont fréquemment couvertes par les autorités concernées moyennant rémunération. C’est ainsi que l’Algérie se trouve au 112éme rang (sur 182) du classement 2011 de Transparency International.
° Une vie économique malsaine
 En fait la vie économique est perturbée par les grands et petits trafics en tout genre. Le faible coût des produits de base est exploité pour organiser des trafics de grande échelle : tel est le cas du gas-oil et de l’essence achetés respectivement 13 et 20 centimes d’euros en Algérie et revendus au Maroc cinq fois plus cher, compte tenu des prix qui y sont pratiqués. Camions ou voitures particulières dotés de réservoirs supplémentaires passent aisément la frontière, théoriquement fermée, mais qui s’ouvre moyennement un péage dont le niveau est tarifé et connu. Des filières d’articles de contrefaçon, en provenance essentiellement de Chine, sont organisées de la même manière par des filières sur lesquelles des péages sont perçus au profit d’autorités civiles ou militaires. Les vendeurs à la sauvette à l’étalage réduit sont omniprésents. L’économie informelle est à la fois une plaie, un moyen de survie d’une population largement sans emploi et une soupape pour diminuer le mécontentement populaire. En effet, paradoxalement, ce pays riche connaît un taux de chômage réel considérable, évalué, s’agissant des jeunes, à près de 50 %. Or en Algérie les jeunes de moins de trente ans représentent près de 65 % de la population.
Ainsi la structure économique de l’Algérie est-elle profondément malsaine : sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures est exceptionnellement forte ; c’est une économie largement subventionnée qui cache la vérité des prix. L’économie souterraine y tient une place anormalement importante et génératrice de tous les trafics. Dans ce contexte, le secteur privé a du mal à émerger, à moins de rentrer dans les systèmes de corruption et d’arrangements illicites. L’Algérie est un pays où le secteur public demeure  largement dominant et contrôlé étroitement par le pouvoir militaire. Le climat des affaires tel qu’il est calculé par la Banque mondiale est très médiocre : l’abus des formalités administratives, l’absence d’offres de financements à long terme, les incertitudes en matière foncière, les fluctuations législatives sont autant d’éléments qui découragent les investisseurs locaux comme étrangers.
° Un malaise multiforme, notamment chez les jeunes
Ainsi, dans ce pays à la population largement assistée, un malaise profond existe qui se manifeste de différentes façons : multiplication des conflits sociaux ou des contestations locales, gérés par les Walis au cas par cas ; désintérêt à l’égard de la vie politique, comme en témoigne l’indifférence dans laquelle sont vécues les prochaines élections législatives de mai 2012 ; pression sociale de plus en plus forte exercée par les islamistes qui exploitent ce mécontentement. Ce malaise est particulièrement profond chez les jeunes qui, à l’exception de ceux appartenant à des familles bien placées, se voient sans avenir. A cela s’ajoute l’absence de loisirs : faible nombre de clubs de sports, disparition des cinémas et des théâtres, installations culturelles mal entretenues et sans véritable programmation, offre désuète et  médiocre des bibliothèque publiques, y compris universitaires, rareté et cherté des livres, sauf ceux à caractère religieux largement diffusés par les fondations du Golfe, tristes cafés qui ne sont fréquentés que par des hommes et où l’alcool est interdit. La seule distraction reste le poste de télévision pour regarder des programmes étrangers – feuilletons américains, européens, indiens, ou turcs – ou des DVD pirates ne coûtant que 1,5 €,  qui permettent de s’évader dans des pays fantasmés. Les programmes religieux venant du Golfe, notamment ceux proposés par Iqra, sont également très regardés. Ainsi, à 20h, toutes les villes algériennes sont mortes, situation exceptionnelle dans cette Méditerranée où la vie nocturne reste une tradition au nord comme au sud. Le malaise s’exprime de différentes façons, y compris, régulièrement, par des immolations par le feu qui nous sont connues à travers la presse. Les centres culturels français sont parmi les rares espaces de loisirs existants. La pression pour le départ est donc très forte, vers une Europe ou une Amérique largement mythifiées par les séries des télévisions occidentales. Il existe en effet une forte demande des étudiants pour obtenir un visa de départ à l’étranger, en particulier dans notre pays. Cinq mille  sont délivrés chaque année par la France, ce qui oblige à une très forte sélection. Il s’agit de compléter les études supérieures menées en Algérie, de se spécialiser, mais le nombre de ceux qui entendent ne pas revenir est élevé. Il est difficile de quantifier ce phénomène, qui peut concerner, selon les pays d’accueil, plus de la moitié des partants. Le Canada, qui conserve une politique migratoire ouverte, tend à relayer la France comme pays d’opportunités.
Dans ce contexte, la société civile a peine à s’organiser autour d’ONG, où avocats et médecins jouent un rôle important. Des initiatives locales souvent sympathiques montrent bien qu’il y a dans la population un vrai besoin d’ouverture. Par exemple ; l’association « Bel Horizon » d’Oran, animée par des architectes, s’est donnée pour objectif de faire connaître Oran et son riche patrimoine à ses  habitants, pour les rendre conscients de l’intérêt de sa préservation. Chaque année une marche commune est organisée le 1er mai : les marcheurs  passent par les différentes sites historiques de la ville et montent jusqu’au fort de Santa Cruz qui domine l’agglomération, où se produit une animation musicale. En 2007, elle a réuni 500 personnes ; en 2011, 20.000. Mais ce genre d’initiative est rare et ne peut faire oublier le désert culturel d’un pays assisté, en mal de vivre.

II / Un printemps arabe sans lendemain.
1 – « Algérie pas bien »
Beaucoup d’observateurs s’attendaient à ce que le printemps arabe, né en Tunisie, pays voisin, s’étende très vite à l’Algérie. « Algérie pas bien », tel est le propos exprimé dans un français sommaire, par un groupe de jeunes désoeuvrés que j’ai croisés à Constantine.  En effet tous les ingrédients qui ont contribué à son éclosion dans les pays arabes se retrouvent en Algérie. L’existence d’une jeunesse nombreuse, de plus en plus diplômée, frustrée car sans emploi ou pourvue d’un emploi sous qualifié par rapport à ses ambitions ou son diplôme, ne se voyant pas d’avenir. En effet, si la crise a eu peu d’impact en Algérie, il n’en demeure pas moins que, pour des raisons structurelles, le chômage, comme on l’a  vu, est très élevé, surtout chez les moins de trente ans. Les jeunes algériens ont le sentiment d’être méprisés par le pouvoir comme par la société. De même ils dénoncent la corruption et rejettent un régime dominé par le DRS, incapable de leur proposer des perspectives : certes les étudiants sont choyés dans des universités flambant neuves, mais pour quel avenir ? On ne dénonce pas une personnalité comme en Tunisie ou en Egypte, bouc émissaire de tous les maux dont souffre la société : Bouteflika bénéficie d’une certaine popularité car il a ramené la paix civile. On dénonce plutôt un « système » opaque, mafieux, qui étend son emprise sur tout le pays. D’une façon générale, la contestation s’amplifie comme le montre la multiplication des conflits locaux pour des raisons sociales et on rejette un régime militaire qui perdure depuis l’indépendance, malgré ses tensions internes
2-                  Un printemps qui tourne court.
En effet le printemps, après une tentative timide, a tourné court. Début janvier 2011, des émeutes ont eu lieu avec des revendications à la fois politiques et sociales, dénonçant le pouvoir et la vie chère. Le 12 février, une marche est organisée à l’initiative de la CNCD, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Un participant me raconte : « Lors de cette marche nous étions 8.000, alors qu’étaient déployés 30.000 policiers ; lorsque nous avons voulu la refaire le lendemain, nous n’étions plus que 1.000 et le surlendemain 500 ». Le printemps était terminé et il y a peu de chance qu’il renaisse à court terme.
Comment expliquer cette situation ? Mes interlocuteurs ont été unanimes : la crainte d’un retour à la « décennie noire » est un facteur explicatif majeur. Celle-ci s’est traduite dans les années 1990 par une véritable guerre civile, qui a compté sans doute autour de 150.000 morts, mais également près de 300.000 départs à l’étranger, essentiellement des cadres (médecins, universitaires) qui craignaient pour leur vie. Beaucoup ont vu des parents ou des amis touchés directement par cette guerre qui ne disait pas son nom, dans laquelle le danger venait tout autant des terroristes islamistes que des forces de répression qui ne faisaient pas dans la nuance et en profitaient pour régler leurs comptes.
Par ailleurs, le régime a réagi habilement en laissant la presse se défouler, en faisant quelques réformes politiques  à caractère cosmétique et en achetant la paix sociale. Toute une série de mesures ont ainsi été prises : nouvelle loi sur l’information en septembre mettant fin théoriquement au monopole de l’Etat sur l’audiovisuel public ; suspension de l’état d’urgence ; augmentation des subventions aux produits de base de façon à faire baisser les prix ; promesse d’élections  législatives « démocratiques »; adoption d’une nouvelle loi électorale et d’une autre sur les partis politiques. En fait, le régime peut faire valoir que la situation en Algérie n’est pas celle de la Tunisie, l’Egypte ou la Syrie : une certaine liberté d’expression existe, notamment à travers une presse parfois très critique ; il n’y a pas une famille ou un clan prébendier : le renouvellement des postes de responsabilité permet de faire partager les avantages à beaucoup de fidèles au régime. Dans un pays où la débrouillardise est un art de vivre, beaucoup ont  pu se constituer une rente de situation grâce à la bienveillance rémunérée de l’administration.
Un dernier élément contribue à expliquer cette situation : l’évolution  du printemps arabe dans la proximité immédiate, en Tunisie, en Libye, en Egypte. Les médias algériens suivent de près l’évolution des soulèvements révolutionnaires. La poussée islamiste et plus particulièrement salafiste, est constatée avec inquiétude. La situation anarchique prévalant en Libye, avec laquelle l’Algérie a une frontière commune, est redoutée comme source de déstabilisation de la région : l’impact sur les revendications touaregs à la création de l’Azawad qui serait en partie en territoire algérien,  renforcées par le retour des mercenaires de Khadafi comme le développement des activités de l’AQMI, qui a pu récupérer des armes lourdes dans les arsenaux libyens sont ressentis comme des menaces à la sécurité de l’Algérie et à la stabilité de la région sahélienne. L’argument du « déluge arabe », manipulé par les puissances occidentales, utilisé par le premier ministre Ouyahia, est développé par le pouvoir avec une certaine efficacité. Certes, tout n’est pas parfait en Algérie, mais au moins il existe un certain dynamisme économique, des avantages sociaux indéniables, et la paix civile est revenue. Ainsi, sous-entend le pouvoir : « ne lâchez pas la proie pour l’ombre ». Ce message porte dans un pays meurtri par la guerre civile.
Le pouvoir entend canaliser le mécontentement réel en l’encadrant par des élections législatives qui auront lieu le 10 mai prochain. Il promet que le scrutin sera honnête et transparent. Il invite pour la première fois des observateurs étrangers, ceux de l’OCI comme de l’Union européenne. Un débat s’esquisse. Les partis islamistes autorisés, ceux de « l’alliance verte » avec le Mouvement de la société pour la paix (MSP), Ennahda et El Islah envisagent de présenter des candidatures communes défendant un programme commun. Ils essaient de récupérer une partie de l’électorat du FIS, aidés par l’appel lancé récemment par le cheikh Hachemi Sahnouni, appelant l’ensemble des partis islamistes à constituer une grande coalition,  tandis que le charismatique Abdallah Jaballah crée un nouveau parti, le Front de la justice et du développement (FJD) qui peut perturber le jeu. Un taux d’abstention important est prévu, compte tenu d’une certaine indifférence de l’opinion pour ces élections, dénoncées comme une manœuvre. Cependant on s’attend à une poussée des partis islamiques, qui pourrait conduire à une nouvelle coalition gouvernementale regroupant ces partis avec l’aile islamisée du FLN représentée par son actuel et contesté secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, qui serait capable de canaliser cette évolution. Ainsi tout changerait pour que rien ne change, compte tenu de la faiblesse des pouvoirs de l’Assemblée populaire nationale, qui devra toujours composer avec un Conseil de la nation dont les modalités de nomination garantissent sa fidélité au régime.
La véritable échéance sera celle de l’après Bouteflika, qui ne saurait tarder, son mandat expirant en toute hypothèse en 2014. Déjà les grandes manoeuvres entre les prétendants, mais plus encore entre les deux camps qui s’affrontent depuis l’indépendance, celui des « islamo conservateurs » et celui des « libéraux laïcs ». A.Belkhadem est représentatif de la première tendance, A.Ouyahia, de la deuxième. Mais d’autres prétendants peuvent apparaître à l’initiative de l’armée qui peut jouer un rôle d’arbitre : contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’a pas la tradition laïque de l’armée turque. Elle est pragmatique, éradicatrice éventuellement, mais prête à jouer la carte de « l’islamisme modéré » tant que celle-ci lui permet de conserver un pouvoir effectif et ses prébendes. Ainsi, on la soupçonne de favoriser l’émergence d’une majorité de sensibilité islamiste, pour mieux canaliser la vague, étant entendu que le pouvoir réel reste entre ses mains.
Ainsi le scénario le plus probable est celui d’un vrai faux printemps islamiste dans le cadre d’un régime qui peut se survivre à lui-même pendant encore quelque temps.
III / L’obsession française.
1 – « Je t’aime, moi non plus ».
Après 132 ans de présence française, dont 7 années de guerre, la relation avec la France reste à la fois privilégiée et difficile malgré les efforts faits de part et d’autre pour tourner la page. Comme me l’a exprimé un de mes interlocuteurs, français d’origine algérienne, « le roman  national de l’Algérie et celui de la France ne se rencontrent pas et sont tous les deux truffés d’inexactitudes », mais plus du côté de la France, jugeait-il. De fait, on est frappé par le comportement quelque peu schizophrénique des Algériens. Dans certaines villes ou villages, on a l’impression de se retrouver dans une localité française, avec ses monuments publics, sa mairie, son église, sa place centrale, son théâtre. Les rues, rebaptisées du nom des « martyrs de la guerre de Libération », souvent inconnus de la population, sont restés dans le langage courant celles de la colonisation : on continue à utiliser les noms anciens des principales artères: rue d’Isly et rue Michelet à Alger, rue Nationale et les Arcades à Constantine. Des magasins portent encore les noms désuets de l’époque coloniale comme ce magasin de chaussures « Au pied mignon » en face de la cathédrale d’Oran. Au siège de la Willaya de Constantine, qui occupe le bâtiment de la fin du XIXème siècle, et qui ressemble à n’importe quelle préfecture française, les noms des anciens préfets sont rappelés suivis de ceux des walis nommés depuis l’indépendance. La langue française reste, sauf exception, notamment au ministère de la justice, la langue de travail qui s’exprime dans le style administratif français le plus pur. Les ministres dans leurs discours publics mêlent français et arabes. Les matches de football français de première comme de seconde division sont suivis avec une attention soutenue. Le Lycée français Alexandre Dumas à Alger n’arrive pas à satisfaire les demandes d’inscription insistantes provenant des élites du pouvoir, sûrs d’y trouver un enseignement de qualité. Il en est de même des Instituts de France qui ne parviennent pas à satisfaire la demande. Le rêve de tout jeune est d’obtenir un visa pour la France, comme le président Chirac accueilli par une foule d’étudiants dense et chaleureuse, avait pu le constater lors de son voyage officiel en 2003, répétant en un bruissement continu « visa, visa, visa, visa.. ». L’élection présidentielle en France est suivie avec beaucoup plus d’attention voire de passion que la campagne pour les prochaines élections législatives qui se déroulent dans l’indifférence. La plupart des responsables possèdent une maison ou un appartement de même qu’un compte en banque en France. Les journaux francophones donnent chaque jour le programme détaillé de toutes les chaînes françaises, sans mentionner celui des chaînes algériennes.
Cependant, dans le même temps le système colonial est rappelé en termes rudes, les accusations de génocide contre le peuple algérien sont reprises avec insistance. La France est accusée d’avoir ««  détruit des repères de l’identité algérienne entre 1830 et 1962 »comme le rappelait encore récemment le président Bouteflika. Ce procès fait partie de la rhétorique officielle au plus haut niveau. Elle est largement celle de la génération qui a connu la période coloniale. Elle est moins vigoureuse au niveau des jeunes, conscients que l’histoire réelle est sans doute plus complexe, malgré ce qu’ils peuvent lire dans des manuels d’histoire particulièrement rudes à l’égard de la France. Ces reproches parfois véhéments n’empêchent pas des relations personnelles chaleureuses. Cette rhétorique s’emploie principalement à l’usage de la politique intérieure, la dénonciation du « parti de la France », conservant toute son efficacité de même que le recours à la théorie du complot qui vise l’ancienne puissance coloniale.
Cette réaction d’attraction-répulsion s’accompagne d’une connaissance de la France, qui relève davantage des clichés que de la réalité. Les rumeurs parfois les plus fantaisistes sont reprises sans discernement. On m’a ainsi assuré qu’en France, le port de la barbe était interdit. Il est vrai que la langue française est de moins en moins bien maîtrisée. Comme me l’a fait observer un de mes interlocuteurs : « nous sommes des analphabètes bilingues ». En effet, l’apprentissage du français a souffert de l’arabisation forcée de l’époque Boumediene. Depuis lors il est prévu dans le cursus dès le primaire, mais s’apprend comme une langue étrangère. Le niveau constaté au baccalauréat est médiocre. Dans l’enseignement supérieur, un clivage existe entre les étudiants faisant des études juridiques ou littéraires, qui sont enseignées en arabe et ceux qui font des études médicales ou scientifiques, qui le sont en français. J’ai pu noter ces carences lors des conférences faites devant un public d’étudiants : à Oran, après être intervenu pendant 45 minutes, un professeur a traduit et résumé en 20 minutes mon exposé, et la plupart des questions  a été posée en arabe. Les contacts que l’on peut avoir en ville, dans les magasins, témoignent de cette déficience : il reste une certaine connaissance passive mais l’expression orale et surtout écrite est nettement déficiente. Il n’en reste pas moins qu’il y a une véritable demande de France et de français, en particulier chez les jeunes.
2 – Des ressentiments persistants.
Comme j’ai pu le constater au fil de la lecture de la presse et de mes interventions suivies d’un débat, aux reproches que l’on peut qualifier de structurels, s’ajoutent aujourd’hui des irritants plus directement liés à la politique étrangère menée par le président Sarkozy et tout récemment, à la campagne électorale en France. J’ai cependant constaté un décalage évident entre les questions, souvent agressives posées par les professeurs, et celles plus neutres des étudiants.
° La criminalisation du « système colonial ».
 Depuis de nombreuses années, parfois depuis l’indépendance, les mêmes ressentiments, parfois contradictoires, relayés par les médias locaux, mettent en cause le « système colonial » : atteinte à l’identité algérienne, « génocide » contre le peuple algérien en rappelant en  particulier les massacres de Sétif en mai 1945 et la « guerre de libération ». S’y ajoute la mise en cause de certains aspects de la politique français depuis l’indépendance, entre autres : la politique restrictive en matière d’immigration et de visas de courte durée, malgré une augmentation de leur nombre et l’amélioration des conditions de leur octroi ; la volonté supposée d’ingérence et de domination dans les affaires intérieures algériennes ; le soutien qui aurait été apporté au FIS et  le «  lâchage » pendant la décennie noire, la France faisant, selon le pouvoir, le jeu des islamistes ; la préférence donnée à la relation avec le Maroc et la position jugée biaisée en sa faveur sur la question du Sahara occidental, la complaisance à l’égard des mouvements terroristes, notamment par le paiement de rançons ; l’encouragement de la fuite des cerveaux. En 2005, en réponse à la proposition de loi déposée au parlement français sur les « aspect positifs » de la colonisation, des députés algériens ont proposé un texte pour « criminaliser » la colonisation française. Cette affaire montre la sensibilité du sujet et l’initiative française est encore très présente dans les esprits et vue comme une «agression », bien que le texte ait été désavoué par le gouvernement et en définitive retiré. En 2010, un texte du même type a été de nouveau discuté en Algérie, mais est resté sans suite. Le traitement « indigne » des immigrés et plus particulièrement la « stigmatisation » des Arabes en France comme le comportement des forces de l’ordre dans les banlieues difficiles est  régulièrement soulignée.
° Un jugement sévère sur la politique récente
La politique menée par le président Sarkozy est particulièrement dénoncée : alignement sur la politique américaine, complaisance à l’égard d’Israël et mollesse dans la dénonciation des « atrocités »  israéliennes dans les territoires palestiniens ; lancement de l’Union pour la Méditerranée  sans véritable concertation ; intervention en Libye « pour le pétrole » sans avoir évalué les conséquences pour la stabilité de la région ; laxisme envers l’AQMI que l’on a laissé piller les arsenaux libyens ; ingérence en Côte d’Ivoire et au Mali, avec la volonté de rétablir l’influence de la France dans ses anciennes colonies ; instrumentalisation du mouvement Touareg – le MNLA- avec le même objectif ; débat sur l’identité nationale visant à stigmatiser plus spécialement les Arabes ; propos tenus sur l’inégalité des civilisations…
Le comportement du président sortant dans la campagne présidentielle a été jugé de façon particulièrement critique : instrumentalisation du drame de Toulouse en mettant en avant l’origine algérienne du tueur ; dénonciation de l’accent mis sur la viande halal qui serait « au cœur des préoccupations des Français » ; remise en cause explicite de l’accord sur les migrations avec l’Algérie ; transfert de la dépouille du général Bigeard aux Invalides ; reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis et participation de l’Etat au monument national prévu à Rivesaltes ; absence de message à l’occasion de la mort du  père de l’indépendance, Ben Bella, et de représentation à un niveau politique ; d’une façon générale instrumentalisation de l’émigration qui vise explicitement les Arabes. La liste des irritants soigneusement décomptés par les médias, est longue, même si le pouvoir a évité de les exploiter. On notera que les Algériens prennent à leur compte des actes ou mesures qui dépassent très largement le cadre franco-algérien ou qui relèvent de la politique intérieure française.
En fait, cinquante ans après l’indépendance, la réconciliation n’est toujours pas intervenue, même si, en France comme en Algérie, de plus en plus de voix s’expriment en ce sens. Le projet de traité de réconciliation envisagé par le président Chirac qui pouvait capitaliser sur sa popularité personnelle en Algérie, allait sur la bonne voie. Il a échoué devant les oppositions résolues qui ont surgi tant en France qu’en Algérie. Après l’anniversaire des accords d’Evian, passés sous silence en Algérie, la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance pourrait être l’occasion de tourner la page. Il est peu probable que l’on s’engage dans cette voie tant en Algérie qu’en France. Le moment n’est sans doute pas encore venu. Les ressentiments de la majorité des rapatriés et des anciens combattants d’un côté, l’exploitation par la vielle garde FLN et des anciens moujahidines des drames du passé laissent peu de chance, à court terme, pour une telle réconciliation. Il faudra sans doute l’arrivée au pouvoir de nouvelles générations aux postes de responsabilité, en particulier en Algérie où la relève n’est pas encore faite, pour que le climat se prête à une telle évolution.
En conclusion, il apparaît que la vie politique algérienne est à un tournant. Si le régime qui s’est imposé à l’indépendance a réussi à se maintenir, même s’il s’est affaibli, il va devoir évoluer pour survivre et faire sa place aux nouvelles générations qui, comme les anciennes, se partagent entre les courants  islamo conservateurs  et démocrates laïcs, avec une tendance actuellement favorable aux premiers. Comme le soulignait un de mes interlocuteurs, si le FIS a perdu la bataille militaire et politique, il a gagné dans les esprits et la société. L’heure islamiste sous le contrôle de l’armée est sans doute également arrivée en Algérie comme dans d’autres pays arabes
Dans ce contexte, la relation avec la France risque de passer un cap difficile, notamment à la suite de la multiplication des irritants de la période récente. Mais une relation forte est consciemment ou inconsciemment souhaitée en Algérie. Car il y a dans ce pays un « besoin de France » et un intérêt évident à maintenir, voire renforcer des liens indélébiles. Ce que demandent en définitive les Algériens, c’est une sorte de reconnaissance que l’opinion publique en France n’est pas encore prête à donner. Peut être convient-il de laisser encore du temps au temps pour fermer les blessures du passé, ce qui n’exclut pas l’affirmation par le futur président de la force des liens qui existent entre les deux pays.
Denis Bauchard
http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/
 
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